‹ Les partis politiques et leurs programmesChapitre 3 sur 35 · UN GRAND DÉBAT · texte numérisé non relu

UN GRAND DÉBAT

smi

LA POLITIQUE GÉNEUALE.

« Je ne crois pas en l'avenir du socialisme. Son caractère révolutionnaire le frappe d'incapacité gouvernementale. Le parti catholique vit de la peur qu'inspire le socialisme et l'exploile habilement. Le parti socialiste ne s'est pas assagi. Il y a dix ans, ce parti nouveau en Belgique était entré bouillant et plein d'enthousiasme dans la mêlée.

)) Il aurait dû comprendre qu'il avait tout à gagner en dépouillant tout caractère révolutionnaire, en acceptant les institutions régulières du pays, en devenant un parti de réformes pratiques.

» Au lieu de cela, on le voit avec une vanité incommensurable maintenir haut et ferme son programme utopique et l'intégrité de son dogme économique, visiblement contraire à toutes les réalités sociales. Il devrait, comme a dit M. Feron, faire d'abord la revision du collectivisme. »

Deuxième vérité : Le futar cabinet libéral recherchera d^abord le coneoars dn parti socialiste, recoiina antigonTernemental.

Malgré tout son optimisme, M. Braun n'espère pas que le groupe libéral puisse compter dans les prochaines assemblées « plus de 40 à 50 représentants », et même, à la fin de son discours, il s'en tient plutôt à 40 ou 45.

Le ministère libérai devra donc s'appuyer sur le groupe socialiste ou sur le groupe catholique. Les préférences de M. Braun vont au premier. Il souhaiterait beaucoup que les socialistes eussent la

sagesse de garder en poche, au moins pour un temps, leur programme révolutionnaire. Cependant, il n'y compte pas trop, et pour cause. Écoutons-le :

« Mais, dit-on, les socialistes ne se contenteront pas de ce programme; ils voudront davantage. Dans ce cas noaâi aurions à leni* résister.

■ S'ils faisaient des conditions impossibles, s'ils n'avaient pas la sagesse de tenir compte du tempérament national et de nos institutions fondamentales, ils pourraient subir les conséquences de leurs fautes; nous ne les suivrions pas, >

Mais alors que faire, puisque le ministère n'aura plus de majorité? Mais parbleu! la droite ellemême viendra au secours du gouvernement a pour éviter le gâchis ou pire encore » .

Ainsi donc, troisième vérité proclamé par M. Braun, à moins que I;i droite ne Tienne à son aide, le futur cabinet libéral risque de conduire le pajrs au gâchis ou pire encore.

Pour que l'on ne nous taxe pas d'exagération, une petite citation est indispensable :

« Eh, qui sait si vous-mêmes, Messieurs de la droite, vous ne serez pas forcés de soutenir un cabinet libéral, de crainte d'avoir moins bien... Iriez- vous jusqu'à renverser le ministère libéral, au risque de provoquer le gâchis ou peut-être pire encore. » (Annales^ 1903i904, p. i384.)

En résumé, les équilibristes du futur cabinet libéral, incapables de marcher seuls sur la corde roide, s'imaginent qu'ils vont pouvoir chercher leur point d'appui au petit bonheur, tantôt à l'extrême g'auche, tantôt à droite, au risque, s'ils trébuchent, de déchaîner les pires catastrophes.

La vérité, c'est que le ministère de l'opposition n'est pas viable.

M. Woeste l'avait bien dit :

« Un ministère ne peut pas vivre sans s'appuyer sur une majorité. Or, à côté des dix libéraux, il y a vingt radicaux qui tantôt tendent une main aux doctrinaires et tantôt une main aux socialistes.

» Mais enfin, les radicauxunisauxlibéraux ne forment encore que 30 à 35 membres et, par conséquent, l'opposition ne pourrait arriver au pouvoir que de concert avec les socialistes et moyennant leur appui. Il faudrait donc le bloc pour que l'opposition puisse gérer les affaires. Non, il n'y a pas de ministère possible en dehors du ministère catholique sans que ce ministère soit un mélang"" de libéraux, de radicaux et de socialistes; et comme les socialistes seraient les plus nombreux, la logique dit que ce seraient eux qui feraient la loi, à moins que l'échafaudage ne s'écroule au lendemain du jour où il aurait été édifié. »

(Annales, 1 903-1 904, p. 1 375.)

§ %. Que feraieut les partis d'opposition?

L'opposition a deux gfroupes : le groupe libéral-

radical, le groupe socialiste. Nécessairement, elle a aussi deux programmes particuliers.

Mais pour faire toilette plus ou moins de'cente devant Fopinion, on a essayé de rédiger un programme commun.

Voilà donc trois programmes ! Une avalanche de plates-formes!

Examinons d'un peu plus près ces annonces électorales.

Programme commau.

Prograuime des réticences.

L'opposition arbore un programme de réalisation immédiate et commun aux deux groupes, mais en apparence seulement, et que Ton pourrait qualifier, en reprenant une opinion de M. Vandervelde, de programme de réticences. Chacun d'eux, en effet, le comprend à sa façon et escompte fermement l'emporter sur l'autre.

Trois articles principaux y figurent : la suppression du remplacement^ Vinstructïon obligatoire et la suppression du vole plural.

Les socialistes consentent à appuyer les libéraux sur ces trois points, mais sans rien abandonner de leur programme, qui apporte sur ces points des solutions particulières et qui va beaucoup au delà. Dans le Peuple du 20 janvier 1904, M. Vandervelde s'est chargé de les éclairer à ce sujet. Après

avoir déclaré que ses amis ne peuvent confondre leur plate-forme électorale avec celle des doctrinaires, il ajoute :

« Tout le monde sait bien que le jour ou la majorité cléricale viendrait à tomber, l'inslruction obligatoire, la réforme militaire et surtout la réforme électorale seraient, nécessairement, à l'ordre du jour.

» S'il est utile de le déclarer une fois de plus, qu'on le déclarej je n'y vois aucun inconvénient...

» Mais, en tous cas, ce n'est pas un motif pour que nous marchions à la prochaine bataille en renonçant ou en ayant l'air de renoncer, fût-ce provisoirement, à tout ce qui nous différencie de l'opposition bourgeoise. Ce n'est pas un motif pour que nous compromettions gravement la force de pénétration du Parti ouvrier en adoptsint des formules uégatiTes et pleines de réticeoces, comme l'abolition du vote plural ou du remplacement militaire. »

Page 1