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le pourvoyeur oflBciel des débauches où se mêlaient les princes et les peuples.
Non, il ne faut pas se laisser vaincre par Je mal en perdant tout courage pourjle présent, tout espoir pour l'avenir.
Que serait devenue l'Europe, je vous le demande, si, après la crise terrible du iv' siècle, les hommes d'intelligence et de cœur s'étaient découragés, s'ils avaient dit : C'en est fait de la société ; tout est perdu ; il n'y a plus qu'à mettre sa tête dans ses mains et à attendre dans un morne désespoir la fin de toutes choses?
L'Eglise eut alors la gloire de ne pas désespérer de la civilisation ni de l'avenir. Avec la tâche difficile du défrichement des forêts, elle entreprit la tâche plus difficile encore du défrichement des âmes*
A force de persévérance et de travail elle y réussit. Maïs que de fois son œuvre fut interrompue, ses efforts contrariés ! Que de fois les passions humaines conjurées essayèrent de lui faire rebrousser chemin, et de ramener sous mille formes différentes la barbarie vaincue ! L'Eglise a ten'u bon et ne s'est pas laissée vaincre parle mal. Vous avez vu quelquefois dans les forêts ces fourmilières qui établissent au creux des vieux ormes leur populeuse et remuante cité. Quelle activité, quel travail dans la petite république pour la construction des demeures qui
devront abriter les nouveau-nés. Toutes coopèrent à Tœuvre commune ; et l'édifice intérieur se construit à vue d'oeil. Survient un passant qui, soit inattention, soit méchanceté, détruit d'un coup de pied, en un instant, le travail de plusieurs jours, de plusieurs semaines peut-être. Vous croyez que les fourmis vont se décourager et se disperser en renonçant à l'œuvre commencée? En aucune façon. Le premier moment d^émoi passé, elles reprendront les matériaux dispersés et relèveront l'édifice détruit, jusqu'à ce qu'il soit définitivement achevé.
Ne soyez pas choqués, mes frères, de la familiarité de cette comparaison. C'est l'Esprit-Saint qui nous renvoie à l'étude et à l'imitation de la fourmi, Vade adformicam^ o piger (1). Nous pouvons donc demander à ce petit peuple de nous apprendre la persévérance dans le travail et la science de ne pas nous déconcerter au milieu des accidents de la vie.
Mais il ne suffit pas, mes frères, de ne pas nous laisser vaincre par le mal ; pour nous élever à toute la hauteur de l'inspiration chrétienne, il faut que nous soyons résolus à vaincre le mal parle bien. Ainsi, nous, mes chers compatriotes, nous, enfmts de cette France qui, vaincue, est traitée avec tant de barbarie et de dureté, ne disons janiais : Quand
(1) Pt09. TI.
nous serons les plus forts, nous rendrons à nos ennemis tout le mal qu'ils nous ont £edt.
C'était, je le sais, la loi juive de prendre œil pour œil, dent pour dent, et l'auteur du psaume 136', écho des haines nationales, proclame bienheureux celui qui rendra à Babylone tous les maux qu'elle a &its à Jérusalem, et qui, se saississante de ses petits enfants, les broiera contre le rocher (1).
Nous,les disciples de la loi nouvelle et les enflants de Jésus-Christ, nous ne pouvons avoir de tels sentiments.
Cette loi si dure du talion judaïque, nos ennemis nous l'appliquent cm ce moment dans toute son inexorable rigueur. Ils se souviennent du Palatinat, incendié de la façon la plus barbare par les ordres de Louvois. Ils se souviennent des horreurs commises dans leur pays par les armées françaises sous Louis XIV, et au temps du premier empire. Ils ont juré de nous rendre le mal pour le mal.
Us s'en acquittent consciencieusement, on peut leur rendre ce témoignage, et si l'histoire ne doit être qu'une série de continuelles représailles, l'Allemagne de 1871 se venge bien de la France de 1689 et de 1813.
Mais c'est précisément parce que Dieu ne veut
(11 Filia Babylonis miserai beatns qui retribuet tibi retributionem tnain quam retribuisti Dobis ! Beatus qui tenebit et allidebit panmlos tuos ad petram I (Ps. czxxYi, 8-9.)
pds que les peuples touroent continuellement dans ce cercle de fer qui s'appelle' la vengeance ou le mal rendu pour le mal, que je veux exhorter ma patrie à vaincre le mal par le bien.
Ohl non; à Dieu ne plaise que j'aime si peu la grandeur et la vraie gloire de la France, que Je souhaite de la vok* un jour traiter ses ennemis comme elle est traitée par eux aujourd'hui.
La terre est au plus doux, et son aux plus barbares.
(V. de Laprade.)
D'ailleurs, la question de la force et de la victoire n'est pas tout. Il y a aussi celle de l'honneur, de l'élévation et de la. générosité des sentiments. C'est sur ce terrain qu'il fftut savoir vaincre les barbares.
Les imiter, ce ne serait pas les vaincre t. ce serait se traîner servilement à leur suite, comme autrefois les vaincus suivaient à Rome le char du vainqueur. Quant à moi, j'entrevois pour notre chère France un autre idéal, plus d^e de son ps^, plus digne de la mission qui lui a été confiée dans le monde. .
Vaincue, elle a été foulée aux pieds, et pour^uifaire du mal tout a été mis en œuvre contre elle.
Victorieuse, et elle le redeviendra un jour, il faudra qu'on voie en elle cette splendeur de justice, d'honneur, d'humanité, qu'ont ternie, à leur grand
détriment, qos ennemis de Theure présente.
Le génie de la France se croirait déshonoré, si, pour assurer le triomphe de ses armes, il renouvelait les honteuses traditions dés guerres païennes en faisant massacrer les enfants, les femmes, les vieillards, les mçilades, les êtres inoffensifs (1).
Allez! vous pouvez être les plus forts. Mais dès maintenant vous êtes déshonorés ! Et quand vous feriez la conquête du monde, cette conquête no vous rendrait pas ce que vous avez perdu. Pour moi j*aîme mieux nos ruines avec l'honneur sauf, que des triomphes dont un jour l'histoire vous forcera à rougir.
Encore une fois, lorsque notre expiation sera consommée et que la vôtre commencera, à Dieu ne plaise que nous vous rendions ces cruautés : tfoli vinci a maloy sed vince in bono malum.
Si la souveraine justice de Dieu vous inflige un jour les mêmes maux que vous nous avez fait souffirir, je lui demande de choisir pour instrument de votre punition quelque autre peuple.
Mais j'espère que nous, enfants de la France, nous aurons horreur, à tout jamais, de ces cruelles représailles.
(1) Il n 7 a guère en^ on le sait, d'antres viotimtts du bombardement de Paris par les Allemands, en janvier 1 87 1, que des femmes, des enfants, et les blessés ou les malades dans les ambulances et les hôpitaux. X^es projectiles lancés par les terribles canons Erupp passaient pardessus] les remparts, et n*ont que par aceident frappé les belligérant.^*
Puissions-nous, toujours fidèle à la vraie InissioI^ des peuples chrétiens, ne nous venger de vous qu'en vous inondant de lumière et de charité, en. vous faisant comprendre ce que c*est que la justice' et ce que cest que la miséricorde !
Allemagne, si jamais tu devais être viirîtée par: la rude épreuve de l'adversité, je serais le premier à demander au cœur fraternel de la France de t'envoyer ce qu'elle a de meilleur et de plus doux pour panser tes plaies et pour te dire :
Ma sœur, — car en Jésus-Christ toutes les nations^ sont sœurs, — ma sœur, tu m'as foulée aux pieds„ tu m'as visité par le fer et par le feu, tu as été pour moi la nation cruelle et sans miséricorde (1). Mais je suis chrétienne etje te pardonne. Recommençons^ une nouvelle lutte , une lutte dans laquelle je te promets de ne pas me laisser vaincre, car elle: consiste à rendre le bien pour le mal. Noli vinci a malo; sed vince in bono malum. Amen.
(1) Poptilus yenit ab t^nUone; crudQles snnt et itnmisericordeft Uertm, L, 41-42),