‹ Les ParsisChapitre 33 sur 33 · I I II · texte numérisé non relu

I I II

KliarsIiodjiJ.imsIirdji, i'I Birt. C.S.I. n.islamjl Jamsiie.ljl Sorahjl Jamslieilji IMiirozIiai fille

iii> If mort le né k> mort le né le murt le 1

1) ocl. 1811 I 11 juilhl 1«77 23 janvier \HH \ 13 a\iil 1872 siO ocl. iHf:» | i\ mai 1882 I

I 3 niles vivan'cs 2 liU et i niles i» fils frt8 niles

ManakjiKliarshe<lji,3»Bart, C.S.I. Kavasji Kliarshedji Jamshedji Kliar>liedji Filles vivantes :

I I I lilMnliaiji, Sunal*ai, J.iijl, I I I Chandanb.ii, Avabai,

I I I II I Navazbai.

Diobai I Kavcrbai RasUmji 3 filles Rattamji 2 filles

Kliar&hi'dji, fils et tierilier

né le n nov. 1878, m. le 28 juille» 18y3.

Armoiries : — Uni : D'azur au soleil levant au-dessus d'une représentation d»^s Ghâttes en pointe, et en chef deux abeilles volant au naturel.

Ciinirr : Une colline verte sur laquelle un paon dans un champ de blé ayant dans le bec un épi, au naturel.— Drcisc : Industry and liberality.

Pour la vie de Sir Jamshedji voyez : The Jîrst Pursce Baronet^ hcing

ASNALKS DL' MUSÉE GL'IMET

Kiiarslicdji, suivit les traditions de son père ; c'était un liommo d'un commerce fort agréable, Ijoû orateur, aux manières courtoises et affables. Il contribua à la construction du Tii'fran Collûff, (\\i\ coûta prés d'un lakli de roupies. Il i-tait président du Parsi Panchayct et membre du Legtslalicfi Cotinril.

Il avait opou-i; Fîatanbai. fille de Kliarsiiedji Surti (oritrinaire de Suratei, qui était venu s'établir â Bombay pour r ~* ' ses affaires. Une cir-

constance curieuse mérite d'être rapportée. Encore tout enfant, son père la mena visiter la somptueuse résidence que le premier Baronnet venait de faire construire dans le Fort. La beauté de la fillette frappa le fils aîné de Sir Jamshodji, qui l'épousa en 1838. Elle eut dix-huit enfants ; trois fils et sis filles sont encore vivants; elle ressentit douloureusement la mort de son mari, auquel elle survécut jusqu'en 1894. Ses dorniiMTs anm-os avaient été assombries par la perte de son petit-fils Kliarsiiedji, le fils unique de Sir Jamshedji. Lady Halaiibai était d'un doux et aimable caractère, d'un abord facile, d'une Kiniplicité et d'une bienveillance exquises.

/»fN.v<'y.'.s- //■«;» thr lifr undfartiinfSdf Ihehile Sir Jamsctjee Jeejee- UiK'l, liait, by Cooverjeo Sorabjcc Nazir, Late junior scholar, Elp/tinatwir Cullr.jv^B-jiah^y I8t)(i. (Voy. son portrait, pi. 16.)

IFIAI, 2'1 nART.

branche le titre sera réversible, dans le cas où il ne naîtrait pas d'héritiers mâles.

Comme Sir Jamshedji Jijibhai, Sir Kavasji Jehangir Readymoney s'est fait connaître dans l'Inde entière par son inépuisable bienfaisance. Sa carrière dans les affaires ne fut qu'une suite de profits et de succès; il convient de dire

qu'il employa noblement cette immense fortune qui. allait chaque jour grandissante Sir Kavasji descendait de Hirji Readymoney (voyez supra, p. 391) ; celui-ci ne laissa que des filles et un fils adoptif, Jehangir, le fils aîné de sa fille ainée qui s'était mariée à un membre de la famille Banaji. Jehangir épousa à son tour la fille de la seconde fille de Hirji Ready* moncy Bai Mcherbai, la mère de Sir Kavasji. Dès 1837 ce dernier entra dans les affaires, et, en 1846, il ouvrait la liste depuis lors non interrompue de ses grandes fondations*. Les plus importantes sont : à Bombay, VOphthalmic Hospiial, VEIphinstone Collège, VUniversity Hall; h Surate, un hôpital ; à Haïdarabad, un asile d'aliénés ; à Pounah, VEngineering Collège. En 1862, Sir Kavasji commença à souffrir de la goutte; il dut se retirer de la vie active et fut forcé de garder le lit, mais il n'en prit pas moins une part sympathique à la chose publique. En 1871, lorsqu'il fut décoré de TÉtoile de l'Inde, les notables de Bombay, réunis à Mazagon Castle sous la présidence du second baronnet, Sir Jamshedji Jijibhai, lui votèrent une statue en marbre' qui a été placée dans le Sir Kavasji Jehangir University Hall; et, en 1872,

^ Lifo ofSlr Cotra.y'f'n Jchanf/hicr Rrndf/moncf/.Kt;, C. S. /, etc., prepared by J. Cowasjee Jehangier. With portrait and illustrations.

* Pour la liste des charités publiques de Sir Kavasji Jehangir, voy. op. cit., pp. 68 etsuivv. Ces charités s'élèvent & la somme de 1,442,706 roupies; quant à ses aumônes privées, on peut les évaluer à près de 300,000 roupies.

^ Nous donnons ci-joint (pi. 17) la reproduction de cette statue due au ciseau de M.Woolner.On verra avec intôrôt le parti artistique surprenant qu'un artiste européen a su tirer du costume oriental. L'attitude est pleine de dignité, et les draperitîs sont d'une grande simplicité et d'une belle exécution.

in-

la Reine-Impératrice l'honorait de la distinction de la Knighthood du Royaume-Uni. Il mourut au mois de juillet 1878, ne laissant pas d'enfants de son mariage avec Bai Ratanbai et léguant Rs. 24,00,000 à son fils adoptif M. Jehangir, petit-fils de son frère Hirjibhai. En 1895, la Reine-Impératrice a conféré à M. Jehangir la même dignité que celle qu'elle avait octroyée à Sir Kavasji.

C'est en 1854 que commence une ère nouvelle dans l'existence commerciale de l'Inde. La communauté parsie peut revendiquer l'honneur de l'avoir inaugurée, et cet honneur revient spécialement à Kavasji Nanabhai Davar. C'est lui, en effet, qui établit à Bombay la première filature de coton dans laquelle on se servit de la vapeur comme force motrice. Or, à cette époque, ses concitoyens ignoraient qu'un nouveau débouché s'offrirait par là à leur activité et que bientôt leur ville acquerrait un rang égal aux plus riches cités manufacturières d'Europe\

^ Notons le mouvement industriel très important qui s'accomplissait à cette époque dans la communauté. Ainsi, dès le 11 octobre 1839, la première manufacture de soie était ouverte à Pounah par un Parsi, Sorabji Ratanji Patel (Parscc Prakàsh^ p. 346) ; en se reportant à la page 113 de la. Parscc Pra/alsh yOn y voit que deux Parsis, originaires de Surate, avaient déjà établi une manufacture de soie à Daman, sous la protection du gouvernement portugais qui leur accorda un monopole et le don d'un village, celui de V'aracanda, pendant trois générations. — Les Parsis sont d'ailleurs cités dans les récits des anciens voyageurs, par exemple, dans ceux dellamilton, d'Ovington, de Forbes, etc., comme fort habiles dans l'art du tissage et de la broderie. De nos jours, c'est un ouvrier Parsi, Pestanji Dosabhai Kapadia, originaire de Surate, qui a donné une impulsion heureuse aux manufactures de soieries de Bombay, très languissantes jusqu'alors. Étant entré dans celle de MM. Sassoon & C, il parvint à livrer d'excellents produits, et son succès a concouru à Tassociation de la maison Sassoon avec celle de MM. Tapidas Varjdas & C". (Pour l'industrie de la soie, voy. Imp. Ga:;. of Indla, 2<* Ed., vol. VI, ch. XX, pp. G02-3.)

En 1810, nous voyons un Parsi établir à Bombay pour la première fois une manufacture de sel {Parscc Prahàsh^ p. 357); en 1854, une papeterie était élevée par les soins d'un comité composé de Parsis et d'Hindous. Le Président était K. X. Kama, le secrétaire S. P. Framji, les trnstces, Jagganath Sankersett et Dhanjibhai N. Kama.

Kavasji Nanabhai Davar naquit en 1814. II appartenait à une famille riche; mais les bienfaits de Téducation étaient alors presque inconnus, et l'on ne se préoccupa que de la carrière commerciale du jeune homme. A seize ans, il travaillait déjà sous les ordres de son père, Nanabhai Davar, courtier de deux maisons anglaises. Quand celui-ci mourut, Kavasji ouvrit avec son frère une maison pour son propre compte, et, à partir de cette époque, il donna îi la raison sociale le nom de son père, Nanabhai F ramji Sons and C ; malheureusement son frère mourut bientôt et les charges et les responsabilités retombèrent sur lui ; aussi peut-on dire que sa vie entière fut toute de travail et de dévouement. Kavasji Davar suppléait aux lacunes de son instruction première par une rare intelligence et un sens pratique merveilleux. C'est ainsi qu'après avoir étudié la question, il avait reconnu le profit qu'il y aurait pour l'Inde à établir des filatures qui emploieraient le coton récolté sur place^ ; mais, à ce moment-là, il n'avait à sa portée aucun moyen de réaliser ce projet(1851). Il fallut qu'il s'adressât à une maison anglaise, celle de Platt Brothers, et qu'il en obtint par correspondance les plans et les renseignements dont il avait besoin pour la construction de l'usine qu'il avait en vue de fonder. Cette maison comprit l'importance de l'entreprise; elle accepta Kavasji Davar pour agent et fournit l'outillage et les machines à des prix très modérés. C'est ainsi qu'en 1854 fut constituée The Bombay Spinning and Wcaving C^, au capital de cinq lakhs de roupies; la filaturc, à Tardée, employait 2,000 broches. {Pansée Pra/idsh,

' Quand les Eupopéenb arrivèrent aux Indes, ils trouvèrent une civih*sation chez les « Maures » et les « Gentoux » au moins égale à la leur. Pour rarcliitecture, les produits de soie et de coton, l'orfèvrerie et la bijouterie, les peuples de l'Inde n'avaient pas de rivaux; mais tandis que rOricnt restait stationnaire, l'Occident piogressait,et vint le temps où le tisserand hindou fut obligé de reprendre la charrue et de se faire agriculteur. Les destinées de l'Inde ont commencé à changer du jour où l'activité industrielle européenne s'y est transportée. — Pour ces questions en général, voy. Imp, Ga^. of India, 2^ Edition, vol. VI, ch. XX, et pour ce passage la page 598.

tune provenant à la fois du capital dont ils avaient hérité du chef de leur père et de celui qu'ils avaient acquis pendant le temps de leur association.

Comme homme public Sir Dinsha a été mêlé à toutes les affaires importantes de la ville et de la Présidence ; sa situation le désignait à une distinction exceptionnelle. En 1887, Tannée du jubilé de la reine, il fut fait shériff de Bombay et honoré de la dignité de la Knighthood, puis en6n créé baronet (1890) \ Inutile de donner la liste des charités de Sir Dinsha : elle serait trop longue! Rappelons toutefois que de nombreux dispensaires et hôpitaux lui doivent leur existence; il a creusé des puits et des citernes, fondé des écoles, soutenu la littérature indigène et concouru à son développement par les souscriptions qu'il a accordées à desauteurs pour leur faciliter la publication d'utiles ouvrages; il a bâti des Temples du Feu et des Tours duSilence. Pendant les calamités publiques, il a contribué par ses dons à toutes les souscriptions; il a été un de ceux qui ont pris l'initiative de l'organisation des secours envoyés aux Zoroastriens de Perse; il a donné plus d'un lakh de roupies auPanchayet Parsi pour les pauvres de la communauté. Quantaux charités privées de Sir Dinsha, elles sont aussi nombreuses que secrètes ; elles ont servi maintes fois à établir de jeunes Zoroastriennes qui n'avaient pas les moyens de payer les frais de leur mariage, à solder les dettes de commerçants qui avaient fait de mauvaises affaires, enfin à régler les dépenses des funérailles des gens respectables morts sans fortune. — Au moment de la grande crise com-

de Nasarvanji est le Jamshcdji Nasarcanjl Petit Orphanagc (Lai Bofj, Parcl, Bombay) fondé en souvenir de son fils, au moyen des sommes que le malheureux père versa le jour Uthuinna, c*est-à-dire le troisième après le décès du jeune homme (1888). Depuis la mort de son mari^ Bai Dinbai s'occupe de VOrplianaQc où elle surveille les soins matériels et l'éducation qu'elle fait donner aux petits orphelins. La vie de cette femme admirable est une longue suite de bienfaits publics el de discrètes aumônes.

^ Voyez son portrait, planche 18.

Kaikoshru Yezdar. C'était une femme de bien dans toute laccei)tion du mot; elle mourut le 5 mars 1890. après une courte maladie'. Le baronnet en éprouva la plus vivedouleur ; bientôt im nouveau malheur vint le frapper : au mois d'août 1895, M. Framji,son second fils, succombait aune fièvre typhoïde. Le succès de VOriental Spinning and Weaving Mill fut si complet qu en 1860 Sir Dinsha construisit une nouvelle fabrique qu'il appela le Manakji Petit Spinning and Weaving Mill, en souvenir de son père. Il prit comme associés son frère Nasarvanji et M. Mervanji Framji Panday' ; puis l'usine fut constituée en Société sous la raison de Manakji Petit Spinning and Weaving Company, au capital de lx\s :l^^),00,000 divisé en 2,500 parts de Rs 1,000 chacune. La Société fut ensuite réorganisée et devint \q Manakji Petit M(inuf(trtnring Company, nom sous lequel elle est actuellomtMit connue. On compte ])ar le fait six grandes usines dans Icsiiuelles Sir Dinsha a la i)lus large part, savoir : Manakji Petit Mill, Dinsha Petit Mill, iMii^agonMill, Victoria Mill, Pramji Petit Mill et Coi'don Mills.En outre, Sir Dinsha s'est occupé de la fabrication du (il et d'articles de fantaisie; il est le propriétaire d'un établissement ii Mahim pour la teinture de Mes de laine. On voit à quelle prospérité Tingcuieuse initiative (le Davar a donné naissance; peu à peu l'industrie s'est répandue dans l'Inde entière. On n'a qu'à consulter les (fnzeftee/'s et les Reports pour s'en rendre compte.

' « Wo liaveseKloni oonieacross such quick intenigence, strongcommon sonse aiul unfailing kindliness as hors in the course of twenty years acquaintance witli some of Ibe notable woinen of the times, Indian and Kuropean. In Lady Sakarbai thèse qualities seemedto shine at their best and their eharm was groatly enhanced by thrt innate modesty of their possessor and the genuineness of lier every day life. Bai Sakarbai was Sakarbai to every onewho went to her ; to young and old, rich and poor, strong and weak. . . » Irvlian Spf'rt(tror,\) March 1890.

- Mi)ii en 1S7(>. Il a fondé le M^rrun Bd'/, maison de convalescence ])Our les l\irsis (1S()5) et un Dluu'inshala : il a d»?pensê de très grosses sommes en faveur des Zoroastriens de Perse. Il était le frère de Lady Sa" karbai, par eonsv^quent le tils de M. Framji Panday et de Gulestan Hanu. Pour la famille Panday, voy. Miitnbai-nO'Bdhar 219-29Ô.

En 1879, le nombre des usines était de 58, donnant de Touvrage à 40,000 personnes, hommes, femmes et enfants ; sur ce total, 30 étaient dans Tilede Bombay \ En 1884,d'après les listes officielles, on en comptait 74, donnant de l'ouvrage à 61,836 ouvriers ; 35 étaient dans la ville et l'île de Bombay ; en 1894-95*, 144 usines étaient mues par la vapeur ; 100 étaient situées danslaPrésidence de Bombay et donnaient de l'ouvrage à 139,000 ouvriers'.

Nous trouvons dans M. Jamshedji Nasarvanji Tata un des industriels les plus remarquables de l'Inde*. M. J. N. Tata n'est plus, comme Framji Kavasji, Sir Jamshedji, K. Davar, Sir Dinsha Petit, un élève des écoles eurasiennes ou des soldats anglais retraités; il fait partie de la nouvelle génération qui a profité des avantages de l'éducation européenne. Après de brillantes études à VEIphinstone Institution, il entra dans la maison de commerce de son père, dont il devint l'associé après un premier voyage en Chine. En 1865, il fut appelé en Europe pour ses affaires; en 1877, il construisit sa belle usine à Nagpur, dans l'Inde centrale, et, en 1887, il acheta les Swadeshi Mills, à Coorla, près de Bombay.

M. J. N. Tata connaît l'Europe aussi bien que l'Inde ; il s'est renducompto des rapports qui désormais peuvent s'établir entre les deux pays. Il a beaucoup observé, et il s'efforce de mettre en pratique les fruits de son expérience. Les questions sociales le préoccupent tout particulièrement. D'une stricte justice vis-à-vis de ses actionnaires, il les fait amplement profiter de ses bénéfices ; quant à ses ouvriers hindous, ces humbles des castes inférieures, il cherche à résoudre en

^ Douze de ces usines sont situées soit dans les Ëtats natifs, soit en territoire étranger.

* Voy. Imp. Ga:;. nflndûi, 2^ Ed., vol. VI, eh. xx, pp. 610 et suivv., et Statcmcnt cxliihitintj tJio monil and matrrial progrcss and condition of Ind'ut durinf/ ilio ijoar 1894-95. Manufactures, pp. 157 et suivv.

* Dans les usines on ne trouve pas d'ouvriers parsis; il n'y a que des Hindous des castes inférieures, mais les emplois de contre-maîtres et d'ingénieurs sont souvent remplis par des Parsis.

* Voyez son portrait, planche 19.

leur faveurun problème dont l'Europe n'a pas encore trouvé la solution pacifique : un projet de pension pour l'ouvrier après trente ans de service ou une paie surélevée après vingt-cinq ans. 11 étudie avec non moins de zèle d'autres questions d'un ordre tout différent. C'est ainsi que dans son mémorandum sur la culture dans Tlnde du coton de provenance égyptienne, il a exposé avec la plus grande clarté la position actuelle de l'industrie cotonnière et les avantages qu'il y aurait à acclimater un coton d'une qualité supérieure à celle que l'on récolte dans l'Inde, ce qui permettrait alors de défier la concurrence étrangère, jusqu'alors victorieuse par cette infériorité de production. Il y va à la fois des intérêts du fabricant et de ceux de l'agriculteur. Le Sind parait propice comme climat à l'expérience que M. J. N. Tata semble décidé à tenter. Or^ s'il la tente, et s'il réussit, qui peut prévoir l'étendue des bienfaits que l'Inde en retirera un jour ? Arrivé à ce point, nous pensons n'avoir pas besoin de pousser plus loin Tesquisse rapide que nous venons de tracer. Il ne rentre pas dans notre plan de discuter les grands problèmes commerciaux et industriels qui intéressent la vie do rinde, ni de parler de cette concurrence éventuelle qui alarme les économistes européens. Contentons-nous de dire qu'il n'y a pas lieu de se montrer si inquiets. Sans escompter

les catastrophes et les douloureux événements qui peuvent retarder la marche progressiste de l'Orient, l'Asie possède dans ses vastes territoires, connus d'hier à peine, des populations assez nombreuses pour que l'Inde trouve des débouchés faciles pour sa production industrielle et n'ait pas besoin de venir chercher sur les marchés d'Europe un écoulement que ses gouvernants, — gens éminemment pratiques, — sauront toujours arrêter par les droits et surtaxes qu'ils ne ménagent pas dès maintenant à leur colonie !

Après avoir indiqué à grandes lignes le mouvement commercial, étude qui nous a conduit des humbles origines des courtiers et des Dubaslis jusqu'aux succès des Merchant princes anoblis par TAngleterre et des grands industriels égaux, bientôt rivaux, des Européens, voyons comment les Parsis se sont affirmés dans la vie intellectuelle. Nous ne les y trouverons ni moins entreprenants ni moins heureux.

Leur activité s'exercera d'abord dans le développement de la presse; bien avant leurs succès universitaires et sans attendre la conquête des grades, ils avaient réclamé le droit de parler, de discuter, et ils en avaient usé. C'est donc comme journalistes que nous allons les rencontrer. Pour bien définir la place qu'ils occupent actuellement dans la presse, il n'est pas hors de propos de remonter à l'origine de celle-ci et de jeter un coup d'œil sur sa situation dans la Présidence de Bombay. On sait qu'elle s'y partage entre les deux idiomes locaux, le Guzerati et le Mahratti^ ; la presse guzeratie est presque entièrement entre les mains des Parsis dont l'influence s'étend également sur les organes anglo-indiens*.

* « The Bombay joarnals are about equally divided between Marathi and Gujarati. Those in the Marathi language are characterized by the traditional independence of the race of Sivaji ; the Gujarati newspapers are the organs of the Parsis and of the trading community generally. » Imp, Gaz. of India, 2^ Ed., vol. VI, ch. xvi, p. 480.

' • A vigorous English and vernacular press flourishes in Bombay. The Bombay Gazette 2Lnà the Tlinrs of India^hoth of them daily journals, well edited and well informed, represent the Anglo-lndian community. The Indian Spectator is an excellent weekly journal in the English language. The Boinbajj Cat/tollc Examiner ably represents the Roman Catbolic inhabitants. The Bombay Chronicle, a native paper, deserves also notice. The Vernacular press includes Indu Prakash, Jam-e-Jarnshed, Rast Goftar, Bombay Samachar, Arya Patrika and Gujarathi, Thèse native papers address their respective circle of

Quatre grands journaux guzeratis sont publiés et dirigés par les Parsis : le Bast Goftar\ le Kaiser-i- Hind}, \e Jam-e'Jamshed\]e Bombay Samachar^; viennent ensuite deux revues : le Stri-Bodh^ et le Nur-i'Ilam\ Ajoutons à cette liste un journal rédigé en anglais, VIndian Spectatov\

Nous avons vu que l'histoire de la prospérité commer-

readers, explaining passing political events, criticising oflScial appointmenls, and bringing grievances to light. » Imp, Gaz, ofindia, 2^ Ed., vol. III, p. 83.

^ Journal hebdomadaire; éditeur M. K. N. Kabraji, né en 1842, rédacteur en chef du Rast Goftar depuis 1862. M. K. N. Kabraji exerce une influence considérable dans la communauté parsie ; comme écrivain, il a contribué à rapprocher le guzerati parsi du guzerati hindou. C'est un littérateur distingué.

* Journal hebdomadaire (anglo-vernacular) ; propriétaire, M. F. C. Mehta. M. D. E. Wacha collabore activement au Kaiscr-i-Hind,

^ Journal quotidien ; éditeur et propriétaire M. J. B. Murzban, d'abord assistant-editor au Rast Ooftar, puis assisiant-managcr au Times of India, enfin nianat/or à la Bomba j/ Gaseite. M. J. B. Murzban a l'ait l'acquisition du Jam-c-Jamshod et est devenu peu de temps après propriétaire du seul journal anglais quotidien du soir, The Adcocaio. of Indla. M. J. B. Murzban est un excellent écrivain en guzerati ; on lui doit des adaptations très bien faites.

* Journal quotidien ; éditeur et propriétaire M. Manakji B. Minochcherji Homjina, connu par ses hautes capacités politiques. M. M. B. M. Homjina est Tauteur d'œuvres très variées, môme de compilations musicales estimées.

' L'cducntPHv dos Femmes; éditeur M. K. N. Kabraji; revue mensuelle très répandue dans les familles parsics.

^ Le propat/ateiir de la lumière^ delà science ci de Vart ; éditeur M. P. B. Desai. C'est une revue mensuelle, la seule publiée en vernacular, non seulement dans la Présidence de Bombay, mais encore dans rinde entière. M. P. B. Desai s'est adonné aux travaux historiques. On lui doit le livre sur les Desais de Nausari, cité supra y p. 369.

' Journal hebdomadaire dirigé par M. B. M. Malabari et rédigé dans l'anglais le plus correct et le plus choisi. La Voice of India, fondée par Sir William Wedderburn, Dadabhai Naorozji et quelques autres amis de ri nde, dans le but de répandre les opinions de la presse native et de les soustraire au contrôle des fonctionnaires anglo-indiens, est publiée en supplément de VIndian Spectator,

ciale de Bombay est intimement liée à celle de la communauté ; nous pouvons dire la même chose de la presse. Un excellent mémoire lu par M. B. B. Patell devant la Dnyan Prasarak Mandli, le 2 avril 1895, va encore nous servir de guide \

Vers la fin du dernier siècle, les Hindous^ même ceux qui étaient en rapport avec les Européens, étaient fort indifférents aux choses de l'étranger, et encore après la publication des périodiques anglais Tignorance de la langue empêchait qu'ils ne portassent leur attention sur les événements

de l'Occident. Les nouvelles commerciales ne les touchaient que médiocrement; quant aux grandes guerres européennes du commencement du siècle, à peine furent-elles soupçonnées dans rinde.

Le premier journal anglais, le Bombay Herald, fut publié à Bombay en 1789; deux ans plus tard il changeait de nom pour prendre celui do Bombât/ Galette ; en 1790, paraissait le Bombay Courier, en antagonisme déclaré avec la Bombay Galette, qui accueillait les opinions des réformateurs opposées à celles du Courier, très conservatrices. En 1799, sous l'administration de Lord Wellesley, la presse, bien qu'à ses débuts et encore timide, sentit les effets de la censure'. Tous les articles, y compris les annonces commerciales, y furent également soumis. Les nouvelles ne devaient pénétrer dans la colonie qu'autant qu'elles n'étaient pas de natureii blesser les intérêts de VEaslIndiaC^.

UAct de 1799 fut renouvelé à Calcutta, en 1818, par le Marquis de Hastings; toutefois, en 1835-30, sur l'initiative de Sir Charles Metcalfe, entière libellé fut donnée à la presse, et à partir de cette époque le gouvernement se dessaisit du droit qu'il avait de déporter les journalistes d'allure indépendante. Mais passons sur des détails qui n'intéressent pas

* Nous en devons la traduction à notre ami M. M. M. Murzban.

• A Bombay, ce fut Francis Warden qui exerça pendant plus de quinze ans les fonctions de censeur ; il les remplit avec beaucoup do tact et de délicatesse.

directement la Présidence de Bombay et revenons à la Bombay Galette, En 1845, John Connon en prit la direction, puis en devint propriétaire en 1849; le journal existe encore sous ce nom.

Pendant ce temps, c'est-à-dire pendant plus d'un demisiècle, les Parsis avaient accompli leur évolution et affirmé leurs qualités comme journalistes. Nous les trouvons gérants, éditeurs, reporters ; la Bombay Galette a eu pendant longtemps un Parsi comme gérant. Lors de sa création, le Times of Indla a compté beaucoup de capitalistes parsis parmi ses bailleurs de fonds.

Occupons-nous maintenant de la presse guzeratie; nous allons voir comment les Parsis peuvent en être considérés à la fois comme les fondateurs et les meilleurs champions. Dès 1778, avant que le journal anglais, le Bombay Herald, eût inauguré sa première presse, un Parsi, Rastamji Kersaspji, associé avec un Européen, en avait établi une, d où sortit le premier Pancltang ou calendrier anglais. M. B. B. Patcll, malgré son zèle et ses recherches, n'a pu arrivera retrouver le premier numéro, môme aux archives du Secreiariate à Bombay, et il ignore également à quelle famille ap|)artenait le nommé Rastamji Kersaspji. Il parait que vers 1855 ï èùxianv A\i Bombay Times, le D*" Buist, a vu ce numéro imprimé sur du papier tellière ; il contenait trentequatre pages et le prix en était de Rs. 2. C'est donc à un Parsi que revient l'honneur d'avoir établi une presse à Bombay, nous pouvons dire dans l'Inde entière, car ce ne fut (jue deux ans plus tard, en 1780, que la première presse fonctionna à Calcutta et qu'il en sortit, en 1781, le Heekey's Calcutta Journal.

Pourtant les Parsis allaient être devancés parles missionnaires de Sérampore; le 31 mai 1818 paraissaitpar les soinsdu D' Marshman et de M.Ward le premier journal rédigé en idiome indigène (bengali). Ce fut à Bombay, quatre ans plus tard (1822), que fut publié lesecond journal en idiomeîndigène, cette fois en guzerati ; le propriétaire appartenait aune famille

sacerdotale zoroastrienne, Mobed Furdunji Marzbanji, petitfils de Kâus Fredun Munajam, le premier Dastour kadimi de Surate*. Furdunji Marzbanji avait acquis sous renseignement de Mulla Firoz une grande connaissance des langues persanes et arabes et avait accompagné son maître à Bombay. La difficulté alors était de constituer une fonte de caractères guzeratis. Déjà Luke Ashburner, propriétaire du Bombay Courier, avait pris à son service un Parsi, Beramji Jijibhai Clihapgar pour fondre des caractères guzeratis destinés à rimpression d'annonces en vernacular dans le Bombay Courier,

Marzbanji débuta par la publication d'un Pa/icAa/?^' guzerati, en collaboration avec Ramshanker, fameux astrologue et faiseur d'horoscopes. Nous lisons dans la Parsee Prakâsh, p. 129 : « Aujourd'hui, 11 novembre 1815, un panchang guzerati pour Tannée hindoue 1817 a été publié pour la première fois par Mobed Furdunji Marzbanji, à sa presse. Prix Rs.2 *.» Avant de fonder son grand journal l'auteur s'assura du concours du Gouverneur Mountstuart Elphinstone et des notables européens établis à Bombay.

C'était, en effet, un excellent moyen de propager des réformes utiles, et les communautés hindoues, musulmanes et parsies l'encouragèrent chaudement. Le 5 juin 1822, fut lancé un long prospectus rédigé en anglais et en guzerati, et enfin, le l**" juillet 1822, — date mémorable dans l'histoire du journalisme dans l'Inde, — parut le Bombay Samachar. On y trouva d'abord quelques annonces, de petits articles et des faits divers pris dans les journaux

* Voyez sa vie publiée en guzerati par Minochehr Khurshed. Bombay, 1896.

* Note de M. B. B. Patell dans la Parscc Prakâsh: «Nous n'avons pu réussir à nous procurer un exemplaire de ce premier Panchang ; mais il se trouve une collection assez complète du journal chez M. Mervanji Naorozji qui tient les comptes du Panchayet Parsi. Le père de M. Mervanji Naorozji a été longtemps imprimeur chez M. Furdunji Marzbanji. »

436 ANNALKS DU MUSEE GUIMKT

anglais. Bientôt on y ajouta les nouvelles des pays étvangers, ce qui permit aux journaux anglais à leur tour de reproduire dans leurs colonnes des articles du Samacliar. Ce grand pas fait, vint le tour des affaires locales, surtout de celles qui regardaient la communauté parsie. La première polémique à laquelle le journal donna asile dans ses colonnes fut soulevée au sujet des dépenses exagérées faites au moment des funérailles. Le Bombay Saniachar commença alors à acquérir de l'influence et son opinion à compter ; peu après il publia les charités des Parsis, les fondations pieuses, les décès des personnes distinguées, etc.

Une question brûlante ne tarda pas à diviser la communauté, celledela Kabisa (juillet 1826). Le Dastour de Broach, Aspandiarji Kamdin, avait publié à Surate un livre à ce sujet (voy. supra, p. 03). Comme le Dastour MuUa Firoz était le maître de Furdunji Marzbanji,ce fut dans les colonnes du Bombay Samachar que le Dastour inséra ses réfutations. Le journal se trouva bien de la vivacité de cette polémique et ses dimensions y gagnèrent! D'autre part, le Dastour F. D. Jamasp Asana^ le défenseur des Shahanshahis, l'agent à Bombay du Dastour Aspandiarji, commença à publier contre MuUa Firoz V Aklibav-e-Kabissé (autographié), tandis que les Kadimis lançaient un autre journal appelé VEbtal'e- Kabissé contre les Shahanshahis. La controverse finit en 1827, et avec elle cessa la publication de ces deux feuilles ; mais le goût de la discussion s'était développé et le Bombay Samachar continua de prospérer. Le 2 janvier 1832, il devint quotidien ; puis, en 1833, il redevint hebdomadaire. Pendant plus de dix ans Furdunji Marzbanji en fut le directeur et l'éditeur ; il y déploya de rares qualités d'énergie et y dépensa beaucoup d'argent ; le 1" octobre 1832, il le céda à Kharshcdji Hormusji Mehcrji et à son "frère Meherjibhai, et pendant trente-quatre ans il resta dans leur famille. Le l''' novembre 1800, on en augmenta le format, et, en

1866, il parut tous les jours. II appartient maintenant à M. M. B. M. Homjina.

Le l**" septembre 1830, un disciple de M. Furdunji Marzbanji, nommé Naorozji Dorabji Chandaru, ayant acquis sous son maître une grande expérience, publia un journal hebdomadaire en guzerati, le Mumbai Variman qui, à partir de 1831, devint bi-hebdomadaire sous le nom de Mumbaina Halkaru and Vartman. Plus tard, on l'appela le Mumbai Chabuk. Les articles étaient écrits avec beaucoup de verve ; Tédileur prenait une part personnelle à la rédaction et soignait particulièrement le guzerati au point de vue de la correction et du style.

M. Naorozji Chandaru continua d éditer le Chabuk jusqu'à la fin de sa vie (1859.) Le journal subit alors un changement dans sa rédaction et ses opinions.

Le 12 mars 1832, fut fondée par Pestonji Manakji Motivala une feuille hebdomadaire que nous retrouvons au premier rang des journaux de notre époque, le Jam-e-Jamshed (lithographie) ; ce ne fut que six ans plus tard qu'on se servit de caractères mobiles; à partir du V août 1853, il parut tous les jours. Comme le propriétaire était secrétaire du Panchayet Parsi, les nouvelles concernant la communauté et les sujets de controverse religieuse y furent insérées. Les éditeurs du Jam-e-Jarnshcd ont été successivement : le Dastour Edalji Dorabji Sanjana, Naorozji Furdunji, M*" D. F. Karaka,etc. Dès l'origine, leJam-e-JamshedafCichades idées conservatrices. En 1838, commença la publication du Mumbai Durbin, par les soins de Nasarvanji Temulji ; elle dura huit ans. Le 1®" août 1849, le Samachar Darpan fut fondé par Naorozji Dorabji Gâe, les Dastours Kaikobadji Mancherji MulIaFiroz et Aspandiar Framji Rabadina, avec le concours de M. Kharshedji Nasarvanji Kama. Comme éditeurs remarquables, citons M.D. F. Karaka et Beramji Kharshedji Ghandhi ; le Samachar Darpan dura près de vingt ans et fut incorporé Iel4avriil808avec VAkhbar-e-Saudagar tonde en 1852

(!•' juin) parDadabhai Kavasji Dahadiwala. Deux nouveaux journaux, le Chitra Dnyan Darpan, fondé par Kavasji Sorabji Patel\ et le Parsi Reformer , furent publiés à cette époque.

Nous arrivons maintenant au Rast Gojlar fondé le 18 novembre 1851 par M . Dadabhai Naorozji. Il fut d'abord bimensuel, puis au bout de deux ans il devint hebdomadaire sous le patronage de Kharshedj NasarvanjiKama, Kharshedji RastamjiKama,DosabhaiF. Cama, SorabjiShapurji Bengali, Naorozji Furdunji et Pestonji Ratanji Colah. Ces messieurs firent pour le soutenir de sérieuses pertes d'argent pendant près de dix ans. En 1861, le SatyaPrakash, fondé par le patriote hindou Karsandas Mulji, fut amalgamé avec le Rast Gojïar qui, le 8 septembre 1869, passa entre les mains de M. B. F. Murzban, le propriétaire delà DaftarAskara Press.

Si nous voulons donner une revue rapide des journaux qui ont eu une vogue plus ou moins éphémère, nous citerons le premier journal comique rédigé en guzerati, le Parsi Punch *, puis le Satya Deepak, le Bag-e-Nashyat, le Dost-e Parsi Banuan, le Parsi Mitra, le Surya Prakash, le Dost-e-Hind, etc. En 1865, le Suryodaya sortit des presses du Bombay Samachar, mais il ne vécut que trois ans ; mentionnons aussi le Lok Mitra, le Satya Mitra, The Sunday Review, le Ye^dan Parasht, The Bombay Chronicle, qui cessèrent de paraître après une courte existence. En 1882, M. F. C. Mehta, le propriétaire du Stri Mitra, inaugurait le Kaiser-i-Hind qui contient des editorials à la fois anglais et guzeratis *.

* Les principaux éditeurs furent J. H. Panthaki et B. K. Ghandhi.

' Fondé par M. Dadabhai Ardeshir Shaher^ le 1" janvier 1854. Ce journal avait pour but de publier la caricature de ceux qui ne remplissaient pas convenablement leurs devoirs publics et de donner ainsi un avertissement aux autres. Le Parsi Punch ne dura que dix mois; en novembre 1858^ il fut repris par M. Nasarvanji Dorabji Apakhtyar; il est publié à présent sous le nom de Hindi Punch par la famille Apakhtyar.

' Comme journaliste parsi en dehors de Bombay, nommons M. Dinsha Ardeshir Taleyarkhan, fondateur du Guzarat Mitra ^e Su-

COMMERCK. LITTÉRATURK. POLITIQUE 439

Un peu avant, vers 1878-79^ M. B.M. Malabari commençait

sacarrièredejournalisteetsemettaità la tête d'un organe hebdomadaire rédigôen anglais, iV/irf/a/i Spcclatof\qui se distingue par ses qualités de style, sa modération et la dignité de sa ligne politique ; médiateur entre les gouvernants et les gouvernés, M. B. M. Malabari a su faire écouter sa voix jusque dans les conseils des vice-roia,et dans certains moments difficiles, grâce à sa situation exceptionnelle vis-à-vis des diverses communautés de Tlnde, guider ou apaiser l'opinion. En 1883, M. B. M. Malabari accepta la direction de la Voiceof India, pour répondre aux vœux de ses amis de Tlnde, désireux de faire parvenir en Europe dans leur intégrité les nouvelles politiques souvent défigurées par les fonctionnaires anglo-indiens.

Grâce à M. B. B. Patell, nous avons ainî^i appris à connaître les noms d'hommes do talent que nous ne tarderons pas à retrouver môles au mouvement littéraire ou à la vie publique. La presse a été en effet une salutaire école : d'une part, elle a servi à élever le niveau moral par la libre discussion des questions sociîiles et politiques ; de lautre, elle a préparé la voie aux bons écrivains en épurant et en assouplissant la langue ; car la plupart de ces fondateurs de la presse n'étaient pas simplement des journalistes ; ils se

raie (anglo-vernacular), écrivain de talent, indépendant et libéral. Il avait comniencê par collaborer au Jain-r-Jainslu'dy quand M. K. N. Kabraji en était l'éditeur.ll a beaucoup contribué par sa courageuse attitude à la chute du Guikovar Maihar Hao en mettant en lumière les abus de son gouvernement! 1875). Il subit une peine dans la prison de Surate pour avoir dénoncé la négligence et l'incurie du BB. et C. B. 1. Railway, lors de la cérémonie de la consécration des Tours du Silence à Tavri, près de Nausari (1861). — Mentionnons à Calcutta M.Sorabji J. Padshah, attaché à la rédaction de ÏIndian Mirror, qui appartient à M.Norendro Nath Sen, cousin de Keshub (.'hunder Sen. Voici ce que le fameux IV Sambliu C Mookerjee, l'éditeur de Rcis and Rdjujrt écrivait à M. G. Svamala Row en 1889 : « It is évidence of that want of culture and of that absence cf the critical faculty that dégrades our press in the opinion of European society. The truth unfortunately is that with the exception of two Farsis, M. Padshah of Calcutta and M. iMalabari of Bombay, our journalists are singulary déficient in literature. »

Une association toute scientifique, la Dnyan Prasarak Mandli, fondée peu d'années avant le Rast Goftar, réunit le môme noyau d'hommes éclairés que nous avons déjà cités (6 septembre 1848). M. Dadabhai Naorozjifut le président du comité dont faisaient partie cinq Parsis et trois Hindous. Le 3 août 1851, une autre Société, laRahriumai Ma^daj/asna Sabha, cette fois exclusivement composée de Zoroastriens et dirigée par un comité dont Naorozji Furdunjî et M. Dadabhai Naorozji étaient les membres les plus en vue, se donnait pour but de réformer les abus qui s'étaient introduits dans la communauté par suite de son contact avec les Hindous.

Si le parti libéral travaillait avec ardeur et fournissait des honmios de combat, le parti orthodoxe savait lui trouver des adversaires, A la Rahnumai Ma::dayasnaSabha, on opposa la RaheraMnumai Ma^dar/asna Sabha (voy. supra, pp. 86- 87), et des écrivains de beaucoup de talent s'attaquèrent à toutes les réformes. Ces derniers furent Mancherji K. LangranaS le fondateur du Sattja Mitra, et Mancherji Hormasji Kama\ celui du Suryodaya, Malgré ces entraves, il y eut a ce moment un concours de bonne volonté et d'efforts en faveur de la réforme sociale qui amena les plus heureux résultats. Nous disions supra, p. 322, en citant M. R. P. Kakaria, que les Parsis se sont mis volontiers à la tête de leurs compatriotes hindous, dégagés qu'ils sont des préjugés de caste qui embarrassent ces derniers. N'est-ce pas, en effet, unPar.<i,M. B. M. Malabari, qui a apporté à l'Inde le bienfait de VAfje of Cotisent Act? Nous avons [)arlé de l'œuvre édu-

lent conférencier et t'diteurcl'un périodique mensuel, T'a/ic?aro,?/fc (i*anté). i' [ Il a écrit sur toutes sortes de questions d'hygiène au profit de sa coin-

niunautéet on lui doit l'explication scientifique de certains rites zoroastriens. Son activité se déploya surtout de 186.") à 1870. Il mourut fort \ jeune et laissa un grand vide.

' Bon écrivain en prose et en vers (^^uzerati). On lui doit une traduction en vers du Shah-Nameh, tiès populaire parmi les Parsis. i M La traduit en anglais le Zend Avesta.

stitution. Il fut un partisan déclaré de Tinstruction des femmes. Ses aptitudes et ses goûts lui avaient fait choisir des fonctions où il pouvait les exercer\ Il avait un tour d'esprit très littéraire; ses doubles qualités de savant et de lettré lui permirent de faire des conférences fort goûtées à la Dnyan Prasara/c MandlL On lui doit un dictionnaire anglais-guzerati en collaboration avec M. Nanabhai Rastamji Ranina, qui, comme A. F. Moos, appartient à r-Ê'//)AiVjstone Institution. M. N. R. Ranina s'est mêlé à toutes les questions de réforme sociale ; il a figuré avec honneur à côté de Karsandas Mulji, lors du fameux Maharaja Libel Case\

Nommons parmi les hommes les plus distingués de la communauté M. Ardeshir Framji Vakil.Il mène une vie très retirée, mais il n'en fait pas moins autour de lui le plus grand bien. Il est le père des deux premières lady graduâtes, dont nous avons parlé dans notre chapitre sur l'éducation. (Voy. supra, p. 350.) Quant à M. D. R. Chichgar, membre très actif de \a D/if/an Prasarak Mandli^ c'est un apôtre convaincu de l'instruction ; il a inauguré le système des Kinderrjarten dans les écoles parsies, dans celles de filles spécialement.

Parmi les écrivains qui ont excellé dans les idiomes parlés de nos jours dans la communauté, le guzerati et Tanglais, nous pouvons citer quelques auteurs qui ont conquis une place distinguée dans les deux littératures.

* Nommé Assistant Mustrr à VKIphlnstonn Institution ; ses connaissancos en chimie le firent choisir comme adjoint du D*" Herbert Giraud

!■ et du D' Robert Haines. Quand on appela les natifs aux chaires de

' VKIp/u'nsfnnr Institution, il fut du nombre des quatre professeurs dési-

gnas. En 1851, il fut nommé inspecteur des télégraphes et posa la pre- ! mière ligne entre Bombay et Thana ; mais il donna sa démission et

reprit ses fonctions à VKIp]unstf)no Institution.

* Voyez, à titre de renseignement curieux, IHstort/ ofthc Sect oft/œ M(f/i(ii'itJ(LS or V(iftf(h(fr/i(frf/(ts in Western Indid. London, 1865, et la vie (Iç Karsandas Mulji, de la caste des Banians Kapols, par M. Mansukhram Suryarara, excellent sanscritiste de Bombay.

fi

C'est ainsi que MM. Sorabji Shapurji Bengali et Kaikbosru Naorozji Kabraji et leurs émules ont travaillé à épurer le guzerati parsi et h le rapprocher du guzerati hindou; mais c'est à M. Beramji M. Malabari que revient l'honneur d'avoir victorieusement démontré qu'un Parsi pouvait être poète et chanter sur le mode hindou les plus exquises fantaisies de l'imagination, les charmes de la morale et les austères enseignements de l'expérience ^

Tout jeune, encore adolescent, M. Malabari avait apporté de Surale à Bombay le manuscrit du AW- Vinod (les Plaisirs de la Moralité); très influencé par la lecture des classiques guzeratis Narsi Mehta, Premanand, Dayaram,etc., déplus, en rapport avec les lettrés hindous, il avait acquis de la sorte une connaissance profonde de la langue, et son génie poétique avait fait le reste (1874). La presse native acclama cet essai ; un journal autorisé et purement hindou, le Vidya Mitra, déclarait que les mètres étaient irréprochables, que le style était facile et gracieux et que certains passages atteignaient les plus hauts sommets. Le vieux barde aveugle du Guzerate, Kavi Dalpatram Dayabhai, bénissait son jeune rival et approuvait son glorieux début.

Le Wilson Virah parut bientôt après; le poème, unique dans son genre, était consacré à la mémoire du D*" Wilson, d'abord le grand adversaire des Parsis, devenu peu à peu l'ami des communautés natives de Bombay. En 1881, dans le Sarod-i-IttifaL\M, Malabari, qui s'était affirmé poète et grand poète dès ses premiers vers, dépassait encore ces promesses. Si dans le Niti-Vinod il s'était rapproché du guzerati hindou, cette fois il ne craignait pas de faire un retour hardi au guzerati parsi ; les odes et rjhazals étaient même composés dans le goût persan. Jamais l'auteur n'avait été mieux inspiré, plus persuasif; puis de longues

^ Pour la vie et l'œuvre de B. M. Malabari, voy. Dayaram Gidu- MAL, Bchraniji M, Malabari, a Biof/raphiral Sketch iritli introduction hy Florence Nujhtintjale^ London. Fisher Unwin, 1892. Nous donnons son portrait, planche 20.

religieux, ils sont presque tous rédigés en guzerati. Comme historien, il convient de mentionner encore ici M. B. B. Patell, dont l'œuvre capitale, la Parsee Prakâsh, à laquelle nous avons fait de si larges emprunts, est entièrement écrite en guzerati. On lui doit aussi sous forme de lettres une Vie de Firdousi (1871) et une Histoire de la Perse depuis le roi Kaiomors jusqu'à Yezdedjerd (1872). M. J. P. Kapadia s'est également fait connaître par un livre estimé sur la péiiode sassanide, et M. K. D. Kiash a donné un récit trilingue (anglais^ guzerati et persan) des antiquités de la Perse (1889).

11 nous reste à signaler quelques traductions d'auteurs européens faites en guzerati pour répandre dans Tlnde les idées occidentales. Une des plus remarquables est celle du livre de Max Mùller sur « L'origine et le développement de la Religion à la lumière des religions de l'Inde», parM.B. M. Malabari, en collaboration avec M. N. M. Mobedjina (1881). U Introduction, écrite par M. B. M. Malabari, est considérée comme un morceau de prose guzeratie d'une élégance et d'une simplicité classiques.

Quant à l'anglais, bon nombre de Parsis l'ont possédé et le possèdent d'une façon très complète, soit comme écrivains, soitcomme orateurs. Nous avons déjà signalé plusieurs noms auxquels il convient de joindre celui de M. Bomanji Pestanji Master, un des vétérans de VElpIiinstone Institution, membre de \ïi Municipal Corporation de Bombay. Il a résidé longtemps en Angleterre en qualité d'assistant dans la maison Cama and C*. M. B. P. Master est un orateur écouté; il a acquis une juste célébrité et ne le cède à aucun Anglais dans les discussions publiques.

Nous retrouverons encore ici au premier rang comme poète et comme prosateur M. B. M. Malabari. Shakespcîire, Milton, Byron, Slielley, Burns, Tennyson, dont il était l'admirateur passionné, le servirent aussi bien que ses vieux classiques guzeratis. Dans VIndian Muse in English Garb

(187G), il a eu les plus heureuses conceptions; ses vers feraient honneur à tout excellent poète occidental au point de vue de la facture et de Tinspiration; mais on peut dire avec ^hix Millier que les meilleurs sont ceux dans lesquels l'auteur sent et pense comme un Indien! Le plus chaleureux accueil fut fait à VIndian Muse et Tennyson se disait the Jar aicay but sincère friend de M. Malabari* !

Ne faut-il pas être doué d'un véritable don de poésie pour posséder à un si haut degré cette faculté d'assimilation qui permet tout à la fois de garder intactes ses propres impressions et son originalité et de se jouer avec les difficultés de métriques aussi différentes que la métrique anglaise et la métrique guzeratie?

Parmi les œuvres en prose de M. Malabari, nous trouvons Gujarat and the Gujaratis et VIndian Eye dont nous avons parlé supra, p. 3;:i8. Bien que parues à un assez long intervalle, il est impossible de séparer les deux productions ; l'auteur n'a pas varié dans sa manière de voir et de sentir. Qu'il visite à nouveau sa bien-aimée patrie duGuzeratc ou qu'il vienne sur notre continent, il ne se départ ni de sa méthode, ni de son style si personnel: nulle réminiscence^ nul souvenir, nul modèle. Dans la prose, il écrit comme il veut et comme il pense; il a conquis une entière indépendance. C'est d'une plume alerte et aiguisée, d'un esprit vif et souvent satirique, tout au moins malicieux, qu'il aborde l'étude des gens et qu'il crayonne leur silhouette; mais tout à coup, après une spirituelle boutade, il surprend son lecteur i)ar dos élans magniliques qui dévoilent son âme de philos()|)hc oriental et de pur zoroastrien! Ces contrastes rendent le style de M. Malabari extrêmement attachant.

^ M. Malabari a «?crit en 1870 des vers intitulés « In memoriani » sur la mort do la Princesse Alice de Hesse-Darmstadt, la mère de S. M. rimpiMatrice Alexandra Frodorowna. Ils lui furent inspirés par l'envoi d'un portrait que lui avait adressé Son Altesse Royale, portrait qui ne parvint à Bombay qu'apr^îs le décès de cette mère incomparable.

Nous trouvons ensuite un auteur de talent, M. R. P. Karkaria, qui s'est fait connaître par lapublication des Lectures inédites de Carlvle sur la littérature et la civilisation européennes (1892). Cette année (189G), il a publié une biographie très soignée de M. B. M. Malabari, en groupant autour du sujet de son étude les progrès qui, depuis quarante ans, se sont accomplis dans la vie politique et sociale de la présidence de Bombay'.

Avant de clore ce chapitre, il convient de citer les noms de certains Parsis sortis de l'Université ou des écoles spéciales, et qui forment une réserve utile. Ce sont: à Baroda, MM. Kersapji R. Dadachanji, M. A. et Jamshedji Ardeshir Dalal, M. A. ; à Bhaunagar, M. Jamshedji Unwala; à Bombay, M. DosabhaiN. Wadia, M. A.; à Pounah, MM. Kavasji D. Naegamwala, M. A., etFurdunji M. Dastur, M. A. ; a Bombay, M. Framji Kavasji Banaji, M. A. ; à Karachi, M. Burjorji Jamaspji Padslia, B. A.; à Bombay, leD'*Nasarvanji F. Surveyor^ M. D. ; û Surate, M. Dorabji, E. Gimi^ B. A. Beaucoup parmi les premiers se sont déjà aflu^més avec succès dans la carrière qu'ils ont choisie; les autres sont pleins de promesses et prêts à les réaliser. Notre liste est malheureusement imparfaite et écourtée; elle prouve seulement que Tactivité intellectuelle chez les Parsis est loin de diminuer. L'orientation des études et les méthodes sont essentiellement occidentales.

Nous avons dit que les Parsis avaient fait par la presse leur éducation littéraire et leur api)rcntissage à la vie publique ; le rôle qu'ils vont remplir maintenant dans la politique ne sera d'ailleurs j)as i)our nous surprendre. Les récits des

' India : Fort// Yram (tf Prot/irss aiid Rr/or/n, hrimj a S/a'tcIi of ihe Life and Times of Britrainji M. Mahilnui. London, 18îKi. — Voy. aassi : The lute K. T. Tcla/if/ and the poUùcal morcineni in India, Repriated from the Calcutta lîcciew,) Bombay, 1895.

voyageurs nous les représentent honnêtes et laborieux amassant silencieusement de grosses fortunes sans se mêle des affaires des gouvernants, Ranas ou Nawabs; toutefois, i absorbés qu'ils fussent dans leur négoce, il savaient en bo temps s'entremettre et devenir des intermédiaires utile auprès des princes natifs. Que ce fut dans un but puremer commercial, cela n'est pas douteux: c'est bien là le rôle d courtier de nos factoreries; mais la façon dont ce rôle éta rempli révélait des qualités qui, l'occasion venue, pou valent prendre un autre cours. Cette évolution est la dei nière que nous ayons à faire connaître. Elle se résume dar le succès parlementaire du grand leader libéral Dadabhî Naorozji, le député d'une circonscription électorale d Londres, avant tout le représentant d'une nation qui, jui qu'alors, était réduite au silence et qui, à défaut de son vote l'accompagna de ses vœux.

Si nous revenons aux humbles origines des rapports de Parsis avec les princes natifs, nous rappellerons d'abord ceu du courtier de la loge anglaise^ Rastam Manak, avec Aureng zeb. A Surate, dès le XVIII® siècle, la communauté avait so représentant accrédité auprès du Nawab, le Modi, qui étai pris comme arbitre dans les affaires litigieuses et dans le matières civiles que la loi ne reconnaissait pas. La mêm< famille a toujours continué jusqu'à nos jours de remplir ce fonctions toutes gratuites*. L'ancêtre, Nanabhai Punjiabhai était mort à Surate en 1667 {Parsee Prakâsh, p. 15). U] de ses descendants, Bhimji Kuvarji, eut auprès du Nawa^ une mission délicate à remplir, celle de lui faire connaitr les vexations éprouvées par les Parsis du chef des officier

^ Khan Balladur Davar Rastamji Kharshedjl succéda à son père e 1837 comme modi de Surate; il mourut sans postérité le 1" avril 189^ à l'âge de quatre-vingt-douze ans. 11 prit une part active aux affaires d la communauté et fut membre de la Parsee Law Commission^ présidé par Sir Joseph Arnould (voyez supra, p. 278). Son frère M. Edalj lui succéda.

musulmans qui imposaient aux Zoroastriens la dure corvée, contraire en tout à leurs codes religieux, de creuser les tombes des Musulmans. Le Nawab écouta la requête et, par un firman en belle et bonne forme, exempta les Parsis do cette pénible besogne.

A Delhi, nous trouvons un Parsi, Sorabji Kavasji, Sardar d'un régiment de deux mille fantassins et de cinq cents cavaliers, avec le titre de Nek Sa nt Khan. Cette haute fortune était due à la réparation d'une horloge donnée à TEmpereur par le Sultan. Cette horloge ayant été dérangée, nul n'arrivait à la faire marcher; le Nawab de Surate, connaissant l'habileté de Sorabji Kavasji, l'envoya à Delhi (1744). L'Empereur fut si satisfait du travail qu'il combla d'honneur Sorabji et le pressa de rester à sa cour* ; il accorda aussi à ses deux fils les titres de Beheremandkhan et do Talyarkhan; de retour à Surate, la haute position personnelle du Parsi lui permit de rendre de grands services aux Anglais. Le 2 mai 1760, d'accord avec un officier musulman, Sorabji obtint de la cour de Delhi un firman qui remettait la garde du château de Surate et donnait la charge de l'amirautéau Président de VEast India C^ {Parsee Prakàsh, p. 42)MJn de ses petits-fils, Dhanjisha, se distingua par sa

* Sorabji fut chargé par TEiupcrcur de la perception des droits de douane et reçut des Jaghirs dans ïesParganas de Parcbol, de Cbaurasi et de Daboli, subdivisions du Zilla do Surate. Quand il revint dans cette dernière locaiitc^ il fut nommé Contrôleur du Revenu do Surate et présenta des robes d'honneur (Khllats) à Charles Trommelin et à John Spencer, chefs do la factorerie anglaise. A son tour, le 2 mai suivant, en Durhar solennel, Sorabji reçut une robe d'honneur de la main des représentants de VKast India C\ Il mourut en 1772, à l'âge de loixante-cinq ans (Parscc Prahàsh, p. 48) ; il était très charitable et légua de grands terrains pour rétablissement de fondations pieuses. Ses deux fils s'adonnèrent au commerce du coton et do la soie, tout en conservant l'administration des Jaghirs confiés à leur père et la ferme des droits de Douane.

" Extract of a lettcrfrom thc Chief-in-Council to thc Hon'ble the Président and Council of Bomba j/f dated Surat 3rd May 1760:

valeur et perdit la vie dans des circonstances mémorab En 1791, à la mort de son père, il avait été nommé Me latdar' d^Olpad, de Karod et deWalwad; en 1800, Tii India C enlevait Surate au Nawab, et Dhanjislia devei un de ses agents dans les états voisins de Sachni, de Bans de Mandvi et de Dliarampour. Son dévouement à la ch publique fut cause de sa mort.

Un prétendu Malidi avait fait son apparition vers 11 dans la petite ville de Bodlian, qui appartenait au Rajah Mandvi, à 15 milles de Surate ; il somma les habitants de rendre et d'embrasser la religion de Mahomet : « A tous conseillers et au Hakim de Surate, disait-il, qu'il i connu que Tlmanniul Deen, de la lin du monde, ou Ema Mahdee, s'est révélé, et que le nom de ce durveish Ahmud; et que dans Tllindevie on rappelle Rajah ^ kluk. Sachez que si vous n'acceptez pas la foi musulma il faut quitter la ville ou vous préparer à combat! Le Fakir est descendu du quatrième ciel avec quatre co combinant Adam, Essali, fils de Marium, Jésus fils de Mar et Alunud, et tous quatre viendront au même endroit; n'ont avec eux ni fusils ni mousquets, mais un bilton un mouchoir. Soyez donc prêts. Le 11 Zilhij (17 j; vier 1810)\ »

« Yesterday being esteemed fortunate the Horseand Siirpow for Hon'ble Company, and the Surpow for the chief presented by Ilis I Majesty was received upon Castie Green, in the most public \ respect fui nianner. The Xawab's eldest son Faruskhan, the Kajee, j ail the principal officiers and merchants attending. The Surpow for Hon'ble Company, we hâve delivered to Captain Lindesay, but horsc is kept hère as a public mark of His Majesty's faveur. On t occasion we judged it propor to présent Iladdee Khan and Naike S Khan wlio brouglit the présent a Jagunnat and Surpow each, amount in the whole to about (JOO Rupees, which we hope your honour, e will approve. » (Thr Citirs ofGujaraslitra^ ^11 H, G,Brlggs, Appem C.pp. VIII.)

' Chaque district est divisé on 10 taluhas; pour chaque taluha^ il ; un inandntddv o\x rcrrnuc collcctor,

* BiUGGs^ Citirs oJ'Gujaraslitra.

Le chef de Surate, M. Crow, comprit qu'il importait d'agir, avant que n'éclatât une crise de fanatisme, et de s'emparer de la mosquée dans laquelle Abdul Rahman s'était retranché avec soixante-quinze Arabes. M. Crow s'avança escorté d'un détachement de dragons commandés parle capitaine Cunningham et accompagné de Dhanjisha Bchercmandkhan en qualité d'agent indigène. Los dragons arrivèrent dès l'aurore à Bodhan ; Dhanjisha, un des premiers, traversa la rivière et se porta à la rencontre du Fakir pour l'amener à capituler sanscombat; mais le Musulman s'obstina. On se battit ; le Parsi fut tué ainsi que le Vakil du Rajah et quelques braves. Une furieuse mêlée s'ensuivit; la cavalerie fléchit et le capitaine Cunningham fut obligé de revenir à la charge avec l'infanterie. La mort d'Abdul Rahman termina le combat; le 56* fut mis en garnison à Mandvi et la sédition se trouva ainsi conjurée.

Dhanjisha était mort à quarante ans; il laissait une veuve et des enfants auxquels le gouvernement de Bombay accorda une pension annuelle de3,000 roupies. Ses deux lils,Phirozsha et Ardeshir, marquèrent glorieusement dans les annales de Surate et se distinguèrent par leur esprit public.

Phirozsha suivit la carrière judiciaire. D'abord employé à la cour de justice sous les ordres de M. Crow, il devint Alamlatdar de l'agent politique indigène du gouvernement de Bombay à Bansda, à Dharampour et autres districts, puis Sadar Ainin à Surate, enfin juge indigène dans CQZilla, Il s'acquilUi de ces diverses fonctions avec tant de distinction, qu'il reçut de Mountstuart Elphinstone les honneurs d'un durbar public, où on lui offrit une robe de grand prix et un •/a/y/i/rd'une-demidouzaino de villages d'un rapport annuel de Rs 12,()(X). Il continua do remplir ces fonctions jusqua sa mort qui arriva on 1S13. Les Parsis se rap|)ell(înt encon^ avec émotion les témoignages (rcstime qui lui furent prodi^niés îises funérailles'.

' Karara^ Hlst. of thr Parsis, vol. II, ch. 1, p. 27. Depuis le

Ardeshir, frère cadet de Phirozsha, fut Kotcah de Sun Par sa valeur et son courage il mérita le titre de Bahad Il commença par être attaché à la cour de justice de Sui et devint principal Sarfar Amin (juge). Dans les plus crue phases de la vie de Surate, l'inondation de 1822 et legn incendie de 1837, il prodigua sa vie et sauva celle de malheureux concitoj^ens*. C'est, comme on le sait, à deux tristes causes trop souvent répétées^ que Surate a en partie son déclin.

Outre les dangers de Tinondation et de l'incendie, Ar shir en combattit d'autres d'un ordre différent, mais tout ai

prince jusqu'au paysan, depuis le plus haut fonctionnaire jusqa*au ] petit boutiquier, toutes les classes se confondirent pour suivre les re du défunt à sa dernière demeure, pendant que la pompe et la solen des cérémonies étaient rehaussées par les emblèmes de deuil ado] par le cortège. La bière était suivie^ nous dit un chroniqueur locaU une partie de la communauté zoroastricnne^ laïques, Dastours^ Dac et autres chefs spirituels au nombre de près de quinze mille; | venaient les fonctionnaires judiciaires, Kasls, MuftarSj Nasirs^ Anw Valais, agents et scribes. Ceux-ci étaient suivis à leur tour par un détachement de cavalerie précédé par le Rana de Dharampour et suite ; la cavalerie du Nawab sous les ordres du Diican, Mirza Mahoi Ali Bcg Khan, se déployait ensuite; enfin se pressait une foule compj de près de mille personnes composée de résidents hindous, de b quiers, de commerçants et de boutiquiers. On y remarquait des Mut mans, des Arméniens, dos Mogols et des Juifs ; en dernier lieu a; valent les Kolis (pécheurs) et les Kunbis (cultivateurs) dont le déf était particulièrement aimé. Cette multitude si môlée comme race^ 1 gue^ costume et religion accompagna le corps depuis la maison ne tuaire jusqu'à rentrée de la Tour du Silence où, selon les usages Par les non-zoroastriens ne furent pas admis. Les cérémonies une fois teri nées, chacun reprît sa place danslecortège etrevint au point de dépar

' Chef de la police.

^ Le feu se déclara le 24 avril 1837, à la chute du jour, dans la mai d*un riche Parsi et se propagea rapidement; il acquit bientôt une inteni effroyable. Les tourbillons de fumée éclairés par les flammes se voyai à plus de trente milles dans la plaine ; enfin, le 26, le feu se calma. J quartiers les plus populeux avaient été détruits ; les habitations des rie: Borahs et leurs mosquées étaient réduites en cendres. Des femmes et enfants périrent dans les Zcnunas, d'où ils n'avaient pu réussir&s*éch per ; des cadavres furent trouvés carbonisés en tas sous les décombres.

sérieux pour la prospérité de la ville. Il entreprit de purger Surate et les rives de la Tapti des pirates et des maraudeurs qui désolaient le pays \ Il réussit et reçut du Gouvernement les témoignages de satisfaction les plus flatteurs, Khilats et Durbars, sans compter le titre de Khan Bahadur, un cheval richement caparaçonné d'or, un jaghir de la valeur de 3,000 roupies par an, enfin une médaille qui lui fut remise par M. Sutherland dans un Durbar solennel, en récompense de son zèle pour la chose publique. Un seul incident obscurcit momentanément la bonne renommée d'Ardeshir. En 1844, M. R. D. Luard Taccusa d'avoir pris part à une conspiration qui avait pour but de ruiner une des maisons les plus honorables de Surate. Une accusation aussi grave fut suivie d'une prompte réparation. Le Sadar Amin revêtu du

* Pour se former une idée de l'état de Surate à cette époque et pour apprécier les efforts d'Ardeshir, il faut se souvenir que la ville et la rivière étaient à la fois infestées de voleurs et de pirates hardis et adroits. L*avarice indolente du citoyen était exposée à la rapacité de son voisin nécessiteux, qui lui-même favorisait le misérable Koli du Guzerate ; or de telles félonies étaient souvent rendues plus atroces encore par le meurtre des paisibles habitants surpris à l'improviste. L'impunité augmentait l'audace de ces brigands.

Le système des pirates était très ingénieux. Les dons de /'Océa^ (heureuse appellation, ce semble!) étaient partagés depuis le Nord, à partir de Cambaye, jusqu'à Daman^ au Sud^ par une ligue dont les émissaires étaient trop fréquemment les serviteurs ou les amis du commerçant... On était habitué à entendre parler de naufrages et dorages d'une sorte fort particulière ; ce qui n'empêchait pas Swali Nest ou Thari Hole de recevoir des centaines de balles de coton ou autres dépouilles qui n'avaient pas été avariées par la mer et qui n'avaient fait d'autre voyage que celui de la rivière. Les gains étaient distribués équitablement et offraient à la bande criminelle des moyens d'existence pendant un certain nombre d'années. Mais ce complot audacieux^ si vaste et si attentatoire au bien public, finit par être découvert et puni.

M. Andersen, gouverneur de Bombay, homme austère et résolu, avait été frappé decette situation, quand il était jugea Surate ;mais il n'était pas arrivé à trouver le moyen de remédier à ces maux, tant qu'il n'avait pas été secondé par un auxiliaire jeune et déterminé. Il rencontra cet auxiliaire dans Ardesbir. A partir de cette époque datent les efforts de ce dernier poar le bien de Surate. (Parsec Prahdsh, p. 690.)

Khîlat donné par Sir John Malcolm, l'épée à la ceinture, h poitrine ornée de sa grande médaille d'or, se fit porter dam son palanquin à VAdawlut pour y entendre la lecture di message du Gouvernement qui le déchargeait de tou soupçon et le réintégrait dans ses places et ses fonctions Un cortège brillant lui faisait escorte ; à son retour, un< foule enthousiaste Tacclama sur son passage en jetant de: fleurs sur son palanquin et en demandant au Tout-Puissan d'accorder au Kotval joie et prospérité. — Ardeshir s( retira des affaires en 1846 et finit ses jours dans la retraite en 1866.

Suivons les Parsis àla cour des princes natifs, où ils furen de très actifs agents politiques. En 1800, un Desai rendit d< grands services aux autorités anglaises qui, cette année-I; môme, entraient en relation avec l'Etat de Baroda. Il pri part également à la négociation poursuivie par le Gouverne ment de Bombay, à l'effet d'aider le Guikowar à se débarras ser d'une garde de mercenaires arabes qui retenaient b prince prisonnier dans son propre palais (1802).

A lacour du Peichwah. Kharsehdji Jamshedji Modi ac quéniit presque au môme moment une haute influence. Origi naire de Cambaye, il s'était rendu à Pounah près du colo nel Close, le résident anglais, qui l'avait nommé agent indi gène; cette position le mit en relation avecBaji Ruo. Celui-c le consultait volontiers sur des questions importantes e l'appela au poste de Sar-Subha, gouverneur du Carna tique, fonctions qu'il remplit conjointement avec celle d'agent indigène sous les ordres du Résident anglais

L'envie et la malveillance s'attaquèrent bientôt à lui. Ui des Sardars du Peichwah, Sadasiv Bhau Mankesvar laccusî de manœuvres et de malversations. Le prince ne pri pas garde à ces dénonciations ; mais un autre Sardar Trimbîikji Danglia, releva l'accusation sous une autre forme il informaM.Elphinstone, alors Résidentà Pounah, que Khar shedji conspirait avec Baji Rao contre les Anglais. En effet

la double situation d'agent du Résident et de gouverneur d'une province inahratte semblait incompatible. On le convia à opter ; il s'y soumit et résigna sa place si importante auprès duPeicliwah pour ne conserver que celle qu'il avait à la Résidence. Cependant ces intrigues le lassèrent; il résolut de quitter Pounah, et se préparait à partir lorsqu'il mourut empoisonné, dit-on. On n'a jamais su s'il avait pris le poison volontairement ou s'il lui avait été administré par une main ennemie (1815).

Nous allons voir maintenant les Parsis appelés à remplir des fonctions publiques et y marquer leur place.

Quand les natifs furent rendus aptes, par Act du Parlement, à siéger au jury ei à dewen'w Justices qf (he Peace, Lord Clare choisit parmi les Parsis, à côté des Hindous et des Portugais, Sir Jamshedji Jijibhai, Bamanji Hormasji Wadia, Framji Kavasji Banaji, Kharshedji ArdeshirDadiseth, Naorozji Jamshedji Wadia, Kharshedji Rastamji Wadia, Hormasji Beramji Chinai et Dorabji Pestanji Wadia (1*' mars 1834).

Ce n'est qu'en 1855 (6 décembre) que nous trouvons Manakji Kharshedji en possession dos fonctions do s/ieri// de Bombay. (Voy. supra, p. 339.) C'était le premier Parsi, mieux encore le premier natif qui en eût été investi jusqu'alors. Viennent ensuite: Bamanji Hormasji Wadia (1858), Manakji Kharshedji (pour la seconde fois (18G3), Dosabhai Framji Karaka (1872). Kharshedji Furdunji Parakh^ (1877), Sorabji Shapurji Bengali (1881), Sir Dinsha M. Petit (1887), D^ Kavasji Hormusji (1894).

^ Mort en août 1896; aune ôpoque Kharshedji F. Parakh était un des plus riches commerçants de Bombay, mais des revers inattendus lui firent passer les trente dernières années de sa vie dansunegône véritable. lia laissé une grande réputation de générosit<i et de désintéressement; ses charités mériteraient une longue mention. On imdo\lSLUns[\a. Flora Fonnfainhktie sur l'&planade; en 1845, il répara et agrandit le refuge pour les vieillards et les aveugles à Chaupati. Pendant la famine du Guzerate. en 1862, il distribua aux affamés près de R« 80,000 de riz et Rs 90,000 d'argent.

Le premier Parsi que nous voyons au Législative Council fut, — nous pensons ne pas nous tromper, — Rastamji Jamshedji Jijibhai, second fils de Sir Jamshedji Jijibhai, le premier baronnet. Il fut appelé à y siéger en 1861 sous l'administration de SirGeorgeRussellClerket une seconde fois en 1865.

M. Dosabhai Framji Karaka, l'auteur de « History of the Parais », déjà Sheriff en 1872, était élu président de la Municipal Corporation en 1875, et en 1877 membre du Legislatioe Council, le i^TemiQv fonctionnaire natif c{m &ù\, encore obtenu cette distinction. La carrière de M. D. F. Karaka a été du reste singulièrement heureuse et bien remplie'. Après avoir débuté comme assessor sous les ordres da municipal conimissioner, pendant plus de vingt-sept ans il a servi utilement le Gouvernement*.

^ lia commencé sa carrière dans le journalisme. Tout jeune, il succéda

àNaorozji Furdunji comme éditeur du Jam-c-Janishcd ; mais il cessa de

s'en occuper et s'adonna à la tradnction des articles qui paraissaient

dans les journaux natifs pour le comptedu D' Buist au Bombay Timcs^

"Il de M. JohnCon non, à la Bombajj Galette, et de M. Jamieson, au

' Tclcgraph and Courier. En 1855, il fit partie de la rédaction du Bombay

Times, comme on appelait alors le Times ofindia; or, à cette époque^ le personnel des bureaux des journaux était peu nombreux et M. D. F. Karaka cumulait alors les fonctions de gérant et de sous-éditeur. Au moment de la révolte de 1857^ le D' Buist ayant eu des difficultés avec le propriétaire du Bomba// Times, qui était un natif, fonda le Standard; mais, malgré les offres les plus tentantes, M. D. F. Karaka resta fidèle au Bombay Times. Il affirmait en môme temps sa ligne politique dans une brochure intitulée : Briiisk Raj contrasied loith Usprcdeccssor and an inquiry into the results of the présent rébellion in the North West upon the hopes of the natives of India. Publiée en guzcrati et en mahratti, cette brochure obtint l'approbation unanime I . de la presse. Le colonel W. H. Sykes, alors président de la Cour des

Directeurs, la fit traduire en anglais et se chargea d'écrire rintroduction, estimant qu'il y avait lieu de chercher à répandre l'opinion d'un natif dont l'éducation anglaise n'avait pas altéré sa foi primitive de Parsi et qui, sans l'avoir rendu chrétien, en avait fait tout au moins un loyal « british subject )).

* Voyez sur la retraite de M. D. F. Karaka, Bombay Gagette, 30 déc. 1887, et lo Times ofindia, 5 janvier 1888.

En 1840^ il éditait le Vidya Sarjar et\e Jam-e-Jarnshed ; puis il sechargoait de la direction d'un journal mensuel appelé Ralinumai Zari/iosti {îondé le 1^' juillet 1842, par Pestonji Manakji Motiwala), afin de défendre le Zoroastrisme contre les chrétiens. Ardent promoteur des réformes sociales et

religieuses, il fut près de trente ans le président de la Rahnumai Mazdayasna Sabha.

En 1845, Naorozji passa a la Cour suprême où, pendant vingt ans, il remplit les fonctions d 'interprète- traducteur. En 1864, il prit sa retraite, et en témoignage de ses fidèles services, on donna son nom à une Bourse nouvellement créée à l'Université. La môme année, il fut nommé Justice ofthe Peace.

C'est en 1852 (20 août) qu'il commença sa carrière politique en fondant avec le D*" Bhau Daji ^ la Bombay Association, qui avait pour but principal de faire connaître les vœux et les besoins de l'Inde au Gouvernement anglais. Sa brochure sur The Civil Administration of tlie Bombay Presidc/icy lut lue et appréciée aussi bien a Londres qu'à Bombay, à l'époque où fut présenté au Parlement le Government of India BiW.

Naorozji Furdunji fut successivement Fellow de l'Université, membre actif de la Parsi Laïc Association, délégué à la C/iief Parsi matrimonial Court; en toute occasion, souscriptions, rapports, questions de finance^ il était choisi pour représenter les intérêts de Bombay. Le

^ Né à Mandra (Goa) en 1821. Il fit ses études à Bombay et s'adonna à la médecine. Excellent dans son art, il était en plus un antiquaire distingué. Max Mullerdit de Inique le peu qu'il ai)roduit vaut des milliers de pages écrites par d'autres. Comme homme politique, il a exercé une influence très considérable.

' Après avoir pris sa retraite, Naorozji Furdunji alla trois fois en Angleterre, où il essaya de recruter des partisans pour la cause des natifs. Il parla devant Vlud'um Ftnninr ('ommittor^ VIncUa As' zociation, et 8'efîoii;a d'influencer la Chambre de commerce en faveur de rinde. Il ût preuve de si exceptionnelles capacités qu'il conquit rapidement la oonûaDce d'homme tels que H. Fawcett et J. Bright.

troisième Parliamentary Report de 1873 témoigne du zèle et du talent dont il fit preuve pour soutenir la Bombay Association et la Poona Sarvajanik Sabha. En 1857, au moment de la Révolte, alors que les rapports entres les natifs et le Gouvernement étaient le plus tendus et les susceptibilités le plus excitées, Naorozji Furdunji réussit à faire renvoyer réditeur du Bombay Times quij par des articles maladroits, contribuait à augmenter le mécontentement chez les natifs.

Ce fut lui encore qui dénonça les dépenses exagérées de la Municipalité de Bombay, et c'est par lui que furent réorganisés d'après le mode électif la iîomôay Municipal Corporation et le Town CounciL — Pour un homme comme Naorozji Furdunji, nous n'avons pas besoin d'énumérer les distinctions et les témoignages d'estime qu'il reçut de ses concitoyens et du Gouvernement. Quand il mourut, le 22 septembre 1885, le peuple perdit son défenseur, son Tribun, glorieux titre ratifié par Sir Richard Temple lui-même.

Au moment de la mort de Naorozji Furdunji, son camarade et émule^ Dadabhai Naorozji, était à la veille de livrer sa première grande bataille parlementaire. Voyons par quelles étapes successives il allait parvenir à son éclatant succès de 1892.

Nous l'avons laissé (supra, p. 310) se disposant à quitter Bombay pour fonder à Londres la maison de commerce Cama and C^. 11 était déjà connu pour sa généreuse initiative,

son rôle actif dans lapresse et dans les Sociétés nouvelles,telles que la Dnyàn Prasarak Mandli, XdkRahnumai Majsdayasna Sabha; il avait prêté son concours à Naorozji Furdunji et au D'' Bhau Daji pour la fondation de la Bombay Association ; dans l'œuvre de la réforme sociale il avait pris part à la grave question du second mariage des veuves de haute caste si courageusement remise à l'ordre du jour par M. B. M. Malabari. Hindous et Parsis, dès qu'il s'agissait d'un mouvement civilisateur, le réclamaient dans leurs rangs.

En 1855, Dadabhai Nacrez ji était encore un homme fort jeune. Doué des facultés intellectuelles les plus brillantes, d'une simplicité de manières exquise, d'un abord franc et cordial^ il plaisait à tous les Parsis ; ajoutez à tant de rares qualités ces vertus privées qui commandent le respect et la sympathie, et Ton aura une idée de cette position exceptionnelle qui s'est affirmée avec les années et qui explique l'accueil qui est fait au vétéran de la politique de l'Inde chaque fois qu'il parait en public.

Arrivé à Londres, il se trouvait mêlé à des populations différentes de celles au milieu desquelles il avait vécu jusqu'alors, etil avait àcompteravec les besoins d'une civilisation tout autre; néanmoins les exigences d'une vie nouvelle ne le détournèrent pas un instant de son programme de loyauté vis-à-vis de l'Angleterre, de patriotisme vis-à-vis de l'Inde.

Il ne peut entrer dans un cadre aussi restreint que le nôtre de donner un résumé de cette vie si utile et si remplie ; nous nous bornerons à en indiquer les traits principaux. Appelé à s'occuper des questions politiques les moins connues des lecteurs européens et à discuter les problèmes sociaux les plus compliqués, Dadabhai Naorozji mérite d'avoir, — et il l'aura, — un historien fidèle qui saura mettre en relief comme il convient le rôle considérable qu'il a joué à son époque, en l'éclairant d'une étude approfondie du mécanisme de la vie moderne de l'Inde.

Un de ses premiers soins, en arrivant à Londres, fut de persuader aux amis qu'il avait à Bombay de lui envoyer leurs enfants pour leur faire donner une instruction européenne\ Dadabhai prévoyait les conséquences ultérieures d'un

' Pendant son premier séjour en Angleterre^ M. Dadabhai fit partie des Sociétés suivantes : la Liccrpool Litcrari/ and Philosophie Societij^ la Philomathic Society, le Liccrpool Athcnœum, etc. Il fut nommé profenseur de guzeratiau London Uniccrsity Collage. En 1861, il parla dans des meetings sur les coutumes et les usages des Parsis et sur leur leligioD. La même année, M. Dadabhai prit en main la cause du

plan d'éducation qui mettrait les natifs à même d'entrer en compétition avec les Anglais et de prendre part à l'administration de leur propre pays. Une occasion se présenta bientôt pour lui de défendre les intérêts de ses compatriotes; nous y avons fait allusion, p. 312, au sujet de l'échec de R. H. Wadia, candidat à VIndian Civil Service; mais il n'avait pu obtenir aucune concession pour l'âge, simplement l'assurance que s'il survenait désormais des changements pour la limite d'âge, le candidat serait averti en bon temps. Toutefois ses efforts n'avaient pas été perdus, carie Council ofindia prit en considération la demande qu'il lui adressa pour que les natifs obtinssent une plus large participation aux affaires de leur pays, dont on les avait tenus jusqu'alors éloignés. Fidèle à son plan, M. Dadabhai employa le temps d'un court séjour qu'il fît dans l'Inde en 1864^ à réunir des fonds dont, à lui seul, il fournit la plus forte partie pour former une bourse de voyage, qui devait être donnée à la suite d'un concours entre les gradués des Universités de l'Inde; mais son initiative généreuse échoua à cause d'une panique financière qui, à ce moment-là même, frappait la place de Bombay. Revenu à Londres, il jeta avec quelques amis les bases d une Société toute politique, VEastIndia Association (1867)*, connue d'abord sous le nom de la London Indian Society^ et dont il fut le secrétaire; en 1869, il en

D' Mancherjl Bebramji Colah qulavaitété écartédes examens d*entrée pour VIndian Médical Sercicc. En 1865, il développa ses idées devant la London Indian Societi/ sur les règlements à introduire dans les examens du Cicil Sercicc.

^ En 1866, M. Dadabhai, dans un mémoire lu devant V Ethnological Society sur les Enropean and Asiatic Races, répondit aux attaques du Président de la Société, M. Crawford.

* En 1867, citons : Enfjland's Duties to India; Mysore; Mémorial and Addressfor the admission of natices into thc Indian Cioil Service and the expensrs of the Abijssinian War; en 1868: Mémorial of thc natices of the Bombaji Presidencij résident in England^ and corrcspondence irith Sir Stafford Northcote for the establishment of Female Normal Schools as proposed hy Miss C arpenter ; Admission ofeducated

établit une Branch à Bombay. Cette Société avait pour but d'attirer Tattention sur les intérêts de l'Inde. Grâce aux efforts de M. Dadabliai, elle recueillit de nombreuses adhésions, concentra des fonds et obtint l'appui des princes natifs.

La situation de M. Dadabliai commençait à s'affirmer et son opinion à compter\ Dans la Native Opinion Press (1*' juillet 1869), nous trouvons le jugement de ses compatriotes sur ses efforts et ses succès : « Depuis l'époque de Ram Mohun Roy, disait-on, aucun natif n'était arrivé à conquérir une réputation semblable dans l'Inde et en Angleterre. Il serait à souhaiter que les natifs instruits se fissent les médiateurs entre les gouvernants et les gouvernés et remplissent ce rôle comme M. Dadabliai. Or la réputation de Ram Mohun Roy ne s'était guère étendue au delà du Bengale ; il se peut même que, pendant sa vie, le grand réformateur n'ait pas été connu dans notre Présidence (Bombay), tandis que le nom de Dadabliai Naorozji est acclamé par ses compatriotes dans toutes les Présidences, et à l'heure présente nous ne connaissons jias un homme politique dont la parole ait chez les princes natifs autant de poids que la sienne Dans

Nattées into thc Indiaii Clrll Scrricc; lirpli/ io Sir Stq(ford North-

rote' s speech in Parliamcni on iho suhjrrt ; Corrospondencc iciUi Sir Stafford Northcote on theindiftn Ciril Srrrice clause in the Gorernor- General of India Bill] Rf'piy to Lord Willian Haij on Mf/sore; Duties of Local Indian Associations; Irrif/ation Worhs in India.

^ Eq 1869, il fit trois conférences en guzerati et une en anglais devant VEa^t India Association et rédigea une addrcss au moment de la fondation de la Bombay Branch. Vers la mOme époque, il fit une autre conférence en guzerati sur la Condition de l'Inde dans un Meeting réuni à l'instigation du Thakur Saheb de Gondal; il écrivit un mémoire sar le Cicil Scrcicc clause dans le Gorrrnor of India Bill qui fat envoyé de Bombay à VEast India Association, et un autre sur le Bombât/ Cotton Aci qui, par suite des discussions qui s'ensuivirent, amenèrent le rejet de VAct par le Secrétaire d'Etat. En 1870, nous trouvons de nouveaux mémoires sur les besoins et les ressources de l'Inde, et, en 1871, sur le commerce et l'administration financière de l'Inde.

les classes élevées, le nom de Dadabhai est le synonymede tout ce qui est pur, honorable et juste. »

Continuons à suivreM. Dadabhai dans sa carrière. En 1873, les efforts de VEast India Association amenèrent la formation d'une enquête parlementaire sur les questions financières relatives àTInde; puis vint la discussion sur ^//^rf^a/l CâV/ Service. Il serait trop long d'expliquer comment et pour quelles raisons les natifs, malgré les aptitudes réelles de quelques-uns, avaient été jusqu'alors empêchés d'entrer en compétition avec les Anglais pour les places du Gouvernement. 11 est évident que l'Angleterre a toujours préféré les services de médiocres fonctionnaires anglais à ceux des natifs, quelque qualifiés que fussent certains de ces derniers à remplir les plus hauts emplois. Les efforts de M. Dadabhai réussirent à amener un système de recrutement intermédiaire et la création du Statutory Service (voy. supra, p. 313) qui fut abrogé quand la limite d'âge pour les examens du Covenanied Civil Service eut été élevée en faveur des étudiants indiens.

En 1874^ M. Dadabhai revint à Bombay, et nous allons le voir exercer les fonctions de Diwan (premier ministre) chez un grand prince natif, le Guikowar de Baroda. C'était le premier Parsi qui en eût encore rempli de semblables, et les difficultés n'allaient pas lui manquer.

La mauvaise administration de Malhar Rao avait déterminé les Anglais à obliger le prince à introduire des réformes dans son gouvernement dans un laps de quinze mois, et le

Guikowar fit alors appel à la bonne volonté de M. Dadabhai^ qui accepta. Ce fut assurément une des époques les plus pénibles de la vie de cet homme de bien. Ses amis. Sir Bartle Frère lui-même, ne lui dissimulèrent pas l'opposition qu'il rencontrerait à une cour peu disposée à accepter des réformes. Cette opposition allait se trouver fortifiée et appuyée par le mauvais vouloir de l'agent anglais, le Colonel Phayre. Celui-ci, dans un but assez difficile à définir.

francs, au profit de TAngleterreVMais ne nous engageons pas dans lanalyse de cette grande question : cette analyse nous entraînerait à émettre des jugements trop personnels*. Nous nous contenterons de faire remarquer que, fidèle à sa ligne politique, M. Dadabhai fondait bientôt avec Sir William Wedderburn, la Voice of India qu'il confiait â M. B. M. Malabari. M. Dadabhai en fut le gérant et M. Malabari Téditeur. Là encore il poursuivait le même but : relier l'Inde à l'Angleterre et mettre les deux pays en rapport direct, sans avoir besoin de Tintermédiaire des Anglo-Indiens.

Ce fut au mois d'août 1885 que Lord Reay, avec cet esprit libéral qui le caractérise, l'appela au Legislatice Councit, Cette justice tardive fut accueillie avec la plus grande satisfaction par tous les partis.

Au mois de décembre, le 27, le 28 et le 29^ il prenait part aux séances du premier Congrès National qui siégeait à Bombay ^

^ En 1876, M. Dadabhai prépara et publia sa brochure sur a Porcrtij (if India », d'après des notes soumises au Solect Committec de 1873, mais qui ne furent pas insérées dans le Bluc Booh\ C'est un livre d'un puissant intérêt de lecture, un ouvrage qui va de pair avec ceux de M. Giffen et de Sir James Caird. On peut s'y rendre compte par des chiilres exacts du drainage annuel de 30 millions sterling au bénéfice de l'Angleterre. On y trouve des matériaux suffisants pour défrayer une demi-douzaine de budgets émanés d'un chancelier de l'Ëchiquier; bien (lu'ilait fallu dix anspour obtenir une sanction officielle aux faits, ils ont été reconnus exacts, et Sir Evelyn Baring a accepté le témoignage de M. Dadabhai, à savoir que le revenu annuel de chaque individu dans rinde n'excède pas en moyenne 27 roupies I — Potcrty of IndiatLéié réimprimée en 1888.

* I)el876âl879, M. Dadabhai correspondit avecSirErskînePerrysurles emplois à accorder aux natifs, et avec Sir David Wedderburn an sujet des traitements et des pensions donnés aux Européens dans toutes les carrières. En 1880, il éciivit au secrétaiiti d'Étatsur les productions etles besoins du l^unjab et de Tlnde, et fit paraître The moral Poterty oj India and ttdttrr tJioiif/hts in thr présent british indian polict/ et Afetc sfafrmcnts in thc Report of ilie Finance Commission of 1880. De 1878 à 1884, M. Dadabhai entretint une correspondance privée avec M. Hyndmann touchant les afîairesde l'Inde.

^ Le Congrès siège annuellement dans les grandscentres des

de la candidature d'un natif; aussi n'hésita-t-il pas à mettre en campagne, et il réussit à obtenir l'appui du pai libéral. Or, par cet appui, — il faut bien l'avouer, — M.Dadi bhai s'aliénait les conservateurs et n'acquérait que de tièd sympathies du côté des libéraux. Toutefois, dans un Meetir de V Executive Committee of the Holborn Libéral Associ tion (18 juin 1886), il fut agréé comme représentant d< libéraux et des radicaux pour la circonscription de Fin

bury,et, le 19 juin 1886, il adressait sa profession de foi à S( commettants. Les circonstances étaient peu favorables. L élections générales de 1886 se posaient carrément sur question de la Home Raie pour l'Irlande, question q passionnait l'opinion ; d'un autre côté, la circonscriptic attribuée à M. Dadabhai était si connue pour son caractè] conservateur que les chances de succès ne semblèrei d'abord que très minimes ; mais le candidat sut parler av< tant de tact et d a propos dans les réunions publiques que, jour do l'élection venu, 1,950 voix échurent au libéral conti

' 3,651 au conservateur! Cette défaite était presque une vi

toire; car, au début de la campagne, à peine M. Dadabh

I' pouvait- il compter sur 500 voix, tant à cause de l'espr

conservateur de la circonscription que de l'influence perso

I; nelle de son adversaire, le Colonel Duncan, et de l'antipath

générale pour l'attitude politique de M. Gladstone au suj< de l'Irlande.

Bien des raisons expliquent la froideur avec laquelle

li parti libéral avaitaccueilli son candidat étranger, froideurqi

était parfois allée jusqu'à l'hostilité ; en effet, à peine la granc valeur de M. Dadabhai avait-elle réussi à tenir en respect d<

: énergiquement la sc^paration des fonctions de juge de celles de CollecU

,- mayistratc, cumul qui a été la cause de si criaDtes injustice

' M. Lai Mohan Gliose est certainement le meilleur orateur de Tlnd

Quelques années avant M. Dadabhai Naorozji, il avait essayé <

poser sa candidature sous les auspices d'hommes tels que John Brigl

f etHenry Fawcett; mais ilavaitéchouê pour des motifs que nous n'avoi

pas à discuter.

amis qui le soutenaient si peu qu'ils le priaient de se retirer ! Quand M. B.M.Malabari vint en Angleterre (1890-91), il se rendit compte de la situation et résolut d'agir. Pour nous, nous ne pouvons parler ici que d'une manière générale; mais nous pensons que le lecteur comprendra que. tout libéral que soit un Anglais, il ne Test pas au point de donner volontiers son appui à la candidature d'un natif, et ce que les partis voulaient surtout éviter, c'était la présence au Parlement d'un homme comme Dadabhai, dont les immunités de député pouvaient servir un pays qui n'a pas droit à une représentation officielle. Les deux amis tombèrent d'accord que, vu les circonstances, il n'y avaitpas lieu dese retirer. M. B. M. Malabari prit sur lui d'expliquer la position aux chefs du parti; il écrivit et parla à plusieurs des plusautorisés, entre autres à Lord Ripon, et il réussit à amener une entente. Au mois de juin 1892, M. Dadabhai Naorozji fut nommé par The Central Finsbury Dioision, Il allait représenter à la Chambre des Communes sa modeste circonscription de Londres, mais avant tout l'Inde entière, dont il avait inscrit en grosses lettres lenoin à la findeson Address, en réclamant des réformes. Pour le reste il avait adopté le programme des Libéraux\ (Voy. son portrait pi. 21.)

A son retour dans l'Inde, pour l'ouverture du Congrès National, qui allait siéger cette année-hï à Lahore, M. Dadabhai fut l'objet d'une ovation véritable. Le Siam arriva en vue de Bombay le 3 décembre 1893, ramenant celui que l'Inde ne craint pas d'appeler son grand old man\ Quanta lui, il revenait vers les siens en toute simplicité et cordialité, vêtu de son costume national parsi : jacquette noire, pantalon de soie rouge et coiflé du pacjri ! La ville entière était pavoisée ; les princes natifs, les hauts fonctionnaires de l'État, les délégués des diverses Présidences et des

' M. Gladstone, Miss Florence Nightingale, Sir Charles Russell, Lord Ripon, Lord Rosebery, Lord Aberdeen, Sir John Budd Phear, etc., lai envoyèrent leur adhésion et leurs meilleurs vœux.

membre de la nouvelle Chambre, et cette fois comme membre conservateur libéral (Unionist). Le 16 mai 1895, il était élu par la circonscription de N. E. Bethnal. Nous renvoyons à sa profession de foi pour se rendre compte de la fidélité avec laquelle il a suivi son programme.

A côté de M. DadabhaiNaorozji, il convient de mentionner M. B. M. Malabari; nous l'avons déjà vu sous les divers aspects de son talent si varié ! Dans Thistoire de la Réforme sociale chez les Hindous nul n*a été à la fois aussi audacieux et en même temps aussi pratique. La place qu'il y occupe est unique; dans la politique, elle n'est pas moins éminente. Ce n'est pas un homme politique bruyant^ nous dit son biographe et ami, M. Dayaram Gidumal; cependant la part qu'il a prise dans le grand mouvement politique depuis dix ans est considérable \ Il a été la main droite de Dadabhai Naorozji, et, par sa modération comme éditeur d'un des principaux journaux natifs et son influence sur la presse, il a fait œuvre de bon citoyen pendant les périodes agitées. Du reste, quoique d'âges et de goûts ditîérents, M. Malabari et lui vivent dans la plus étroite intimité et la plus grande confiance; leurs deux familles n'en forment pour ainsi dire qu'une.

Nous avons dit que c'est, en effet, à M. Malabari que M. Dadabhai s'adressa quand il fonda The Voice qflndia avec Sir William Wedderburn. M. Malabari est un de ceux qui gardèrent leur sang-froid pendant l'agitation qui suivit le Procédure Code Arnendment Bill and tlie Denrjal Tenan^

rière publique, voy. son Addrrss à ses êleoleurs de N. K. Bethnal, et pour ses opinions iwlitiques : Consrrcntirr Imlia, an Addrrss dolircrrd hr/brc thc Junior Constifutioriffl Club, on Frb. 6 lSi)3 \ Enst India fioronuo Accounts ; sprrc/i bij M, B/iofrn((f/f/rcr, M. P. {Bvthmd Grecn N, E,) on tkursdaji 12 Auf/ust ÎS06) rcprintvd Jroin Ihe « Pai^ llanwniary Débutes », authoiized édition ; au sujet du Congrès, Suint James' s Budfjet, Jan. 25, 1895.

' VIndian Probleni, Bombay, 1894, donne les opinions de M. Malabari sur les questions actuelles de la politique indienne.

le soin qu'il prit des intérêts généraux. En 1896, il fut appe une seconde fois au Conseil ; mais il se démit pour des raisor de santé. Au Congrès National, dont il a été président, s voix est très écoutée; il est fait pour siéger au Parlement excellent orateur, prompt à la réplique, doué d'une grand force physique, il y figurerait avec avantage et s'y rendra très utile, ainsi que Ta écrit M. Malabari.

M. Dinsha Edalji Wacha est aussi un homme publi actif et méritant. 11 est membre de la Municipal Coi poration , secrétaire honoraire de la Bombay Presi dency Association ; il a été président de la Conférence prc vinciale en 1895. Il est maintenant secrétaire du Congre National et prend part à la publication du journal politiqi: « India », publié sous les auspices du Congrès. Comn: opinions, M. D. E. Wacha est radical dans toute la force d terme et s'occupe avec zèle des questions sociales. lia fa partie de la YèÙ2icWon AeV Indian Spectator, et M. Malabai a trouvé en lui un collaborateur actif et laborieux, plein d talent et d'un grand dévouement à la chose publique. Il une remarquable facilité pour discuter et résoudre les ques tions municipales et financières.

Maintenant, si nous voulons définir la ligne politiqt adoptée par les Parsis, nous ne craignons pas dédire qu'el est tout anglaise. Très reconnaissants envers le Gouvern( ment britannique de la position qu'il leur a faite, les Pars sont de fort loyaux sujets de la Reine-Impératrice; ce qi n'empêche pas de se produire parmi eux les mêmes divei gences d'opinions que celles que Ton trouve sur les bancs d Parlement, et nous comptons dans la communauté des libi raux et des conservateurs. Toutefois enregistrons unenuanc assez importante : les Parsis n'ont jamais oublié l'accueil qi leur fut fait jadis par les Princes du Guzerate etlaprotectio des Empereurs de Delhi. Un nouveau régime, tout aus; favorable à leurs intérêts^ s'est substitué : Ranas et Nawal

ont disparu ; mais l'Inde, malgré ses divisions de races, de castes et de religions, subsiste toujours, et les exilés de Perse conservent à ses tolérantes et hospitalières populations un attachement que onze siècles de vie commune rendent légitime et sacré.

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