CHAPITRE II
Les partis d'opposition.
§ 1^^ Ce qii4l9 sont.
Voyons maintenant ce que sont les partis d'opposition. Puis nous examinerons ce qu'ils feraient
au pouvoir.
Ce sont des partis de classe.
A la différence du parti catholique, nous l'avons déjà marqué, les deux g*roupes principaux de Topposition sont, chacun à sa manière, des partis de classe, défaut doublement g-rave à une époque de dissensions sociales.
Le 'parti libéral se recrute à peu près exclusivement dans la bourgreoisie, et tous les efforts qu'il a faits pour rallier à sa cause un certain nombre d'ouvriers et se donner ainsi une assise populaire, ont pitoyablement échoué.
Quant au parti socialiste^ il se targ-ue lui-même d'être essentiellement un parti de classe, et la g-uerre sociale, qu'il prétend déchaîner par tous les moyens, est le plus grave des dang*ers qui menacent l'avenir.
Les libéraux éclairés eux-mêmes le reconnaissent, et l'un des plus disting'ués d'entre eux, M. Wilmotte, a écrit :
« Réconcilier la classe des manuels avec la bourgeoisie est le grand œuvre. C'est de ce côté qu'est en Belgique la seule chance d'apaisement politique. »
Mais, par une étrange aberration, il s'imag^ine que cette œuvre seuls les libéraux la peuvent accomplir.
« C'est à des libéraux que reviendra la mission, bien délicate, il est vrai, de rapprocher victorieusemen deux classes désunies. Encore ne devront-ils s'y essayer qu'au lendemain d'une victoire parlementaire, lorsque le partage du butin rapprochera les appétits pour une même besogne de revanche, de réparation et même d'assouvissement brutal. »
Ainsi donc le parti libéral, parti de classe et incapable de s'en corriger, en est réduit à attendre le rétablissement de la paix sociale » du rapprochement des appétits dans un assouvissement brutal " .
M. Wilmotte a mille fois raison de dire dans ces conditions que Toeuvre « sera bien délicate • .
Les partis d^opposition sont des partis divisés.
Partis de classe, les deux gfroupes principaux de l'opposition ne sont pas seulement antag*onistes
Tun vis-à-vis de Fautre, ils sont divisés euxmêmes.
Les libéraux se partag-ent en modérés, formant un petit groupe de sept ou huit représentants, et en radicaux, et parmi ceux-ci, depuis M. Ouverleaux jusqu'à M. Lorand, en passant par M. Buyl, combien de nuances distinctes ne présente-t-il pas?
Chez les socialistes, une discipline de fer dissimule mal Fantagonisme profond qui sépare les intellectuels, soucieux d'une certaine modération, et les violents imbus de la pure tradition révolutionnaire.
Chez les uns comme chez les autres, les seules aspirations sur lesquelles, dans chaque g*roupe, tous les membres cessent d'être divisés, les poussent directement à fomenter la division et la discorde dans le paf s.
^ Les partis d^opposition sont incapables de gouTerner.
Le g"ouvernement issu de la victoire des partis d'opposition, serait incapable de gouverner :
Un ministère, sous notre régrime constitutionnel, doit s'appuyer sur une majorité au sein du parlement. 11 ne suffit pas d'avoir un programme, il faut disposer des moyens de le réaliser. Comment donc g"0uverner à l'aide de deux g^roupes divisés
sur la plupart des questions, sauf ranticléricalisme, et manquant eux-mêmes d'homog-énéité?
Dans les récents débats, un seul orateur, Thonorable M. Braun, bourg-mestre de Gand, s'est senti de taille à aborder le redoutable problème de» moj^ens d'existence du futur cabinet.
Il en avait déjà fourni, il y a quelques années, la solution dans une formule qui, pour ne pas être précisément lapidaire, n'en mérite pas moins les honneurs de Tencadrement : « Culbutons d'abord le gouvernementy après nous verrons. >>
Jugeant, sans doute, qu'elle ne satisfaisait pas le pays, soucieux de savoir où on veut le conduire, il est entré, à la séance du 21 avril, dans quelques détails et il en a exposé de très suggestifs. Qu'on en juge.
Première vérité : Les Noelalistes sont Impossibles an gouTeruemeiit.
« Ils (les socialistes) savent que leur moment n'est pas venu ; ils savent qu'ils ne sont pas gouvernementaux; des républicains ne peuvent pas être les ministres d'une monarchie; ils sont assez intelligents pour le reconnaître eux-mêmes. » {Annales, 1903-1904, p. 1384.)
Sauf sur ce dernier point, nous sommes entièrement de son avis.
Reconnaissons d'ailleurs que, dans son discours de Chimay, M. Hymans avait dit la même chose, avec autant de franchise et en plus beau langage.