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CHAPITRE II. — Ce que le parti libéral et le

PARTI socialiste ONT FAIT OU FERAIENT POUR

l'agriculture 29

§ l«r. Le parti libéral 29

§ 2. Le parti socialiste 30

Quelques mots d'introduction.

Les campag'nards sont g'ens de sens pratique, qui ne se paient pas de mots, qui vont au fond des choses et qui aiment à apprécier les faits et les opinions par eux-mêmes, après les avoir dépouillés des piirases dont certains ont intérêt à les couvrir.

Nous demandons aux campag'nards de lire avec réflexion et sans parti-pris l'exposé qui va suivre.

C'est, en quelques mots, Thistoire des partis considérés surtout au point de vue des intérêts de l'agriculture. Il est utile que les ag-riculteurs connaissent cet exposé, puisque la loi électorale les appelle à porter un jugement sur les partis.

Nous ne citerons que des faits avérés et indéniables, des opinions et des thèses dont on ne peut contester la réalité. Aux lecteurs à tirer les conclusions

Les principes gouvernementaux des catholiqueSy des libéraux et des socialistes diffèrent essentiellement.

Aux yeux des libéraux, l'État n'a jamais à intervenir dans les affaires des particuliers.

Que ceux-ci soignent leurs intérêts eux-mêmes, par eux-mêmes et sans le secours du gouvernement ! Si une crise survient, si les affaires deviennent difficiles, si la concurrence étrangère naît soudaine et impitoyable,peu importe! C'est, d'après le libéralisme économique, le libre jeu des forces naturelles. Tant pis, s'il y a des ruines et des larmes ! l'État les regrettera sans doute, mais il ne peut rien faire pour les arrêter.

Voilà la théorie ! Il est vrai que le libéralisme ne s'est pas toujours tenu à la stricte rigueur des principes. Parfois, dans la pratique, il y a dérogé. A différentes reprises, il est venu en aide à l'industrie par des tarifs de ciiemins de fer très favorables, par des traités de commerce protectionnistes. Mais ces exceptions à la règle, il ne les a jamais consenties au profit de l'agriculture.

Pourquoi ? Il est difficile d'apprécier les mobiles qui font agir certains hommes politiques. A côté de ce qu'ils disent en public, il y a surtout ce qu'ils ne disent pas. Mais les campagnards nepeuvent cependant oublier que le chef du parti libéral, M. Prère- Orban, n'a jamais cessé d'opposer les villes et l'esprit cultivé de leur population aux campagnes, dont les habitants, disait-il, étaient plus ignorants et plus dépendants, insuffisamment éclairés (voir, entre autres, un discours du 19 avril 1871, où cette thèse est développé a propos d'une loi électorale).

Ce que les chefs du parti libéral disaient des campagnards en termes à peine polis, les jour-

naux le répétaient grossièrement, appelant les paysans des charrues croyant en Dieu.

N'est-ce pas à cause de cette méfiance pour les campagnards, que jamais les libéraux n'ont fait d'exception en faveur de l'industrie agricole à la règle du non-interventionnisme?

Encore une fois, le lecteur appréciera.

A l'autre pôle de la politique apparaît le parti socialiste.

Nous lui devons de reconnaître loyalement qu'il n'a pas pour les campagnards le mépris injurieux du parti libéral.

Le parti socialiste a une politique agraire.

Cette politique a été définie oflSciellement par le Congrès international de Londres (1896), qui a voté à Vunanimiié la résolution suivante (1) :

« Les maux toujours croissants, que l'exploitation capitaliste de l'agriculture entraîne pour le cultivateur du sol et pour la société tout entière, ne disparaîtront complètement que dans une société oii le sol, aussi bien que les autres moyens de production, appartiendront à la collectivité, qui les fera exploiter dans l'intérêt commun,- en em.ployant les procédés de culture les plus perfectionnés.

(1) Citée par Emile Vandervelde : Essai sur la question agraire en Belgique.

La condition économique et la division en catégories de la population agricole, dans les différents pays, présentent une diversité trop grande pour qu'il soit possible d'adopter une formule générale, qui imposerait à tous les partis ouvriers les mêmes moyens de réalisation de leur idéal commun, et qui seraient applicables à toutes les classes qui ont intérêt à cette réalisation. «

L'i déal du parti socialiste est donc un état social où le sol appartiendrait à tous et, par

conséquent, ne serait la propriété de personne, où l'exploitation du sol serait entre les maius de l'État et où les produits de la culture seraient répartis le plus équitablement que Ton pourrait entre tous les citoyens.

Entre ces deux partis, dans le juste milieu, se place le parti catholique.

Aux yeux des catholiques, TÉtat a surtout pour mission de maintenir Tordre, de gouverner le pays et de l'administrer de manière à ce que chacun puisse vivre, penser, agir comme il l'entend dans la paix et la tranquillité. Il doit s'efforcer de demander le moins possible aux ciloyenSf soit par l'impôt, soit de toute autre manière.

Mais cette théorie ne peut pas l'amener à laisser tout faire et à laisser tout passer; il doit aussi, par une protection efScace, aider et soutenir les

efforts des individus; il doit les pousser à s'associer et protéger leurs associations.

En outre, lorsqu'une crise s'abat sur une catég-orie quelconque de citoyens, l'État a le devoir de prendre en leur faveur des résolutions énergiques. Car la solidarité nationale exige que la collectivité tout entière' se porte au secours d'une portion considérable de ses membres lorsqu'ils sont menacés d'un désastre.

Nous allons voir comment les principes qui sont à la base de chacun de ces programmes, conduisent fatalement les partis à des actes qu'il restera aux électeurs à apprécier.

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