QUATRIÈME LEÇON
Des c>rincipaii3c points dn programme agricole deii soclali$ites.
D. — Paysan, cite-nous les principaux points du programme agricole des socialistes ?
R. — Le premier point et le plus essentiel, c'est que la terre appartienne à tous et non à quelques privilégiés; c'est-à-dire que chacun d'entre nous y ait sa part de travail comme sa part de bénéfice.
On conçoit qu'ayant devant les yeux un tel idéal, que se faisant une telle conception de la manière dont la terre doit être cultivée, les socialistes ne soient g'uère aptes à venir sérieusement en aide aux agriculteurs.
La grande propriété foneière, ils la eondèrent comme nue injustice flagrante. Nous
avons cité le congrès international de Londres, nous avons cité le Catéchisme du paysan. Prenons maintenant l'appréciation de celui qui, en Belgique, s'est occupé de la question avec le plus de talent, d'érudition et d'autorité.
M. Yandervelde écrit (1) :
(( La grande propriété est une forme de l'esclavage, donnant à ceux qui en profitent le droit de prendre
(1) Le Collectivisme, par M. Vandervelde, article publié dans le Courrier de Bruxelles, le 5 novembre 1894i.
— scieur part, plus ou moins large, dans la plus-value produite par la classe salariée. »
Donc, pour la grande propriété, c^est bien enteudn, pas de pitié!
Elle e«t nne des formes de TesclaFage ; elle doit disparaître.
Destinée, par suite, à disparaître aassi la classe des grands fermiers.
Voici ce que dit encore, au sujet des fermiers, M Vandervelde :
« On pourrait il est vrai ne rien changer au système actuel et concéder le domaine collectif à des individus ou à des groupes, moyennant intérêt^ loyer ou fermage. Il y aurait toujours cela de gagné que ces profits iraient à tous, au lieu d'aller à quelques-uns. Néanmoins, la plupart des coUeciivistes Tont plus loin et demandent la socialisation, non seulement des moyens de production, mais de la produelion même. >
Ni grands propriétaires, ni gfrands fermiers !
Mais, au moins, les socialistes, qui s'intitulent pompeusement les défenseurs des faibles, vont maintenir la petite propriété ?
Entre la petite propriété et la grande, M. Vandervelde voit une différence, non pas seulement de quantité, mais de qualité.
Ce n^est pa^i une raison ponr qu^elle trouTe grâce aux: yeux des socialistes.
Les premiers, les fondateurs de la doctrine, avaient été catég-oriques.
Dans le Capital, Marx avait déclaré :
« Le régime de petits cultivateurs indépendants travaillant pour leur propre compte n'est compatible qu'avec un état de la production éternellement borné. // doit être anéanti. La grande industrie fait disparaître le paysan, ce rempart de l'ancienne société. »
M. Yandervelde, un des théoriciens du socialisme scientifique, qui voudrait bien ne pas brûler ce que Karl Marx adorait, M. Yandervelde, un des praticiens du socialisme électoral, qui voudrait bien ne pas détruire à la campagne les chances de son parti, M. Vandervelde écrit sur la petite propriété les ligrnes suivantes :
« Les considérants de ce programme (programme agricole du parti ouvrier français) affirment, il est vrai, que l'état des choses caractérisé par la propriété paysanne, est fatalement appelé à disparaître, mais ils déclarent, immédiatement après, que le devoir impérieux du socialisme est de maintenir en possession de leur lopin de terre, contre le fisc, l'usure et les envahissements de nouveaux seigneurs du sol, les propriétaires cultivant eux-mêmes.
Il nous paraît impossible de méconnaître le caractère contradictoire de ces deux affirmations.
Si la petite propriété est condamnée à disparaître, par la force des choses, par la fatalité même de l'évolution économique, les socialistes ne doivent pas assumer la tâche impossible de maintenir en possession ces petits propriétaires. Certes, ils peuvent ne rien faire
pour accélérer cette évolution; ils peuvent se préoccuper d'adoucir cette agonie d'une classe, de soulager les misères qui en résultent pour les individus qui la composent; mais dès riiislant où on admet que fatalement la petite propriété doit être absorbée par la propriété capitaliste, et qae c'est précisément la concentration de celle-ci qui seule rendra possible Tinstan* ration de la propriété collective, on ne saurait, en bonne logique, admettre en même temps que les collectivistes aient pour dcToir impérieux de s'opposer à ces inéluctables transformations. »
Les socialistes ne peuvent donc rien faire en faveur de la petite propriété. Tout ce que concède M. Vandervelde au malheur des temps et aux nécessités électorales, c'est qu'on ne doit rien faire contre elle.
Avec de tels principes, toute la politique ag^raire du parti socialiste s'explique, et Ton se demande si c'est \d foi ou le dévouement qui lui manquent pour fonder des œuvres agricoles.
Qu'il ne parvienne pas à en fonder, nous avons l'aveu de M. Vandervelde lui-même. Nous avons cité plus haut la constatation qu'il faisait de la faiblesse des associations socialistes d'intérêt agricole*
Comme les socialistes n'ont jamais détenu le
pouvoir, il est impossible de savoir la manière dont ils en useraient.
Nous supposons, pour leur honneur politique, qu'ils chercheraient à réaliser le vœu formulé par le Cong-rès international de Londres : L'approprialiou et rexploilatlon par la collectivité du sol anssl bleu que des antres moyeus de production.
Il est vrai de dire que les premières mesures qu'ils prendraient dans ce but seraient le sig*nal du plus beau désastre que parti politique ait essuyé dans un pays. Il n'y aurait pas en Belgique assez de bulletins de vote pour flétrir " la socialisation de la terre «.
En attendant que la terre soit à tous et que justice se fasse, comme dit le Nouveau Catéchisme du paysan, déjà cité, que demandent les socialistes?
Premièrement, la réduction du taux des fermag*es ; secondement, la réduction des impôts qui pèsent si lourdement sur le paysan (1).
Ça! c'est du socialisme électoral!
Ééduction du taux des fermag-es! Les socialistes qui ont introduit des propositions sur presque tous objets depuis qu'ils sont au Parlement, n'ont pas encore essayé de chang-er ce vœu en loi.
Nous voudrions les voir à l'œuvre !
A côté de ces attrape-nigauds, quelques propo-
(1) Nouveau Catéchisme du paysan, déjà cité.
sitions plus sérieuses ont été déposées par des députés de Textrême g'auche.
M. Denis a fait uue proposition relative à Torganisation du crédit foncier rural mutuel et une proposition d'assurance oblig*atoire sur la mortalité du bétail.
Ces deux propositions, très étudiées, contenaient des principes justes. Elles ont été repoussées parce qu'elles ne tenaient pas compte de la situation existante du crédit mutuel et des mutualités d'assurance sur la mortalité du bétail.
Nous ne parlerons pas de la proposition de M. Defnet relative à des modifications à introduire dans " le louag-e des biens ruraux ».
Cette proposition, déposée par un socialiste qui ne connaît pas le droit, était incomplète et inadmissible.
On Ta vu : de leur propre aveu l'action des socialistes, pour les œuvres d'intérêt ag'ricole, a été très mince ; elle est loin d'être comparable à l'action du parti socialiste pour les œuvres destinées à embrigader les ouvriers industriels.
Leur action légfislative n'a pas été plus considérable.
Et maintenant, entre les trois partis, au campagnard de choisir !
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