CHAPITRE VIÎ
Éducation
L'éducation dans l'Inde est une des questions les plus intéressantes qu'on soit à même d'étudier. En présence des différences de races et de religions avec lesquelles le gouvernement anglais est obligé de compter, on se demande comment il est arrivé aux résultats déjà obtenus'. L'Hindou, en général, n'a pas repoussé l'éducation européenne; intelligent et pratique, il l'a favorablement accueillie, comme lui facilitant des débouchés dans la vie et des carrières honorables, tout en réservant soigneusement ses convictions et en obligeant au respect de ses susceptibilités de Castes. Quant au Musulman, il a paru longtemps résister ; ses préoccupations religieuses, ses traditions sont autant de barrières qui semblent s'opposer à toute fusion sous un système commun d'éducation et le pousser souvent à méconnaître l'utilité des connaissances de l'Occident ; de sorte que, sauf dans certaines provinces du N.-O. et de l'Ouest, il y a plus d'Hindous que de Musulmans dans les divers services du gouvernement*. Ne sont-ce pas du reste des difficultés analogues que nous rencontrons en pays
' D'après le dernier Ccnsus (1891X aar 261,838,296 individas, on compte : 3,195,220 en cours d'étude (2,997,558 hommes, 197,662 femmes) ; 12,097,530 sachant lire et écrire (11,554,035 hommes, 543,495 femmes); 246,547,176 illettrés (118,819,408 hommes, 127,727,768 femmes), soi 94,16 0/0 d'illettrés. — Pour les femmes dans les deux communaatës, Hindouisme et Islamisme, qui, presque à elles seules font l'Inde, le nombre des illettrées est de 100 0/0.
* Voyez pour l'éducation. Sir John Strachey, L'Inde. Préface et traduction de J. Harmand. Paris, 1892. Lecture VII, pp. 162-196.
chrétien? A-t-onpu facilement faire accepter à des gens même éclairés une éducation séparée de l'enseignement de rÉglise? Voudrait-on alors que les adeptes de religions asiatiques plusieurs fois séculaires et même millénaires se résignassent du premier coup à répudier leurs anciennes traditions? Brahmanes ou Mollahs sont les dépositaires autorisés de la saine orthodoxie et se croient obligés d'enrayer tout mouvement libéral.
Le gouvernement anglais, avec un grand sens pratique, s'est abstenu de porter atteinte aux convictions des indigènes, de faire disparaître les idiomes locaux ou d'effacer les gloires des littératures nationales; aussi les défiances tendent-elles à disparaître et la bonne entente à s'affirmer de plus en plus.
Entre toutes les races réunies dans les provinces anglaises du vaste Empire indien, celle des Parsis possède à un degré très remarquable les qualités d'assimilation les plus rares et les plus précieuses, et elle a bénéficié largement du nouveau système d'éducation européenne qui cherche à prévaloir et à supplanter l'ancien. Ce système vaut à lui seul une étude approfondie à laquelle il ne convient pas de se livrer ici. Toutefois nous ne croyons pas inutile de résumer ce qui a trait à la Présidence de Bombay ; on comprendra mieux la place que lesParsis so sont faite dans le mouvement intellectuel contemporain. Pour cela, retournons un peu en arrière.
Quand l'autorité de la Compagnie des Indes fut établie \ elle se trouva en présence de quatre anciennes méthodes d'éducation : 1^ l'enseignement donné par les Brahmanes à
* C'est Warren Hastings, le premier Gouverneur Général au Bengale^ qui eut l'honneur de fonder le premier collège (1782) et de l'entretenir à ses frais pendant plusieurs années; en 1791, on en établit un second à Bénarès; l'un et l'autre avaient pour but de mettre les Hindous et les Musulmans à môme de se rendre aptes À un service public. Voy. Col. G. B. Malleson, Life of Warren Hastings^ first Gooernor General of India, 1894.
leurs disciples; 2^ les Tols ou centres de science sanscrite ; 3*^ les Maktahs et Madrasas ou écoles et collèges des Musulmans ; 4*» les écoles de village. — Laissons de côté les développements de l'instruction dans les autres provinces pour ne nous occuper que de la Présidence de Bombay*.
L'histoire de l'éducation s'y divise en six périodes. La première s'étend jusqu'en 1825, quand fut mise en vigueur la clause du Charter Act de 1815 attribuant annuellement un lakh de roupies pour les besoins de l'instruction. C'est alors qu'on remarque dans l'Inde entière, et surtout dans la Présidence de Bombay, l'activité toujours croissante des missionnaires chrétiens avec la protection de l'État. Les Catholiques continuèrent leur œuvre commencée sous la domination portugaise. The American Missionary Society ouvrit une école pour les garçons en 1814, et dix ans plus tard la première école pour les filles (natives) à Bombay. L'Église Écossaise était à l'œuvre à Bombay et dans le Konkan ; The London Missionary Society s'établissait à Surate et dans les autres villes du Goudzerat; The Church- Missionary Society s'étendait jusqu'au Deccan, au Konkan et au Sind, tandis que The Irish Presbyterian Missionary Society se cantonnait dans le Kàthiàwàr. The Bombay Education Society, alimentée par des donations volontaires, était établie en 1815, et The Native School and Book Society en 1822.
Mountstuart Elphinstone fut appelé le premier à présider The School Society ; ayant obtenu des subsides de l'État, il s'efforça d'organiser et d'étendre l'instruction*. C'est lui aussi qui fit retour d'une partie du dakshina ou don des Peichwahs à sa destination primitive, c'est-à-dire à rencouragement de l'instruction à Pounah^ qui défendit et justifia
* Nous avons vu supra, p. 49, qu'on se sert du terme présidence dans les actes ofiQcîels; mais il n\y a plus ni président ni conseil comme au début de l'administration de la Compagnie.
* Report of thc Indian Education Commission, p. 12.
la création du Poona Sanskrit Collège, récemment fondé dans la capitale des Mahrattes (1824) \
La seconde période fut close en 1839, quand lord Auckland publia la Minute qui termina la longue controverse entre les Orientalists et les Anglicists. Les Orientaliste, qui réclamaient la continuation des anciennes études classiques orientales, furent battus; la victoire des Anglicists fut due en partie à Lord Macaulay qui se servit de sa haute influence comme membre du Conseil du Gouverneur général pour faire adopter cette déplorable conclusion : à savoir que les études orientales n'avaient besoin d'aucun encouragement de la part de TÉtat.
Cette période fut à proprement parler une période de lutte et d'émulation entre les divers comités (1825-1839). UEIpIdnstone Collège, malgré ses ressources, ne prospérait guère; les Districts Schools dans le Goudzerat, enlevées à la surveillance de la Native School Society et placées sous celle de fonctionnaires locaux, périclitaient. C'est alors que le gouverneur de Bombay créa un service spécial et forma un Doard of Education de six membres, dont trois furent nommés par le Gouvernement et trois par la School Society (1840). L'histoire de l'éducation dans la Présidence, de 1840 à 1855, est celle de ce Board; l'homme d'action, Sir Erskine Perry, Chief Justice de Bombay, en fut le président (1843-1852). Grand partisan de l'éducation supérieure, il estimait qu'en concentrant les subsides du gouvernement au profit des hautes classes on agirait sur les masses, en vertu de la downward infiltration^. Grâce à son initiative, le nombre des écoles anglaises fut doublé, et l'on obtint de la part des élèves une assiduité satisfaisante. Signalons à cette époque la fondation du
^ Mémorandum on ihc Origin and Deoelopmeni of the Poona and Deccan Collèges. Ce mémoire est de la plus haute importance et montre les rares qualités d*éducateur d'Eiphinstone.
* ^.'instruction, disait-on, filtrerait de haut en bas et FéducatioD des
Grant Médical Collège et l'addition d'une branche anglaise au Poona Sanskrit Collège^ connu maintenant sous le nom de Deccan Collège.
Avec VEducational Despatch de la Cour des Directeurs se trouve close la première époque de l'histoire de l'éducation dans l'Inde (1854). On soupçonna John Stuart Mill d'en avoir été l'instigateur ; l'honneur en revient surtout à Sir Charles Wood, plus tard Lord Halifax. Les principes en furent acceptés et confirmés par le secrétaire d'État en 1859, après que les pouvoirs de la Compagnie lui eurent été enlevés par YActfor the British Government of India et passés à la Couronne. Dès lors l'éducation des natifs fut considérée comme un devoir qui s'imposait \ On réclama des Universités dans les villes de chaque Présidence, des départements séparés pour l'instruction dans chaque province et l'inspection régulière des écoles confiées à des délégués du Gouvernement. L'Education Department de Bombay fut formé lors de la publication du Despatch* (1855). Les traits caractéristiques de cette période, la quatrième (1855-1870), furent l'extension de l'instruction secondaire et l'encouragement donné aux High-Schools, écoles dans lesquelles l'anglais fut reconnu comme moyen d'instruction dans les classes d'enseignement supérieur, et les langues indigènes dans les classes élémentaires; de plus, on devait enseigner l'anglais partout où on le réclamerait.
Le Department of Public Instruction s'efforça d'abord de concentrer entre ses mains la direction des études; tout en
classes supérieures réagirait sur l'ignorance du reste de la population. L'instruction primaire fut presque complètement mise de côté, sauf dans les provinces du N.-O., où le Gouverneur J. Thomason jeta les fondements d'un vaste système d'écoles élémentaires de village.
^ Chaque province possède un département spécial de l'instmotion (Educational Department) sous les ordres d'un fonctionnaire appelé Director, assisté d'un personnel nombreux chargé de l'administration des bourses et des subsides.
* Report oftheindian Education Commission, p. 33.
continuant les traditions du Board, il n'accordait qu'en 1863 des subventions {grants-in-aid) aux institutions des missionnaires et des professeurs libres, et enfin, en 1865, la libéralité des subventions était suffisante pour donner de réian à l'initiative privée. Dès 1857, la fondation de l'Université de Bombay^ avait permis d'exercer une influence sérieuse et un contrôle efficace sur le cours des études de la Présidence entière'.
En 1871, la cinquième période s'ouvrit par le transfert du
^ En 1857^ on créait les Universités de Calcutta, de Madras et de Bombay, et, en 1887, celle d'Allahabad. Ces universités sont des corps d'examinateurs et non des corps d'enseignement comme celles d'Oxford et de Cambridge. Leur constitution est copiée sur l'Université de Londres. En 1882, une Université fut fondée à Lahore (Pundjab) avec une organisation différente. C'est à la fois un corps d'enseignement et d'examen \
* Les Arts Co//e<;es* affiliés à l'Université de Bombay sont au nombre de neuf : le Deccan Collège ^ à Pounah, et V Elphinstone Collège à Bombay, sous la direction du Gouvernement ; les Rajaram et Sànialdds Collèges, soutenus par des états natifs; quatre sont aidés par le Gouvernement : le Collège oftheFree General Assenibly of the Kirk ofScotland (Wilson Collège) et celui de Saint-Xacier, le Gujarat Collège à Ahmedabad et le Sind Collège à Karachi; enfin le Fcrgusson Collège, à Pounah, ne reçoit pas de subvention. Pour les spécialités, citons le Laio Collège à Bombay, le Laïc Class au Deccan Collège, le Grant Médical Collège à Bombay, le Collège of Science à Pounah devenu le Civil Engineering Collège.
^ L'examen d'entrée donnant droit à rimmatriculation est ouvert à tout le monde. Il porte sur l'anglais, une langue classique ou indigène, l'histoire, la géographie, les mathématiques et, à Madras et à Bombay, sur les éléments des sciences physiques. Les candidats sont ordinairement âgés de seize à dix-huit ans, et, d'après les observations de V Éducation Commission, les connaissances exigées sont équivalentes à peu près à celles d'un jeune Anglais de seize ans d'intelligence moyenne. Cet examen, subi avec succès, donne accès à tous les collèges afliiics aux universités. Après deux ans d'études le jeune homme peut se présenter au premier examen es arts, qui comprend l'anglais, une langue classique (européenne ou orientale), l'histoire, les mathématiques, la logique, et, facultativement, une des branches des sciences naturelles. Deux années plus tard, il peut se présenter aux examens du n. A. degrce (Bachelières .Vrts). Ou délivre des diplômes es arts, es lois, médecine, d'ingénieur civil. Le m. a. deg rce (msiiire es arts) couronne les études complètes; il porte sur une ou plusieurs des matières suivantes: les langues, l'histoire, la philosophie et la morale, les mathématiques pures ou appliquées, les sciences physiques.
' Les collèges affiliés sont de deux sortes : ceux qui ne poussent pas les étudiants au delà du premier examen es arts et ceux qui forment des bacheliers et des maîtres es arts.
contrôle de réducation, d'après le projet de décentralisation do lord Mayo, aux gouvernements locaux, et il se produisit un redoublement d'ardeur en faveur de l'instruction primaire, base nécessaire de tout progrès (1871-1883). En 1882, VIndian Education Commission s'efforça de consolider les divers systèmes que Texpérience avait démontré devoir être les meilleurs suivant les besoins locaux, en tenant compte de toutes les classes et de toutes les races, et traça les grandes lignes d'après lesquelles les divers départements de l'Instruction publique pouvaient se développer pour former un système d'éducation vraiment national.
Lord Reay, en arrivant aux Indes (1885), s'attacha spécialement à l'éducation primaire\ La théorie de la downward filtration avait été reconnue comme peu profitable, tandis que Textension de l'éducation primaire devait produire au contraire un développement de tendance uptcards. En 1853,
^ « La routine quotidienne d*ane école indigène hindoue est à peu près la même dans toute la Présidence. Chaque matin, vers 6 heures, le Pantoj'i, qui est parfois un Brahmane et le prêtre de beaucoup de familles dont les enfants suivent Técole, fait sa ronde dans le village et réunit ses élèves, ce qui lui prend un certain temps ; dans telle maison, Tenfant ne veut absolument pas aller à Técole; dans telle autre, les parents ont toutes sortes d'instructions à donner au sujet de l'opiniâtreté de leur fils; dans une troisième, on lui demande d'administrer une punition illico. Dès qu'il a rassemblé un nombre d'élèves suffisant il les emmène chez lui. Pendant la première demi-heure, on chante une invocation au Soleil, à Sarasvati, à Gaupati ou à quelque autre divinité. Après cela, les garçons, qui savent écrire tracent les lettres de leurs Jcittas ou cahiers avec une plume sèche; le but de cet exercice est de donner un libre jeu aux doigts et au poignet et de les accoutumer à tracer la courbe des lettres. La leçon finie, les garçons commencent à faire des copies, et les plus jeunes enfants, dont on ne s'est pas encore occupé et qui n'ont été jusque-là que de simples spectateurs, sont pris en main par le fils du mattre ou par un des plus anciens élèves. Le maître lui-même se consacre spécialement à un de ces anciens et à ceux dont il a annoncé devoir faire l'éducation dans un temps donné. Tous les élèves sont assis dans une petite chambre ou vérandah, et la confusion des sons s'élevant de trois ou quatre rangées de gamins lisant et criant à la fois, dépasse tout ce que l'imagination peut concevoir. » {Report ojthe Indian Education Commission j p. 65.)
\q Board of Education avait enfin accepté de s'occuper de l'instruction primaire d'une manière efficace. Quelque défectueuses que fussent les méthodes, on les maintint, et l'on s'appliqua à encourager les écoles indigènes. On avait tenté d'ouvrir cette année là-même une école dans chaque ville ou chaque village de la Présidence, à condition que les habitants payassent la moitié du traitement du maître, bâtissent l'école et achetassent les livres scolaires. Des tournées d'inspecteurs avaient été organisées ; on choisit d'excellents maîtres; mais on négligea totalement les institutions populaires, les écoles de villages indigènes qu'on laissa dans la plus grande souffrance.
Lord Reay, malgré les défectuosités des anciennes méthodes, loin de les proscrire radicalement, s'attacha à y apporter des améliorations, plutôt qu'à créer de nouveaux établissements primaires. Il se tourna ensuite vers l'instruction secondaire dont il s'efforça de diriger les études comme préparations aux examens de l'Université. C'estdansles Reports oftlie Indian Education Commission qu'on trouve l'histoire entière de l'éducation dans la Présidence de Bombay, résumée avec beaucoup de soin par Sir W. W. Hunter, dans le chapitre VI de son livre sur Bombay, qui nous a guidé jusqu'ici \ Nous y renvoyons pour l'histoire de la fondation des divers Collèges et autres établissements dus aussi bien au Gouvernement qu'à l'initiative privée ; on y verra la manière habile avec laquelle le gouvernement se désintéressa peu à peu de l'administration des Écoles et des Collèges pour n'en conserver que la surveillance et ne remplir pour ainsi dire que
^ Voyez pour réducation dans Tlnde : Statement cxhibiting the moral and maierial progress and condition of India during the year 1894- 95. 31*' number. Ordcred, by the House of Gommons, to be printed, 8 June 1896 ; et pour l'éducation dans la Présidence de Bombay : Sm W. W. Hunter, Bombay, 1885-1890, A Study in Indian Administration j ch. VI, pp. 126-188 ; à consulter aussi le Report ofthe Director of Public Instruction in the Bombay Presidency for the year 1894-95,
le rôle d'un aimable visiteur et d'un critique bieuTeilIant (p. Khi), enfinles efforts du Gouverneur pour développer les études agricoles \ la science vétérinaire', les arts du dessin ', l'instruction pratique, les industries techniques * et ses soins pour l'instruction des Musulmans, des Castes inférieures et des Tribus aborigènes.
Les Parsis, après leur exode et leur établissement dans l'Inde, continuèrent sans doute à se servir de leur propre langue ; mais, peu à peu, entourés qu'ils étaient de populations étrangères, ils l'abandonnèrent pour adopter le guzerati ', dialecte des Hindous avec lesquels ils vivaient, et l'étude du persan fut réservée à un petit nombre d'érudits qui s'y
^ Poona Collcfje of Science.
' Bomba// Veterinarr/ Collège.
' Jani8e(/ee Jeejcebhoy School of Art.
* Victoria Jubilec Technical Instituic.
' Le guzerati appartient à la grande famille des langues ariennes et est proche parent du Mabratti, de l'Hindi, du Bengali, du Panjabi, etc. Cette parenté consiste dans les points suivants : (a) ces langues possèdent toutes des termes sanscrits en nombre à peu près égal ; (6) tous les verbes auxiliaires, quoique différents comme terminaisons, peuvent se retrouver dans le sanscrit ; {c) ainsi que les pronoms, adverbes, conjonctions et pH'posi lions (a rexception des dérivés de l'arabe) ; (d) beaucoup de mots familiers ou d'usage domestique sont communs à toutes ces langues.
En ce qui concerne les mots en guzerati, pour ne donner qu'un seul
exemple, près des trois quarts de ceux commençant par % k sont sanscrits. Bien que l'élément sanscrit domine, on reconnaît aussi l'introduction de termes arabes et persans qui ont été apportés par Fhindoustani, et qui ne sont pas employés seulement par les Parais^ mais encore par les Ahinadabadis. Quelques mots viennent également des idiomes européens; d'autres ont leur origine dans le zend et le pehlvi et sont surtout en usage chez les Parsis. Quant à cet élément, distinct du sanscrit, indr'pendant de l'Arabe el du Persan, et que nous appellerons scythiquc ou touranicn (?), il est représenté par les mots commençant par
les lettres cérébrales et le Jiy'Aa, ainsi que par les particules d'imitation simples ou redoublées.
Le guzerati, tel qu'il est usité par les Parsis, a subi quelques transfor-
appliquèrent d'une manière toute spéciale et toute savante. L'instruction ne dépassait pas la lecture, l'écriture et l'arithmétique. Le contact des Européens, à Surate^ excita chez les Parsis le désir déparier couramment Tanglais, désir né d'ailleurs de leur intérêt même qui, pour les besoins de leur commerce, exigeait la connaissance de l'idiome des gens avec lesquels ilstrafiquaient. Ce ne fut toutefois qu'au commencement du siècle, quand les Eurasiens^ se mirent à la tête d'écoles anglaises à Bombay, que les Parsis comprirent, certains du moins, les avantages d'une éducation occidentale. Le premier pas dans ce sens fut fait à Bombay, comme nous l'avons vu {suprà, p. 294), par l'établissement de la Bombay Native Education Society sous les auspices de Mountstuart Elphinstone. Les Parsis virent clairement les bienfaits que les natifs étaient en droit d'attendre de cette admirable ins-
niations ; les mots persans y sont plus nombreux ; en outi-e, certaines lettres de l'alphabet ne sont ni inscrites ni prononcées par les Parsis comme par les Hindous ; ainsi les Parsis ne font pas de différence entre
les lettres 2 (fa) et ^ (ta) qui correspondent au t dur et doux de l'anglais ; il en est de môme de la lettre ^ na qui correspond à Vn anglais, ainsi que la lettre Ul na, et toutefois le VJl et le •! sont prononcés
par les Parsis sans distinction, comme le •^ , tandis que les Hindous en font sentir la différence. Ces nuances regardent les Parsis de Bombay et desenvirons plutôt que ceux des districts éloignés, du Katbiawar par exemple, qui, n'étant entourés que d'Hindous, parlent le guzerati avec la prononciation purement hindoue. Les Parsis se sont longtemps servis du guzerati mélangé de persan ; le premier qui a cherché à se rapprocher du guzerati hindou, c'est M. K. N. Kabraji. Un poète de grand mérite, M. B.-M. Malabari a pris rang également parmi les meilleurs auteurs guzeratis et a travaillé à faire disparaître la différence fâcheuse qui a existé si longtemps entre le guzerati parsi et le guzerati hindou. Citons également dans ce sens les efforts et les succès de M. J. A. Taleyarkhan.
Quant à l'étude du persan, elle a reçu depuis quelque temps une heureuse impulsion ; une Société s'est fondée pour en propager l'étude en dehors de l'enseignement régulier des madrasas*
^ Nés d'un père européen et d'une mère indienne.
302 ANNALES t)U MUSÉE GUIMEt
titution et pénétrèrent la pensée de son éminent fondateur, qui, par rinstruction, voulait les amener à prendre part à Tadministration du pays ; aussi quand Mountstuart Elphinstone se retira (1827) \ ils furent du nombre de ceux qui coopérèrent à la fondation d'un établissement pour perpétuer à jamais le nom de l'homme de bien qui le portait si dignement'. Cet établissement fut assidûment fréquenté par les Parsis qui ne négligeaient aucune des occasions de s'instruire qui leur étaient offertes*.
Nous avons vu que les parents ne craignaient même pas d'envoyer leurs enfants chez les missionnaires chrétiens ! Bientôt, d'ailleurs, ils allaient avoir la facilité de les faire élever dans un établissement fondé par un Parsi et procurant
* Mountstuart Elphinstone fut gouverneur de Bombay du l"nov. 1809 au 1*' nov. 1827. Il resta dans l'Inde trente-deux ans sans avoir jamais pris un congé. Voy. pour les bienfaits de Mountstuart Elphinstone dans la Présidence de Bombay: B, Heber, Narrative of a journeij through the upper prooinces of India from Calcutta to Bombay^ etc., etc., et Mountstuart Elphinstone y by J. J. Cotton, 1892.
* Le22 août 1827, dans un meeting, on décida d'élever un monument en Thonneur de Mountstuart Elphinstone; on recueillit ainsi 229,656 roupies pour la dotation de chaires d'anglais^ de sciences et d'arts européens. Cette somme se trouva bientôt portée à 443,901 roupies, dont l'intérôt est augmenté par une souscription annuelle du Gouvernement de 22,000 roupies. Les premiers professeurs arrivèrent en 1835 et s'établirent à l'Hôtel de Ville. Deux ans plus tard, il y eut fusion avec The Native Education Societt/s School, près de l'Esplanade, et V Elphinstone Collège sous le nom (ï Elphinstone Institution. Le premier Report date de 1840. — En 1856, la séparation se fit; V Elphinstone Institution redevenue indépendante fut transformée en High-SchooL Elle est, depuis 1872, Esplanade Road. Le Collage fut transféré d'abord à Byculla, plus tard à Tankerville, Baboola Tank Road ; le 2 février 1871, il fut installé (Pareil Road) dans les magnifiques bâtiments connus sous le nom de Cowaafee Jehanghier Buildings, plus tard affectés au Victoria Technical Juhilee Institution, et V Elphinstone Collège fut alors logé dans un local neuf bâti dans le Fort,
' D. F. Karaka, Hist, of the Parsis, vol. I, ch. vi, p. 286: «They are convinced that the time has arrived when without a sound and libéral éducation, no Parsi can hold bis own, whatever may be hii position without it by reason of birth or wealth. »
aux familles peu aisées, même aux indigentes, les ressources les plus précieuses : The Sir Jamsetjee Jeejeebhoy Parsee Benevolent Institution, Comme il est entretenu et suivi exclusivement par les Parsis, il est bon de nous étendre un peu longuement sur sa fondation, ses progrès et son état présent.
Nous verrons plus loin qu'en 1842 un Parsi bienfaisant et éclairé, Jamshedji Jijibhai, fut promu, le premier des natifs, à la dignité de la Knighthood, Ses coreligionnaires, en lui adressant leurs félicitations \ le prièrent de leur permettre de donner son nom à un fonds de réserve qu'ils avaient formé pour la traduction en guzerati des principaux ouvrages en langues européennes qui pourraient être utiles aux Parsis et qui seraient distribués à bas prix, souvent môme donnés gratis , pour l'avancement de l'éducation dans la communauté.
Dans ses remerciements. Sir Jamshedji Jijibhai leur expliqua qu'à ce projet il en rattachait un autre qu'il caressait depuis longtemps, à' l'effet de venir en aide aux Parsis pauvres de Bombay, de Surate et de la Présidence. « Vous savez, leur dit-il^ l'état misérable dans lequel vivent certains de notre race et l'ignorance sans espoir dans laquelle grandissent leurs enfants. Mon but est de créer un fonds dont les intérêts seront appliqués à soulager les indigents et à leur donner de l'instruction. Je me propose de placer la]' somme de trois cent mille roupies dans les fonds publics et de les mettre à la disposition de trustées qui, avec les intérêts, mèneront à bonne fin l'œuvre que j'ai mentionnée. »
Quinze parts dans la Banque du Bengale furent ajoutées à ce premier versement ; Lady Jamshedji (Avabai) en souscrivit cinq, le Panchayet trente-cinq ; ces cinquante-cinq dons volontaires furent évalués, à l'époque, à 396,000
' 15 juin 1842, Parsee Prakâsh, pp. 393-394.
roupies, ce qui porta les ressources de Tlnstitution à près de 40,000 roupies par an ; les frais déduits, ce revenu est divisé en 400 parts dont 180 sont consacrées à l'entretien des écoles de Bombay, 70 à celles du Goudzerat ; 150 sont allouées au soulagement des Parsis, vieillards, indigents ou malades, à Bombay, à Surate et autres villes : Naôsari, Udwada, Broacli, Balsar, Bilimora et Gandevi, ainsi qu'au règlement des funérailles ou aux dépenses des fêtes lors des mariages des jeunes filles. Le gouvernement de Tlnde en a Tadministration et paie Tintérêt à raison de 6 0/0 pour une encaisse de 300,000 roupies.
Un comité composé de douze membres ^ est chargé de la surveillance et de la direction ; tous les trois ans, quatre des membres sont appelés use retirera tour de rôle ; un membre est élu par le Gouvernement et les trois autres par la Société de rinstitution dont le candidat doit être membre. Tout Parsi peut faire partie de cette société moyennant 2 roupies par mois, ou 24 par an, enfin par un seul versement de 500 roupies en cinq paiements annuels aux fonds de l'Institution.
L'instruction, dans les écoles de garçons, est placée sous le contrôle d'un Principal; celle des filles sous celui d'un inspecteur, placé lui-même sous les ordres du Secrétaire de l'Institution. Les Ecoles du Mofussil sont dirigées par des comités locaux qui reçoivent leurs instructions du Comité central de Bombay. Toutes ces écoles sont inspectées par le Gouvernement.
Les enfants des Parsis indigents sont toujours acceptés de préférence; or sont considérés comme indigents les
.* Sir Jamsetjee Jejeebhoy Bart., C. S. 1. Président; Carsetjee Purdoonjee Parakh ; Sir Dinshaw Manockjce Petit, Bart. ; Cowasjee Cursetjee Jamsetjee; Hormusjee Eduljee Alibless ; Jamsetjee Bomanjee Wadia; Byramjoe Nusscrwanjec Servai ; Jamsetjee Cursetjee Jamsetjee; Bomanjee Dinshaw Petit, Jehangir Byramjee Marzban, Sirdar Khan Babadur Dorabjee Padamjee, Hormusjee Byramjee Cama; Furdoonjee Jamsetjee, Secrétaire et Trésorier.
parents qui n'ont que 40 roupies à dépenser par mois. Si les classes sont assez vastes, les enfants qui peuvent payer sont admis et ils paient d après leurs moyens et la classe où ils sont placés ; mais ils ne versent jamais moins de 1 roupie par mois dans les classes Anglo- Vernacular et de huit annas dans les classes Vernacular, De plus, ils sont exposés à être priés de se retirer pour faire place aux enfants indigents^ dans le cas où il n'y aurait pas moyen de loger tout le monde.
Les écoles furent ouvertes le 17 octobre 1849.
On compte en tout 23 écoles : 7 à Bombay et 16 dans le Goudzerat. A Bombay, il y a 4 écoles pour les garçons et 3 pour les filles ; dans le Mofussil, 8 pour les garçons et 8 pour les filles. Au 1" mai 1894, le nombre des garçons, suivant les classes, était de 1,574 et celui des filles de 1,265, ce qui donnait un total de 2,839 \ Des 7 écoles de Bombay, High^ Middle, Primary Schools et The Central Girls' Primary School sont logées à Hornby Row • ; une école de filles' et une
^ Voy. The Schools ofthe Sir Jamsetjee Jejcebhot/ Parsee Bcncro- Icnt Institution^ icith extracts from the Reports of the Goternment Educational Inspectors for 1892-93, p. 6.
> La pierre de fondation fut posée le 2] février 1871 par Sir Seymour Fitzgerald, Gouverneur de Bombay, et la cérémonie de l'inauguration eut lieu le 20 novembre 1872 par Lord Northbrook, Vice-Roi et Gouverneur Général de Tlnde.
' Chaque inspection amenait des éloges. Voici les propres expressions deM.Kirkbamdansson rapport au Pancbayet ou Ma /ia</t/if^ Committee, après un intervalle de quatre années écoulées depuis sa dernière visite: « L'inspection de cette année offre deux points d'intérêt spécial ; d*abord, je n'avais pas visité l'Institution depuis quatre ans, et j'étais ainsi en position déjuger de la direction de son développement; en second lieu, la date de ma visite coïncidait avec la fin de la dixième année de l'exercice du Principal, et cette circonstance m'invitait naturellement à me reporter aux années précédentes^ de 1873 à 1883. Je puis certifier que ces deux comparaisons sont très favorables à l'époque actuelle. Partout j'ai trouvé dans l'Institution le même désir de bien faire que j'avais déjà remarqué en 1879... Je suis heureux de pouvoir parler au Panchayet dans des termes aussi élogieux de l'École des filles. Toutes sont d'ailleurs surveillées par M. Nanabhai Nasarvanji avec la plus grande sollicitude. Les études sont, il est vrai, exclusivement faites en guierati \ mais, dans lear propre
annaLhis Du musée guimet
école de garçons, — cette dernière fondée par feuRustamjee J. Jejeebhoy et affiliée à l'Institution en 1864, — sont à Dhobi Talao et les autres écoles de filles à Mamadevi.
Jusqu'en 1873 les Principals de Tlnstitution étaient des Européens : Professer Robert Lott, l®"^ décembre 1850 ; Professer Henry Green, 25 octobre 1852; A. G. Fraser, 1^' octobre 1854 ; J. Burgess, 16 février 1861 ; enfin, en décembre 1873,1a direction fut confiée à un Parsi, M. D. N.Wadia, de l'Université de Bombay.
IjiHigh-School deTInstitution occupe uneplacetrèsen vue parmi les High-Schools de la Présidence. De sérieux succès aux examens de TUniversi té attestent les capacités des professeurs et des élèves. On commença à y envoyer ceux-ci en 1864. Nous publions ci-dessous un tableau intéressant à consulter \
idiome, les jeunes ûiles ont acquis un haut degré de corn préhension et un fonds sérieux de connaissances. Quant aux manières et au ton, je suis venu à la Central Institution sans être attendu, dès neuf heures du matin, et j'ai été à même d'observer les groupes d'élèves dans les divers corps de bâtiment et leurs rapports les uns avec les autres, jusqu'à ce que la cloche sennât dix heures et demie. Les garçons étaient vigoureux, pleins de santé et de bonne humeur, sans être turbulents, et les manières des jeunes filles réunies sur l'escalier me semblèrent tout à fait charmantes. »
< SIR JAMSETJEE JEJEEBHOY PARSEE BENEVOLENT INSTITUTION
KCOLKS DR OARÇON8 A BOMBAY
Tableau montrant le nombre de garçons qui ont réussi à leur exofHtn d'entrée à PUnivenité
depuis l'époque à laquelle l'Institution commença à envoyer des candidats Jusqu'en £893**,
Dk 1864 à 1873 sous l'anxik.n principal M. lb D' Burobbs.
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Total
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par année.
Dk 1874 A 1893
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Moyenae par aaaée.
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* sur 31 candidats
* Mr S9 candidaU I - » - •* — 85 —
1* Vo>s pige 19 du Report ponr 1893-1893.
On pourra aussi se faire une idée exacte des débouchés offerts par l'instruction donnée à V Institution en consultant la liste suivante des élèves qui ont passé leurs examens et conquis des grades universitaires ou autres distinctions.