NOS DEVOIRS ENVERS L'ÉGLISE
Christus dilexit Ecclesiam et tradidit seipsum pro ea.
Le Christ a aimé TEglise et s'est livré pour elle.
{Eph.y, 25.)
MejSSIEURS,
Nous vivons à une étrange et douloureuse époque. Tout est troublé, tout est remis en question; nous sommes divisés et partagés sur tout.
En politique, chacun a son programme et son drapeau.
En littérature, chacun a son école ou sa coterie.
En éducation, chacun a son système.
En science sociale, chacun a son remède infaillible et sa panacée à appliquer aux maux du monde.
C'est une sorte d'émiettement universel de toutes ces forces intellectuelles et morales qui avaient
(1) Dans réglîse de S^nt-Nizier, à Lyon, le 25 novembre 4871.
autrefois tant de cohésion et de consistance.
Et cela, au milieu du déluge effroyable des idées
les plus étranges, des doctrines les plus perverses,
des utopies les plus dangereuses et les plus éhon-
Oui, vraiment, c*estun déluge dont on peut dire avec la Genèse que « ses eaux augmentent et pré- « valent d'heure eu heure. Aqtxœ prœvalwrunt « nimis. »
Déluge d'erreurs et déluge dé maux; déluge de crimes et déluge de châtiments; déluge qui recouvre et submerge tout, comme aux premiers jours du monde les cataractes tombées du ciel ne tardèrent pas à faire disparaître les plus hautes cimes. Opertisunt omnes montes excelsi sub universo cœlo.
Où donc vous réfugierez- vous. Messieurs? où prendrez- vous pied? où trouverez-vous un terrain solide qui.voussauve de l'abîme? Vous pensiez être en sûreté en habitant ces hauteurs de la philosophie naturelle, où les grands principes delà raison vous paraissaient inaccessibles à l'invasion du sophisme et de l'erreur. Il y a longtemps que l'inondation de l'athéisme et du matérialisme a couvert ces sommets et compromis les enseignements de la philosophie qui s'était crue assez forte pour se passer du secours de la foi. Operti sunt omnes montes excelsi sub universo cœlo.
Ce que je dis de la philosophie séparée de la foi,
je le dis encore plus de la politique qui prétend gouverner les hommes par les principes d'une sagesse tout humaine. Ce sont de grandes formules, dé nobles idées, des systèmes pleins d'élévation et de grandeur, je le veux bien. Mais quand le déluge arrive, toutes ces hauteurs disparaissent. Operti sunt omnes montés excelsi.
Que faire alors?
Périr, ou accepter le seul moyen de salut offert par Dieu.
Voyez, Messieurs, voyez au milieu de ce déluge qui recouvre et submerge tout, voyez l'arche flotter sur Tabîme. Arca ferebatur super aquas.
Cette arche de salut, vous l'avez reconnue, c'est l'Église.
Elle seule survit à tous les cataclysmes, elle seule brave toutes les tempêtes, elle seule flotte audessus des abîmes creusés par les révolutions (1).
On peut lui appliquer ce que l'écrivain sacré dit de l'arche où Noé, réfugié avec sa famille, gardait, sous la protection de Dieu, l'espérance d'un monde nouveau. Plus le déluge augmentait, plus l'arche montait haut et se voyait de loin. Multiplicatœ sunt aquœ et elevaverunt arcam in sublime a terra. (Gen. VII, 17.)
(1) Manet lio6ie hœo navigans, neo tamen àliqnandQ dissolvitar» neo valet tabulas ejus ulla malitiîe laxare tempestas; quia potius ipsa tempestatis motus navigando compescuit. (S. Joann. Chrts. d^ Laud» S. Pauli ap. Hom. 1^)
Il en est ainsi de l'Église.
Plus le monde est inondé d'erreurs et de crimes, plus le déluge des idées fausses et des méchantes passions engloutit les institutions humaines, plus s'élève et devient visible à tous les regards l'arche sainte qui porte les espérances immortelles dé l'humanité. MultipKcaieB sunt aquœet elevaverunt arcam in sublime a terra.
Tel est le spectacle que nous avons sous les yeux en ce moment.
L'abîme où ont déjà péri tant de choses s'étend au loin ! Au-dessus del'abîme/montant d'autant plus haut que Tinondation augmente, flotte l'arche sacrée où doit se réfugier quiconque ne veut pas périr.
Cette Église, Messieurs, dont on peut bien dire ce qu'elle-même dit de 'la croix, qu'elle est noire unique espérance, spes unicà, je ne viens pas vous persuader d'y entrer. Ce serait vous faire injure ; car vous lui appartenez, et, malgré les malheurs des temps, malgré tant de tristes et douloureuses défections, j'espère que vous n'avez pas cessé de vous regarder comme ses enfants.
Je viens vous rappeler seulement pourquoi et comment vous la devez aimer;' en quoi et comment vous devez en ce moment lui témoigner votre fidélité et votre amour.
Oui, cette Église que Notre-Seigneur Jésus-
Christ s'est associée comme une épouse (l),rÈYe nouvelle du nouvel Adam, elle est notre mère, et nous lui devons un amour de reconnaissance filiale. Elle est en même temps notre patrie spirituelle, et nous lui devons ce que le citoyen doit à sa patrie de la terre, ce que le soldat doit à son drapeau, c'est-à-dire un amour d'obéissance, un dévouement capable, s'il le faut, de tous les sacrifices, jusqu'à celui du sang, indusivement (2).
Je dis d'abord que nous devons à l'Église un amour de reconnaissance filiale, parce qu'elle es^f notre mère.
Je ne m'arrêterai pas longtemps à vous montrer le parallélisme admirable quMl a plu à Dieu d'établir entre les œuvres de la nature et les mystères de la grâce, comme s'il avait voulu nous faciliter l'intelligence et l'acceptation Ae ceux-ci par l'habitude que nous avons de vivre au milieu des premiers.
Ce qui est certain, c'est que Notre-Seigneur ayant daigné donner à l'Église le titre et les préro-
(1) Ephes. V.
(2) Usque ad effusionem sanguinis, inclusive. Cette belle parole est dite par le souverain pontife aux cardinanx lorsqu'il leur remet solennellcracnt le chapeau rouge,
gatives de son Épouse, il lui a, par là même, conféré à notre égard les fonctions, les devoirs et les droits sacrés de la maternité.
Oui, comme nos mères, par un travail sublime, plein de mystères et de douleurs (1), nous ont portés dans leur sein et nous ont ùit naître à la vie du temps, TÉglise, par un travail souvent non moins douloureux et plus sublime encore, nous &it naître à cette vie supérieure de Tordre surnaturel, où nous ne sommes plus seulement des bommes, fils et héritiers d'Adam, mais des chrétiens, fils et cohéritiers de Jésus-Christ (2).
Mais quand l'homme a vu la lumière du jour et pris sa place dans la cité des vivants, tout n'est pas dit pour lui. Sans doute, il a tout ce qu'il faut pour devenir un homme; il ne le deviendra cependant qu'au prix de ces soins, de ces sollicitudes, de ces tendresses^ de ces sacrifices qui ont toujours fait de l'amour maternel un sentiment d'un ordre particulier, si grand aux yeux de la nature et de la raison que les païens eux-mêmes l'avaient comme environné d'une auréole de sainteté.
Or, ces soins, ces tendresses, ces sollicitudes, ces sacrifices se retrouvent dans la maternité surnatu-
(1) Nescio qnaliter in ntexo meo apparuistU; neque enim egy spiritum et animam donavi yobis et vituiSi et singalomm membr» non ego ipsa compegi. (// Mach, Tii, 22.)
(2) Hœredes qnidem Dei, oohœredei antem Chmti. (Ami. Tm, 17.)
relie de l'Église. Que ne fait-elle pas. qne nesouffret-elle pas pour engendrer les âmes à Jésus-Christ, et pour faire grandir Jésus-Christ dans les âmes! Qu'il lui coûte souvent de travaux, de sueurs, de larmes (1) pour faire arriver à une seule âme le rayon d'en haut qui chassera les ténèbresde l'incrédulité ou du péché, et fera briller dans les profondeurs de la conscience les divines splendeurs de la foi et de la charité ! Filioli met^ quos ego parturio donec formetur Christus in vobis . (Gai . iv, 1 9.)
Mais l'Église n'a pas seulement tous les labeurs de la maternité naturelle; elle en a aussi les tendresses et les délicates industries.
Écoutez S. Paul s'adressant à ces nouveau-nés de son zélé apostolique :
« Mes petits enfants, je voudrais être auprès de a vous [et pouvoir changer ma voix, car je suis « dans l'angoisse à cause de vous. Vellem esse apud H vos modoy et mvtare vocem meam^ quoniam • confwidor in vobis. » (6al. iv, 20.)
Qu'y a-t-il de plus délicat et de plus touchant que la condescendance d'une mère qui, pour se faire comprendre de son petit enfant, converse avec lui dans une langue différente de la langue des grandes personnes ? Elle rapetisse sa voix, elle
j (1) Sunt dolores aœrbi et graves in Eoolesia, magni sunt dolores aient parturient^s donec formetar Christns in nobis. (S. Ambr, in Ps. XLVU.) Cf. S, Aug. in Libr, Job. Enarr, o. 39.
invente je ne sais quels diminutifs charmants, qui proportionnent pour ainsi dire les idées et les choses à cette jeune intelligence ; c*est par ces doux artifices que l'âme de la mère attire à elle, pour l'élever, l'âme de son enftmt.
Ainsi &it l'Église.
Oui, mes frères, cette grande voix des Ghrysostome et des Augustin, des Bossuet et des Fénelon, «ette Iflmgue majestueuse qui a conquis, le monde romain, discipliné les barbares, et retenti dans tous les siècles; qui, aujourd'hui encore, parle plus haut que le langage altier de la feusse science et de la fausse politique ; cette voix qui^ longtemps après que les blasphèmes de la haine et de Terreur se seront éteints dans le silence et dans le mépris, se fera toujours entradre pour révéler au nom de Dieu les grands mystères de la vie, de la mort et de l'éternité; cette langue sublime qui a brisé les cèdres et ébrsmlé les échos du désert (1), l'Eglise sait aussi la proportionner aux divers besoins des hommes. Que foit, en enseignant le catéchisme, ce prêtre qui tour à tour instruit et interroge ces petits enfants? Il leur donne la substance même des plus grands mystères, mais il la leur donne dans un langage approprié à leur êge. Ce que les plus illustres docteurs de l'Église, commentant la pa-
(1) Vo3( Domini coftcutientis deftertom, vox Domini confringen|i$ cedros. (Ps, xxviu, 5.)
rôle de Dieu, ont exposé dans la langue de la pius haute philosophie, cet humble prêtre le communk[ue à ses jeunes auditeurs en rapetissant sa voix, Vellem mutare vùcenimeam. Vous reconnaissez là les condescendances pleines de tendresse de cette mère qui ne veut pas que le plus petit et le plus humble de ses en&nte soit privé du pain de la vérité.
Ce travail de la maternité spirituelle de TËglise n'ayant d'autre terme que la vie étemelle, il ne se ralentit pas un seul instant dans le cours de la vie présente.
L'Église a des enseignements pour tous les âges et toutes les conditions. Tous les devoirs de la vie humaine trouvent dans sa morale et dans sa discipline leurs règles et leurs points d'appui. Sa sagesse et son expérience guident l'âge mûr, après avoir formé [la jeunesse; et^ si la mère demeure l'amie la plus fidèle de l'enfant qu*eUe a eu le bonheur de conduire jusqu'à l'âge viril, l'église reste la maternelle amie des hommes engagés dans le rude labeur de la vie. Elle les soutient dans leurs travaux et dans leurs combats. Elle les ranime sans cesse par l'espérance des biens éternels. Elle panse et guérit leurs blessures. Elle relève, soutient, décuple leurs forces, en les faisant participer aux divins sacrements; enfin, elle ne se repose de tout ce travail que lorsque le chrétien est arrivé au terme
de son laborieux pèlerinage* C'est alors, il est vrai, qu'elle redouble pour lui de zèle, de charité. Car cette heure suprême est pour tous celle d'où dépend l'éternité, momentum unde pendet œiernitas.
Mais non, même après la mort, l'Église ne nous oublie pas. Son in&tigable sollicitude nous suit encore dans ces régions mystérieuses où il £aut achever de satis&ire à la justice de Dieu ; et,chaque jour, il faut qu'au momôntsolennel de l'auguste sacrifice, une expree»e reecHumandi^a soit adressée au juge souverain des vivants et des morts ipom les plus obscurs et les plus délaissés de ses en&i^ts.
CSonvenoQs^bBc^ll n'y m pm de maternité phis tiaèle, {dus oomplète, plm dé^mée^qua ndle éb rÊglise. Disons, en nous instant d'un mot de TertuUien, que si personne n'est père comme Dieu, Nemo pater ut Deus, personne non plus n'e^ mère comme l'élise . Et ce témoignage , ce n'est pas un docteur particulier, c'est la tradition tout entière, ce sont dix-huit siècles de l'histoire de l'humanitéi qui le r^ident solennellement au nom de la reconnaissance la plus filiale, et qui disent tous d'une voix : Nemo mater tU Ecclesià.
Ajoutons enfin avec S. Augustin, ce grand athlète et ce fils si dévoué de la sainte Église, que si nous sommes tenus à beaucoup aimer ceux qui nous ont donné une vie condamnée à la mort, nous
devons aimer bien davantage celle qui nous a engendrés pour nous conduire jusqu'à la vie éternelle, et nous faire demeurer dans cette vie (1).
Mais l'Église n'est pas seulement notre mère, en ce sens qu'elle a donné à chacun de nous individuellement, par le saint baptême, la naissance surnaturelle ; sa maternité est comme la rédemption de Jésus-Christ, universelle dans le temps et dans Tespace. Nous ne devons donc pas seulement Taimer d'un amour de reconnaissance personnelle et privée, pour le bien dont nous lui sommes redevables; nous devons l'aimer, comme le citoyen aime sa patrie, d'un amour de reconnaissance publique, à cause de tout le bien qu'elle a fait et qu'elle ne cesse de faire à l'humanité.
Etes-vous sensible aux destinées, aux luttes jet aux vicissitudes de la vérité sur la terre ?
Comment ne seriez-vous pas touché de tout ce que l'Église a fait, depuis dix-huit siècles, pour les triomphes pacifiques de la vérité ?
(1) Ama matrem taam, sed noii supor Ëooleftiam, qu» te genuit ad Titam œternam. Deniqne ex ipeoram parentum amore perpende quantum diligere debeas Deum et Eoclesiam. Si tantum diligendi âunt qui genuenmt moriturum, quanta charitate diligendi sunt qui genueruntad œtemitatem venturum, in œternitate mansurum. (S. Aug. Serm. 344.)
C'est elle qui, en envoyant à toute créature un apostolat docile à la parole du mattre, a fait reculer progressivement devant elle les tâièbres de la barbarie et de l'ignorance. En enseignant toutes les nations, elle a partout substitué à d'absurdes et immorales superstitions la connaissance du vrai Dieu. Comment ceux qui ne veulent admirer que la morale du christianisme, et repoussent son dogme au nom des prétendus droits de la raison, ne sont-ils pas frappés de ce fait? Oui, par une coïncidence dont on ne peut faire honneur au hasard, et qui est au contraire une des grandes lois de Thisloire, depuis la venue de Jésus-Christ, le monde est visiblement partagé en deux zones : une zone de ténè-bres, d'ignorance et de dépravation, c'est celle où le Dieu des chrétiens n'est pas encore connu; et une zone de lumière, de liberté, de civilisation, de progrès, c'est celle où on connaît et où on adore le Père qui a créé, le Fils qui a sauvé, et l'Esprit qui sanctifie les âmes.
Tandis que les écoles mêmes les plus célèbres de l'antiquité avaient compromis, par le mélange des plus étranges erreurs, les vérités pratiques les plus essentielles au bon gouvernement de la vie humaine, l'Église, au nom d'une sagesse directement inspirée de Dieu, a donné aux hommes la certitude sur tous ces problèmes redoutables où l'erreur vo*
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lontaire et coupable peut compromettre des destinées éternelles.
Enfin, cette vérité qu'elle propage partout, sous totites les formes,, n'est pas une de ces vérités froides, abstraites, de pure spéculation, qui brillent un instant devant l'intelligence comme un soleil d'hiver, et sont incapables d'échauffer et de féconder l'âme. La vérité qu'elle enseigne, c'est la substance même de la vie éternelle (i).
Si l'Église a tant fait pour la vérité, elle n'a pas moins fait pour la justice, dont elle est vis-à-vis de tous la gardienne incorruptible. C'est elle d'abord qui apprend à l'homme à pratiquer la justice envers Dieu, en lui révélant les devoirs d'une religion positive. C'est elle qui lui apprend à la pratiquer à l'égard de ses semblables^ en le faisant triompher de Tégoïsme, de la cupidité et de toutes les pas-» sions qui armeut si souvent les hommes ou les peuples les uns contre les autres. La justice dans la famille, la justice dans la cité et dans l'État, la justice internationale, seul fondement solide de la paix : voilà ce que l'Eglise ne cesse de prêcher. Les applications sociales de sa morale ne sont que les conséquences logiques du principe éternel de justice.
Elle rappellecontinuellement aux hommes que ce
(1) Fides est sperandarnm etibstantia renun. {Hebr, xi, U)
û*est pas seulement pour cultiver ce globe qu'ils Tont reçu de la munificence du Créateur, mais encore et surtout, pour y fiiire régner la justice, et tout disposer suivant Féquité : ut disponcU orbem terrarum in œquitate etjustitia. (Sap. ix, 3.)
Propager la vérité, défendre la justice, la société qui fait cela dans tous les siècles et sur tous les points du globe, mérite assurément d'être appelée la bienfaitrice du genre humain.
En même temps, l'Église n'a cessé de poursuivre une autre œuvre qui lui tient autant à cœur , l'œuvre de la consolation des &mes.
Quand on connaît bien le fond de la vie humaine ; quand on ne s'est pas laissé distraire par la légèreté et par Tinsouciance de cet universel gémissement dont parle l'Apôtre (1), on est porté à se demander avec anxiété où se trouvera en ce monde une puisnance capable de se proportionner à toutes ces souffrances.
' Cette puissance toute divine de la consolation, Jésus-Christ Ta mise dans son Église. En lui confiant son Évangile, il lui donnait mission de prêcher toute vérité; en lui remettant sa croix, il l'envoyait combattre par l'esprit de sacrifice toutes les passions ennemies du royaume des cieux; mais, en outre, il lui a laissé son cœur, ce cœur d'où s'échappa un
(I) Omnis oreatura ingemitoit. {Rom. Tm, 22,)
jour, en présence d'une foule affamée, ce cri de sublime commisération.* J'ai pitié de cette multi- « tude, Misereor super turbam. » (Marc, vin , 2.)
L'Église a adopté pour elle ce cri de la compassion divine. Elle aussi a eu pitié des foules affamées, des âmes iabattues, des cœurs délaissés et meurtris.
Nommez-moi une souffrance, une seule, à laquelle la pitié de TÉglise n'ait trouvé une consolation et un secours.
Elle a eu pitié des orphelins, et elle leur a trouvé des mères.
Elle a eu pitié des pauvres vieillards qui s'acheminent seuls vers la tombe, et elle leur a donné des filles.
Elle a eu pitié de ces infortunées créatures que le monde méprise quand il les a flétries, qu'il repousse et désespère après les avoir souillées, et elle leur ouvre des asiles de pénitence oîi, sous le regard de Dieu, elles retrouvent, par de laborieux efforts le trésor de la réhabilitation.
Oui, mes frères, quand même la fondation de l'Église, et son établissement, et les traits* essentiels de sa constitution ne seraient pas évidemment divins; quand même ellQ ne serait qu'une de ces institutions qu'une volonté humaine a créées et que des volontés humaines peuvent détruire, je dis qu'elle aurait droit aux plus sincères sympathies et
à la plus ardente reconnaissasce de icmt homme vraiment ami des hommes.
Car enfin, l'humanité aura beau &ire des pas de géant dans cette voie du progrès où les insensés croient qu'elle marche sans Dieu, elle restera toujours rhumanité. Il y aura donc toujours en elle des défaillances, des misères, des souffrances, des épreuves, des larmes; toujours elle aura besoin d'être consolée.
Et elle le sera toujours, tant qu*elle sera fidèle à recourir au ministère de TÉglise. Si aujourd'hui tant d'âmes s'affaissent et sombrent dans l'abîme du désespoir, c'est qu'elles ne viennent plus demander à ce ministère les paroles qui relèvent, les exhortations qui rendent le courage, et ces sacrements qui donnent aux âmes, pour supporter la douleur, une capacité presque infinie.
Aussi, font-ils bien mentir leur nom, ces prétendus philanthropes qui arrachent àla bien&isante influence de l'Église les classes populaires, sous prétexté de les émanciper et de les rendre plus heureuses* Ce ne sont pas seulement des destinées immortelles qu'ils mettent en péril, ce sont des misères sans nombre auxquelles ils enlèvent la consolation dont Jésus-Christ avait confié le minis>^ tère à son Église
Oh ! non, vous n'êtes pas les amis d^s^hommes, vous êtes leurs ennemis, quand, dans la froide
cruauté de vos systèmes humanitaires, vous les empêchez de relever la tête vers/le ciel; quand vous les courbez violemment vers ce sillon qu'ils creusent par le rude travail de tous les jours et arrosent continuellement de leurs sueurs et de leurs larmes, ne sachant plus invoquer la Providence qui veille sur eux, ni ce Christ béni qui n'a tant travaillé et tant souffert lui-même que pour avoir le droit de nous consoler et de nous soutenir. Pour nous, qui, comme de vrais catholiques, devons dilater notre cœur, et comprendre dans nos affections toute la grande famille humaine, aimons l'Église qui a été toujours et partout, avec la bénédiction de Dieu, la consolatrice efficace des douleurs du genre humain.
Mais si cet amour de reconnaissance envers l'Église, mère et patrie des âmes, est un amour sincère, il devra se traduire par le dévouement et par le sacrifice.
N'est-il pas vrai que, si on aime déjà beaucoup sa patrie, quand elle est puissante par les armes, par la politique, par l'éclat des lettres et des arts, on l'aime davantage encore lorsque, par malheur, son influence est contestée, son drapeau insulté, son
territoire envahi, son existence même compromise et menacée? Oh l.oui, alors, si noos aimons vraiment cette terre qui a reçu nos premiers pas et dont nous parlons la langue, cette tenre dont nous avons entendu raconter les gloires passées, lorsque nous étions tout petits sur les genoux de nos mères,quelle douleur ne ressentons-nous pas en entendant retentir ce sinistre appel : La patrie est en danger I A ce cri, toutes les pensées et tous les cœurs s'unissent I L'adolescent demande des armes, le vieillard sent revivre eu lui la vigueur et l'enthousiasme de ses jeunes années; les femmes elles-mêmes, avec leur grand et noble cœur^ s'associent à cet élan général! C'étaient des mères qui envoyaient leurs fils défendre les défilés des Thermopyles, et il ne faudrait pas remonter bien haut dans l'histoire de nôtre pays pour retrouver d'aussi héroïques dévouements en présence du suprême péril de la patrie.
Or, s'il était déjà opportun de prêcher l'amour de l'Église quand elle était la plus grande puissance morale et politique de l'Europe, quand ses pontifes étaient les modérateurs et les arbitres de toute la république chrétienne, je dis qu'il £Biut Taimer davantage aujourd'hui, parce que son influence est contestée, parce que son autorité est méconnue, en un mot, parce que notre patrie spirituelle est en danger.
Vous le voyez. Messieurs, elle est attaquée de toutes pa?is avec ensemble et acharnement.
Elle est attaquée dans son dogme par cette science exclusive et hautaine qui ne veut même plus nous admettre au bénéfice de la discussion, et qui fait de la négation du surnaturel le postulatum indiscuté de toutes ses démonstrations.
Elle est attaquée dans samorale par l'insurrection de toutes les passions fatiguées du joug de la perfection évangélique, avides de jouir, et provoquées' tous les jours à la révolte par le cynisme croissant d'une littérature sans pudeur.
Elle est attaquée dans sa discipline, dans sa hiérarchie, dans son action sur les âmes et sur les sociétés. Il ne feut pas nous le dissimuler, TÉglise, notre patrie spirituelle, traverse une de ces crises où de suprêmes périls réclament de suprêmes dévouements.
Sans doute,' elle a pour elle les immortelles promesses du Sauveur, et si la petite barque de Pierre est battue par la tempête, elle est assurée de ne point périr.
Mais ni ces promesses immortelles, ni la certitude d'un secours divin, ne nous dispensent des devoirs que les circonstances nous imposent.
Sachez-le bien, d'ailleurs, les ennemis les plus redoutables de l'Église ne sont peut-être pas ces sophistes audacieux qui viennent nous déclarer solen-
nellement tous les six mois que l'Église est morte, que leChrist n'est pas Dieu,que Dieu n'estqu'une formule, et queravenir est promis aux sociétés athées.
Ce ne sont peut-être pas non plus ces hommes violents, ces condottieri de l'anti-christianisme qui, trouvant que la diplomatie est trop lente et que les arguments des sophistes, leurs amis, ne sont pas assez décisifs, attaquent ^'Église par le fusil, le canon et le poignard, comme les autres l'attaquent par la presse et renouvellent contre l'Église les exploits des voleurs de grand chemin
Le plus grand danger pour TÉglise, dans des circonstances aussi critiques, ce serait de compter dans ses rangs de ces chrétiens lâches, mous, indifférents, qui n'ont de chrétien que le nom et dont la neutralité déplorable est peut-être pire que la haine ouverte. Car c'est justement cette indifférence qui autorise et enhardit l'audace des ennemis déclarés. Ils vont en avant, parce qu'ils comptent qu'on les laissera faire, et cette compKeité muette, cet^ déâfertion morale de ceux qui devraient se montrer les fils dévoués de l'Église, est le plu§ fort appoint de ses adversaires.
Que faut-il donc opposer à cette indifférence coupable ? Quels devoirs envers l'Église nous imposent à la fois les services inappréciables qu'elle nous a rendus et les circonstences périlleuses qu'elle traverse?
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Le premier de ces devoirs, c'est la prière, la prière qui est la ressource universelle, et, en définitive; Tanne la plus sûre des combats que les chrétiens ont à livrer ici-bas.
Oui, nous sommes tenus de prier pour l'Église, C'est rÉglise elle-même qui nous crée cette obligation, puisque au nombre des prières liturgiques qu'elle fait intervenir le plus souvent dans la célébration des saints mystères, se trouvent ces oraisons dans lesquelles le prêtre appelle officiellement les lumières, les bénédictions et les grâces de Dieu sur la société chargée de continuer ici-bas l'œuvre de la rédemption.
Prier pour l'Église, pour le souverain pontife chef de l'ÉgUse, pour les évêques et les autres ministres de rÉglise, le feisons-nous d'une manière suffisante? Prions-nous, Messieurs, pour l'Église éprouvée comme nous prierions pour notre mère si elle était malade?pour l'Église attaquée et menacée dans ses droits, comme nous le faisions pour la patrie quand son territoire était envahi, et que chaque heure nous meitaitau cœur, avec des angoisses mortelles, un cri vers Dieu pour demander du secours?
Quand S. Pierre eut été jeté dans les fers par le sanhédrin, il est dit que l'Église tout entière priait constamment pour lui. Oratio fiebat ab ÈccUsia sine intermissione pro eo. Il n'est pas permis de douter que cette prière universelle n'ait abrégé
pour le prince des apôtres le temps de la captivité. La prière des chrétiens est-elle aussi fervente, aussi unanime, aussi persévérante en faveur du successeur de S. Pierre, soumis à cette heure aux plus pénibles épreuves, toujours^ la veille de reprendre le chemin de Texil, et <pii demain peut-être, quand la spoliation brutale aura été consommée, pourra dire avec son Maître qu'il n*a pas une pierre où reposer sa tête? (Màith. viii, 20.)
Lorsque la diarité des fidèles a été sollicitée pour l'honorable pauvreté du Saint-Si^e, ils ont repondu à cet appel avec élan et générosité, ils ont donné abondamment leur or, et, en plus d'une circonstance, il en est qui se sont privés du nécessaire pour venir en aide au Père commun des fidèles.
Quand les circonstances sont devenues plus critiques, d'autres ont fait plus que donner leur or. Ils ont offert et répandu leur sang. Mais a*t-on donné dans la même proportion le tribut de la prière, et parmi tous ces besoins qui se présentent à nous chaque jour, quand nous nous agenouillons devant notre Père céleste, avons-nous mis «en première ligne les besoins de TEglise, de son chef, de sa hiérarchie et de ses membres?
Or, d'où vient que nous ne priond pas assez pour l'Église T
Gela vient de ce que nous ne prenons pas un intérêt assez direct et assez vif à la vie de l'Église ; et
que, trop préoccupés de ce qui nous touche personnellement, nous ne faisons passer ses affaires qu'après les nôtres.
C'est précisément le contraire qu'il faut faire.
Oui, tout ce que l'Église fait, tout ce qu'elle sou&e, les gloriaises et laborieuses confessions de ses martyrs, les travaux de ses pasteurs, les veilles prolongées de sesdocteurs'et de ses apologistes, les entreprises hardies de ses missionnaires, les mystérieux sacrifices de ses religieux et de sea vierges^ les œuvres de toute sorte qa'^Ei&ntent diaque jour dans son sein fécond la charité et le zèle ecclésias* Uqoi^ ou laïques, il faut que nous prenions une part très-vive à tout cela; il faut que nous préférions de beaucoup à ce qui nous touche personnellement ces grands intérêts du royaume de Dieu.*
Mais la prière sincère ne peut pas demeurer inactive; elle provoquera infailliblement le dévouement et l'esprit de sacrifice. Si le déchaînement de l'impiété multiplie les épreuves et les périls de l'Église, on verra les chrétiens la défendre comme on défend sa patrie, et, au besoin mourir pour elle comme on meurt pour son drapeau, tisqiie, ad effusionem sanguinis inclusive.
Il est encore, à l'égard de l'Église, un devoir sur lequel, dans ces temps troublés et difficiles, il feut appeler l'attention des fidèles, c'est le devoir de l'obéissance.
Ouiy obéir à l'Église quand elle a parlé ; lui sa* criâer sans hésitation ses idées, ses vues, ses préfé* rences personnelles, voilà le plus essentiel et le plusélémentaire des devoirs.
Rappelez-vous, Messieurs, les principes que j'ai précédemment exposés sur la hiérarchie et la discipline, en parlant de la société civile ; appliquezles avec plus de rigueur encore, à la société religieuse qui a reçu mission d'enseigner le monde au nom de Jésus-Christ. Sans l'obéissance filiale et l'adhésion de cœur aux décisions de l'Église, noua déchirons son unité, et nous imitons à notre insu les hérétiques, qui ont substitué l'autorité du ji^ement individuel à l'autorité doctrinale instituée par Dieu lui-même pour terminer toutes les controverses.
S'il est une chose incontestable, placée au-dessusde toute discussion, devenant le terrain inébranlablesur lequel doivent se rencontrer tous les catholiques, c'est que, lorsque l'épiscopat tout entier, uni au souverain pontife, a prononcé sur une question de foi, nous avons la certitude d'avoir entendu l'Église elle-même, et, par PÉglise,,la voix de Dieu. Qui vos audit, me audit. (Luc. x^ 16.)
C'est par ce principe si élémentaire qu'il feut résoudre ces diflBcultés de l'heure présente, devant lesquelles nous voyons encore se troubler des âmes de bonne volonté.
L'infaillibilité doctrinale du pape a été définie par le concile du Vatican. Il n'y a donc plus lieu ni de disputer ni d'hésiter. Le devoir de tout catholique fidèle à ses principes et conséquent avec luinaême est nettement tracé. Il feut se soumettre et il faut croire. Il faut se soumettre à l'autorité enseignante de rÉglise, et il faut croire comme vérité de foi la définition faite par le concile. Les différences d'écoles ne sont plus rien ici. Toute difficulté s'évanouit devant Févidônce du principe sur lequel repose toute l'économie du système catholique, et, à quelque opinion que l'on pût naguéres donner sa préférence, il n'y a plus qu'à dire en grande simplicité de cœur et sincérité d'obéissance : l'Église a parlé, la cause est finie. Ici Bossuet se rencontrerait avec Bellarmîn (i).
(1) Tant de préjugés et de malentendus, expldtés par la presse hostile à rÊglise, régnent encore au sujet du sens et de la portée véritables de la définition de rinfaillibllité, qu'il ne sera pas inutile de reproduire ici quelques-unes des explications qui ont été données par les évêques, chargés de promtdguer et d'interpréter les décrets du concile. Voici, par exemple, ce qu'on lit dans l'instruction pastorale récemment publiée par tout l'épisoopat suisse :
M Le pape n'est infaillible ni comme homme et simple paiticu]ier, « ni comme savant, ni comme prêtre, ni comme évêque, ni comme u prince temporel, ni comme juge, ni comme législateur. Il n'est ni u infaillible, ni impeccable dans sa vie et d&ns sa conduite, dans ses « visées politiques, dans ses relations avec les princes temporels et « les gouvernements, ni même dans le gouvernement de TÉglise en u général, mais il l'est uniquement et exclusivement quand, en qua- « lité de docteur suprême de VÉglise, il prend en matière de foi et de ^ mœurs ,une décision qui doit être acceptée et tenue comme obliga-
« toire par tous les fidèles Voilà pourquoi le concile du Và-
M iican ne parle pas d'une infaillibilité m personnelle ;> du pape.
Une tentative insensée se produit en ce moment pour constituer une Église qui aurait la prétention
« mais de rinfaillibilité de rantoiité enieignaiite du pontife ro-
« main Le oonoile ne parle donc pas ici de la penonne privée du
M pape, qni certes peat tomber dans rerreor, mais il considère le u pape avec sa prérogative de suprême et universel pasteur et doc- « teur de l'Eglise, et il ne lui attribue l'infaillibilité que dans les M cas où, en cette qualité, il définit du haut de ta chaire apostolique, ** en s'adressant à toute TEglise, une doctrine touchant la foi ou les M mœurs obligatoire pour tous les chrétiens. U enseigne que Fin- « faillibilité jointe à Texercioe de Tautorité enseignante du pape M consiste dans «m srâet éPéUUf dans une assistance spéciale du « Saint-Esprit, qui préserve le piq;>e, comme suprême docteur des u chrétiens, de toute erreur dans les matières de foi et de mœurs, « et le maintient dans la vérité de la doctrine traditionnelle; il en- « soigne enfin que rin&illibilité de Tautorité enseignante du pape M s'étend, à rezdusion de tout antre objet, uniquement aux vérités « divinement révélées do la religion chrétienne ; car le Saint-Etprit « ne lui a pae étépromie pour quUl publiât, d'âpre» une révélation paru ticulière qu*il emroit regm, une doctrine nomelle, mede pour que^ avec M son a»9ist4Mce, il gardai aaintement et espoeàt fidtlement la rihélalioi^ M tranemiee par ke apôtree, c^eeê-à-'dire le dépôt de la foi, (Conc Vatic. u de Infall, Rom. PonHf, Mag, Gonst. K\ c. 4.) H n'j a donc « point d'infidUibilité personneUe du pv^^ mais seulement une in- « faillibilité de l'autorité «iiMiomafito (c'est-à-dire officielle) du pi^; u et encore cette infaillibilité ne t'étend-eUe qu'à la révélation déjà « donnée de Dieu, c'est-à-dire au dépôt de la foi. On émet encore « une assertion complètement fitusie et purement gratuite quand on « affirme que la définition rendue par le concile a transformé le pape « en monarque absolu dans l'i^liaB, qu'elle a séparé de lui le reste « des évêques; chose impossible, car on ne saurait séparer le corps c de la tête dans cette autorité enseignante, divinement instituée, « qui repose dans le pape et dans les évêques unis à leur chef. >*
Cette instruction pastorale a 'été signée par NN. SS. *les évêques de Sion, de Lausanne, de Coire, de Sidnt-Gall et de BAle, Mgr MermiUod, évêque d'Hébron, auxiliaire à Qenève, Févêque de Bethléem abbé de Saint-Maurice, et Tévêque d'Antipatris, auxiliaire à Coire Précédemment, les évêques d'AJlemagne avaient aussi publié une lettre collective dans laquelle ils expliquent précisément dans le même sens le décret du concile.
Puissent cev commentaires, si précis et si autorisés, dissiper les malentendus qui peuvent encore exister sur crtte question, et ramener la paix, avec la plénitnd» da la soùnisuoD/dMis les Imei troublées!
d'être la véritable Église catholique, parce qu'elle se rattacherait plus fidèlement, dit-elle, aux anciennes traditions.
Les vieux catholiques de Munich n'auront pas meilleure fortune que cette église catholique française qui, fondée il y a trente-cinq ans, n'est plus qu'un souvenir des erreurs du passé (1).
L'Église catholique est de tous les siècles, comme elle est pour toute la terre; elle n'admet pas ces distinctions chronologiques ou géographiques sous lesquelles on voile Tasprit de schisme et de révolte* On est catholique ou on ne l'est pas, mais on ne peut pas être, comme en politique, catholique de la veille ou catholique du lendemain : il faut être catholique sans épithète et sans phrase.
Qu'est-ce d'ailleurs qu'une Église catholique à laquelle feront défaut ces caractères d'unité, d'universalité etd'apostolicité qui sont les notes authentiques de l'Église de Jésus-Christ?
Dans son Avertiisemmi aux protêêtanti êwr VApocalyps$y Bossuet avait répondu d'avance à oenz qui prétendaient que décréter le pape infaillible, c'était le faire Dieu. Ce pasiage du grand év6que est fort peu connu et mérite d'être mis en lumière. « Peut-on dire sérieuse- M ment, demande-t-il, que de croire ou d'espérer avec quelques-uns M que Dieu ne permettra paa qu'un pape décide en faveur de Terreur, tt ce toit en faire un Dieu, et non pas un homme assisté de Dieu, u afin que la vérité soit toujours p rêchée dans l'Eglise par celui qui M doit en être la bouche ? Cessons de perdre le temps à résoudre des « objections qu'on ne peut faire sérieusement, t (Bossnsr, éd. Lâchât, t. m, p. 98.)
(1) Les journaux religieux ont donné les actes du congrès tenu à Munich au mois de septembre 1871 par les aît'Katholik$n.
Qu*e8t-ce qu'otie Église catholique, bâtie en dehors de cette pierre mystérieuse sur laquelle le Sauveur a lui-même établi la société chargée par lui de continuer sa mission sur la terre (1) î
En d'autres termes, qu*est-ce qu'une Église catholique sans le pape et sans Tépiscopat ?
Et surtout qu'est-ce qu'une Église catholique dont ie premier acte est une rébellion ouverte contre le souverain pontife et contre les évêques ?
Quand Paris révolté a voulu se dire la France, on ^tceqiieropinionapensédecette tentative criminelle et insensée de schisme politique. La France était là où était sa représentation nationale librement élue, son gouvernement légitimement constitué, sa magistrature fidèle, son armée et son drapeau.
Je dis de même, et toute la tradition le dit avec moi : relise est là où se trouvent son chef visible, vicaire de Jésusr Christ et successeur de S. Pierre, sa hiérarchie et Timmense majorité de ses fidèles; etla tentative de Munich est à TÉglise ce que la Commune de Paris a eu la prétention d'être à la France.
(1) lire la heUê lettre de S. Jérôme an pape Daouuse, écrite vers 376. Rgo mlhim prtffium, nisi ChrUtum êequeru BecUitttdini tuœ^ ii est Caihedrœ Pétrie cùmmunUme contoctor. Super illam Petram ceâificatam Ecclesiam scio, Quiicumque extra hanc domum agnum comederit^ profanus
est. Si qws m Nos arca non fuerit, peribit régnante dilwio Non novi
Vitalem^ Meletium respuo, ignoro PauUnum. Quicumque tecum non eolligit^ spargit, hoc est qui Christi non est, Antichristi est. (S. Hiebok. Ep, 15«, illias 57". ) Si çnû Cathedrœ Pétri jungilur, meus est, (Id. Ep, 16«.)
Prions tous. Messieurs, vous dirai-je avec l'immortel évêque de Meaux, « prions tous ensemble « que ce qui doit finir finisse bi'intôt» Tremblez à « Tombre même de la division (1). »
Oh ! oui ! dans cette crise douloureuse que traverse le monde, TÉglise seuie peut rallier les efforts des hommes de bonne volonté contre Taudace des ennemis de Dieu et des destructeurs de tout ordre, de toute société! Quel malheur, en un tel moment, de diviser nos forces et de nous afEaiblir par des querelles intestiiaes, quand, de toutes parts, les adversaires montent à l'assaut de la cité sainte et menacent le monde des derniers malheurs ! Rallions-nous donc tous derrière l'étendard de la sainte Église, et si nous aimons vraiment nos
(1) BosstJET. Sermon sur Vunité. Dans on autre sermon sur VEglise, qui est moins connu que le fameux discours sur Vunite, Tévêque de Meaux a dit ces simples et fortes paroles très-opportunes à rappeler en ce moment :
<« Voulez-vous entendre la Térité, allez au sein de Tunité, au K centre de la charité. Nous sommes membres d'un même corps^ M cherchons tous ensemble ; laissons faire les fonctions à chaque « membre. Laissons voir Iôs yeux, laissons parler la bouche. Il y a « des pasteurs à qui le Saint-Esprit même a appris à dire sur toutes « les contestations qui sont nées : il a plu au Saint-Esprit et à « nous. {Act, XV, 26.) Arrêtons-nous là, chrétiens. » (Bossuet, Sermon sur VBglise, pour le samedi après les Cendres.)
D'un autre passage du même sermon j'extrais encore ce qui suit : « L'Eglise a parlé, c'est assez. Cet homme est sorti de l'Eglise : il « prêche, il dogmatise, il enseigne. Que dit-il? que prêche-t-il? ¥. Quelle est sa doctrine? 0 homme vainement curieux, je ne m'in* M forme pas de sa doctrine. Il est impossible qu'il enseigne bien « puisqu'il n'enseigne pas dans l'Eglise. »
frères, souffrons tout, commele dit S. Augustin, pour défendre et garder son unité (1).
Quant à nous, qui avons reçu mission d'enseigner les fidèles, nous voulons mettre notre gloire à être les plus humbles, les plus soumis, les plus sincèrement obéissants de tout le troupeau ; et, à l'exemple de S. Paul, jusqu'au terme de notre carrière apostolique, tant que notre voix pourra se faire entendre pour prêcher rÉvangile,[nous jurons « de « garder Tunité de l'Esprit dans le lien de la paix. » Solliciti servare unUatem Spiritus in vinculo pacis. (Eph. IV. 3.)
(I) Qai diligit fratrem, tolérât omuia propter tmitatem. (S. Aua. ffi ÉpitUJoann. Traot« I, n* 12.)