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Examinalion in

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C'est ainsi que d'une caste, d'abord exclusivement commerciale, sortirent peu à peu des éléments nouveaux. Si les grandes distinctions que le Gouvernement anglais conféra à des Parsis honorèrent des hommes bienfaisants comme les Jamshedji Jijibhai, les Dinsha Petit, les Readymoney, tout occupés d'intérêts commerciaux et financiers^ l'éducation européenne produisait une génération dont les vues et la culture intellectuelle dilléraient totalement. Mais cette génération no devra jamais oublier qu'elle doit ses succès précisé-

ment à ces mêmes hommes excellents qui, sans avoir joui de réducation européenne, en ont toutefois apprécié la valeur à un point assez haut pour en faire bénéficier les autres. De cette foule de gens instruits sortirent des lettrés, des citoyens dignes de prendre part au gouvernement, shériffs, présidents de la corporation, membres des Législative Councils, enfin députés au Parlement: j'ai nommé, pour ces derniers, MM. Dadabhai Naorozji et M. Bhownaggree ; dans les questions sociales, nous trouverons au meilleur rang M. B. M. Malabari. « Les Parsis ont été les premiers, nous dit M .R. P. Karkaria\ dans une publication récente où il résume en quelques lignes la positionde ses coreligionnaires, à tirer avantage de la

domination anglaise dans Tlnde, et, à leur tour, ils essaient d'en transmettre les bienfaits à leur entourage. Par leurs capacités naturelles et leur position dans le pays, ils étaient bien à même de se constituer les médiateurs entre les gouvernants et les gouvernés. Il convient de dire qu'ils remplissent ce rôle d'une manière très complète. En politique et en littérature les Parsis mènent les Hindous et les Musulmans; à la tête de la plupart des associations politiques, — tout au moins à Bombay, — et à l'avant-garde de ceux qui combattent en faveur de l'indépendance politique des Indiens cultivés, on trouve des hommes de cette race. C'est, en effet, à un Parsi qu'a été réservé l'honneur, jusqu'alors unique, de siéger, le premier des Orientaux, dans les rangs du Parlement anglais. Au point de vue physique, les Parsis sont également en voie d'acquérir des qualités qui leur permettront de devenir les égaux des Européens, qualités sur lesquelles repose principalement la suprématie des Occidentaux. Quant aux questions sociales, les Parsis se mettent volontiers à la tête de leurs compatriotes hindous, dégagés qu'ils sont des préjugés de caste qui embarrassent ces derniers. Comme nous le verrons, c'est un Parsi, le su-

^ II. P. Karkaria, India : Fortij Years of Progress and Rrform, beinfj a SIcetch of t lie Life and Times ofBehramJi M, Malabari^ 1896, ch. m, p. 50-51.

jet de notre étude, qui a pris en main la cause de la Réforme sociale parmi lapopulation hindoue. » M. R.P.Karkaria ajoute même qu'on ne se ferait pas sans les Parsis une idée nette de la vie publique de Tlnde moderne.

Si nous voulons nous rendre compte de la manière dont les Parsis ont accueilli les moyens d'instruction mis à leur portée par The Bombay Natioe Education Society, nous nous adresserons à M. D. F. KarakaV II nous dira que ce sont les classes moyennes, môme indigentes, qui en ont. tout d'abord compris les avantages et en ont profité. Les riches préféraient envoyer leurs enfants dans des écoles privées pour éviter tout mélange avec des camarades d'un rang inférieur. Ce ne fut qu'après avoir reconnu la supériorité de l'instruction donnée à V Elphinstonc Institution qu'ils s'aperçurent de leur erreur. 11 est vrai qu'au commencement du siècle les Parsis, exclusivement voués au commerce, avaient au sujet d'une instruction libérale les mêmes idées, et partant le même mépris, qu'affichent nos industriels et nos gros brasseurs d'affaires, estimant que si l'on fait bien sa fortune il n'est pas besoin de s'embarrasser de tant de choses. Toutefois les pères s'aperçurent bientôt qu'il fallait assurer à leurs enfants d'autres biens qu'un bel héritage ou que les classes moyennes, instruites et avides de parvenir, ne tarderaient pas à usurper le premier rang; aussi, vers le milieu du siècle, les fils des gens riches entrèrent résolument en ligne avec leurs autres coreligionnaires et acquirent rapidement une culture soignée. « Nos hommes bien élevés sont toujours, et on peut l'affirmer — sans exceptions — remarquables par la dignité de leur vie privée, tandis que leur désintéressement, leur intégrité, leur amour du bien public, leur haute valeur morale excitent l'admiration et réclament le respect de la part de ceux avec lesquels ils sont en rapport. Leur but et leur ambition ont toujours

' HUt. ofthe Parsis, vol. I, ch.vî, pp. 300-1-2-3. -Cf. du môme, The ParsccSj their history, manncrs, customs and reliffion, ch. vi,pp. 213- 14. Éd. de 1858.

été de répandre libéralement parmi leurs frères moins favorisés les lumières et les connaissances qu'ils avaient été â même d'acquérir, grâce à un gouvernement bienfaisant. . . » Un noyau de Parsis, la plupart élevés à VElphinslone Institution and Collège^ a créé ce grand changement dans la condition de la société parsie par rétablissement des Écoles de filles, par la publication de journaux à bon marché, enfin par les conférences publiques, si bien que tout ce que nous pourrions dire à la louange des jeunes novateurs serait audessous de ce qu'ils ont fait.

Ceux-ci avaient eu comme appoints sérieux dans leur œuvre de réforme les observations de leurs coreligionnaires qui n'avaient pas hésité à venir en Europe et à s'y mêler au mouvement intellectuel et social contemporain. Nous verrons plus loin que les Parsis, pour les besoins du commerce, s'étaient affranchis assez promptement des préjugés des Hindous ; la côte Coromandel, le Bengale, la Chine, la Birmanie, l'Arabie tentèrent leurs trafiquants, et le commerçant parsi sut bientôt afiîrmer sa suprématie sur les marchés de l'Extrême- Orient. D'autre pnrt, à côte du riche Behdin, l'humble et pieux Dastour s'acheminait, sans craindre ni fatigue ni mauvaise rencontre, vers les lointaines provinces de Yczd et de Kirman pour recueillir de la bouche des frères restés dans l'Iran les purs enseignements de la doctrine zoroastricnne.

L'Europe avait attiré les Parsis de bonne heure. Le premier qui s'y rendit, Naorozji S3th, fils de Rastam Manak, courtier de la factorerie anglaise de Surate, nous reporte au commencement du XVIII® siècle. Un règlement de compte l'amenait en Angleterre pour présenter une requête devant la Cour des Directeurs contre les officiers de la loge anglaise. Il partit sur le vaisseau de guerre le Salisbury et arriva en Angleterre en 1723. Après de nombreuses démarches, il obtint gain de cause et revint dans l'Inde très favorablement impressionné par le sentiment de justice des

d'usages différents des leurs, avaient traversé bien des épreuves, que l'illustre homme d'Etat met toutes sur l'inclémence de la saison et non sur le manque de bienveillance des habitants. Il rend également justice à Hanumant Rao et à Maniar, et déclare que si les affaires du Peichwah n'ont pas réassi, ce n'est pas par la faute de ses envoyés. Maniar aurait écrit, parait-il, un récit de sa mission, récit qui périt dans un des incendies de Surate'.

Comme personnar^es intéressants venus en Europe et ayant laissé leurs impressions par écrit, nous trouvons Ardashir Kharshedji, ingénieur au service de la Compagnie des Indes', et deux membres de la famille Wadia, Jehangir Naorozji et Hirjibhai Mervanji*. Vers la même époque, un Parsi, actif, intelligent et qui allait compter parmi les plus hardis novateurs, Manakji Kharshedji, fils de Kharshedji Manakji Shrofl, membre du Panchayet {supra, p. 242}, faisait sa première tournée sur le continent. Il devait y revenir â trois reprises différentes, et, en 1863, il y amenait ses deux filles. En rapport avec les hommes les plus distingués de TKurope aussi bien en France, en Russie, en Italie qu'en Angleterre, Manakji aurait été à même d'écrire de fort agréables relations de voyage. Pareil regret doit être enregistré au sujet de M. K. R. Kamaqui vint sur le continent, lors de la fondation de la première maison de commerce indienne à Londres par sa famille avec M. Dadabhai Nao-

^ Briggs, dans son petit volume, TheParsis or Modem Zcrdusthians, p. 92, nouR dit que la famille Mancherji Seth (de Surate), à laquelle appartetenait Maniar, poî»s6de son portrait à Thuile. Ses papiers ont été brûlés, lors d'un grand incendie. Nous tenons précisément le portrait ci-joint do la bienveillance d'un des membres de la famille Seth.

' 1)1(1 ri/ of (in occrland jofirn(*i/ fi'oni Bombay to England and of a ijcars r(*Hi(l('ncc in (h'cat Britaln, ht/ Ardasrcr Ctirsct/cOt C. E.F.S. A. (.'/u'cf Jùif/inrcr and Inspedor of Macidnery ai thc Hon, East India (!oin/)(iny's Sfcain Facior;/ and Foundry, at Bombay . London : Printed by Ilrninyton and dalabin, ÎG8 Fcnchurch strcet, 1840.

* Journal of a rcsldcni^c of tiro years and a half in Great Briiain, by Jc/ianycr/' Notrrojro and Hirjcrbhoy Mcrw anj ce of Bombay, Nacal Arrhitprts. London : Wm, H. Allen and C% Lcadenhall Street. 184 ï.

rozji (1857). Les préoccupations scientifiques absorbèrent M. K. R. Kama qui, à Paris et à Erlangen, se mit au courant de la méthode européenne et de l'enseignement de nos grands corps savants ; aussi, de retour à Bombay, il sut imprimer une impulsion féconde aux études de l'Avesta et contribuer à leur extension parmi les prêtres de la communauté. En 1858, en revanche, M. D. F. Karaka, après un séjour en Angleterre, donnait (en guzerati) le récit de son voyage, récit que les lecteurs indigènes apprécièrent comme il méritait de l'être. Les Parsis se rapprochaient décidément de plus en plus de l'Europe, et bientôt les touristes se firent si nombreux que plus n'était besoin de les enregistrer. Vinrent aussi les grands voyages autour du monde ; à signaler ceux de MM. J. Kothare^ et Framji Petit'.

Toutefois, de toutes les impressions de voyage, VIndian Eye de M. B. M. Malabari est la plus vivante, celle qui a trouvé jusqu'en Europe des admirateurs par ces qualités d'observation et ces jugement s originaux qui la classent parmi les œuvres que la postérité continuera de lire, alors que l'intérêt de l'actualité aura cessé d'exister. On n'a pas hésité à le comparer aux Notes sur l'Angleterre de notre philosophe français Tnine. C'est assurément renfermer dans ce simple rapprochement le plus grand éloge qu'on puisse faire sur la portéedu livre et l'espritdans lequel il aété écrit. Le continent était apparu de bonne heure à M. Malabari comme un complément à ses études sociales : mais notre réformateur ne voulut tenter le voyage qu'après avoir fait ample connaissance avec la plupart des districts de l'Inde. Son programme peut servir d'instruction et de règle à tous les Indiens qui désirent venir

' Impressions of a First Tour round thc icorld in 1883-84 — c/?ibracinrj iraccls in Europe, thc United States of America, Canada, China, the Straits Settlements and thc northern portion of India, hij Jchantjir //. Kothare^ 1889 (en anglais).

* Yùràp^ Amcrikâ, Jdodn anc Chin tarafni mûsafarlni nôdh (chitrà Sàthè) rachnàr Framji Dinshuji Petit. MdmbàL Sanc 1889 (en guzerati).

fructueusement en Occident'. « Que j'aille ou n*aille pas en Europe, disait-il, je ne mettrai pas de côté ma méthode. Pour l'étude comme pour le voyage, je veux commencer par le commencement, procéder par lentes étapes, gagner quelque chose à chacune, et que ce quelque chose me soit d'un usage pratique immédiat à l'étape suivante. C'est la meilleure manière de travailler et d'étudier. Votre globetrotter peut se moquer de ma méthode surannée, mais toute surannée qu'elle soit, il n'en pourra nier les avantages. Quand vous voyagez ou que vous étudiez graduellement, chaque pas nouveau, chaque connaissance nouvelle vous procurent une jouissance plus vive. Vous y êtes préparé, et ainsi votre science progresse; mais qunnd cette science est sans discipline nntérieure, c'est-à-dire sans que vous soyez disposé à la recevoir, elle reste stérile et sans profit. Qu'est-il besoin de visiter les pays étrangers si vous ne connaissez pas le vôtre, si vous allez en Europe et si vous ignorez votre vie nationale? Il vous manquera toujours les mille points decomparaison et de contraste, ces mille nuances, — beautés ou défauts, — que présente la civilisation européenne. . . » Ces nuances, M. Malabari a su les voir lors de son séjour a Londres ; il était bien préparé to vicisect the Briton. Aussi son livre offre-t-il des qualités hors de pair, car aucun des éléments d'attention et de comparaison qui constituent un jugement sûr ne lui avait manqué*.

Permettons nous ici de dire à ces Messieurs de la Communauté, mobeds ou Beh-dîns, que nous ne les voyons pas assez souvent dans nos assemblées scientifiques. Congrès et Cen-

* Indlan Spcctator, July 1, 1883, p. 411.

* The Indlan Ei/e on Enfjllsh Life or Ranxblcs oj a Pihjrinx Reformer, 3* Édition. Bombay (Ail Hghts reserved). A rapprocher deVIndian Ef/c le volume de M. Malabari intitulé Gujaràt and theGnjaràtis, Pictures ofmen and nianners taUcnfroni Life, 3** Edition, Bombay^ 1889, qui donne une délicieuse et humoristique description du Guzerate et de ses habitants.

tenaires. M. J. J. Modi, qui a assisté*au Congrès des Orientalistes de Leyde, en 1889, peut certifier pourtant quel accueil

cordial et empressé il leur serait fait\ Ainsi au Congrès des Religions, à Chicago, en 1893, les deux mémoires sur le Parsisme envoyés par MM. J. J. Modi et S. D. Barucha furent lus par des amis ; nul prêtre Mazdéen n'y représenta en personne l'antique culte de la Perse.

En thèse générale, ce qu'il importe surtout pour les Parsis d'âge mûr qui viennent en Europe, c'est, comme le dit M. Malabari, qu'ils soient préparés à s'assimiler ce qu'il y a de bon et de profitable dans la civilisation occidentale et à en repousser les éléments nuisibles. Quant aux jeunes gens Parsis qui s'y fixent pendant le temps de leurs études, ils rentrent dans la catégorie des autres Indiens qui se disposent à entrer dans une carrière, stage long et dispendieux pour les parents souvent fort en peine de fournir aux besoins d'un étudiant d'Oxford ou de Cambridge et aux exigences de la vie coûteuse d'Université; beaucoup de garçons capables de devenir d'excellents fonctionnaires dans l'Inde en sont empêchés par des considérations pécuniaires. M. J. N. Tata a généreusement tenté de venir en aide à cette classe intéressante, en mettant à la disposition d'un comité une somme d'argent fort importante qui permet de défrayer un certain nombre d'étudiants pendant leur séjour en Europe'.

*M. J. J. Modi a écrit en français quelques pages spirituelles et sympathiques intitulées « I/uprosslons d'un Parsl sur la cille de Paris », qu'il a lues devant le Cercle Littéraire de Bombay et qu'il a publiées ensuite à un petit nombre d'exemplaires.

' Voy. TlieJainsetjee Niisseriranjee Tata Endoicment for tJte hujh Education ^ Adranrement of t/te Natiresof India. — Kn bénéficient un certain nombre d'étudiants qui ont passé leurs examens d'immatriculation ou leurs examens supérieurs devant l'une des Universités de l'Inde avec distinction et succès, après qu'une enquôte a été faite par les membres du comitésur leur santé, leur capacité et leurs aptitudes. En 1892, le choix devait porter ^ur deux candidats; pour lesannées lb93, 1894, 1895 sur le même nombre, et, pour les années à venir, d'après celui des individus déjà choisis qui auraient cessé de profiter des avantages de V Endoicment^ soit par suite de l'achèvement de leurs études, soit pour toute autre

Si Ton veut se rendre "un compte exact du nombre de Parsis qui viennent en Angleterre dans un but d'étude ou de distraction, consultons à cet effet la liste publiée dans VIndian Magasine, juin 1896. Nous y voyons figurer sur un total de 326 Indiens, nombre supérieur à la liste de 1894, 53 Parsis qui se répartissent entre Londres, Oxford, Cambridge et Edimbourg. Certains s'adonnent, soità la médecine, soit au droit ; d'autres se préparent à VIndian Civil Service^ enfin quelques-uns sont dans les affaires etrésident à Londres d'une manière permanente.

Terminons ce résumé en signalant chez les Parsis deux qualités très remarquables, dues à l'éducation européenne : la sociabilité qui les porto à se réunir dans des cercles et leur goût croissant pour les exercices physiques. A Bombay^ il y a 3 clubs principaux ouverts par les Parsis : 1® The El-phinstone Club, le plus ancien par ordre de fondation ; les membres sont des hommes âgés pour la plupart et représentant les idées conservatrices ; 2® The Ripon Club, ouvert en 1884 et monté sur un pied européen ; il y a 200 membres, tous Parsis, élus au scrutin; le président est Sir Jamshedji Jijibhai. C'est à proprement parler le club libéral do Bombay ; 3^ ThePhœfdXy assez peu nombreux, fréquenté par les hommes influents ou appartenant à l'Université. A citer encore Tlic Franco-Parsi Club (Cercle littéraire). Ce fut à une assemblée générale des étudiants de la langue française que fut fondé le Cercle littéraire àla/^ort Iligh-School, sous la présidence de M. Pedraza. M. F. Patel fut élu trésorier et M. J. E. Diivar, secrétaire honoraire. On décida en outre la formation d'une bibliothèque composée d'ouvrages français pour propager le goût et Tétude de notre langue. Des souscriptions libérales vinrent assurera cette institution la stabilité et rindépendancc. Sir Dinsha Petit fut un des plus gëné-

causc. Remai-quons que sur trois candidats parsis, il pourra y en avoir im étranger. Les arrangements financiers pris par le Comité sont d* une haute et stricte justice.

reux fondateurs; Lady Sakarbai et plusieurs membres de la famille Petit s'associèrent à la libéralité du Baronet.

Nous n'avons pas besoin de faire ressortir combien nous devons être touchés de cette sympathie pour la langue et la littérature françaises. Les Parsis se sont souvenus d'Anquetil et de Burnouf et nous ont témoigné sous cette forme délicate leur gratitude toute scientifique pour la part exceptionnelle qu'ont prise ces deux illustres Français à Tétude de leurs livres sacrés\

Dans le Fort, Rope Walk Lane, il y a un coin intéressant à Bombay ; on y parle français, on y goûte notre littérature et, à certains jours, on y joue les pièces de notre répertoire ancien et contemporain. Les dames parsies y disent volontiers les rôles de Célimène et de Philaminthe. Ce dernier trait est extrêmement curieux et montre à quel point les mœurs européennes, mieux encore notre manière de voir dans les questions d'un ordre très délicat, ont trouvé facile accès dans la société parsie*.

Quant à l'éducation physique, nous avons vu (supra, p. 322) que M. Karkaria faisait ressortir les qualités que les Parsis sont en voie d'acquérir sous ce rapport, qualités qui leur permettront de devenir à tous égards les égaux des Européens.

A l'appui de cette théorie viennent d'ailleurs les preuves: ainsi^ en 1890, il y eut à Bombay un match entre les Parsis et les Engtish cleoen de M. Vernon, en présence de plus de 15,000 spectateurs. Les Parsis remportèrent une brillante

^ M. Pedraza est d'origine Portugaise et professe le français à Bombay. M. J. N. Davar a été nommé, en 18%, fclloïc de l'Université. Le gouvernement français a envoyé à ces deux messieurs les palmes académiques.

Ml y a à Bombay 13 bibliothèques ou salles de lecture, entretenues aux frais des Parsis et ouvertes à toutes les communautés, et 7 dans les autres parties de l'Inde. — Une société en bonne partie composée de Parsis, Xd^Dnijan Prasarah MancUi^ est destinée à favoriser par des conférences le développement de l'éducation et de l'instruction.

332 ANNALKS DU MUSKK GUIMET

victoire qui mérite, dit-on, d'être inscrite dans les Annales de riiistoire du Cricket.

Occupons-nous maintenant de l'histoire de Téducation des femmes dans la communauté parsie. Les premières tentatives datent seulement de 1849, lors de la création des écoles de filles; avant cette époque, les femmes, celles des hautes classes, savaient lire et écrire et possédaient quelques éléments de guzerati et de calcul : c'était tout ! Pères et maris avaient suivi l'exemple des Hindous et des Musulmans; peu leur importait que la fille et l'épouse fussent instruites. En quelle matière l'eussent-elles pu être d'ailleurs ? Rien ne les touchait et ne les occupait, sauf les soins du ménage et les achats dans les bazars. C'est ain<îi que nous avons vu les puérilités qui ravissaient les dames (le Joshî), les coutumes superstitieuses que le Panchayet s'efforçait d'enrayer, telles que les offrandes aux temples et les rapports avec les magiciens hindous ou musulmans. Mais, à mesure que les maris fréquentaient les écoles et les universités, ils s'apercevaient de l'infériorité intellectuelle de leurs compagnes et du bénéfice que l'enfant pourrait tirer de la surveillance maternelle, ainsi que du bonheur qu'il y aurait à associer sa vie à celle d'un être intelligent et responsable; de plus, ils comprirent qu'on arriverait à ce progrès sans pour cela entacher la foi antique et sans qu'aucune prescription religieuse ne s'y opi)oscit, grand point qu'il convient de ne pas perdre de vue.

On peut dire hautement que Tinstruction de la femme aux Indes n'est i)as bien vue. Les mariages précoces, le peu d encouragement qu on donne dans la famille aux idées nou-

' Iltitstntff'fl Londufi Xcus. 15 Mardi 1890.

velles laissent la native dans un état d'infériorité aux yeux de l'Européen, o On n'admet pas qu'elle reçoive une instruction scolaire quelconque, plus ou moins analogue à celle qui convient aux garçons, et c'est là une idée inconnue dans rinde, même des indigènes, encore en petit nombre, qui ont été modifiés par l'influence et les habitudes d'esprit occidentalesV » Certaines Hindoues sont pourtant arrivées à conquérir des distinctions littéraires et ont passé des examens devant les Universités; mais ce sont de rares et honorables exceptions. D'ailleurs les femmes dans l'Inde, telles qu'elles sont, conviennent à leurs époux, leur plaisent, et nous nous ferions une idée très fausse de la situation si nous pensions que notre ingérence est souhaitée. Lr* constitution de la famille hindoue repose sur des bases si solides qu'il ne fait pas bon l'attaquer, et c'est l'attaquer profondément que de s'occuper de la femme. Les Hindous se révoltent à l'idée que nous ne trouvons pas leurs épouses de dignes compagnes ; ils nous répondent qu'elles leur sont même supérieures et en vertu et en influence! Certes, disent-ils, l'instruction ne leur sera pas refusée; elles pourront même concourir aux examens des Universités, mais ce qu'il ne faut pas, — pour elles comme pour les hommes, — c'est qu'elles soient élevées dans des idées qui les induiraient à transgresser leurs lois sociales et qui porteraient atteinte à laconstitution de la famille, fondée d'après les codes religieux. Il y a anathème contre ceux qu'ils appellent des réformateurs irresponsables ou des natifs anglicisés. « Je suis plein de honte, s'écrie un Brahmane, quand je pense aux fils indignes d'un pays comme l'Inde, jadis l'asile de la sagesse et du savoir, qui, pareils à des enfants, demandent une aide étrangère pour améliorer la condition de leurs femmes ! Est-ce que les Anglais ont prié les autres races de les aider ? ... S'il y a des réformes à tenter, ces réformes doivent venir de nos propres pundits et de

* Sir J. Strachey, L'Inde^ traJ. Ilarmand, p. 182.

nos savants qui sont de meilleurs auxiliaires que le reste de la chrétienté. A moins que l'éducation anglaise ne nous donne le caractère anglais^ il n'y a rien à faire que des platform speeches et des articles de journaux\ » On comprend combien le gouvernement anglais se montre réservé dans cette question, en présence d'une opposition si nette qui représenta assez exactement l'opinion générale* -

11 y aurait certes beaucoup de choses à dire sur le sort de la femme hindoue; mais l'inviolabilité du foyer domestique en rend Taccès presque impossible a la chrétienne, européenne ou native. Quelle que soit Thospitalité dont on fasse jouir l'étrangère, la caste a posé des limites qu'on ne peut franchir.

Pour les Parsis il n'y avait aucun de ces obstacles, sauf les préjugés acquis par une longue vie commune avec les Hindous. Nous avons déjà dit que les Parsis, respectueux de

leurs traditions, continuaientà y chercher leurs inspirations, et, dans la vie civile, nous avons vu l'ardeur avec laquelle ils s'étaient efforcés de mettre d'accord les exigences des lois anglaises avec les vestiges de leurs coutumes antiques, à défaut des prescriptions de leurs codes perdus. Au sujet de la femme, les mêmes préoccupations se firent jour, et son émancipation coûta bien des discussions dans les journaux et dans les périodiques et amena bien des controverses !

Ce fut à la Students*Literary and Scientific Society, coxxxposée en partie de professeurs, maîtres et étudiants, sortis

^ The Asiatlc Qaarierhj Rccictc, oct. 1890.

* A titres divers nous recommandons la lecture de plusieurs livres qui ont étéécrits dans Tlnde ctqui donnent une idée très vivante de laqaestion sociale: Lala Baij Nath, Social Rcform, ctc.^ or thc présent condition of thc Ilindns and i(s improcenicnts, atc. Meerut. Vidyadarpan Press» 1893; — Pramatha Nath Bose, Hlndu Cicilisation dw%ng British Rtilr, Kegan and Paul, 1894; — Dayaram Gidumal, Status of Woman in India ; or a handbook for hinda Social Reformers. Bombay 1889. Cf. pour la Présidence de Bombay, Diaan Balladur Manibhai Jasbhai, a incniorandiini on hindu Fenxalc Education in the Bombay Prcsidoncij, 189G.

de VElphinstone Institution, que furent lus la plupart de ces écrits sur la condition de la femme. Toutefois la question avançait peu ; les efforts étaient individuels et ne dépassaient pas lecercle de famille*; mais la publication de ces mémoires préparait les esprits, si bien qu'un soir, à une réunion de la Société, dans un élan d'enthousiasme, la résolution décisive fut prise*. L'appel de Behramji Kharshedji Ghandhi était pressant; il ne s'agissait plus de discuter, d'atermoyer; il fallait se mettre à l'œuvre : « Que chaque étudiant ici présent, dit-il. use de son influence auprès des membres de sa fannllc pour avoir au moins une élève ! — Oui, oui, répondirent des voix vibrantes, enseignons nous-mêmes et montrons

que nous parlons sérieusement! » On aborda sur-le-champ la discussion au point de vue pécuniaire; plusieurs membres de la Société s'offrirent non seulement comme professeurs, mais ils proposèrent de céder des appartements dans leurs maisons pour élablir les écoles. Les heures de classe furent fixées de 7 heures à 10 heures, pour ne pas entraver les occupations des professeurs improvisés.

C'est ainsi que, le 22 octobre 1849, quatre écoles de filles furent ouvertes et suivies par 44 élèves.

Un nouvel encouragement vint bientôt du Bengale. La cause de l'éducation des femmes y avait alors un éloquent défenseur dans la personne de M. Drinkwater Bethunc, membre du Conseil législatif de l'Inde'. Son exemple excitait à Bombay l'ardeur des jeunes gens ; mais ceux-ci n'avaient pas dans la Présidence un patron aussi puissant, et il fallait le prestige de son nom, son influence politique et

^ Quelques familles avaient pris une initiative heureuse et avaient, grâce à des institutrices, donné de l'éducation à leurs filles, tels Framji Kavasji pour sa fille aînée Phirozbai,Sir Jamshedji Jijibhai et Manakji Kharshedji. Voy. Briggs, The Parsis or Modem ZordnstldanSy p. 20. * Report ofthc Stfidcnts* Litcrurij and Srlcntijic Societij for 1854-55, ' Les premiers efforts pour l'instruction des femmes furents faits au Bengale par les missionnaires. Vers 1818, M. May ouvrit la première école à Chinsurah, école tout élémentaire. Drinkwater Bethune s'adressait aux filles des hautes classes.

sociale pour mener à bonne fin une œuvre aussi difficile. Maintenant qu'on voit les choses à distance, peut-être est-il préférable que les Parsis n'aient pas eu cet appui; une ingérence oilicielle n'était pas désirable. Comme le dit M. D. F. Karaka, cet appui eût sans doute contribué à jeter au début un vif éclat et à éblouir un certain nombre ; mais avec ces encouragements l'éducation de la femme serait restée une plante exotique; car, dans une matière aussi délicate que celle-là (l'éducation de la femme), il était plus sage et plus profitable que l'initiative vînt de ceux-là même à qui elle était utile, plutôt que d'être imposée par des étrangers \

Dès que M. D. Bethune eut quitté Calcutta, la cause de l'éducation des femmes déclina; à Bombay, au contraire, les écoles de filles établies par la Société des Étudiants pour les Parsies et les Hindoues prospérèrent. Les professeurs desservaient gratuitement aussi les écoles mahrattes fondées en même temps que celles des Parsis; ceux de l'Elpliinstone Institution prirent le plus vif intérêt à ces efforts.

Pendant les six premiers mois, l'instruction fut donnée par des professeurs de bonne volonté; voici l'éloge qui en fut fait dans le premier Report de la Société : « La prudence et le tact que ces jeunes réformateurs ont déployés dans l'accomplissement de la tâche qu'ils s'étaient imposée ont été aussi admirables que l'enthousiasme généreux qui les a soutenus dans leur travail. Ils se préparaient soigneusement par la lecture des ouvrages sur l'éducation pratique qui étaient à leur portée et par des réunions fréquentes dans lesquelles ils essayaient de distinguer les méthodes les meilleures pour l'instruction des enfants confiées à leurs soins. Leur but n'était pas simplement d'enseigner à lire ou à écrire, mais de donner une éducation capable d'influer sur l'avenir, o

Les écoles établies, on vit bientôt les bienfaits qui en dé-

' Ilist. uft/ic Parsis. Vol. 1, ch. vi, p. 308.

coulaient et on résolut de leur procurer une plus grande extension. Quatre hommes de cœur et de talent, dont les noms restèrent d'abord modestement dans Tombre, mirent à la disposition du Comité une somme de 4,800 roupies pour soutenir les établissements ouverts pendant une période de dix ans, à l'expiration de laquelle ils espéraient que le public ne les laisserait par péricliter\ Chaque jour les témoignages les plus flatteurs venaient encourager cette œuvre approuvée en haut lieu par Sir Erskine Perry, président du Board of Education, et par d'autres personnages non moins influents. La seconde année, les écoles étaient déjà considérées commode véritables institutions publiques; et, en 1851, le gouverneur Lord Falkland déclarait que leur établissement spontané faisait époque dans l'histoire de l'éducation dan la Présidence de Bombay. Elles furent dirigées par le Managing Conimiitee de la Students Society jusqu'en 1857 les Parsis proposèrent alors de les prendre à leur charge

et de fournir les fonds. Cette offre fut acceptée avec empressement par la Students' Society, et une Parsi Girls' Scliool

Association se forma pour continuer la direction de ces écoles. L'enthousiasme se manifesta encore par de libérales souscriptions. A l'origine, les enfants étaient élevées gratuitement; mais, à partir de 1862, les parents aisés furent obligés de payer une roupie par mois, et les filles des classes laborieuses, seules, furent reçues gratuitement. Plus tard, en 1873, le Comité abolit toute admission gratuite ; les parents qui ne pouvaient payer une plus forte somme, furent taxés à huit annas par mois. Cette manière de donner l'instruction sous forme d'aumône a été totalement abandonnée dans les écoles appartenant à la Parsi Girls' School Association, bien que les écoles de Sir JanisetjeeJeejeebhoy Parsi Denevolent Institution, dont quelques-unes sont dans le voisinage de celles

* MM. NasarvanjiMancherji Kama,Franiji Nasarvanji Patel, Dhanjibai Nasarvanji Kama et Kharshedji Nasarvanji Kama.

qui appartiennent à l'Association, continuent de procurer gratuitement Tinstruction à la plupart des élèves.

Un des principaux obstacles h Textensionde l'instruction chez les femmes parsies fut d'abord la coutume qui régnait alors de retirer de l'école les jeunes filles dès l'âge de 10 à 12 ans, à cause des mariages précoces; mais le plus grand de tous était la présence de professeurs-hommes. Cette dernière objection se trouva bientôt écartée par l'adjonction de maîtresses capables.

L'instruction est donnée dans ces écoles en langue guzeratie; elle consiste dans l'arithmétique, la lecture, récriture^ le travail à l'aiguille, l'enseignementde la morale zoroastrienne, la grammaire, la géographie et l'histoire de l'Inde et de la Perse. Certains livres ont été faits spécialement pour les élèves; en outre, on y a introduit la série des livres déclasse en guzerati de Hope, au moment où M. E. C. Hope était inspecteur de la Division Nord de la Présidence.

Le manque de local se faisant sentir, Sorabji Shapurji Bengali, membre du Comité de direction, pour perpétuer le nom de sa mère Bai Bhikhaiji, fit construire à ses frais un vaste édifice à deux étages qui a coûté plus de 90,000 roupies, y compris les dons du Gouvernement. C'est grâce à sa gêné-rosité que le Comité de la Girls'School Association a pu former une classe de professeurs-femmes dont les écoles bénéficient largement (iVo/v^îa/ Sc/iool). QusLiïdV Education Commission nommée j)ar Lord Ripon siégeait à Bombay, le Comité de direction réunit les élèves de toutes les écoles au Framji Kavasji Instilute dans le but de fournir aux membres do la commission l'occasion do se rendre compte de leurs progrès. Le Président, alors D^, maintenant Sir W.W. Hunter, et M. W. Lee-Warner exprimèrent hautement leur satisfaction.

Jusqu'alors l'instruction était donnée en guzerati dans les classes publiques. Des gouvornantos et des professeurs enseignaient l'anglais dans les funiilles; aucune école anglaise pour les natives n'avait été ouverte. Il était assurément

très désirable de tenter rétablissement d'une institution où non seulement on enseignerait l'anglais, mais encore où le système d'éducation serait calqué sur celui de l'Angleterre. C'est ce que se proposa un homme d'un esprit très supérieur, plein d'enthousiasme et de zèle pour la cause de l'éducation des femmes, Manakji Kharshedji', émule de ces généreux et libéraux citoyens, tels queNaorozji Fardunji, S. S. Bengali, Dadabhai Naorozji, B. M. Malabar i, tous associés dans l'œuvre communedu progrès et de l'amélioration des natifs*. (PI. 14.) Manakji, avant d'aborder la création d'une école publique, avait commencé dans sa propre famille l'application de son système. Ses deux filles, Sliirin et Aimai, reçurent les bienfaits d'une instruction tout européenne. Les nombreux voyages que Manakji avait faits en Occident lui avaient permis de se rendre compte de la manière dont il convenait de s'approprier les méthodes. Dès 1859, il ouvrait chez lui (villa BycuUa) une petite école pour recevoir une douzaine

^ Fils de KharshedjL Manakji Shrof! et de Behroze, fille de Seth Darookhanavala, né à Bombay en 1808, montra de bonne heure un goût très vif pour la littérature anglaise et se lia avec les hommes les plus éminents de l'époque. En 1835, il était élu, le premier natif, membre résident de la Société Asiatique de Londres (samedi 3 janvier 1835) ; en 1837, il était admis à la Société Asiatique de Paris, En 1841, il fit son premier voyage en Occident et en rapporta des souvenirs ineffaçables. A la mort de son père (18 i5), il occupait une position dans les douanes de Bombay; mais, selon l'avis d'amis éclairés, il se mit à étudier le droit, et pendant plusieurs années il exerça avec succès au barreau de la vieille Sudder Adatrlat Court ; puis il accepta une place de juge à la Court of liequcsts ; enfin, quand cette cour fut abolie, il changea ce titre contre celui de juge à la Bonibai/ Sniatl Causes Courte où ii siégea pendant vingt-cinq ans. C'était à ce moment le poste le plus élevé qu'un natif pût remplir dans VL'ncocenanted Judicial Service, Il mourut en 1887. Sa vie fut toute consacrée aux réformes sociales qu'il avait résolu de faire pénétrer dans la communauté. Manakji visita l'Europe à diverses reprises, comme nous l'avons dit, et y amena ses filles. 11 avait épousé Manakbai, fille de Dosabhai Framji Marna et de Hirabai qui, par son père Kharshedji, appartenait à la famille Dadiseth.

' Il n'est que justice de mentionner ici les efforts de M" C. J. Jasàwâlà qui coopéra avec activité à l'œuvre de Manakji Kharshedji en faveur de l'éducation anglaise chez les jeunes filles pai^sies.

de jeunes filles sous la direction d'une maîtresse assistée des deux demoiselles Kharshedji; ce fut le modeste point de départ de VAlexandra Institution,

Le 30 juin 18G3, le jour oothumna (le troisième) après le décès de son fils Hiraji, Manakji prit avantage de cette réunion douloureuse pour déclarer l'intention qu'ilavaitdefonder une institution qui procurerait une éducation anglaise aux. natives de Tlnde. Comme il récrivait, le 18 juillet suivant, à Sir Bartle Frère, la seule consolation que le monde extérieur pouvait lui oilrir dans un si ailreux chagrin, était la possibilité de mettre à exécution ce projet si longtemps caressé. 11 souscrivit sur Theure une somme de 4,000 roupies à la mémoire du défunt et pareille somme au nom de chacun de ses enfants, ses fils Kharshedji et Jehangir, ses filles Aimai et Shirin. En attendant les fonds nécessaires pour bâtir un local, Manakji offrait sa propre demeure de Byculla. D'autres souscripteurs, Parsis et Hindous, se joignirent bientôt à lui, et, dans un « meeting » général, on appela la nouvelle école VAlexandra Natioe Girls' Englisk Institution, en souvenir du mariage du prince de Galles et de la princesse Alexandra de Danemark. On avait d'abord voulu lui donner un nom tout oriental ; quelques amis avaient môme suggéré celui du défunt Hiraji, puis celui de Manakji lui-même; mais le fondateur repoussa énergiquement cette proposition. « Cette coutume, quoique fort à la mode parmi nos gens de fortune (^/iam-A/feas/e^ répugne à mes sentiments,» écrivait-il à Sir Bartle Frère. L'école fut inaugurée le 2 septembre 1863 ; sur 29 demandes d'admission, 13 élèves seulement furent reçues; puis, par suite de nouvelles entrées qui vinrent balancer les retraits d'enfants, le nombre s'éleva à 20 ! Ces chiffres peuvent faire sourire ; mais il faut se souvenir que les plus florissantes institutions, par exemple, à Bombay VElphinslone, pour les hommes, et à Calcutta The Bethune Scliool, pour les femmes, ont été ouvertes avec un nombre aussi modeste. L'instruction qu'on donnaità V Alexandraèiàii tout anglaise; pour lui conserver son caractère bienfaisant

et universel, on ne devait blesser aucune foi, aucune croyance et s'en tenir aux principes généraux de moralité et de respect qui sont la base de toutes les religions. Un board de directeurs fut formé, avec des dames inspectrices-adjointes, Miss Shirin Kharshedji à leur tète.

La première distribution des prix eut lieu le 10 mars 1864, à Byculla, en présence du Gouverneur et de Lady Frère. Le grand but de Manakji était atteint : il avait fondé la première institution de cette sorte pour Téducation de la femme dans rinde, et l'avait offerte comme modèle à toutes les autres qui furent créées dans la suite \

L'Institution fut logée pendant plusieurs années dans un bâtiment loué (Fort, Hornby Row) ; désormais tous les efforts de Manakji ne tendirent qu'à établir la permanence de sa fondation. Bombay jouissait alors d'une deces phases exceptionnelles de richesse et de bien-être due à la guerre d'Amérique qui avait fait refluer les affaires sur les marchés de l'Inde. Cette circonstance fut très favorable. L'ami de Manakji, le gouverneur de Bombay, Sir Bartle Frère, lui fit obtenir du Gouvernement un terrain; mais la fin de la guerre d'Amérique amena de cruels revirements. Beaucoup de souscripteurs ne furent pas à môme de remplir leurs engagements ; de plus, la moitié des sommes recueillies fut engloutie dans des faillites; aussi, en 1865 (4 avril), Manakji faisait-il un appel désespéré pour venir en aide à sa chère création. — Il réussit, mais au prix de quels efforts !

Ce ne fut qu'en 1877 que les sommes nécessaires pour la construction de Y Albert Hall furent réunies; les travaux commencèrent en 1879 et durèrent deux ans. Enfin TAlexandra était logée d'une manière permanente*! (PI. 15.)

Il s'agissait dès lors de l'entretenir, tâche difficile dans laquelle tout autre que Manakjiaurait failli. Le recrutement

* Voy. Alcxandra Nallce Girls* Enijlisk Institution, its origin, proffress and first Report, 1863-G^l.

* Le bâtiment s'élève sur l'Esplanade, près du Gi/ni/Jiana Pacillon; il a été construit par les soins de Kban Bahadur M. C. Murzban.

''A2 AN?*A1F> rV MVSÉE GUIMET

.-rs i£i:rr.t/5 ne ~r aïontraient pas aussi z-:.-;- ^ /'.r. 1 aval: r:»^^:^ d'aV.-r>i et ;:»ava:ent mal. Vint -ir.T'^iri*! 0, Mii'^à'iL--: <^:i: i^.MrT'ir aux dépenses: il avait ''/,•-* irri*: d-': dire ^Z:; :ra:ta:î Vlnj^ùruiion comme une de ses i.\W-'. ;! avait raisT;. L'i plus lar^-e partie de ses émoluifieriT-ï V r^as^ait tous les ar,s ; mai^ il iéii>5it à se tirer d'embarras, et il eut le bonheur, avant sa mort, devoir prospérer s/^n œuvre.

Cette anriée. le 11 mars 18t*6. a eu lieu la distribution ariri'jelle des prix'. L'ê^roIe compte maintenant plus de IfKi jeunes filîes inscrites sur les listes.

Kn^ragée comme nous venons de le voir, la question de l'éducation des femmes s'imposait: p«jurtant. vers 1878, son orientation n'était pas encore très bien définie. « Nous autres Parsis, disait alors M. Malabari, nous nous vantons trop de réducation de nos femmes: w et il réclamait des résultats pratiques et immédiats, a Toute notre éducation n*a f:u('j)Vft produit ni une I.ady Doctor, ni une sœur de charité. ni une zfttiaiia teacher ! i) Restait à savoir si la jeune fille cultivée ne serait qu'une coûteuse charge, et si le jeune lioinme, -devenu comme en Angleterre un sordide utilitaire',— arriverait à considérer Tépouse de son choix comme MU douteux placement ?

Mientôt N;s dames de la communauté allaient répondre à cet a|)pel, alîronler courageusement les épreuves publiques et s'inscrire aussi bien à V Université qu'au Grant Médical dnlh^dc Vax 1884, cinq jeunes filles parsies ne craignaient pas drj venir suivre les cours désormais accessibles aux Hîmines dans cette dernière institution.

Nous sommes obligé de faire ici une petite digression, pour (|U(î Ton soit à même d'apprécier comme il convient cette courageuse démarche.

* Ki'iuivi nf Uir Alr.raiulrd Satlrr Giris' Enf/lùsh Institution, from Inpril 18î)5to.'n mardi 18'JO.Voy. le discours du président, M. M. Kharah«vlji, fils (lo Manakji Kliarshcdji, qui a toujours continué à s'occaper d«; l'a-uvrc do son père.

L'ingérence des femmes dans le corps médical est, en Occident, assez diversement appréciée; partisans ou détracteurs ont beau jeu. En Orient, la question se pose différemment. Si chez nous elle n'a pas revêtu un caractère d'opportunité, aux Indes on ne saurait méconnaître son urgence.

Le système dupurdah et la claustration des senanas ont amené dans les hautes classes les maux physiques les plus douloureux. Les purdah-nasheens n'appartiennent jamais aux classes laborieuses. Le premier soin de tout individu parvenu à une position indépendante est de refouler au fond de sa demeure l'élément féminin, et la femme, atteinte par un revers de fortune et rejetée dans la vie extérieure, souffre de cette déchéance. Hindoues et Musulmanes sont également soustraites aux regards des hommes; cependant, selon les provinces, la rigueur de la claustration est plus ou moins sévère. C'est ainsi que pendant des siècles vécurent sans secours des êtres charmants et délicats, d'autant plus faibles et souffrants que les conditions d'hygiène étaient déplorables et amenaient un graduel étiolement de la race\

En effet, les femmes hindoues, quand elles sont malades, n'ont à leur portée que la science médicale des Dhais (sages-

* Opinion d'un natif. Janvier 1886. « Voulez-vous savoir mon opinion sur la condition des femmes ?. . . Je suis honteux de l'avouer ; elle est simplement effroyable. A cause du purdali System^ elles ne prennent aucun exercice extérieur; ainsi j*ai connu dans les hautes classes des familles où les femmes ne peuvent sortir après leur mariage, même pour faire visite à leur père ! A Texception des classes laborieuses et rurales, on peut dire sans exagération que 80 à 90 V* de nos femmes vivent dans un état de maladie constant, du commencement à la fin de Tannée. Ne pouvant obtenir de soins de gardes compétentes aux heures critiques, elles s'affaiblissent, souffrant toujours, sans grand espoir de gué ri son. »

Opinion de S. M. Cleghorn. « Mon expérience dans les provinces du N.-O., en ce qui concerne les coutumes en vigueur chez les natives, me démontre que si celles-ci tombent malades en ce moment, elles ont peu ou point d'espoir de guérison, et n'ont à leur service que les soins de Dhais dépourvues de science. . . c'est seulement par les femmes que peuvent venir quelques secours. »

femmes indigènes) et les soins médiocres qu'elles peuvent donner. Si la matrone n'a pas réussi et s'il faut faire un appel au médecin, hakim ou caia, la malade, soutenue par ses servantes, est placée derrière un rideau et ne livre au docteur sa main bien enveloppée que pour qu'il puisse tâter le pouls et, après avoir posé timidement quelques questions, hasarder un diagnostic. Quand il est absolument nécessaire de pousser plus loin la consultation, on pratique une fente dans le rideau et la patiente fait alors voir sa langue. . . la

figure reste cachée ! On comprend sans peine ce que les jsenanas ont renfermé de souffrances non soulagées, de misères sans nom, et quel bienfait pouvait résulter de la présence et de rintervention de femmes instruites, capables de donner des soins intelligents \

Quand on parle de la médecine aux Indes mise à la portée des femmes, on s'imagine volontiers qu'avant la fondation de la National Association for supplying female médical aid and instruction to the Women ofindia, aucune tentative n'avait été faite dans ce sens. Il est vrai que Lord Hobhouse déclarait, en 1886, dans un meeting, à Mansion Houso, que VIndian Association était la seule qui pût procurer des femmes-médecins pour l'Inde. Il se trompait assurément.

La toute première initiative appartient aux Sociétés des Missions américaines et à VIndian Female Normal School Society, En 1851, fut organisée à Philadelphie The Ladies médical missionary Society, pour venir en aide aux Missions étrangères et envoyer des dames non mariées comme médecins pour les femmes (Lady Doctors). Deux courageuses graduées de cette institution se présentèrent, mais aucun des American missionary Boards ne se souciait encore de laisser partir des jeunes filles aux Indes. En 1868, The Woman's union missionary Society reprit cette idée; toute-

* Nous avons vu supra, p. 120, que les Parsies acceptent la présence de médecins, môme d'Européens.

fois ce ne fut qu'en 1869 que se réalisa le vœu si souvent émis par les Associations philanthropiques, et que Miss Clara A. Swain, M. D., fut déléguée par The Woman's Foreign missionary Society of the Methodist Episcopal Church ; elle est par le fait la première femme-médecin qui ait posé le pied sur le sol asiatique\ Bien avant que l'Angleterre voulût délivrer des certificats professionnels aux femmes, VIndîan Female Normal School Society envoyait à Lucknow Miss Beilby , dont le nom se retrouve plus tard mêlé aux origines de la fondation de la National Association. En Angleterre, The London Society qf Médecine forWomen fut ouverte aux femmes en 1876, l'Université d'Edimbourg leur étant encore fermée; la même année, un Act accordait à tous les Médical Boards hi faculté de les admettre^ initiative qui fut prise par The Irish Collège ofPhysicians. En 1878, l'Université de Londres se décidait à suivre cet exemple. C'est ainsi que, pendant dix-sept ans, ce sont des Anglaises et des Américaines qui ont donné des soins aux natives de rinde, et qui, toutes, étaient des chrétiennes faisant partie des Missions. La tâche était écrasante ! Bien qu'admises volontiers dans les j^enanas, ces courageuses dames rencontraient néanmoins de grandes difficultés, soit dans l'accomplissement de leurs devoirs professionnels, soit dans leurs efforts à communiquer leur science et à former des adeptes. Pour soigner comme pour enseigner, ne faut-il pas posséder à fond la langue si spéciale que parlent les femmes entre elles (:senana'boli) ? Pourtant le seul moyen de tirer les Hindoues de leur situation malheureuse, sans offenser leurs lois sociales et religieuses, est de former des natives à l'exercice de la médecine : mais, pour celles-ci, que d'obstacles à vaincre avant de franchir les étroites limites de la vie familiale et de suivre un cours d'instruction régulier ! Voici

* Voyez dans la Calcutta Rccieic l'article de M" M. A.Badley, octobre 1887 : The National Indian Association for sitppltflng fcnialc Médical ald to thc Wonicn oflndla. A hlstonj of médical icork donc prier to the organisation of thc Association,

Tavis de D*" Sophia Jex-Blake qui résume si clairement la question que nous n'avons fait qu'indiquer^: « Quelles que puissent être les différences d'opinion sur l'utilité des femmes médecins en Europe, j'imagine que peu de gens seront assez hardis à l'heure actuelle pour discuter sur l'urgence de leurs services dans l'Inde et en Orient, où les coutumes indigènes empêchent que les femmes reçoivent les soins des médecins. Nul témoignage sur ce point n'est plus fort, plus concluant que celui qu'a donné Surgeon-General Balfour dans une circulaireofBcielle au gouvernement de Madras datéedu 10 avril 1872*: «Parmi les femmes musulmanes et celles des hautes-castes des Hindous qui ont adopté les usages musulmans declaustration, il n'en est que très peu qui ont joui du bienfait d'une instruction médicale accessible à leurs sœurs d'Europe, et j'estime que sur les cent mille millions de femmes de l'Inde, au moins les deux tiers sont empêchées par les coutumes de recevoir la visite de médecins dans leurs maisons ou de prendre des consultations gratuites dans les hôpitaux et les dispensaires. . . Envoyer des émissaires vers ces malheureuses semble la seule manière de leur procurer des soins médicaux. . . Si une femme, soit une Musulmane, soit une Hindoue de haute-caste, est atteinte par une maladie sérieuse ou a quelque membre endommagé, aucune ne peut bénéficier des secours scientifiques qui sont à sa portée, parce que, encore à l'heure actuelle, ces secours sont en la seule possession des hommes, et que les hommes ne sont pas admis en la présence des femmes. »

Dès 1866, il semble qu'on réclamait déjà avec insistance « des femmes de haute-caste, pour les mettre à même de soigner les malades, femmes et enfants». Le premier effort pour répondre à ce besoin fut tenté à Bareilly, où, en 1867, le D^Corbyn établit une classe pour enseigner la médecine

^ Médical Wonien, a Thcsis and a H islor y ,Edinh\xrgh, 1886^ pp. 234-5. ' Clrcidar m'^niorandum, n" 4218, publié par le Madras Government en 1874.

aux natives, sous les auspices d'un riche natif, Babu Gunga Pershad. En 1870, le D' Corbyn écrivait : « Je suis en train

d'instruire un certain nombre de natives, dont trois sont déjà devenues des docteurs. Elles appartiennent à toutes les castes : chrétiennes^ musulmanes et hindoues. Mon école est divisée en trois classes. Dans la première les élèves peuvent lire et écrire correctement l'anglais et l'urdu ; on leur enseigne la médecine, la chirurgie, l'obstétrique, les maladies des femmes et des enfants; dans la seconde on leur explique l'anatomie et la physiologie en anglais et en urdu. Nous avons une salle attachée au dispensaire pour les femmes et les enfants, et nos jeunes élèves la desservent sous ma surveillance et celle de mon assistant. C'est merveilleux comme elles savent manipuler ; elles ont beaucoup de nerf*. »

Dans la Présidence de Madras, \e Docteur B^îl four {Surgeon General) permit aux femmes de suivre les cours du Médical Colleye de Madras, dans des classes mixtes ou séparées ; des dames, anglaises ou eurasiennes, s'empressèrent de profiter de cet avantage. La première chrétienne qui s'inscrivit. Miss Scharlieb, obtint son diplôme. En 1879, M" Satthianadhan fut \2l première native qui entra au Médical Collège^ mais sa santé l'empêcha de poursuivre ses études ; elle

avait fait preuve d'un réel courage en affrontant la vie publique. La première fois qu'elle était entrée dans la grande salle, son san rabattu sur le visage, elle avait excité un grand mouvement de curiosité et de sympathie. Il convient de dire que M'* Satthianadhan était chrétienne et qu'elle avait pu bénéficier des avantages et de la liberté que goûtent les converties et les Brahmoistes; mais, pour les femmes de haute-caste, le problème restait encore sans solution. Une courageuse Brahmine Mahratte, Anandibai Joshee, résolut de se dévouer. Surmontant tous les obstacles, elle se rendit en Amérique faire ses études médicales (1882), et le 11 mars 1886 elle était reçue au Woinans médical Collège of Pennsylva-

* Scotsman, oct. 26, 1870.

nia, la première hindoue qui ait obtenu le grade de Docteurmédecin en n'importe quel pays du monde, effort le plus considérable qui ait jamais été tenté par une native ! Le 26 février 1887, elle revenait mourir à Pounah\

Le 27 février 1886, avait eu lieu à Calcutta la première réunion de V Association, La Reine, touchée de l'appel de la Maharani de Punna, avait donné des ordres et avait été

obéie* !

Le mouvement en faveur de l'éducation médicale avait été plus en retard dans la Présidence de Bombay que dans les autres présidences; mais, en janvier 1883, il s'était formé un Comité ayant a sa tète Sorabji Shapurji Bengali comme trésorier et secrétaire honoraire. Le 29 mars 1883, se tint le premier meeting des souscripteurs présidé par Sir Jamsetjee Jejeebhoy : 4,000 livres étaient déjà réunies pour: 1*» faire venir des femmes médecins d'Angleterre; 2° établir un dispensaire sous leur direction ; 3^ fonder un hôpital pour les femmes et les enfants ; 4** s'occuper de l'éducation des femmes au Bombay Médical Collège.— D^ E. Pecliey répondit aux offres de la communauté, et, au mois de novembre 1883, elle se mettait en route pour l'Inde; or, des le 22 novembre, le Kania Hospital avait été créé' et la pierre de fondation posée

* Voyez sa vie par M" Caroline Healey Dall, Boston, 1888, en anglais et celle qui est écrite en mahratte par M" Kanitkar.

* Au mois d'août 1885, au siège môme du gouvernement, à Simla^ la National Association fut fondée; Lady Duiferin en fut la Présidente. Son but était de pourvoir aux besoins médicaux des femmes dans l'Inde, d'organiser des cours réguliers pour les femmes qui se destinaient à la médecine, de former des garde-malades et des sages-femmes, d'ouvrir des hôpitaux et des dispensaires, etc. . .

* Un sympathique habitant de Bombay, M. Kittredge, frappé par la lecture d'un article de D' Frances Hoggan dans la « Conlcmporary Rcrioir »(aoùt 1882) intitulé : « On Médical Wonirnjur India,» résolut de répondre à cet appel de concert avec Pestanji Hormasji Kama et S. S. Bengali. L^estanji Hormasji Kama donna un lakh et un quart de roupies; le gouvernement céda l'emplacement (Cruikshank Hoad). L'inauguration eut lieu le 3iJ juillet 188G, par Lord Reay. Les dessins, les plans et l'exécution sont dus à Khan Bahadur C. M. Marzban.

de M. Miss M. Vakil, déjà graduée à l'Université (B. A). Elle entra au Grant Médical Collège en 1888 et partit en Angleterre. Voici ceux des jeunes filles inscrites pour l'obtention du diplôme de L, M. & S, {Licencîate ofMedicine & Surgery) : M. D. NaorozjiS 1889; N. M. Mehta, 1892; A. M. Mehta, 1892; H. F. Banaji, 1892; M. C. Khambatta, 1893; M. N. Kharegat, 1892*.

Passons maintenant à Tinstruction supérieure et voyons les progrès qui se sont accomplis dans ce sens. On ne peut se figurer en Europe les difficultés que rencontrent les natives dès qu'elles veulent suivre des cours publics ou briguer des grades universitaires. L'étude d'une langue différente du vernacular constitue à elle seule^ comme nous l'avons vu, un très rare mérite ; tout<îfois la connaissance de l'anglais, pour les hommes comme pour les femmes, leur est indispensable quand ils veulent affronter la compétition avec les Européens et, dans le domaine de l'instruction, se présenter aux examens de l'Université. Sous ce rapport, la victoire des Angliciste est complète.

Les premières natives qui briguèrent des grades devant l'Université de Bombay appartiennent à la communauté parsie: ce sont les deux filles de M. Ardeshir Framji Vakil,

^ ActueUenient en Europe.

* De môme que les savants médecins de la communauté parsie ont eu d'humbles émules, les Ladf/-Doclors ont eu des devancières. Ainsi nous voyons dans la Parsce Prahàsh^ p. 771, la notice nécrologique, datée du 1" septembre 1792 d'un certain Behramji Nasarvanji Naseli Davar, dont la sœur nommée Jivibai, épouse d'un certain Manakji BomanJL Kalfati (Charpentier), était connue sous le nom de Naaelini Jtvi (Jivi-fille de Nasarvanji). Cette dame était réputée pour son talent à guérir par un onguent encore en usage de nos jours & Bombay sous le nom de « Nasli-ni-Jici ». De plus elle était fort experte dans les maladies des femmes et des enfants et savait préparer des onguents pour guérir les ulcères et les blessures. Plus loin^ 16 décembre 18 i8 (Parsee Prahâsh, p. 276)^ nous trouvons la notice nécrologique de Khursedji Jivaji Gandhi (Epicier). Il avait été d'abord Duhash de VIndian C*. Sa mère, disait-on, avait une grande réputation parmi les familles parsies de Bombay qui prenaient ses conseils et suivaient ses avis.

si justement honoré et respecté de tous; elles ne tardèrent pas à être suivies par les deux demoiselles Parakh. Meherbai et Ratanbai A. F. Vakil naquirent à Bombay, et reçurent une instruction très solide sous la direction immédiate de leur père. En 1885, elles passèrent leur examen d'immatriculation et entrèrent au Wilson Collège; en 1888, elles se présentèrent pour le degré du b. a. et l'obtinrent en 1890. Une circonstance très particulière signala leur succès et mérite d'être rapportée ici : nous avons vu la sympathie des Parsis pour la langue f rançaiseet la fondation du Cercle littéraire ;mvLis si le français était alors accepté aux examens d'immatriculation, il ne l'était pas comme sujet classique pour le B. A. Après une campagne habilement menée à la fois par M. Pedraza, professeur de langue française, et les deux jeunes filles, ses élèves, le français fut enfin inscrit au programme des examens de l'Université, et la victoire fut assurée par le succès des deux Lady-graduates.

Les deux sœurs suivirent ensuite des carrières différentes. Meherbai entra au Grant Médical College,ip2iSS2^ son premier examen en 1892 et se rendit en Angleterre pour achever ses études médicales. Quant à Ratanbai, elle se consacra à l'enseignement du français et fut appelée à le professer au Wilson Collège^ tout en assistant les deux Misses Parakh dans la fondation d'une école à Chaupati. Elle semblait destinée à fournir une longue et utile carrière, lorsqu'elle mourut après quelques jours de maladie, à l'inexprimable douleur des siens (octobre 1895) ! Renouvelons ici l'expression personnelle de nos regrets et de notre sympathie pour la perle si sensible que la communauté a faite dans cette femme de bien.

Il convient de dire que les Lady -graduâtes ne sont pas encore très nombreuses, mais le goût de l'instruction supérieure et des études sérieuses et pratiques prend chaque jour un développement plus étendu; ainsi, dans le domaine de la littérature, les dames Parsies s'y sont essayées de bonne heure

réservée à une classe de professionnels qui vïeanent à prix d'argent chanter ou jouer dans les demeures; la danse en est le plus souvent l'indispensable accompagnement. Pourtant chez les Musulmans, dans l'intimité de la vie de famille, l'épouse et la mèreconsentent àse faire entendre, et elles ne manquent en général ni de talent ni de charme. Les Hindous ont des idées opposées ; il se peut qu'à certaines occasions ils chantent des fragments de musique religieuse; les chants populaires du Guzerate, ceux qu'affsctionnent les mendiants, sont même très touchants, et lamélodie, bien que simple, est souvent exquise. Les femmes ont aussi un répertoire de chants propres à certaines époques ou à cer-

TABLEAU DES PAHSIS LETTRÉS ET ILLB1

développer le goût de la musique au moyen des écoles, des clubs et des sociétés d'amateurs. M. K. N. Kabraji a beaucoup contribué à ce mouvement, et sa famille est très bien douée au point de vue musical; dans celle de M. J. B. Murzban, les jeunes gens, filles et garçons, forment à eux seuls un orchestre. A Bombay, les dames Parsies s'adonnent volontiers à Tétude du chant, du violon et de la mandoline.

Quant au dessin, il est enseigné dans les écoles, et les jeunes filles suivent les cours de la Jamsetjee Jeejeebhoy Scliool of Art et prennent part aux Expositions locales. Miss Dhanbai F. M. Banaji est venue étudier en Europe, et, après avoir travaillé à Londres et à Paris, elle a été admise au Salon des Champs-Elysées (1894), la première native qui ait obtenu cette distinction.

Maintenant, si nous considérons les progrès de l'éducation des femmes chez les Parsis, nous les trouverons supérieurs à ceux des autres communautés. Le D"^ Weir, d'après le census de 1881, le constatait déjà; mettant en regard les résultats obtenus depuis 1872, il relevait 12,2 % d'enfants parsis (garçons) et 8,84 Vo de filles, ayant moins de 6 ans fréquentant les écoles; entre 6 ans et 15 ans le nombre des personnes des deux sexes qui recevaient de l'instruction était plus élevé que dans les autres communautés. Au-dessus de 15 ans, laplus faible proportion d'illettrés, hommes ou femmes, se trouvait dans la population parsie. Nous publions, supra, pp. 354-355, un tableau d' après \e Z or oastrian Calendar qui relève le nombre des Parsis lettrés et illettrés de la Présidence de Bombay, hommes et femmes.

Cette extension donnée à l'éducation des femmes est-elle suffisante ? Le lecteur verra par lui-môme que le Parsi a encore de grands bienfaits à en attendre ; toutefois, dans une brochure très bien faite, nous enregistrons certaines craintes sur la direction de l'instruction féminine. L'auteur y ajoute de sages conseils, dont le but est d éviter que les exagérations

occidentales ne prennent pied dans la communauté et que les théories d'émancipation et d'indépendance ne viennent détruire les antiques vertus qui,pendant des siècles, avaient fait des Zoroastriennes des épouses et des filles irréprochables* . N'y a-t-il pas lieu de souhaiter qu'on accorde à l'instruction un développement plus étendu encore, quoiqu'on dise l'auteur de ce mémoire? Un Parsi nous fournira la réponse. — Nous avons montré combien l'Hindou est opposé en principe à toute éducation pour la femme ; pourtant le nombre des jeunes gens instruits augmentant chaque jour, le besoin d'épouses cultivées se fait vivement sentir. On ne peut se rendre compte en Europe du malheur de ces unions mal assorties, fruits douloureux des Infant-marriages, encore trop fréquents de nos jours. Pour quelques exceptions, combien de ménages divisés, dans lesquels l'époux est amoindri par les exigences du foyer'! A notre grande surprise, nous verrons M. R. P. Karkaria avouer que les jeunes Parsis ne sont pas mieux partagés sous le rapport de la sympathie intellectuelle que les Hindous et les Musulmans ! En général, nous dirat-il, même chez les Parsis, la femme n'est guère plus qu'un (( physical companion » prenant aussi peu de part aux aspirations de son mari qu'à celles d'un étranger*. Il faut plain-

* Présent Aspects of Feniale Education amongst tlic Parsees. A protest by N. M. S. Bombay, 1895 (For private circulation.)

' « Many an educated Indian is as bold as Luther in bis public cbaracter, but sinks to tbe condition of a timide priest-ridden, caste-ridden wife-ridden imbécile in private life. He is a lion outof doors^but a lamb at home ! » Monier Williams, Modem India and thc Indians, p. 319.

' « The Parsis saw the necessity of educating their girlsmuch earlier than the Hindus and the Mahommedans, to whom they may be said to hâve shown the way in this, as in most other respects. Still, though thegreat proportion of their young women arenot so illiterate as amongst others, educated Parsi youths cannot be said to be much better off in married life than their Hinduand Mahomedan fellows. There are instances of what we may call equal marriages, wherein the couples are well mated with regard to intellectual sympathy. Bat in the generality of cases, even among Parsis, the wife is little more than a physical

dre sous ce rapport Tlndien cultivé. Les Occidentaux ne sont pas préparés à comprendre la vie misérable qu'engendrent de tels mariages, les entraves qu'ils apportent à rhomme public dans sa carrière et dans ses succès.

L'auteur de la brochure peut donc se rassurer. Il faut donner libéralement de l'instruction aux dames Parsies qui sont à même d'en bénéficier et d'offrir à leurs époux cette part de sympathie intellectuelle, ce concours efficace sur lesquels se basent les unions vraiment heureuses. Toutefois, il n'est pas hors de propos de mettre en garde les Natives contre les dangers de certaines théories modernes, nées d'un état social qui ne ressemble en rien à celui de l'Inde.

companion, sbaring do more of ber busband's aspirations than those of a stranger. The life of tbe educated Indian is mucb to be pitied on tbisaccount. Foreîgners cannot conçoive wbat a drag sucb unions often are on our public men.» India : Fortij Years of Progress and Reforni, cb. IV, p. 62.

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