LA FRANC-MAÇONNERIE
est un instrument pour arriver à la solution de la question sociale ». Naquet affirma :
« Nous avons aujourd’hui la monarchie sans le monarque ou plutôt avec un monarque élu, non héréditaire il est vrai, mais rééligible; il nous faut constituer, en dehors de Gambetta et de ses amis un groupe d'avant-garde, de combat démocratique ayant pour programme, la revision de la Constitution, une assemblée unique, l’appel direct au peuple, le rachat de la banque, des mines, des chemins de fer, le divorce, l'impôt progressif, l'éducation intégrale pareille pour les deux sexes, l’amnistie, les tribunaux éligibles, la suppression des armées permanentes.» (1)
Ce fut le programme radical, extrême ou intransigeant.
Si le parti catholique et l’église se montrèrent tout disposés à suivre et à servir les partis politiques basés sur le principe d’autorité et le dogme de la conservation sociale, la libre-pensée et la franc-maçonnerie se sentirent tout naturellement attirés vers les partis de gauche épris d’un idéal de liberté, de démocratie, de progrès social.
A partir de 1871, la franc-maçonnerie dirige de plus en plus son activité dans le sens de la libre-pensée, des problémes sociaux, des questions d'enseignement et de l’intervention politique. Elle se voue à la défense de la cause libérale, ou plus exactement à la lutte antiromaine, à l'essor de la pensée libre et des idées démocratiques. Elle comptait alors cinquante mille adhérents, mais disposait d’une influence proportionnellement beaucoup plus grande.
(1) Hanotaux. T. III, p. 528. C'était à peu près le programme du parti républicain avancé, développé par Gambetta à Belleville en 1869. V. Seignobos, Histoire politique de l'Europe contemporaine, p. 168. Voici le programme :
« Application la plus radicale du suffrage universel pour l'élection des conseillers municipaux et des députés, la liberté individuelle placée sous légide des lois, la liberté de la presse, de réunion, d’association, le jury pour tous les délits politiques, l'instruction primaire laïque gratuite obligatoire, le concours pour l'admission aux cours supérieurs, la séparation de l'Eglise et de l'État, la suppression des armées permanentes, la modification du système d’impôts, la responsabilité directe de tous les fonctionnaires (abolition de l’art. 75, de la Constitution de l’an VIII), élection de tous les fonctionnaires, »