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ÉVOLUTIONS DES PARTIS A L'ASSEMBLÉE NATIONALE

comprenant les députés prêts à crier « Vive le Roi» quand même, dirigés par des chefs investis d’un mandat spécial du comte de Chambord; 3 à celle de la droite modérée constituée pour unir le centre droit et les Chevau Légers; 40 à la réunion Colbert, centre du mouvement tendant à unir les diverse: fractions du parti monarchique ; 5° à la Réunion Changarnier, comprenant les autres conservateurs que des raisons diverses empêchaient de se faire inscrire sur la liste des réunions plus tranchées.

« Vers la gauche, on voyait se constituer lentement un nouveau groupe dont le développement devait avoir sur les événements une influence prépondérante : le centre gauche, Ce groupe s'était fondé dans un petit appartement de la rue Duplessis à Versailles. Là se réunissaient au début MM. de Marcère Christophe, F. Renault, Duréault, Gailly. Ces députés avaient pris leur parti d’accepter la forme républicaine... ils prétendaient entourer la République de garanties destinées à satisfaire tous les éléments modérés. (Les soixante) membres discutèrent sérieusement la question de savoir s’ils s’appelleraient « Réunion des républicains conservateurs » ou « Réunion des conservateurs républicains.» Lentement on vit venir à lui des hommes occupant une situation sociale considérable : MM. Casimir-Périer, de Rémusat, Léon Say, Dufaure, pour la plupart amis de M. Thiers. Le centre gauche s'était prononcé tout d’abord timidement pour la République, puis entraîné par les manifestations de l'opinion il s'était fait... des convictions.

« Au delà du centre gauche, l’Assemblée était encore divisée en deux groupes; la gauche comprenant les républicains modérés, qui suivaient MM. J. Grévy, J. Simon, J. Favre et qui, en somme étaient dévoués à la personne de M. Thiers; l'union républicaine (1) qui se composait des amis de M. Gambetta... radicaux ou rouges. Ils avaient un programme de réformes qu'ils développaient dans les professions de foi ou dans les réunions publiques, mais dont ils retardaient la réalisation jusqu’à la constitution définitive de la République. Ils s'étaient séparés des républicains modérés, ils déniaient à l'Assemblée le pouvoir constituant... étaient en état de rupture déclarée avec M. Thiers sur plusieurs questions importantes. cependant ils s’inclinaient devant son autorité; ils le ménageaient, ils le soutenaient presque toujours de leurs votes et, dans des circonstances bien choisies, de leurs éloges (2).»

Tels étaient, pendant l’année 1871, les partis dans le pays, les groupes à l’Assembiée. Comment allaient-ils évoluer ?

(1) Ou Extrême gauche.

(2) Hanotaux, p. 364.

« La Restauration de la monarchie légitime appuyée sur Îles doctrines catholiques, la soumission empressée aux volontés du « Roi», telles étaient les aspirations des membres les plus ardents, sinon les plus nombreux de l’Assemblée (mars 1871)... la grande majorité pensait que le salut était dans la monarchie, la monarchie légitime. dans le parti monarehiste la droite légitimisle était la plus forte.» (1)

| Quelle était exactement la doctrine de la Royauté traditionnelle? Par ses manifestes du 5 juillet 1871, 25 janvier 1872, du ? juillet 1874, par ses lettres des 15 octobre 1872 (à M. de la Rochette), du 13 février 1873 (à Mgr. Dupanloup), du 27 octobre 1873 (à M. Chesnelong), le comte de Chambord exposa son système politique, les intentions et les circonstances dans lesquelles il comptait remonter sur le trône « souveraineté du prince et non celle de la nation, contre-révolution, rétablissement du drapeau blanc, décentralisation administrative, franchises locales, gouvernement placé sous le contrôle de deux chambres dont l’une est nommée pas le prince et l’autre par la nation selon le mode de suffrage réglé par la loi. Le roi règne et gouverne. »

L'accord était loin d’être complet chez les partisans. «Les royalistes de toutes nuances retournaient sans cesse en eux-mêmes tous les systèmes monarchiques : le droit divin (avec toutes ses conséquences qu’allait défendre Mer. Pie, évêque de Chartres) la consécration pontificale, la sanction populaire et même l'autorité de l’insurrection et des barricades » (février 1871) (2). Parmi les députés légitimistes les plus marquants étaient Aubry, Benoist, Fresneau, de Meaux, de Voguë, de Kerdrel, Baragnon.

Pour la plupart d’entre eux la doctrine monarchique traditionnelle devait, sous la pression des circonstances, se

(1) Hanotaux, cité, T. 1, p. 134-135-143. Lire Le portrait du comte de Cham: bord, p. 136.

(2) Hanotaux, T. I, p. 73.

modifier sur deux points : celui du drapeau el celui de la souveraineté de la nation exercée pour l'heure par l’Assemblée de Versailles. À chacun des deux premiers manifestes du comte de Chambord le groupe des légitimistes modérés, le plus nombreux, répondit en précisant son propre point de vue « partisans quand même de la monarchie héréditaire et représentative (ils) affirmaient la volonté de conserver à la France le drapeau qu’elle s’est donné.» Déclaration du 22 juillet 1871 et « nous considérons la monarchie comme le gouvernement naturel de notre pays... monarchie héréditaire, représentative, constitutionnelle, respectant d’ailleurs notre pays autant que nous l’aimons, nous n'attendons rien que du vœu de la nation librement exprimé par ses mandataires.» Déclaration du 17 février 1872. (1)

Cette divergence fondamentale d'appréciation allait produire des malentendus et augmenter d’une part la méfiance du prince, d'autre part le désarroi, le manque de confiance, la division des partisans.

Comment était organisé le parti légitimiste? Le comte de Chambord par ses agents, les députations qu’il recevait, était censé se tenir au courant de ce qui se passait en France et suivre au jour le jour les vœux de l’opinion. Mais son siège était fait et malgré ses affirmations réitérées de vouloir être un homme de son temps 1l agit toujours comme si la France n'avait pas été complètement transformée depuis 1789. Par son bureau politique placé à Paris sous la direction du marquis de Dreux-Brézé, il donnait des ordres surtout aux journaux de son parti, « l'Union » notamment et de temps en temps, des instructions à ses partisans. Une caisse royaliste avait été fondée sous forme de fidéi-commis. « L'Univers », organe des ultramontains, soutenait le comte de Chambord de même

(1) Hanotaux, cité, T. I, p, 398.

qu’une notable fraction du clergé à la suite de Mgr Pie, évêque de Chartres. L'alliance était complète. Dans les luttes électorales la double épithète « Chambord et clérical » revenait souvent. Le prince n'avait pas caché que, s’il remontait sur le trône, il prendrait des garanties pour que le pouvoir temporel du pape fut sauvegardé.

Au point de vue tactique, l’un des premiers soins des chefs royalistes fut d’essayer de réconcilier les deux branches de la Maison de France en vue de réaliser la monarchie unie. Du mois de mars 1871 au mois d’octobre 1873 des tentatives nombreuses furent faites dans ce but. Des solutions transactionnelles furent suggérées. Le 3 janvier 1872 le marquis de Falloux émit l’opinion que

« satis{action serait donnée à tous les souvenirs et à toutes les gloires si nos antiques fleurs de lys venaient se poser sur le drapeau actuel.» (1)

Le 8 février 1873, Mgr Dupanloup proposait une combinaison :

« M. le comte de Chambord pourrait, à l'exemple d’un grand nombre de ses prédécesseurs, avoir son enseigne royale et la nation garder ses couleurs, ou bien encore il pourrait, comme symbole du

retour de la France à la monarchie traditionnelle, fleurdelyser le drapeau tricolore.» (2)

Mais l'opinion du prince était nettement arrêtée.

« Le comte de Chambord ne laissera pas arracher de ses mains l’étendard d'Henri IV, de François Ier, de Jeanne d’Arc», car, ajoutait-il, « je l’ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi, mon aïeul mourant en exil (Charles X). Henri V ne peut abandonner le drapeau d'Henri IV.» (Manifeste du 5 juillet 1871).

Et depuis 1l avait toujours énergiquement affirmé qu'il ne changerait rien à cette déclaration. Aussi, dès le 135 février 1873, il répondait à Mgr Dupanloup :

« Mon devoir est de conserver dans son intégrité le principe héréditaire dont j’ai la garde, principe en dehors duquel je ne suis rien et avec lequel je peux tout... au premier rang des sacrifices

(1) Hanotaux, cité, T. L., p. 378.

(2) d° cité “MT p.598

regardés par vous comme indispensables pour correspondre aux vœux du pays, vous placez celui du drapeau. C’est là un prétexte inventé par ceux qui, tout en reconnaissant la nécessité du retour à

la monarchie traditionnelle, veulent au moins conserver le symbole de la Révolution... (1) Je n’ai donc ni sacrifice à faire, ni conditions à recevoir. J'attends peu de l’habileté des hommes et beaucoup de Ia justice de Dieu.» (2)

Or, les chefs orléanistes proclamèrent tous leur attachement au drapeau tricolore et ne voulurent en aucune façon entendre parler de la restauration d’une monarchie qui aurait pour emblème l’oriflamme blanc. Cette divergence complète de vues, causa l’échec de la suprême tentative de fusion entre les deux branches de la famille royale (août à octobre 1873). (3)

Le 23 novembre 1873 le chef du bureau politique du prince, recommandait par circulaire, de multiples pétitions en faveur de la monarchie. On en était là ! L’extrême droite allait sortir de la majorité des droites et poursuivre une politique personnelle. Ses membres « poussant les choses au pire, toujours maugréant, rechignant, mais toujours battus, incorrigibles, resteront toujours en retard d’une année et d’une idée.» (4) [ls caressèrent successivement l’espoir que le Maréchal s’effacerait et cèderait la place au prétendant légitimiste, plus tard que, par la revision de la Constitution, la nation renverserait la République et rétablirait la Monarchie.

Ils vont s'opposer de toutes leurs forces aux mesures qui leur paraïîtront préparer l'avènement d’une monarchie orléaniste et, quand la République sera fondée, leur dépit se trouvera atténué du fait que la branche cadette ne sera pas remontée sur le trône. Le 16 mai 1874, ils votent avec les

(1) Mgr. Pie le défenseur du droit divin avait déclaré « le drapeau tricolore est révolutionnaire ou il ne signifie rien ». (2) Hanotaux, cité, T. L., p. 538. CPR, : (3) Lire de curieux détails dans le livre, de M. Hanotaux. cité, T. H, p. 279 et s.

(4) Hanotaux, T. II, p. 283.

républicains et renversent le ministère de Broglie qui apportait un projet de lois constitutionnelles dont Gambetta disait inquiet : « Si la droite a le bon sens de l’accepter, la démocratie est reculée de cinquante ans.» Ils ne voient pas que c’est pour eux la dernière planche de salut, ils la repoussent, « La vieille monarchie légitime est abolie. » (1)

Le 15 juin, La Rochefoucauld-Bisaccia dépose une motion déclarant : « Le gouvernement de la France est la monarchie, Le trône appartient au chef de la Maison de France.» Elle est renvoyée non pas à la commission des lois constitutionnelles, mais à la commission d'initiative qui, par 16 voix contre 4, décide de ne pas prendre en considération. Échec éclatant.

Le ? juillet 1874, le comte de Chambord lance un manifeste.

« Je veux trouver dans les représentants de la nation des auxiliaires vigilants, mais je repousse la formule d’importalion étrangère, avec son roi qui règne el ne gouverne pas ».

De l’avis général, c’est la fin de la Monarchie. Le 8 juillet 1874 M. Lucien Brun interpelle le gouvernement sur la portée du septennat et déclare que le 19 novembre 1873, la droite a été trompée, puisque « le seul définitif qui fut exclu des délibérations de l’Assemblée, c'était le définitif monarchique.» De Fortou, ministre de l'Intérieur, répond : « Le gouvernement du Maréchal est mis au-dessus des partis pour sept ans, tous, même le comte de Chambord, doivent s’inchiner devant la loi votée par l’Assemblée. » L'ordre du jour présenté par Lucien Brun recueille 79 voix. C’est tout ce qui restait dans l’Assemblée à la Monarchie légitime. Le prétendant perd le prestige dont il était auréolé jusqu'alors.

A Ja rentrée, le 5 janvier 1875, l'extrême droite est plus intransigeante que jamais. Elle crie à la dictature du

(1) Hanotaux, F. II, p. 486,

Maréchal, passionnée et résolue, elle suit aveuglément les instructions de Frohsdorf (1) : entraver tout, faire sentir la force du groupe et démontrer l'impuissance de l’Assemblée. Elle ne pourra pas empêcher le vote de la République,

Le 25 février 1875, La Rochejaquelin, de la Rochette, de Franclieu, de Belcastel protestent contre l'accord du centre droit ct des gauches, qui vient de permettre le vote du principe de la seconde chambre et celui de la loi sur l'organisation des pouvoirs publics. L'extrême droite s'allie aux bonapartistes. Le 7 juillet, sur la proposition de M. de Belcastel, l'Assemblée décide que « le dimanche qui suivra la rentrée, des prières publiques seront adressées à Dieu dans les églises et dans les temples pour appeler son secours sur les travaux de l’Assemblée. » (2)

M. de Franclieu s'élève, le 2? août, contre la loi qui fixe les conditions dans lesquelles les sénateurs seront élus et prophétise les pires catastrophes.

« L'œuvre qui se termine achèvera de faire disparaïlre les derniers vestiges de notre organisation sociale. Tout cela parce qu’on n'a pas voulu faire la monarchie que rien au monde ne peut remplacer. Vous allez livrer encore une fois notre patrie à l’étranger, à la Révolution, à la démagogie et au césariseme autoritaire. » {3)

A la rentrée en novembre 1875, la question se pose de savoir si la droite, qui a toujours invoqué hautement lautorité constituante de l’Assemblée, quand elle en attendait le rétablissement de la monarchie et qui s’est toujours, malgré les élections partielles toutes républicaines, opposée à sa dissolution, acceptera le fait accompli et entrera dans les nouvelles institutions. Le 15 octobre, un membre du centre droit, A. Callet, l’avait demandé à M. de la Rochette, le chef du parti légitimiste. « Nous avons affirmé la souveraineté de l'Assemblée et son pouvoir constituant.

(1) Résidence du comte ce Chambord.

(2) Hanotaux, T. III, p. 312.

(3) . de É. 111, p. 318.

Aujourd'hui qu’elle s’est prononcée, ne devons-nous pas nous incliner ?» et fort embarrassé, le président du groupe des Chevau Légers se dérobait. « Vous ne pouvez rien fonder avec l'esprit révolutionnaire.» |

Enfin, comme nous le verrons en examinant le parti orléaniste, une suprême vengeance allait s’accomplir. Les légitimistes s’entendirent avec tous les adversaires du centre droit et firent échouer les candidats de celui-ci au Sénat.

Ainsi l'extrême droite avait vu ses espérances s’évanouir les unes après les autres, la fusion des deux branches de la famille royale, un moment imminente, ne s'était pas réalisée, l’Assemblée avait préféré consolider le provisoire républicain, puis l’organiser. Le Maréchal ne s'était pas montré disposé à céder la place au comte de Chambord. Il ne restait comme hypothétique ressource, que la revision de la Constitntion.

« Rien de plus respectable, mais rien de plus catégorique que la revendication de la dynastie des Bourbons telle qu’elle s'était affirmée dans les manifestes du comte de Chambord ! C'était le droit divin et l’hérédité, le roi régnant et gouvernant, ni parlementarisme, ni démocratie souveraine; un régime ni nouveau ni importé, mais antique et national, le peuple obéissant non par délibération ou contrainte, mais par conviction et amour, union du trône et de l’autel, en un mot, la monarchie traditionnelle non arbitraire, mais absolue.» (1) |

Lors des élections générales de 1876 (Sénat en janvier, Chambre des députés en février et mars) les candidats de l'extrême droite demandèrent qu’en cas de revision de la Constitution, une Assemblée constituante fut élue pour statuer sur la forme du nouveau gouvernement (2). Cinq

(1) Hanotaux, cité, p. 374, T. III.

(2) Ce souci de la légalité et ce respect de la volonté nationale sont à noter, nous verrons que les royalistes d'aujourd'hui semblent ne s’en soucier nullement,

années avaient suffi pour faire disparaître pratiquement en tant d’élément politique influent le parti légitimiste tout puissant au lendemain de la guerre.

1 Membres pe ASSEMBLÉES DATES RE des

légitimistes MENT

Assemblée nationale | 8 février 1871 ..... 200 700 ST PR JANVIeR ASTON 13 300 Chambredes Députés| février el mars 1876... 25 00

Le parti orléaniste se tenait plus près de l'opinion publique et plus en contact avec l’ensemble du pays.

En mars 1871 « tandis que le comte de Paris restait à Londres, deux de ses oncles avaient été élus : le duc d'Aumale dans l’Oise, et le prince de Joinville dans la Haute-Marne. Le duc d’Aumale avait déclaré à ses électeurs :

« Dans mes sentiments, dans mon passé, dans les traditions &e ma famille, je ne trouve rien qui me sépare de la République. Si c’est sous cette forme que la France veut définitivement constituer son gouvernement, je suis prèt à m'incliner devant sa souveraineté. Monarchie constitutionnelle ou République libérale, c'est par la probité politique, la patience, l'esprit de concorde, l’abnégation qu'on peut sauver la France.» (1) :

Les orléanistes n’avaient aucune chance de succès immédiat, mais ils entendaient réserver l’avenir, et d’aucuns les accusaient de ne pas écarter de leurs prévisions l’abdication ou la mort du comte de Chambord.

Le 21 mai, le duc d’Aumale écrivait :

« Si l’on soulève la question de la compétence des anciennes dynasties, nous refusons de nous engager sur ce terrain qui est le terrain constitutionnel. Mais à la droite et à la gauche, nous pouvons affirmer qu’il n’y a dans la branche d'Orléans ni prétendants ni compétiteurs.» (2)

(1) Hanotaux, cité, T. I, p. 141.

(2) d° cité, p. 234

En réponse au manifeste du comte de Chambord du 25 janvier 1872, les droites sur la proposition des légitimistes modérés arrêtèrent, le 17 février 1872, un programme qui « contenait une dose savamment répartie de principes orléanistes et légitimistes» (1) et indiquait le moyen pratique de la Restauration : le vote de l'Assemblée.

Si le comte de Chambord n’approuva pas ces déclarations, le centre droit (les orléanistes) fit des réserves.

« Nous voulons comme vous rappeler au pays les services qu’il 4 déjà reçus el ceux qu’il peut encore attendre de Ia monarchie constitutionnelle dont vous nous indiquez si bieh les bases essentielles en vous efforçant de réconcilier la France ancienne avec la France moderne. » (2)

Le centre droit proclamait en outre sa fidélité au drapeau tricolore. En somme la tentative de fusion échouait entre les groupes à l’Assemblée, comme elle avait échoué entre les partis dans le pays. Les thèses royalistes apparaissaient diamétralement opposées.

Le 10 juin 1872, effrayé par les succès des radicaux, le centre droit, que le centre gauche ne veut pas suivre dans ses espérances monarchiques, se tourne vers la droite «on ne parlera pas de ce qui divise, c’est-à-dire des projets de restauration monarchique, mais seulement de ce qui unit, c’est-à-dire des principes conservateurs.» (3) « Le grand parti conservateur » délègue neuf de ses membres auprès de Thiers et l’adjure de lutter contre le radicalisme. Thiers répond qu'il n’a pas le droit de s'opposer à des élections républicaines.

Le 15 octobre 1872, le comte de Chambord écrivait à M. de la Rochette qu’ «il n’avait pas à s'occuper de M. le duc d’Aumale. Celui-ci pouvait faire ou ne pas faire, tout ce qu'il voudrait.» La scission était complète en effet.

(1) Hanotaux, p. 393.

(2) do GLEN D 505 (3) de CIC SD p:EL707

Une loi du 21 décembre 1872 restituait à la famille d’Orléans une partie de ses biens évaluée à une somme d’environ quarante millions de francs.

« C'était la réparation d'un acte de spoliation commis par le second empire. Néanmoins, cette reprise de quarante millions de francs par la famille de Lous-Philippe à l'heure où la situation financière de la France était si précaire, eut un fâcheux retentissement dans l'opinion.» (1)

Le 19 février 1873, à la Commission des Trente, les orléanistes firent voter la proposition de Thiers : « l’Assemblée ne se séparera pas sans avoir organisé les pouvoirs publics, la seconde chambre et le régime électoral. » Ils cherchaïent à gagner du temps. « Ainsi, faussant pour la première fois, compagnie au parti légitimiste, ils se trouvaient, par une sorte de fatalité qui les poursuivra jusqu’à la fin, travailler à la consolidation de la République.» (2) Les légitimistes furent extrêmement mécontents.

Le 5 mai 1873, deux des chefs orléanistes proposent la présidence de Ia République au duc d'Aumale. « Vous faites appel à mon patriotisme, vous m’affirmez que je peux, dans ce poste être utile à mon pays, soit, j'accepte.» (3) Mais de peur que les légitimistes refusent de voter pour le prince, le duc de Broglie met en avant le nom du maréchal Mac- Mahon. Le 18 mai 1873, Lucien Brun « rappelle que le comte de Chambord a formellement déclaré qu’il n’autorisait pas un prince de la Maison de France à accepter la présidence de la République. La droite légitimiste n’enfreindrait certainement pas la volonté royale. » (4)

L'heure paraît venue, après les élections radicales d'avril 1873, « de ranimer les craintes du pays et d'évoquer le péril démagogique, de prendre la défense de l’ordre que l’on croit menacé, Ce n’est plus la cause monarchique qui

(1) Hanotaux, p. 489.

(1) d° p. 287 et 588,

est en jeu, c’est l’existence même de la société. » (1) Ce sont deux orléanistes, le duc de Broglie et Buffet qui vont conduire à la bataille les droites coalisées et faire tomber Thiers.

Quelle fut exactement la doctrine politique du parti orléaniste ?

C'était celle de la monarchie de juillet, c’est-à-dire : souveraineté nationale, parlementaire, constitutionnelle et libérale, la Constitution votée par les représentants du pays et jurée par le roi qui règne et ne gouverne pas, drapeau tricolore. Dans un ouvrage, Vues sur le Gouvernement de la France, paru en 1861, le duc de Broglie père avait écrit : € Une république qui touche à la monarchie constitutionnelle, une monarchie constitutionnelle qui touche à la République. c’est la seule alternative qui reste aux amis de la liberté. Toute autre République, c’est la convention, toute autre monarchie, c’est l’empire.» (2) Le parti orléaniste se proposait d'organiser fortement le pouvoir du chef de l’État, consolidant ainsi l’autorité dans un homme à défaut d’une dynastie (d’où la création du septennat), la prépondérance des classes moyennes, aristocratie mobile et ouverte, la défense des intérêts (d’où l’idée d’une loi électorale qui restreignait notablement le droit de suffrage et le projet d’un grand conseil dont les membres auraient été nommés par le chef de l'État). Il y avait là, dans cette conception ni aristocratique n1 démocratique, le germe d’une France nouvelle.

Comment était organisé le parti orléaniste? Le comte de Paris esprit clairvoyant et avisé dirigeait de près ses partisans et rien ne se faisait parmi eux sans qu'il fut consulté. Deux princes de la famille d'Orléans siégeaient à l’Assemblée. Le centre droit comptait de nombreux et brillants

(1) Hanotaux, p. 594.

(2) Cité par Hanotaux, T. III, p. 365.

orateurs : les ducs de Broglie et d’Audiffred Pasquier, Bocher, Changarnier, Le F16, de Goulard, Ducrot, Batbie, Target, Buffet. Dans la presse, divers organes défendaient les idées du parti : Le Journal de Paris, Le Français.

Quelle fut sa tactique? Bien qu'il ne songeât pas à opposer expressément un compétiteur au comte de Chambord et que sous certaines conditions (drapeau tricolore et Constitution), il se fut déclaré favorable à la fusion des deux branches de la famille royale, le parti orléaniste entendit conserver sa personnalité propre et son indépendance, sans se laisser confondre avec le parti légitimiste. On l’accusa de chercher avant tout à gagner du temps, de consolider le provisoire existant pour éviter de donner au problème constitutionnel une solution définitive et irrémédiable.

« 11 existe en France, répondait Le Journal de Paris à La Gazelle de France (1), un grand parti qui n’est ni rouge, ni blanc, qui ne veut ni révolution nouvelle, ni contre-révolution, ni retour à l’ancien ordre social, ni destruction de l’ordre social actuel. Ce parli, en répudiant la violence et les excès de la Révolution, accepte et entend conserver ses résultats légitimes : l'égalité civile, la liberté politique et religieuse, le gouvernement constitutionnel.» 1er février

Les deux familles royales pouvaient se rapprocher, mais les programmes restaient différents.

Les orléanistes oscillèrent constamment entre les deux courants qui partageaient l’Assemblée. Avec les légitimistes et les bonapartistes, ils renversèrent Thiers, le 24 mai 1873, et firent de la restauration religieuse, de la conservation sociale et de la réaction politico-administrative, avec les républicains ils luttèrent contre les intrigues bonapartistes, redoutant par dessus tout un retour à

(1) Organe royaliste, inspiré par Mgr Dupanloup, orléaniste, mais ardent partisan de la fusion,

l'empire auquel ils parurent préférer même la République qu'ils contribuèrent à organiser.

Les monarchistes étaient incontestablement les maîtres de l’Assemblée mais il y avait trois prétendants éventuels et leurs partisans étaient divisés.

€ L'Union Conservalrire n'est qu’une thèse, la droite ne pourra rien constituer » avail prophétisé Thicrs, les événements allaient lui donner raison. La majorité conservatrice de lreize voix le 21 mai 1873 s’est augmentée, elle peut être de soixante voix dans les grandes journées quand tout le monde s'unit en vue de « la défense de la société», mais si on touche aux rivalités dynastiques ou électorales, elle s'effrite.

Toute la politique du bloc conservateur, dirigé par le parti orléaniste, va se résumer en une formule unique : gagner du temps. Le centre droit qui est le groupe le plus important est l'arbitre de la situation.

Le 30 octobre après la lettre de Salzbourg et l’anéantissement de tout espoir d’un retour sur le trône du comte de Chambord, le centre droit propose de donner la régence au comte de Paris, mais le gouvernement préfère proroger les pouvoirs du maréchal (1).

Le comte de Paris partagea l’idée du duc de Broglie qu'entre la démagogie et le césarisme, 1l ne restait plus d'autre refuge que la consolidation du pouvoir du Maréchal, pouvoir indépendant de l’Assemblée temporaire mais stable, incapable d'aucun empiètement. (2) Le due d’Audiffred-Pasquier proposa de faire la monarchie avec le comte de Paris comme régent gouvernant au nom du roi, mais les princes d'Orléans refusèrent, et tous se déclarèrent « macmahoniens ». (3) Les orléanistes se rallièrent à l’opinion du duc de Broglie. A la rentrée de l’Assemblée, le 5 novembre,

(1) La loi du 31 août 1871 qui avait énuméré les pouvoirs du Chef du Pouvoir exécutif avait décidé que ceux-ci dureraient autant que l’assemblée elle-

même et expireraient par suite en même temps que les siens, quelle aurait été la situation, si brusquement l’assemblée s'était déclarée dissoute?

(2) Hanotaux. cité, T. II, p. 259.

(3) do cité, T. I, p. 26.

le général Changarnier déposa une motion confian pour dix ans le pouvoir exécutif au maréchal de Mac-Mahon et remettant à une (Commission de trente membres le soin d'examiner les projets de lois constitutionnelles, Le centre gauche propose cinq ans. La minorité orléaniste, qui va désormais jouer un rôle grandissant, suggère le chiffre transactionnel de sept ans et c’est ainsi que le septennat est proposé au vote de l’Assemblée.

Le projet du cabinet de Broglie est voté le 19 novembre par 66 voix de majorité.

Bien que s’éloignant des légitimistes et se rapprochant du centre gauche les orléanistes ne font aucune concession aux aspirations démocratiques. [ls poursuivent un objectif particulier. Le 29 mars, le duc de Broglie qui avait répondu à Challemel-Lacour que «les sept années de pouvoir avaient été conférées d’une facon incommutable au maréchal de Mac-Mahon» déclarait à la Commission des Trente que le duc d’Aumale pourrait être appelé à la présidence du futur Sénat et remplacer, le cas échéant, le chef du Pouvoir exécutif au cas où celui-ci viendrait à se trouver, pour une raison ou pour une autre, dans l'impossibilité de continuer à exercer ses hautes fonctions.

nice propos arriva à Froshdorf et y produit une vive irritation.

L'on voit nettement la conception orléaniste, ingénieuseet fragile, d’un gouvernement parlementaire fortement établi, provisoirement appelé République, dirigé pendant une période de sept années par un homme, pour la personne duquel il a été organisé à dessein, le maréchal de Mac- Mahon. Le 20 novembre 1880, le pays avisera et choisira définitivement la forme de ses institutions ou, s’il le préfère, prolongera le statu quo pendant une nouvelle période de sept ans jusqu'au jour où un prince de la Maison d’Orléans pourra offrir ses services à la nation,

Et de fait le principal argument qu’invoquent sans cesse les défenseurs de cette forme politique particulière de cette création originale, sorte de fidéi-commis, confié en attendant mieux à un ancien officier général, planant au-dessus des partis tout en ayant une prédilection pour le centre droit, est que « le septennat» sauvegarde pleinement le présent et réserve complètement l'avenir.

Il semble que dans l'esprit subtil du duc de Broglie le duc d’Aumale devait présider le futur Sénat, puis passer à l'Élysée et pendant une sorte de stathoudérat d’une durée plus ou moins longue, préparer légalement l’avènement du comte de Paris. v)

Le 15 mai 1874, le duc de Broglie dépose des projets de loi qui créent une seconde chambre, fixent les relations entre les pouvoirs publics, organisent l'électorat pour les élections générales et pour les élections municipales; le 16, il demande la priorité pour la loi électorale politique par 74 voix de majorité, l’Assemblée la refuse. Seuls, les orléanistes et deux membres du centre gauche avaient voté pour le cabinet (317 voix) tous les autres députés, y compris les 45 de l’extrême droite, avaient voté contre (381 voix). Cette coalition éloigne des affaires le ministère du 24 mai 1873 et avec lui tombe la plus sérieuse chance d’une restauration orléaniste progressivement préparée.

La constitution du nouveau cabinet est laborieuse. Le 22 mai enfin, le ministère de Cissey se présente devant l’Assemblée. Les droites restent divisées, le centre droit délibère, se reprend, hésite. Le vicomte d’Haussouville coupe les ponts avec les légitimistes en rejetant « la solution de la monarchie comprise comme un dogme religieux dont le roi serait le pontife infaillible» et avec les bonapartistes én rappelant « la mutilation trop réelle» qu’a subie notre malheureux pays,»(1) et puisque «la monarchie constitu-

(1) Hanotaux, T. IIL., p. 11.

LE PARTI ORLÉANISTE Lan

tionnelle et parlementaire (lui) a été refusée», il apporte son Concours aux partisans de l’organisation du septennat,. Les deux centres vont se rapprocher, 4 juin 1874.

Le 10 juillet, de Fortou, ministre de l'Intérieur demande à la Commission des Trente, de la part du maréchal, le droit de dissolution, le droit de nommer la plupart des membres de la seconde chambre. Cela ressemble à un pouvoir personnel en préparation. Pour qui donc travaille le maréchal? (1) |

Du 23 au 29 juillet l’Assemblée discute la proposition Casimir-Périer tendant à proclamer la République. Le duc de Broglie fait le procès de la République, l'éloge de la monarchie et l’apologie du septennat qui assure le présent et réserve l’avenir. Dans le centre droit, une minorité indignée contre les légitimistes incline vers la solution républicaine; néanmoins la motion Casimir-Périer est repoussée, l’Assemblée suit les partisans de l’organisation des pouvoirs du Maréchal. Pendant les vacances, toutes les élections, comme précédemment d’ailleurs, sont défavorables aux royalistes; aucun rapprochement ne se produit entre les deux fractions monarchistes.

A la rentrée de l’Assemblée le 5 janvier 1875, les droites modérées oscillaient entre la crainte du bonapartisme et celle de la dissolution. Les princes d'Orléans étaient d’avis de consolider ce qui existait même si l’on devait créer des institutions républicaines : tout pour barrer le chemin au bonapartisme.

Le 8 janvier 1875, l’Assemblée décide de ne pas donner la priorité, que demandait le gouvernement, au projet de loi sur la seconde chambre. Le duc de Broglie qui, de la coulisse dirigeait la bataille, tenait à ce qu'avant toute loi constitutionnelle fut votée l’organisation du Sénat. Celui-ci aurait fait survivre la volonté de la majorité de droite de

(1) Hanotaux, T. III, p. 40.

l'Assémblée nationale et aurait porté en lui dans le régime futur les chances de la monarchie constitutionnelle, Les ambitions orléanistes se heurtèrent comme le 16 mai 1874, à la coalition des gauches et de l'extrême droite, peu soucieuse de préparer le lit d'un prince d'Orléans. Le 22 janvier 1875, une tentative suprême pour réconcilier les éléments de droite échoue. Le duc d’Audiffred-Pasquier rompt les chiens. « [ faut se rapprocher des gauches et consentir à la République pour six ans. Il n’y a rien à faire avec l'extrême droite». (1) Vantavon, Lacombe, de Meaux, de Broglie parlent en faveur du septennat « pouvoir temporaire, respectant l’avenir, laissant à chacun ses espérances et sa foi, donnant à la France le temps de voir clair dans sa volonté.» Le rapporteur de la Commission avoue ingénument : Qil ne nous reste plus d’autre garantie que l’institution d’une seconde chambre... nous voulons opposer au parti révolutionnaire une barrière suffisante pour qu’il ne puisse s'emparer légalement du pouvoir » (2) 25 janvier 1875. Par 498 voix contre 173 l’assemblée accepte le principe d’une seconde chambre. Parmi les opposants se trouvent l'extrême droite, les bonapartistes, une partie de l'Union républicaine avec Gambetta. Instituer une chambre haute, c’est un sacrifice auquel un grand nombre de républicains ne sont pas encore décidés.

La crainte était générale que les échecs successifs de la monarchie et de la République, c’est-à-dire l’impuissance de l’Assemblée, ne viennent à profiter au bonapartisme ; la hardiesse des projets de celui-ci, la souplesse de son organisation, excitaient le libéralisme des monarchistes et la modération des républicains, chez tous l'esprit de concession, de transaction, voire même de résignation. Ce fut alors qu’une fraction du centre droit dirigée par Léonce de Lavergne en-

(1) Hanotaux, T. III, p. 146.

(2) do TAN, po 187:

LE PARTI ORLÉANISTIE ie

tra en négociations avec le centre gauche et avec les gauches, Un pacte fut débattu, accepté, formulé, reconnaissance d’un état de choses républicain mais organisation de rouages monarchiques. Un orléaniste, M. Clapier, déclara :

« Puisqu'il n’y a pas de roi, fondons la République ; on nous propose tout ce que nous demandons sauf un titre royal... on nous accorde les trois choses que nous demandons au nom des intérêts conservateurs : seconde chambre, dissolution, revision.» Ce qui devait arracher ce cri à Gambetta « nous vous avons tout donné, tout abandonné ».

Néanmoins les partisans de ce type spécial de gouvernement, le septennat, ne capitulent pas et c’est ce plan d'organisation qui est présenté par la Commission aux délibérations de l’Assemblée.

Ce ne sera que par une série d’amendements successifs aux divers articles de ce projet en discussion que les républicains, qui en appellent ainsi des décisions de la Commission, — qui rejette systématiquement toutes leurs propositions, — à l’ensemble des représentants de la nation, réaliseront par leur concorde, leur union et leur pondération, ce tour de force d’arracher à une Assemblée foncièrement monarchiste les votes qui vont fonder et aménager la République.

Ce fut le déplacement au centre droit des voix du groupe de Lavergne qui décida de la majorité.

La Commission propose de faire entrer dans la composition du Sénat des membres de droit, des membres nommés par le Président de la République, des membres élus, (11 et 12 février 1879). Les républicains demandent que les sénateurs soient tous élus par les mêmes électeurs que les députés. Par 382 voix contre 310 l’Assemblée adopte la thèse républicaine. Le ministère de Cissey déclare ne pouvoir s'associer à ce vote. Le centre droit dissident se sépare du centre gauche, le pacte est rompu; par 368 voix contre

345 l'Assemblée se prononce contre une troisième lecture, Tout croule, plus de Sénat, plus de Constitution. Les gauches et les bonapartistes demandent la dissolution de l'Assemblée, celle-ci la repousse. La droite propose un coup d'état parlementaire, le Maréchal refuse de s’y prêter. Le comte de Paris estime l'alliance des orléanistes et des bonapartistes inadmissible (lettre du 14 avril 1875). Le duc de Broglie déclare que l’œuvre des lois constitutionnelles ne doit pas être abandonnée. Des projets transactionnels sont alors mis en avant. Les gauches renonceraient à l'élection des sénateurs par le suffrage universel, les droites au choix des inamovibles par le chef de l’État. Le 17 et 18 février des conférences réunissent des délégués des deux centres. Le projet Vallon combattu par la Commission des Trente est voté le 24 février 1875 par l’Assemblée qui adopte le 25 la loi sur l’organisation des pouvoirs publics.

À la rentrée, le 11 mai 1875, la question urgente qui se posait était celle de la durée du mandat de l’Assemblée.

Maintenant que les lois constitutionnelles étaient votées, que deux chambres étaient prévues, ne convenait-il pas que l’Assemblée se séparât et leur remît ses pouvoirs ?

Le 20 mai 1875 la Commission des Trente disparaît par la démission de-ses membres. Une nouvelle commissiorf la remplace qui, par suite de l’alliance avec les gauches des orléanistes dissidents (groupe Lavergne) comprend 26 membres élus par cette coalition. La droite et le centre droit ne peuvent y faire entrer que quatre des leurs. Voilà à quoi se trouve réduit la formidable majorité monarchique de février 1871. Trois .projets de lois constitutionnelles complémentaires à la loi du 25 février 1875 sont étudiés par cette nouvelle commission (président de Lavergne et rapporteur Laboulaye). Entente à demi-mot faite de concessions chez les uns, de résignation chez les autres, presque pas de discussion : Lois sur les rapports des pouvoirs publics

votée le 16 juillet, sur l'élection des sénateurs le 2 août, sur l'élection des députés le 30 novembre 1875. L'ensemble de ces dispositions forment, avec la loi du 25 février 1875, un tout complet, l’organisation du régime parlementaire républicain.

La droite capitule. « Royalistes, nous voterons la loi, plus nous sommes effrayés des dangers dont le principe républicain menace le pays, plus nous devons nous efforcer d’atténuer les conséquences de ce principe.» Le 29 juillet, on décide que dorénavant, dans les églises on chantera le Domine salvum fac rempublicam.

La division augmente dans le parti conservateur pour le plus grand profit de la gauche. À Dompaire, le 19 septembre 1875 Buffet, chef du ministère déclarait, rompant ainsi avec le centre gauche : « le vote des lois constitutionnelles n’implique nullement l'abandon d’une politique nettement conservatrice.» Léon Say, ministre des Finances lui réplique huit jours après : « il n’y a en France de gouvernement durable que celui qui rallie autour de lui le parti libéral, c’est-à-dire les hommes modérés qui ont toujours condamné les excès, mais qui n’ont pas été dégoûtés de la liberté par les crimes que l’on a commis en son nom ».

A la rentrée, le 8-13 novembre 1875, la droite veut le scrutin d'arrondissement, la gauche le scrutin de liste (1).

Gambetta dénonce l'alliance de la gauche avec le centre droit, qui a cependant procuré celle-ci pour le vote des lois constitutionnelles des auxiliaires imprévus et précieux, il sonne la défaite du parti orléaniste (2). Le parti républicain se croit assez fort désormais pour se présenter seul devant le pays (11 novembre 1875.) Ce discours déblaie le terrain pour l'avenir, mais il rejette à droite les orléanistes. Par 357 voix contre 326 l’Assemblée, adoptant la contre-pro-

(3) Hanotaux, cité, T. ILI, p. 312, (2) d cité, T.IIl, p. 442,

position de la droite, vote le scrutin d'arrondissement (première lecture), La position du cabinet Buffet était consolidée. Gambetta se ressaisit et le 22 novembre, lors de la troisième lecture, il invoque l’union, la conciliation que seul permettrait le scrutin de liste (1); il rappelle le pacte du 25 février 1875 quiimposa aux uns l'abandon de la forme monarchique, aux autres la renonciation à leurs doctrines traditionnelles sur le gouvernement républicain. « Puisque vous cherchez la raison de l’œuvre du 25 février et de cette politique de concorde et de pacification, je vous là donne : regardez la trouée des Vosges ».

Le scrutin de liste est repoussé par 86 voix de majorité (troisième lecture).

« L'histoire de l’Assemblée nationale, c’est la lutte au sein du rovalisme français de deux partis : légitimistes et orléanistes. Une dernière vengeance allait s’accomplir. »

La pensée suprême des chefs de la droite avait été d'assurer dans le Sénat une majorité de « conservation » pouvant devenir à la première circonstance favorable, une majorité de « revision» et partant « de restauration.» Le choix des 75 inamovibles devait être le couronnement de l’œuvre; leur élection par l’Assemblée fut fixée au 9 décembre 1875. Le centre droit se croyait maître de la situation. [1 traita avec la droite et avec le centre gauche, mais les délégués de la droite exigèrent l’admission dans cette conférence préparatoire de l’extrême droite et l'exclusion de l’extrême gauche, Le centre gauche refusa. Le 6 décembre, Raoul Duval, chef des néo-impérialistes, proposa de renouer une fois encore la coalition de tous les éléments anti-orléanistes. Or nul, pas même les légitimistes, ne tenaient à consolider, ni à perpétuer dans les nouvelles institutions les chances et les influences orléanistes. Un

(1) «Le scrutin de liste eut permis bien des combinaisons et des ententes que le scrutin d'arrondissement rendait impossibles. Hanotaux.

échange de vues eut lieu à ce sujet entre R. Duval approuvé par Rouher (chef du parti impérialiste), de la Rochette, président du groupe des Chevau Légers (extrême droite), et Testelin, ami de Gambetta. Le 9 décembre seuls le duc d'Audiffred-Pasquier et Martel sont élus. L'Assemblée était divisée en deux parties égales, les orléanistes abandonnés par les légitimistes étaient impuissants à faire élire leurs candidats. Le 21 décembre après de nombreux scrutins, les 75 sénateurs inamovibles étaient désignés, 26 appartenaient au centre gauche, 23 à la gauche, 8 à l'extrême gauche, soit 60 républicains, 6 du groupe Lavergne (orléanistes dissidents), 9 de l’extrême droite, 3 du centre droit. Celui-ci était le grand vaincu, il accusa les Chevau- Légers de trahison, L’extrême droite somma son président de la Rochette de démissionner, celui-ci répondit :

« Les chefs du centre droit ont fait la République contre le roi et contre les royalistes, ils veulent la gouverner toujours contre le roi et contre les royalistes, je ne consentirai jamais à les aider et sous prétexte de conservation sociale à leur servir de marchepied ; j'aime mieux ceux quinous combattent que ceux qui nous

ont abandonnés, el qui aujourd’hui sollicitent l’abdication du roi, »

Cette idée d’abdication, au profit d’un princé d'Orléans, était alors au fond des débats entre les partisans des deux branches de la famille royale.

R. Duval attaque la majorité, la dernière forteresse de l’orléanisme expirant :

« le vaincu c’est le parti orléaniste qui... rayé officiellement, n’en continue pas moins à exister remplaçant une pierre d'attente par une autre pour se réserver le bénéfice éventuel des décrets de la Providence. Il faut qu’il dise enfin ce qu’il est, ce qu’il pense, ce qu’il veut.» (1)

Le duc de Broglie, abattu, maudit l'entente qui l’a exclu du Sénat, lui et ses amis, et déclare que « ce n’est pas.

(1) Hanotaux, cité, T. IT., p. 472.

une majorité, mais une coalition de personnes entre lesquelles on ne trouve de commun que le ressentiment de la haine.» Par contre, le 8 décembre le duc d’Audiffred- Pasquier, un des anciens leaders orléanistes, achevant son évolution se fait inscrire au centre gauche et dans son discours de clôture des travaux de l’Assemblée le 31 décembre, il déclare :

«Ne craignez pas qu'il vous reproche (le pays) les concessions que vous avez faites à la paix et à son repos, car il est deux choses que vous lui remettez intactes : son drapeau et ses libertés. »

Ainsi le parti orléaniste avait bien pu empêcher le prétendant légitimiste de remonter sur le trône en s’opposant énergiquement au rétablissement du drapeau blanc, et le groupe bonapartiste de tenter sa chance en faisant plébisciter la restauration de l'empire, mais malgré tous ses efforts, il n’avait pu éviter la proclamation constitutionnelle et l’organisation pratique de la République.

Lors des élections générales de janvier-février-mars 1876, les candidats de la droite et du centre droit proposèrent de mettre à l’épreuve pendant cinq ans (jusqu’à la fin du septennat leur œuvre), la Constitution qui « sauvegarde dans le présent tous les intérêts et dans l’avenir comporte tous les progrès, réserve tous les droits. » Les électeurs prouvèrent que l’orléanisme était infiniment moins dépopularisé dans le pays que le légitimisme.

Dans le nouveau Sénat, il y eut, malgré la coalition qui, parmi les 75 inamovibles désignés par l’Assemblée avait éloigné la plupart des notabilités orléanistes, 81 membres adhérents aux idées du centre droit et de la droite modérée et 17 constitutionnels, parti nouveau, destiné à ménager la transition, à servir de pont aux orléanistes et leur permettre ainsi de se rallier un jour à la République. A la chambre, il y eut 55 orléanistes et 22 constitution nels,

Membres Nombre total

ASSEMBLÉES orléanistes des

d membres Assemblée nationale SUIÉMEICEe 1871. 2. 200 700 SU ET PER AR TA janvier 876.7... te(1) |, 300

Chambre des députés] lévrier et mars 1876 . 77(R)| 533

(1) Dont 17 constitutionnels.

(2) Dont 22 constitutionnels.

Le parti impérialiste, abattu et désorganisé au lendemain même de la guerre, ne tarda pas à se ressaisir et à reprendre confiance.

Le 1er mars 1871, les députés bonapartistes interpellaient le chef du Pouvoir exécutif et refusaient à l’Assemblée, en invoquant l'autorité de quatre plébiscites impériaux, le droit de donner une Constitution à la France. Le ? juillet, le prince Jérôme écrivait à Jules Favre :

« la seule base sur laquelle un gouvernement en France peut asseoir son principe, la seule source où il peut puiser la légitimité et la force, c’est l’appel au peuple.» (1)

Le 11 février 1872, celui que l’on appelait le vice-empereur, Roubher, fut élu en Corse. Il organisa aussitôt une propagande bonapartiste des plus actives à travers le Pays. Des brochures furent répandues à profusion. Les fidèles du parti avaient réuni une somme assez élevée qui fut employée à disséminer dans les campagnes une véritable nuée d'agents allant de cabaret en cabaret affirmer que le meilleur moyen de libérer le territoire était de rappeler Napoléon III. Des journaux furent lancés : L'Ordre qui devait catéchiser la bourgeoisie, Le Petit Caporal et Le Gaulois qui s’adressaient l’un à l’armée, l’autre aux masses populaires, aux casernes, aux écoles. (2) Le parti organisait

(1) Hanotaux, cité, T. I., p. 239.

(2) do ME pote:

des manifestations diverses. Certains prélats, le cardinal de Bonnechose notamment, ne cachaient pas leurs sympathies pour les bonapartistes. Napoléon IIT conseillait de ménager L'Univers l'organe ultramontain et de ne faire aucune concession à la Révolution. Par contre, le prince Jérôme flattait les libres-penseurs et dinait avec Renan. En janvier 1872, Napoléon IIF, avait dit à Chislehurst : «Je sais que Je suis la solution.» (1) À l'étranger on commençait à parler (février 1872) avec persistance d’une prochaine restauration impériale.

Dès son arrivée à l’Assemblée nationale, Rouher créa «le groupe de l’appel au peuple.» Aïnsi, le bonapartisme reconstitué en parti d'opposition avec tous ses organes était prêt; il n'attendait plus qu’un ordre venu de Londres (2-3). « Les succès répétés des bonapartistes n'étaient pas moins inquiétants (pour les royalistes que les gains des radicaux). » En octobre 1872, le prince Jérôme avait reçu une sorte d'investiture de Napoléon IIT, son cousin : « je recommanderai à tous mes amis de soutenir ton élection, non seulement en Corse, mais dans tous les départements où tu auras chance d’être élu.» Le prince se rendit en Seine-et- Marne dans le but, disait-on, de se réconcilier avec M. Rouher et de partager avec lui désormais la direction ‘du parti bonapartiste. M. Thiers, invoquant la loi de déchéance fit conduire le prince à la frontière... (4) on assurait qu’une restauration impériale était imminente et que les puissances y étaient favorables.

Lorsque le 29 novembre 1872, M. Thiers eut déclaré «qu’il n’y avait plus pour la France d’autre gouvernement possible que la République conservatrice,» (5) tous les adversaires de la République se sentirent menacés.

(1) Hanotaux T. I., p. 396 ets.

(2-3) dd p. 402-468.

(4) do p. 487 et 488.

() do TL ,p 021:

« Du moment qu’il s'agissait de combattre à lond M. Thiers, il y avait une hostilité toute prête, un appoint assuré : c'était le parti bonapartiste.. un premier rapprochement (s'était esquissé) entre la droite monarchiste et le groupe de l’appel au peuple qu’elle avait jusque là tenu à l'écart. Une crainte commune fut plus forte que les vieilles haines.» {1}

Le 9 janvier 1873, Napoléon III mourrait à Chislehurst. La nouvelle de cette mort jeta le désarroi dans le parti bonapartiste. Napoléon IIT (espérait) tenter une sorte de retour de l’île d’'Elbe. — (La date était fixée au mois de mars 1873) — avant le vote d’une Constitution qui eût interdit aux partis de poser légalement la question de la forme gouvernementale; des hommes politiques, des généraux, des préfets, des prélats entraient, disait-on, dans la conspiration ; en prévision du succès tout avait été organisé dans les moindres détails (2).

Bien que la disparition de Napoléon III anéantit leurs projets immédiats, les bonapartistes ne perdirent pas confiance. Ils s’attachèrent avec une ardeur nouvelle à la fortune du jeune prince, devenu l'héritier de la revendication impériale. [l était alors âgé de 17 ans. L’Impératrice Eugénie assuma la direction du parti, en attendant la majorité de celui qu’on se plaisait à appeler Napoléon IV.

On vit alors s'affirmer dans le monde bonapartiste deux courants; sous l'impulsion de l’impératrice, le bonapartisme officiel se rapprocha du légitimisme et du cléricalisme, tandis qu’une fraction importante inclinant à gauche se rattacha aux traditions révolutionnaires et sous l’autorité du prince Napoléon, fondait le « Jérômisme.»

Le 3 avril 1873, l’élection de M. Buffet (orléaniste), à la présidence de l’Assemblée scella la réconciliation des deux fractions royalistes et leur accord avec les impérialistes (3). Le 19 mai, lorsque les délégués des droites se réunirent

(1) Hanotaux, T. I., p. 523.

2) d° p.532 ct 533.

3) do cité VIN, p. 070:

pour désigner la candidat éventuel à la présidence de la République :

« La candidature du duc d’Aumale fut décidéient écartée. M. Rouher visiblement d'accord avec le duc de Broglie fit adopter la doctrine de «l'alignement dynastique » qui aboutissait à la candidature du maréchal de Mac-Mahon. Avant de s'engager le parti bonapartiste avait pris ses sécurités. La coalition était prête à tout événement, » (1)

Il fallut au lendemain du 24 mai tenir compte des exigences des bonapartistes dont les douze voix avaient formé un appoint indispensable au moment du vote. On leur sacrifia le duc d’Audiffred-Pasquier. |

En octobre 1873, le parti prit position contre la tentative de restauration royaliste.

« Le règne des Bourbons ne saurait être, écrivait le prince Jérôme le 26 septembre, que le triomphe d’une politique réactionnaire.» (2)

Le Gaulois dénonçait chaque jour l’amoindrissement du caractère, de la franchise, de l’énergie du comte de Chambord qui inclinait son drapeau et reniait ses maximes. Autour de Raoul Duval se groupaient les indécis qui trouvent les légitimistes trop « Chambord et clérical.» Le 25, la Liberlé publiait une note déclarant la fermeté inébranlable du comte de Chambord, campagne menée par Billiard, ami de Rouher « pour éclairer la route au profit de l’Empire.» (3) Le même jour, le groupement « l’ Appel au Peuple» s'élevait contre l'établissement du régime définitif quel qu’il fut (qui serait réalisé) en dehors du suffrage, universel consulté par la voie de l’appel au peuple.»

La lettre de Salzbourg (27 octobre) provoqua une satisfaction bruyante parmi les bonapartistes et surtout chez Rouher « par la violence de l'explosion (de sa joie) on pouvait juger de la vivacité de ses craintes. »

(1) Hanotaux. cité T, L, p. 589.

(2) d° cité, LI pel60; (3) de cité, T. II, p. 225

Les journaux impérialistes firent. l'éloge du comte de Chambord « puisque la légitimité et l’orléanisme s’annulaient l’un par l’autre; le bonapartisme reprenait espoir; n'ayant en face de lui que la République, il pouvait attendre la majorité du prince impérial fixée au 16 mars 1874» (1).

Le baron Eschassériaux, président du groupe de l’Appel au peuple, dépose le 5 novembre 1873, une motion tendant à ce que le peuple français soit convoqué dans ses comices le 4 janvier 1874, pour se prononcer sur la forme du Gouvernement. | Le 19 novembre, Rouher défend le principe de l’appel au peuple et s'élève contre le vote des lois constitutionnelles, qui fixeraient l’avenir, ne varielur. Son projet est repoussé, mais, il avait réuni 88 voix dont quelques-unes du centre gauche et de la gauche.

Le 7 février 1874, le Pas-de-Calais élit un bonapartiste contre un républicain. Ce succès fouette le parti reconstitué en parti d'action depuis le vote du septennat (20 novembre 1873).

Rouher ménage le Maréchal et excite ainsi les méfiances des orléanistes qui voudraient accaparer le chef de l’État.

Le 16 mars 1874, le dix-neuvième anniversaire de la naissance du prince impérial est fêté en grande pompe à Chislehurst 7.000 visites, discours-manifeste du prince en réponse à l’adresse du duc de Padoue, Il défend son père, célèbre le maréchal, réclame son droit qu'il tient des constitutions impériales et qu’il est disposé à soumettre une fois de plus à la ratification populaire. L’on remarqua que le prince Jérôme n’assistait pas à cette solennité.

Le nouveau cabinet — général Cissey — qui remplace le ministère de Broglie, se rapproche le 22 mai de la gauche, mais plus des bonapartistes que des républicains.

Le 9 juin, un député interpelle le ministre : on a trouvé

(1) Hanotaux, T. IT, p. 254,

un document signé : le Comité central de l’appel au peuple daté du 2 mai et portant en annexe la liste des officiers retraités fournie par le ministère des Finances.

Le 9 juillet 1874, Raoul Duval renouvelle sans succès sa proposition ordinaire de l’appel au peuple. Le 17 juillet, les perquisitions faites chez les bonapartistes prouvent l’existence d’une sorte de gouvernement occulte que Rouher avait vainement niée. Le Comité central de l’appel au peuple a des intelligences avec les membres impérialistes du cabinet,

Pendant les vacances de l’Assemblée (août-novembre 1874), 2 députés et 156 conseiilers généraux bonapartistes sont élus.

A la fin de l’année 1874, les bonapartistes sont peu nombreux dans l’Assemblée, mais puissants dans le pays par les attaches qu'ils ont conservées dans l’administration, dans l’armée, dans les campagnes. Leur influence grandit « vous avez renversé l’empire vous ne l’avez pas remplacé», dit Lefebvre-Pontalis. Mais Rouher, le chef du groupe à l’Assemblée, le président des Comités, le principal conseiller de l’'impératrice était l’homme du passé, traînant un lourd bagage et ayant perdu la foi. La famille impériale était désunie (1). Le prince Jérôme élu conseiller général à Ajaccio en octobre 1874, avait raillé les fautes de l’empire, rejeté la tradition de la dictature, et rompu brutalement avec la politique cauteleuse de Rouher. Le 24 décembre l’Assemblée ordonne une enquête sur l'élection du baron de Bourgoing, affirmant ainsi ses sentiments anti-bonapartistes.

À la rentrée, en janvier 1875, l’ardent Raoul Duval presse l’Assemblée d’en finir :

« si vous êtes en mesure de faire une constitution, choisissez d’abord entre la monarchie et La république. Si vous ne voulez pas

(1) Hanotaux, T. III, p. 133.

LE PARTI BONAPARTISTE é 129 faire Ce choix catégorique soumetlez vos différends à Ja nation, » (1) 25 janvicr 1875.

Après le vote de la forme républicaine du Gouvernement, les bonapartistes ne désarment pas. La monarchie exclue, la suprême partie se joue entre le bonapartisme et la République. Le 13 février 1875, il existait encore un Comité impérialiste dont la propagande s’étendait sur l’armée, les fonctionnaires, les masses ouvrières, autour de l'Élysée, grâce à la camaraderie militaire. Le préfet de police affirmail l’existence d’un complot. Les députés bonapartistes engagealent les droites à s’unir à eux pour amener le Marécha à un coup d’état parlementaire, à rompre avec l’Assemblée, à retirer les lois constitutionnelles, 13-21 février 1875.

Le 25 février, R. Duval demande la ratification par le suffrage universel de la loi sur l’organisation du Sénat. A la rentrée en mai 1875, il quitte le centre droit et se fait inscrire au groupe impérialiste. Il reçoit une lettre du prince impérial et devient ainsi le chef des néo-bonapartistes. Le 12-15 juillet 1875, le baron de Bourgoing est invalidé.

R. Duval demande au Gouvernement quelle attitude il compte adopter vis-à-vis de l’association, dite de « l’Appel au peuple.» Buffet couvre le préfet de police, mais élargit le débat.

« Le parti bonapartiste n’est pas Ia seule organisation occulte et redoutable qui se soit constituée en France. Le parti de la révolution sociale et cosmopolite a aussi sa direction, ses cadres, sa propagande. »

Dans le cabinet, Buffet représentait l’alliance des conservateurs avec les bonapartistes, Dufaure, au contraire, l'entente avec les républicains contre les bonapartistes.

À Ajaccio, pendant l’intersession, Rouher déclare que le droit de revision laisse au parti toutes ses espérances (2).

Nous avons vu que R. Duval prit le 6 décembre 1875,

(1) Hanotaux, cité, T. III, p. 197.

(2) d° T. III, p. 426.

l'initiative de la coalition de tous les éléments anti-orléanistes de l’assemblée et réussit ainsi à écarter du futur Sénat la plupart des candidats du Centre droit.

Le parti impérialiste, en invoquant l'autorité du suffrage universel, en appelait de l’Assemblée à la nation; tour à tour allié aux légitimistes, aux orléanistes et parfois aux républicains il contribua dans la mesure de ses moyens, autant à l'échec d’une restauration bourbonienne qu’à celui de savante préparation, par la transition d’un stathoudérat confié au duc d’'Aumale, d’une monarchie dirigée par le comte de Paris. Ses progrès et ses menaces eurent, à un moment donné, au début de l’année 1875, notamment pour conséquence, en diminuant l’intransigeance des royalistes modérés et en augmentant l'esprit de concession des républicains assagis, de faire enfin voter les lois constitutionnelles déposées sur le bureau de l’Assemb'ée par Dufaure, le 19 mai 1873.

Pendant la campagne électorale des premiers mois de l’année 1876, les candidats bonapartistes déclarèrent accepter la Constitution, mais demandèrent qu’en 1880 (à l’expiration du septennat), le pays fut directement consulté par la voie de « l'appel au peuple.»

La nation s’écartait décidément du légitimisme classique.

Nombre Nombre total

ASSEMBLÉES DATES des © des Bonapartistes membres

Assemblée nationale | 8 février 1871 700 Sénat janvier 1876 At 300 Chambre des députés| lévrier et18 mars 76 . 35

Nous avons vu dans la situation des partis, au lendemain de la guerre, que la « véritable division du pays se faisait sur la question religieuse. » Le parti catholique eut une politique propre.

« Lors de l'entrée des Italiens à Rome, un certain nombre d’évêques avaient signé des pétitions réclamant l'intervention du gouvernement pour le rétablissement du pouvoir temporel du pape. Les sentiments religieux de la droite étaient plus fermes peut-être que ses principes monarchiques (1). Aussi (l’Assemblée) avait-elle renvoyé la pétition épiscopale au ministre des Affaires étrangères « pour un examen attentif et bienveillant. » 22? juillet 1871. (Ce vote risquait) de provoquer avec l'Italie un conflit international des plus graves. (Beaucoup même à droite estimaient que c'était une faute). (2) ‘

Après les insuccès répétés des diverses tentatives de « fusion » les progrès des bonapartistes et le succès des républicains.

« L'espèce d'inquiétude el de désarroi où se trouvaient tous ceux qui, en France, étaient attachés aux idées royalistes et à la foi catholique, s’observe dans une recrudescence de manifestations religieuses qui implorent l'intervention du ciel. Üne sorte d’élan mystique porte les âmes pieuses vers les lieux de pélerinage, à Sainte-Anne d’Auray, à Notre-Dame de la Salette et surtout à Lourdes. Quelques pélerins vont jusqu’à Rome. Partout en France des pétitions circulent en faveur du rétablissement du pouvoir temporel du pape. Elles se couvrent de signatures. Les évêques sont à la tête du mouvement et cette initiative aura bientôt sur la politique intérieure et sur la politique extérieure des conséquences singulièrement graves » (octobre 1872). (3)

Le comte de Chambord ne cachait pas ques’ilremontait sur le trône, il était prêt à rétablir Le pouvoir temporel du pape :

« Autant de motifs ou de prétextes pour accuser royalistes et catholiques de vouloir la guerre et de la vouloir pour le pape. Le préjugé se propagea et s’enracina. Nous devions le trouver vivace encore six ans après et plus funeste que tout autre à nos candidats.» (4)

« Ils réclamaient de l’Assemblée un vote qui nous eût brouillés avec l'Italie, une démarche, je ne sais laquelle et ils ne le savaient pas davantage, en faveur du pouvoir temporel du pape; voulaientils provoquer avec l'Italie une querelle que l'Allemagne eût évidemment soutenue? Assurément non, et quand ils protestaient de

(1) Le 13 mai 1871, l'Assemblée avait décidé que « des prières seraient dites dans toute la France pour supplier Dieu d’apaiser nos discordes civiles et de mettre un terme aux maux qui nous äffligent ».

(2) Hanotaux, cité, T. I, p. 246.

(3) d° Cite 4 Lp- 491; (4) Mémoires du vicomte de Meaux, cité par Hanotaux, T. [, p. 540.

leurs intentions pacifiques, ils étaient aussi sincères qu’inconséquents. Mais ils ne se sentaient pas responsables du pays el sans se demander s’ils ne nous acculaient pas soit à un précipice, soit à une reculade, ils se satisfaisaient eux-mêmes, eux et leur entourage.» (1) (février 1873).

Les catholiques étaient angoissés au récit du dénûment et des souffrances du Saint-Père, ils craignaient pour l’mdépéndance de leur foi et se lamentaient de voir abandonner une politique séculaire.

L'Assemblée avait voté une loi permettant l’expropria- Lion des terrains nécessaires à la construction à Montmartre, au lieu où Saint-Ignace, disait la tradition, avait enseigné ses premiers disciples, d’une église dédiée au Sacré-Cœur. Pour les âmes pieuses, la guerre avait été un châtiment céleste.

Une union des associations catholiques ouvrières avait été fondée (août 1872), pour soutenir et développer l’œuvre des cercles catholiques d'ouvriers, créée par le comte de Mun. « Le devoir social fait partie du devoir chrétien.» «La cause de la vérité catholique est aussi la cause du salut national. »

L'Univers, l'organe ultramontain approuva la lettre de Salzbourg (27 octobre 1873), comme Mgr Pie avait préconisé la monarchie de droit divin.

En août et septembre 1873, de nombreux prélats protestent contre la loi italienne sur les congrégations et en janvier 1874, contre la politique de Bismarck, Celui-ci se fâche :

« La curie romaine est une puissance politique indépendante parmi les qualités immuables de laquelle figure le même besoin d’extension que chez nos voisins français.» (2) « Du moment que la France s’identifie avec Rome, elle devient notre ennemie jurée » écrivait La Gazelle de l'Allemagne du Nord.»

L'Univers n'en mène pas moins la campagne, tous les

(1) Mémoires du vicomte de Meaux, cité par Hanotaux, T. I, p. 540. (2) Bismark, Souvenirs. T. II, p. 162, cité par Hanotaux, T. I, p. 504.

éléments catholiques attaquent le cabinet. Berlin menace. Une circulaire de Fortou, qui rappelle aux évêques les égards dus aux gouvernements étrangers, lui paraît insuf- Hsante. Le 10 janvier 1874, l'Univers est suspendu. Le duc Decazes, ministre des Affaires étrangères, fait une déclaration dans laquelle il affirme : «Ja protection et la sollicitude des intérêts spirituels, mais les relations pacifiques avec l'Italie, telles que les circonstances l'ont faite ». Cette fois Berlin est satisfait (1).

Mgr Guilbert publia peu après une lettre violente contre le

Gouvernement de Victor Emmanuel. Le 31 juillet, le Gou- J Ù vernement français « regrettait » dans l’Officiel cette publication. Le duc Descazes se plaignait à un de ses amis de nos € inopportunistes». Les pélerins français conduits par les évêques affluaient à Rome. Mais le Gouvernement rappelait l’Orénoque, la frégate mouillée à « Civita-Vecchia.»

L'Église et le pays subissaient une crise profonde.

« Si la vieille bourgeoisie était ébranlée dans son scepticisme el si les masses paysannes suivaient encore docilement ses pasteurs, la nouvelle bourgeoisie restait fidèle à la tradition vollairienne. gardant la vieille méfiance nationale contre «le gouvernement des curés» et ardente, énergique, active, entrait dans les comités électoraux, s’enrôlait dans la franc-maçonnerie. (2)

« En 1871, la grande masse des Français vit et meurt dans la religion catholique. Les cérémonies religieuses attirent les foules, les fêtes de l’église sont des fêtes publiques. Par ‘son antiquité, par son alliance séculaire avec le pouvoir, par sa puissante organisation et surtout par la portée de son enseignement, l’église catholique représente au premier chef en France le principe d’autorité. » (3)

« Après 1870, à l’intérieur se produit une concentration et un resserrement de la discipline autour de la Papauté. Si la plupart des évêques français résistent au dogme nouveau de l'infaillibilité pontificale, pour faire tous d’ailleurs leur

(1) Hanotaux, T. II, p. 402. La protestation contre les propos des évêques français n’était peut-être qu’un prétexte pour le chancelier de fer.

(2) do T. II, p. 525.

(3) do T. II, p. 647.

ce L. JACQUES J

soumission de 1870 à 1873, les prêtres des campagnes adhèrent cordialement à ce nouvel article de foi. Le Syllabus avait déjà affirmé l’absolutisme papal et l’antagonisme entre la doctrine de l’Église et le libéralisme moderne. Or, tandis qu’en elle-même elle renforce le principe d’autorité, l'Église va désormais se réclamer, dans le siècle et vis-à-vis du pouvoir civil, de la liberté, du droit commun. D’aucuns y verront une grave contradiction et même une simple tactique. A l'extérieur, l’Église perdait le pouvoir temporel et la défaite de la France paraissait consacrer l’hégémonie du protestantisme en Europe.

« La politique pactise avec la foi (1). Les monarchistes, les conservateurs, les défenseurs des « intérêts » invoquent l'appui de l’Église qui est l’autorité même. La majorité de l’Assemblée et le Gouvernement montrent en toutes circonstances leurs sentiments religieux.

« La force et les ressources de l’Église sont considérables. Le budget des cultes s'élève à cinquante-trois millions de francs. Il y a une église dans chacune des 36.000 communes de France. Le clergé comprend 60.000 prêtres. La fortune des fabriques est de 94 millions de francs. Il y a 87 petits séminaires fréquentés en 1876 par un total de 11.688 élèves. Outre les prêtres séculiers, il existe en 1878, 158.040 congréganistes. Leur fortune globale est en 1880 de 712 millions de francs. Ils enseignent à 4.949.591 enfants. « Des dons et des legs (dix millions en 1876), des aumônes, secours, subventions, quêtes, souscriptions, le denier de Saint-Pierre, des cadeaux au Pape, produisent un total annuel de ressources que nul ne connaît, mais dont une bonne partie permet l’entretien de nombreuses œuvres de bienfaisance. — En 1880, la charité catholique assiste en France, 200.000 personnes, — et de propagation de la foi dans les pays d'Orient et d’Extrême-Orient. (notre

(1) Hanotaux. T. II, p. 650.

pays en 1880, fournissait à lui seul près de 4 millions et demi sur les 6 millions de francs recueillis dans ce but, dans le monde entier) des œuvres sociales, cercles, patronages, conférences, indices d’une renaissance avec une orientation nouvelle qui rapproche l’Église moderne du peuple et la rend attentive non seulement à la misère, mais à l’organisation sociale. Et cela lui apparaît d'autant plus nécessaire que malgré toute sa puissance apparente, sa façade de religion nationale, l’Église se sent menacée dans son point le plus sensible, dans l’âme et la raison des nouvelles générations. Rien qu’à Paris, le plus grand centre catholique du monde, cependant, la seconde autorité religieuse (après Rome), le nombre des mariages et des enterrements civils augmente, celui des catholiques pratiquants diminue, une désaffection marquée pour la religion se manifeste. Les membres les plus clairvoyants du clergé la constatent et s’en affligent. « Nous, chrétiens nous formons une société, un peuple à part qui n’est plus en communauté d'idées avec l'immense société qui nous entoure, qui se désagrège ou plutôt qui est en pleine dissolution. C’est un monde qui finit », écrivait en 1870 Mgr Guibert à Mgr Pie.»(1)

Dès 1876 apparaissaient de sérieuses difficultés pour recruter les prêtres. « Le clergé et la nation vivent à côté l’un de l’autre, se touchant à peine par certains actes de la vie et ne se pénétrant pas du tout.»

Aussi le parti catholique va-t-il livrer une bataille acharnée sur je terrain de l'instruction publique.

« La liberté de l’enseignement supérieur était une vieille réclamation de l'Église. Mgr Dupanloup apparaissait comme l'héritier de Montalembert. Le 2 décembre 1874, il fait l'apologie de l’église enseignante qui seule à créé en France et en Europe l’enseignement publie, vante les universités libres et indépendantes de l’ancien régime, condamne

(1) Hanotaux. T. II, p. 663.

la Révolution, P. Bert demande la liberté absolue pour les matières et les doctrines de l’enseignement supérieur. Challemel-Lacour dénonce les périls de cette prétendue liberté qui profitera à l’église catholique seule, ces universités prépareront des hommes qui entretiendront la discorde dans les âmes. I fait le procès du syllabus (1). La discussion du projet de loi sur l’enseignement supérieur continue, La droite voudrait instituer le monopole de l’église. Le 7 juin, Mgr Dupanloup réclame la liberté « non comme catholique, mais comme citoyen.» J. Ferry montre l’église opposant son droit propre à l’État et signale le péril, juillet 1875.

L'établissement d’un jury mixte, chargé de délivrer les grades est voté. Cinq universités libres sont aussitôt créées par les catholiques. Rien que pour celle de Paris, le total de la souscription atteint deux millions cinq cent mille franes,

Certains organes catholiques (août-novembre 1875), affirmaient leur intransigeance. La Semaine religieuse d'Arras demande qu’on bannit à tout jamais ce qu’on appelle sottement les principes de 1789 et l’évêque de Versailles déclare dans son mandement : « L'Église ne se soumettra pas aux «xigences de la politique de nos jours et ne se réconciliera pas avec l'esprit du siècle.» (2)

Les catholiques allaient désormais se réclamer de la liberté. En février 1876, Keller déclarait : « Soutenons les les Hbertés religieuses et les principes conservateurs sans lesquels aucun gouvernement ne saurait durer.» Lors de la demande d'enquête formulée par H. Brisson sur l'élection du comte de Mun à Pontivy, Keller répondit « le clergé a le droit de soutenir des candidats, à condition de ne pas attaquer les institutions du pays.» H. Brisson répliqua « que l'Église reste dans son domaine si elle ne veut pas tomber sous notre investigation» et Gambetta préconisa « les

(1) Hanotaux.T. III, p. 125 à 129.

(2) d° TAIT; p:431e

mesures pour que la chaire ne soit pas un instrument de pression électorale. » (1) *

Ainsi, les éléments autoritaires et traditionnalistes essayérent à plusieurs reprises, de 1871 à 1876, de se grouper et de fonder un grand parti conservateur. S'ils purent faire œuvre négative, renverser Thiers le 24 mai 1873, faire voter à une seule voix de majorité l'amendement Vallon le 30 janvier 1875, notamment, ils ne purent, malgré leur supériorité numérique, rien constituer. La partie positive de la tâche de l’Assemblée nationale devait être, non pas leur œuvre, mais celle de leurs adversaires.

Un groupe nouveau s'était formé parmi les députés qui allait peu à peu devenir le centre gauche et, en servant de trait d’union entre les plus sages des républicains d’une part, les plus libéraux des orléanistes de l’autre, devait un jour permettre la fondation légale de la République. Casimir-Périer, Dufaure, Lefranc, de Mabille, Vallon, Bérenger, Pothuau, Léon Say, de Tocqueville, Waddington,

etc. (février 1871) étaient ses membres les plus en vue,

« I avait fallu à ces hommes (qui venaient lentement au centre gauche el prenaient leur parti d'accepter la forme républicaine) un réel courage pour se dégager des influences de l'éducation de la fimille, de l'entourage et pour supporter les objurgations et les anathèmes qui, pendant de longues années, les poursuivaient. (2) Le centre gauche recrutait des adhésions de plus en plus nombreuses (mai 1872). Ces partisans nouveaux de la République considéraient que la monarchie étant impossible, en raison des circonstances el par suite de la volonté même des princes, le mieux était de prendre parti et d’organiser les institutions sans se laisser forcer la main par les événements ou par le pays.» (3)

Le centre gauche formula alors, mai 1872, une adhésion

sans réserve aux institutions républicaines :

(1) Hanotaux. T. III, p. 536-571-576.

(2) d cité. T. I, p. 366.

(3) do cité, p. 467.

« Nous acceptons franchement dans le fond et dans la forme la République, puisqu'elle existe de fait, dit son président le général Chanzy, parce que nous sentons tous que dans les condisions où se trouve la France, c’est la seule forme de gouvernement possible et que le provisoire serait la faiblesse et l’impuissance alors qu'il nous faut vouloir et produire. »

et il expliqua comment il était devenu républicain :

«J'ai dû attendre qu’une conviction décidât ma résolution. J'avais été frappé lout d’abord par ce fait qu'aucun des partis qui rêvent la restauration du passé n'avait osé la tenter au seul moment opportun, celui où les représentants du pays réunis à Bordeaux se trouvaient en face des difficultés, des dangers mêmes de la situation terrible qui existait alors; il me paraissait ni inadmissible ni équitable de laisser à la République le lourd fardeau de ces grandes mesures en l’empêchant de montrer ce qu’elle peut pour le pays; qui peut nier, avant d’en avoir fait franchement l'essai,

que dans la forme républicaine n’est pas le salut?» (1)

Ces paroles graves et sincères avaient dans le pays un immense retentissement.

Le centre droit cherche à se rapprocher du centre gauch£€ pour former un grand parti conservateur libéral qui soutiendrait Thiers, le contiendrait au besoin et le détacherait complètement de la gauche. Le général Chanzy, président du centre gauche, répondit le 20 juin 1872 :

« Si le centre droit est résolu sans arrière-pensée à soutenir le gouvernement de la République et à travailler à son affermissement dans {e pays, le centre gauche ne demandera pas mieux que de donner son concours à une campagne conservatrice contre les radicaux. Si, au contraire les espérances monarchiques ne sont pes définitivement abandonnées, il ne faut pas compter sur notre appui. » :

Le centre droit n’insista pas, ses chefs le duc d’Audiffred

Pasquier et le duc de Broglie se tournèrent vers la droite.

La tentative de «conjonction des centres » avaient échoué, Par contre, le 14 décembre 1872, le centre gauche se

sépare de l’ensemble des républicains qui demandaient la

dissolution de l'assemblée. Comme le chef du centre droit

Dufaure se range à l'avis des droites « soutient la théorie (1) Hanotaux. T. I, p. 466,

de la délégation de la souveraineté aux représentants de la nation et, tout en reconnaissant le droit de pétition, déclare qu'il appartient à l’Assemblée seule de fixer le terme de son mandat (1). »

Bien qu'il pût jusqu’à un certain point être soupconné de poursuivre une politique personnelle, Thiers chercha visiblement le noyau de sa majorité dans le centre gauche, qui fit siennes ses diverses formules de l’essai loyal puis de la République conservatrice et le soutint énergiquement lorsqu'il le crut dégagé de tout engagement envers l’orléananisme. Dufaure, l’un de ses membres les plus en vue, était devenu le vice-président du conseil des ministres.

Quelle fut la doctrine politique du centre gauche ?

En 1863, Laboulaye avait publié son livre sur le parti libéral. Le centre gauche fut en somme la fraction de ce grand parti, qui opta pour « la forme républicaine», alors que le centre droit fut celle qui marqua sa préférence pour la forme orléaniste. L'évolution du centre gauche présente beaucoup d’analogie avec celle de Thiers.

«. En arrivant à Bordeaux, en février 1871, Thiers était républicain, sinon de principe du moins de raison. Tout en réservant ses décisions dernières, il inclinait vers la République, mais il était obligé de ménager la majorité monarchiste dont le concours était indispensable pour réorganiser les forces vives du pays.»

Il manifesta peu à peu ses préférences, sous l’énergique pression, dit-il, des exigences du moment et des réalités de la vie nationale. Le 10 mars 1871, s'adressant à un groupe de royalistes qui étaient venus l’entretenir de la situation, il s’exprima en ces termes :

« Nous ne pouvons en ce moment que gouverner avec le concours de tous les partis respectables, mais il est évident pour moi, si nous

(1) Hanotaux, T. I p. 528.

sommes sages, que c’est à la monarchie unie que doit aboutir la

prudence que nous allons montrer. Oui, messieurs, à la monarchie unie, entendez-vous, et pas à d'autre.» (1) et le même jour à la tribune de l’Assemblée,

« Nous ne occuperons que de la réorganisation du pays. Quand il sera réorganisé, nous viendrons vous dire : le pays, vous nous l'avez confié sanglant, couvert de blessures, vivant à peine; nous vous le rendons un peu ranimé; c’est le moment de lui donner sa forme définilive.» (2)

Ce fut ce que l’on appela le Pacle de Bordeaux.

Le 8 juin 1871, il déclare qu’un «essai loyal de la République esl nécessaire avant de relever la monarchie».

Les républicains gagnés par cette préférence du chef de l'État le reconnaissent pour chef. Le 20 juin 1872, Thiers répondait aux neuf délégués des droites qui étaient venus j'entretenir de leurs appréhensions que le Pacte de Bordeaux ne fut violé en faveur du régime provisoire existant :

« La monarchie est impossible, le pays l’ignore et se détourne d'elle. Il faut bien accepter comme légale la République qui existe déjà en fait.» (31

Et, en effet, à toutes les élections partielles, les répub'icains, dont presque tous se recommandent du gouvernement de M. Thiers, sont victorieux : 100 sur 111 le 2 juillet 1871; 11 sur 16, en janvier 1872; trois sur quatre en juin 1872, six sur sept en octobre de la même année. En avril et en mai 1875, toutes, sauf deux, sont républicaines. La grande masse de la nation se déclare pour les idées et le programme de M. Thiers.

Le 13 novembre 1872, le Chef d’État indique nettement ses préférences pour la République et conseille à F’Assemblée de sortir du provisoire.

« Messieurs, les événements ont fondé la République et remonter à ses causes pour les discuter et pour les juger, serait aujourd’hui une entreprise aussi dangereuse qu'inutile. La République existe. elle est le gouvernement légal du pays; vouloir autre chose serait une nouvelle révolution et la plus redoutable de toutes.»

(1-2) Hanotaux, cité. T. L., p. 147 et 148:

(3) d’ cité, p. 473. «

Il ajoute :

« Tout gouvernement doit être conservateur et nulle société ne pourrait vivre sous un gouvernement qui ne le serait point. La République sera conservatrice ou elle ne le sera pas. Calmons au lieu d’agiter ; faisons à la sécurité générale les sacrifices nécessaires, el surtout ne laissons pas entrevoir le règne d’un parti... car la République n’est qu’un contre-sens si, au lieu d’être le gouvernement de tous, elle est le gouvernement d’un parti quel qu’il soit. Quant à moi, je comprends, je n’admets la République qu’en la prenant comme elle doit être, comme le gouvernement de la nation qui, ayant voulu longtemps et de bonne foi laisser à un pouvoir héréditaire la direction partagée de ses destinées, mais n'y ayant pas réussi, par des fautes impossibles à juger aujourd’hui, prend enfin le parti de se régir elle-même, elle seule, par ses élus librement, sagement désignés. »

Le 29 novembre, il explique pourquoi il se rallie à la

République :

« Je suis un monarchiste qui pratique la République pour deux raisons : parce qu'il s’est engagé et que, pratiquement aujourd’hui il ne peut faire autre chose. »

Le 24 mai 1873, Thiers répond à l'attaque des droites coalisées :

«Jai pris mon parti sur la question de la République, quand on est au gouvernement, il faut prendre parti. Et la raison qui m’a décidé, moi, vieux partisan ‘de la monarchie, outre le jugement que je portais en considérant la marche des choses dans le monde civilisé, c’est qu'aujourd'hui pour nous, pour moi pratiquement, la Monarchie est impossible. Puisqu'on propose ici telle ou telle République, vous avez le droit de proposer telle ou telle monarchie — (il y a ici trois dynasties et là deux Républiques) —- pourquoi ne le faites-vous pas? C’est qu'il n’y a qu'un trône et qu’on ne peut l’occuper à trois.» (1)

On vote (24 mai 1873). Le groupe Target des conservateurs républicains se sépare du centre gauche, se rallie à l’ordre du jour présenté par les droites dans le but d’indiquer son désir que désormais le chef de l’État fasse prévaloir une politique résolument conservatrice (c’est-à-dire use de tous les moyens pour empêcher de nouvelles élections de

députés radicaux). Par treize voix, l'assemblée adopte la

(1) Hanotaux, cité. T. I p. 606.

motion des droites, Thiers se retire et laisse la place au duc de Broglie qui annonce un « gouvernement de combat», et fait élire Le 25 mai, le maréchal de Mac-Mahon, président de la République.

Le centre gauche va suivre de très près désormais l’inspiration de Thiers et se solidariser avec les gauches; mais il se trouve plusieurs fois dans une situation fausse; il fait le procès des radicaux, dont il escompte les votes et se rencontre sur le terrain conservateur avec les monarchistes dont il ne veut pas être l’allié.

Les deux centres se touchent après le 26 mai 1873, quoique se trouvant de part et d’autre de la ligne qui divise le grand parti libéral. La monarchie légitimiste étant rejetée, il s’agit uniquement de savoir si l’on fera une République monarchique ou une monarchie républicaine. Les partis extrêmes s’abstiennent.

Le centre gauche pensait qu’un jour ou l’autre, on obtiendrait de la droite une adhésion plus ou moins franche aux institutions républicaines. Cette tactique ne lui aliénait pas les gauches qui lui savaient gré de sa fidélité à la forme républicaine et rassurait la bourgeoisie effarée des tendances démocratiques. £

En juillet 1873, le centre gauche s'associe à la campagne de dissolution menée par la gauche. Thiers signale les dangers d’une restauration monarchique (septembre 1873). Lors des négociations des groupes de droite en vue du retour du comte de Chambord (octobre 1873), le centre gauche repousse hautement toute connivence avec les monarchistes. Le 23, il publie une protestation : « La restauration monarchique ne serait pour la France, qu’une cause de nouvelle révolution,» (1) refuse toute conférence avec le centre droit, et estime le 30, après la lettre de Salzbourg, que le moment est venu de sortir du

(1) Hanotaux. T. I, p. 600,

provisoire et d'aménager la République conservatrice.

Le 9 novembre, le centre gauche se rapproche du Maréchal, se déclare prêt à voter la prorogation des pouvoirs du chef de l'État à condition qu’elle soit liée à la prompte organisation des pouvoirs publics.

Dans la Commission des Trente, élue pour rapporter les projets de lois constitutionnelles, figurent cinq membres du centre gauche.

Thiers, dont le nom est toujours mis en avant, dirige avec Gambetta, qui place la gauche à la suite du centre gauche, le faisceau des forces républicaines. La partie qui se joue est difficile, l’enjeu incertain, il s’agit d'amener une assemblée en majorité monarchiste à fonder et à organiser la République.

Le 25 mars 1874, Thiers reçoit le maire révoqué de

Bordeaux :

« Les masses populaires sont attachées à la République; les partis qui veulent la monarchie ne veulent pas la même... pour réorganiser la France et la conduire à un meilleur avenir iln'ya qu’un gouvernement : la République conservatrice.» (1)

Le 16 mai 1874, l’Assemblée met en minorité le cabinet de Broglie qui se retire.

Le centre droit demände le concours du centre gauche.

Le 13 juin 1874, la gauche adhère aux projets de lois constitutionnelles du centre gauche et renonce à réclamer la dissolution de l'assemblée. Casimir-Périer dépose une motion 24-29 juillet 1874, qui proclame la République. C’est nuilement par enthousiasmé «on ne peut être considéré comme reniant ses principes et son passé, parce qu’on se résigne à accepter une autre forme de gouvernement ». Le duc de Broglie signale le danger de lancer dans le publie, avec toutes les imaginations mises en campagne, la proclamation de la République à l’état vague. Dufaure riposte : « la République ne se fera pas en l’air, puisque l’Assem-

(1) Hanotaux. T. IT p. 452,

blée l’entourera des institutions nécessaires.» La motion est repoussée par 41 voix de majorité.

Vallon constate que la motion Casimir-Périer proclame la République, mais renvoie à une commission le soin de la faire. Il dépose un amendement qui « ne proclame pas la République, mais au fond la fait.» Cette proposition est repoussée à 31 voix, ce sont celles qui, en se déplaçant sept mois plus tard, permettront la fondation constitutionnelle du nouveau régime (29 juillet 1874). Ces deux votes désappointent et découragent momentanément les républicains. Le centre gauche, convaincu que le pays veut la République, demande la dissolution de l’Assemblée, celleci par 43 voix de majorité refuse. |

Pendant les vacances, E. de Girardin qui lui-même s'appelait républicain de conversion, constatait le 15 septembre 1874, que depuis le 8 février 1871, sur 158 élections partielles, 126 avaient été favorables aux républicains, 22 aux royalistes, 10 aux impérialistes. La France est républicaine « pour redevenir ce qu’elle était, elle ne compte plus sur aucun prince, elle ne compte plus que sur elle-même et sur elle seule.»

À la rentrée le 5 janvier 1875, tous les groupes se retrouvent avec la pensée d’en finir. Le centre gauche refuse de s’associer au centre droit pour demander la priorité en faveur de la loi créant une seconde Chambre. Le projet Vantavon, de la commission des Trente, formant un tout constitutionnel complet, organisant les Chambres, les pouvoirs publics autour du Maréchal, sans définir la forme particulière du Gouvernement et en évitant soigneusement le mot de république, est mis en discussion. Laboulaye défend l’amendement suivant : « le Gouvernement de la République se compose de deux Chambres et d’un président.» Il obtient un succès énorme. La partie est gagnée. Mais L. Blanc veut parler, il s'oppose à la création d’une

chambre haute, la République déclare-t-il ne peut pas être m se aux voix, pusqu'elle ne peut pas être mise en quest'on (elle existe déjà en fait). Castellane en profite pour faire renvoyer le vote à la prochaine séance.

Le lendemain 28 janvier, l’article premier du projet Vantavon (orléaniste ou plus exactement mac-mahonien), est adopté à mains levées. «Le pouvoir législatif s'exerce par deux chambres.» Le 29, l’Assemblée vote sur l’amendement Laboulaye. «Le gouvernement de la République se compose...» par 23 voix de majorité, l'amendement est repoussé. L'opposition formelle à la République encore très nette, diminuait cependant (41 voix en juillet 1874, contre la motion Casimir-Périer 31 voix contre le premier amendement Vallon).

Il s'était formé dans le centre droit un sous-groupe dont l’origine remontait à l’ancien groupe Target et dont l’énergie libérale s'élevait contre l’intransigeance des légilimistes. Son chef était Léonce de Lavergne; 1l négocia avec le centre gauche.

Aussitôt après le vote sur la proposition Laboulaye, Vallon dépose un amendement : «Le président dela République est élu à la pluralité des suffrages par le Sénat et Ia Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. » Ce texte est renvoyé à la commission et la séance est levée 29 janvier. Le lendemain, la commission des Trente déclare repousser l'amendement. Dufaure précise : « par l’amendement Vallon, nous ne portons aucune atteinte aux pouvoirs conférés au Maréchal, nous admettons le droit de revision.» Par une voix de majorité (353 pour et 352 contre), l’amendement est voté. Ce fut un déplacement de voix au centre (groupe Lavergne) qui décida de la victoire. Celle-ci « allait faire des prisonniers » et cette voix de majorité devait rapidement se multiplier.

La Commission des Trente repousse encore le nouvel

amendement Vallon, qui dans un esprit transactionnel confie le droit de dissoudre la Chambre au Président de la République, sur l'avis conforme du Sénat. Le 1er février 1875, Dufaure intervient « Cet amendement a le double effet de donner aux uns la garantie qui naît du pouvoir présidentiel; aux autres celui qui vient du Sénat.» Par 182 voix de majorité l’amendement est adopté.

L'Assemblée vote le 24 février l'ensemble de la loi sur le Sénat. Si l'extrême droite proteste, le centre gauche applaudit et le comte de Tocqueville déclare :

« Notre pays est fatigué des révolutions, fatigué de trop àe dynasties. Oubliez vos divisions vos préférences, donnez-lui enfin le repos et la sécurité qu’il ne peut trouver que dans la République.» (1)

Le 11 mars, les centres se rapprochent encore davantage. Vallon aide Buffet à constituer son ministère, dans lequel entrent quatre membres du centre gauche. Le 16 mars, le duc d’Audiffred-Pasquier est élu président de l’Assemblée.

Le 25 mai, une nouvelle Commission des Trente est désignée pour étudier les projets de lois constitutionnelles complémentaires. Le rapporteur, pour ne pas effaroucher la majorité et ne pas éloigner le centre droit, présente la République comme un pis aller de la monarchie et la constitution comme une œuvre nullement parfaite, que la faculté de revision permettra d’amender À

Pendant 'es vacances (août-septembre 1875), les partis s’agitaient. Buffet, le chef du Gouvernement ne cachait pas son hostilité « les républicains avaient besoin de prudence et de tact pour se consolider sur une base aussi fragile et aussi étroite. » Thiers et Gambetta dirigeaient la manœuvre. Celui-là, le 17 octobre 1875, à Arcachon s’écr'ait « La République est votée, que faut-il faire? s'appliquer franchement, loyalement à la faire réussir» et il indiquait un programme d’action très simple, très précis, relatif aux

(1) Hanotaux. T. III, p. 214.

finances aux lois militaires, aux traités de commerce, à l'enseignement.

Le 4 novembre à la rentrée, le cabinet est favorable au scrutin d'arrondissement que défend la droite. La nouvelle commiss on des Trente, d'accord avec les gauches, propose le scrutin de liste.

Le 11 novembre 1875, discussion. Dufaure, du centre gauche abandonne la thèse de la gauche et parle pour le scrutin d'arrondissement. Le groupe Lavergne vota avec les droites et l’Assemblée établit le scrutin d’arrondissement.

Le 30 décembre 1875, le centre gauche publie un manifeste dans lequel il vante « la République libérale, éclairée, tolérante, ouverte à tous» il expose son programme : formation d’une majorité nouvelle fondée sur le respect de la loi, consolidation de la République, avènement d’un grand parti constitutionnel et national qui emporte enfin les divisions intérieures, politique de concorde et d’union opposée à la stérile coalition des dépits et des rancunes.» Ce manifeste était signé notamment de Bardoux, Maleville, Thiers, Rémusat, Laboulaye.

Ainsi, le centre gauche avait servi de trait d'union entre les droites et les gauches et fait prévaloir son esprit de conciliation et de modération. C’est grâce aux efforts de ses membres que la rupture fut évitée, qu’un terrain d'entente fut cherché et trouvé. Aux uns, il demanda d'abandonner leur préférence pour la forme monarchique, aux autres, leur attachement aux doctrines traditionnelles sur la République, et de cette grande transaction sortit le gouvernement actuel de la France, gouvernement essentiellement parlementaire, où le cabinet est le rouage principal et où les chambres, qui ont le dernier mot, participant en fait à la réalité, du pouvoir, gouvernement républicain dirigé par un président élu pour sept ans.

Le centre gauche après les élections générales du début de l’année 1876, disposa, de bien plus de voix au Sénat qu’à la Chambre des députés.

Nombre

Le total

ASSEMBLÉES DATES des membres

Assemblée nationale | 8 février 1871 ..... 7(0 DÉRA be nn diet Janvier 1876 ve 300 Chambre des députés! février et mars 1876.. 533

(1) Le centre gauche n'existait pas alors; à l’Assemblée il y avait 100 députés républicains modérés.

Il était en France, surtout dans les grandes villes dans l’Est et le Midi, un parti républicain. Comme en 1850, ses adversaires affectèrent bruyamment de le confondre avec le parti du désordre et de la violence.

« Les souvenirs de la Terreur, la crainte d’un bouleversement social, les appréhensions encore récentes qu’on avait éprouvées en 1848 étaient évoquées par les partisans de la monarchie. D'ailleurs le parti républicain n'était pas organisé dans les campagnes, il y était à peine connu des électeurs.» (1)

À l’Assemblée nationale en février 1871, les députés républicains les plus marquants étaient E. Arago, H. Carnot, J. Grévy, Ledru-Rollin, Schælcher, Favre, Simon, Ferry, Gambetta, E. Pelletan, Picard, Floquet, Rochefort.

Ge ne fut pas Thiers qui fut reconnu pour chef. Les républicains craignaient toujours de sa part un retour à l’orléanisme. Entre lui et Gambetta, qui était en somme le nom le plus en vue du parti, se creusait le dissentiment qui s'était produit pendant la guerre et qui allait se manifester publiquement par les deux fameuses invectives « fou furieux », «sinistre vieillard » (19 février 1871).

Quelle était la doctrine républicaine ? Déjà, le 5 avril 1870

1) Hanotaux, cité, T. I, p. 33.

en condensant tous les arguments de l'opposition contre le plébiscite, Gambetta s'était écrié : « Nous voulons pour nous et pour nos successeurs, reprendre le droit inaliénable de la nation, d'élaborer directement et par ellemême le plébiscite ; nous l’exigeons et, tant que cette restitution n'aura pas été opérée, le plébiscite n’est qu'un leurre et un piège. Il y a un pouvoir qui est au-dessus de tout; c’est le pouvoir collectif du pays représenté par ses députés.» (1)

À Bordeaux, lors de la réunion de l’Assemblée, les « républicains étaient aussi divisés (que les royalistes) depuis les sectaires du jacobinisme jusqu'aux maniganceurs de stathoudérats. » (2)

Le 2 juillet 1871, sur 111 députés à remplacer, 100 le furent par des républicains de toute nuance, la plupart se recommandant du programme de Thiers. Le 2? août 1871, Gambetta déclara que dans l’affaire de la question romaine, les républicains voteraient avec Thiers qui était partisan de la plus stricte neutralité entre le Vatican et le Quirinal.

Bien que se rapprochant de Thiers, Gambetta nia le droit souverain de l’Assemblée et son pouvoir constituant que soutenait le chef du Pouvoir exécutif (31 août 1871). Il inaugura la campagne de dissolution, que le parti républicain allait mener dorénavant, dans la crainte d’une restauration parlementaire de la monarchie.

Nous avons vu que les députés républicains à l’Assemblée se répartissaient à la fin de 1871 en trois groupes, le centre gauche, la gauche comprenant les républicains modérés qui suivaient Grévy, J. Simon, J. Favre dévoués à la personne de Thiers et l'Union républicaine composée des amis de Gambetta. Ceux-ci se qualifiaient volontiers de républi-

(l)'Hanotaux, cité. T. I, p. 72.

(2) do NT TD 70.

cains radicaux. À l'extrême gauche siégeaient. quelques députés intransigeants qui rêvaient une.nouvelle Convention.

« Dans l'intervalle des deux sessions (31 mars, 22 avril 1872) le mouvement de l'opinion s'affirme dans un sens favorable aux institutions républicaines. Un grand nombre de Conseils généraux, réunis hors séance, envoient au président de la République des adresses dans lesquelles ils témoignent de leur confiance en ses lumières, en son patriotisme, le remerciant du soin qu’il met à conserver la forme du gouvernement établi. » {1)

Gambetta commence ses tournées oratoires qui vont servir si fortement la propagande de son parti. (2) Ilrassure le pays, lui donne la confiance dans la stabilité du régime républicain et dans la sagesse du parti qui se fait le champion de celui-ci, il dénie à l’Assemblée le droit de se proclamer souveraine. Il montre la profonde unité nationale (Angers, 7 avril 1872); il se dit le commis-voyageur de la démocratie (Le Havre, 18 avril).

« Ne nions pas les misères, les souffrances, les douleurs d’une partie de la démocratie, mais tenons-nous en garde contre les utopies.. iln’y a pas de remède social parce qu’iln’y a pas une ques- Lion sociale. Il y a une série de problèmes à résoudre. »(3) Il dégage les grandes lignes d’un programme de gouvernement (ordre et liberté, éducation civile, service militaire égal pour tous).

Mais «la dissolution, voilà la première réforme qu’il faut poursuivre.»

«€ La République se fondait au milieu du chaos des luttes parlementaires; les partis monarchiques avaient hésité devant ces tâches si lourdes : la conclusion de la paix, la répression de l’émeute, la création de nouveaux impôts; il fallait cette condition particulière de l’anonymat républicain, ou plutôt il fallait qu’à la faveur de cette formule la responsabilité fut répandue et diffuse sur toute la nation pour que celle-ci s’inclinât devant les conséquences de ses erreurs et acceptât tout le fardeau (23 avril 1872). » (4)

(1) Hanotaux, cité T. I, p. 403.

(2) d° do Ip. 404;

(3) d° NE T/1p:406:

(4) do LE pe 410;

En août 1872, des impatiences se manifestent. L'on ne pouvait pas vivre indéfiniment, sans autre abri que les formules successives inventées par Thiers : Pacle de Bordeaux, Essai loyal, République conservatrice. Les républicains entendaient que cette dernière expression voulait dire la République sans épithète et Gambetta s’écriait : « Non, Monsieur, il n’y a pas deux Républiques, il n’y en a qu'une. Ces mots sont passagers. »

La République comptait des adversaires aussi passionnés que sincères.

« Je n’ai pas de parti pris contre la forme républicaine, disait le marquis de Dampierre, mais nous ne sommes ni assez vertueux, ni assez soumis à la loi divine, ni assez désintéressés, ni assez tempérants pour garder dans sa pureté la doctrine gouvernementale qui, en principe, devrait donner le pouvoir au plus digne, qui, en pratique, le livrera toujours au plus remuant et au plus audacieux. C’est son impuissance (de la République) à donner l’ordre, à rassurer tous les intérêts, qui l’a toujours fait fatalement aboutir au despotisme. » (1)

Mais la République avait des partisans convaincus. Pour eux, la République était

« la forme politique à laquelle la France aboutissait par l’évolution naturelle des siècles. Le peuple voulait se gouverner luimême. -I1l était capable de le faire, Pourquoi retarder l’époque où il assumerait la responsabilité de ses actes et la direction de ses destinées ? »

En se séparant pour les vacances, en juillet 1872, l’Assemblée en revenait en somme, au Pacle de Bordeaux.

Gambetta poursuit sa campagne de propagande.

« Ses discours propagés par la presse donnent une orientation aux esprits indécis; ils exposent une doctrine, développent un programme, constituent un parti... seul le partirépublicain s'adresse au public, agit en pleine lumière (2). I fait appel à la démocratie, « Il

faut revenir à la féconde pensée de 1789, rétablir le faisceau qui a été détruit par des mains scélérates, rapprocher le bourgeois de

(1) Hanotaux, T. IT, p. 456.

(2) do T. LI, p. 479.

l’ouvrier, l’ouvrier du paysan » Ferté-sous-Jouarre, 14 juillet 1872, A Grenoble, le 26 septembre, il proclame l’avènement de la démocratie : « Oui, je pressens, je sens, j'annonce la venue et la présence dans la politique d’une couche sociale nouvelle qui est aux affaires depuis tantôt dix-huit mois et qui est loin, à coup sûr, d’être inférieure à ses devancières.…, » (1) Il n’écarte personne. « Le parti républicain est tenu à beaucoup de largeur de main, à un grand esprit de conciliation et de concorde; il est tenu à se recruter largement et sans mesquins calculs d’amour-propre dans tous les rangs du pays, afin de devenir la majorité de la nation elle-même » (20 octobre 1872). Il attaque vivement les menées cléricales. « I n’y a plus à proprement parler, de partis monarchiques. Il reste un parti qui est l'ennemi de toute indépendance, de toute lumière et de toute stabilité, car ce parti est l'ennemi déclaré de tout ce qu’il y a de sain, de bienfaisant dans l’organisation des sociétés modernes. Cet ennemi, vous l’avez nommé, c’est le cléricalisme.» Saint-Julien, 20 octobre 1872.

Le 14 décembre 1872, Gambetta, enhardi par les succès croissants des républicains aux diverses élections, soutient « que l’Assemblée est en désaccord avec le pays et qu’elle prolonge indûment et tyranniquement son existence». (2) Mais Dufaure, du centre gauche, vice-président du Conseil des ministres, se range à l’avis de la droite et se prononce contre la dissolution. La droite se crut maïtresse de la vic- Loire, elle avait réussi à diviser ceux qui soutenaient la République dans l'Assemblée. « La grande majorité conservatrice est faite» s’écria le duc d’Audiffred-Pasquier.

Le président de l'Assemblée, À. Grévy, un républicain, démissionna le 2 avril 1873; le 4 il fut remplacé par un orléaniste, Buffet. (3) Les orléanistes, réconciliés avec les légitimistes, s'entendaient avec les bonapartistes et venalent d’élire un « président de combat. »

Mécontents, les républicains opposent à Paris à M. de Rémusat, candidat de Thiers. Barodet un député radical.

(1) Hanotaux. T. II, p. 480.

(2) de, EN MO re (3) COMENT

L'élection de celui-ci (avril 1873) fait pousser les hauts cris aux conservateurs. Le péril rouge, le spectre de la Terreur est agité. Le duc de Broglie conduit les droites coalisées à l'assaut du pouvoir le 23 mai 1873. Les républicains se serrent autour de Thiers, mais trop tard. Une partie du centre gauche (groupe Target) fait défection et par treize voix de majorité, l’Assemblée renverse le ministère. Le soir même, 24 mai, elle nomme le maréchal de Mac-Mahon, président de la République. Le surlendemain un cabinet de Broglie « résolument conservateur» est constitué.

Les députés de gauche font alors, par une proclamation appel au calme et à la patience. « Il est d’une importance suprême que l’ordre ne soit pas troublé. Restez calmes: il y va du salut de la France et de la République.» (1)

Les gauches vont désormais se grouper autour de Thiers, mettre constamment son nom en avant pour rassurer la bourgeoisie. Gambetta remplira le rôle de modérateur. Aux membres de l'extrême gauche, il conseillera la patience, l'union, la discipline. C’est l'entente de tous les républicains enfin avertis des dangers de leurs divisions, leur action commune sous l’hégémonie librement acceptée du centre gauche qui, jointes à l’indignation contre les légitimistes el la crainte des impérialistes chez une partie grandissante du centre droit, vont former la majorité nécessaire à la fondation progressive des institutions républicaines.

Le 24 mai 1873 est ainsi une date capitale dans l'histoire de la Troisième République. Elle consacra la défaite de Thiers et l’obligea à prendre enfin nettement parti pour la République; elle créa la discipline et l'harmonie des efforts parmi les républicains tandis qu’en l’amenant au pouvoir, elle divisa profondément la majorité conservatrice, suscita des jalousies et des rancunes parmi ses membres, ce qui accrut notablement l'influence des gauches.

(1) Hanotaux, t. II, p. 4.

Le 2 juillet 1873, Gambetta proteste une fois de plus contre le pouvoir constituant que s’arroge l’Assemblée et réclame sa dissolution.

Le 29 juillet, les gauches’ publient un manifeste dans lequel elles stigmatisent les fauteurs de la Restauration, que les monarchistes préparaient alors activement et réclament la dissolution de l’Assemblée, Pendant l’été 1873, les candidats républicains obtiennent partout des majorités écrasantes, Dans quarante-trois départements la présidence des Conseils généraux est confiée à un des leurs. Ces manifestations du suffrage universel montraient clairement que, contrairement à l’assertion des monarchistes, « ce n'étaient pas les compromissions et les complaisances de Thiers pour les radicaux qui déterminaient le mouvement vers la République.» Il fallait en effet que l’idée républicaine s’imposât assez par elle-même et par elle seule aux masses électorales pour que ses partisans triomphassent dans presque toutes les élections malgré la présence, à la tête du gouvernement, d’un « ministre de combat» qui estimait que non seulement il fallait éclairer le peuple, mais encore le faire marcher.

L’extrême gäuche et l’union républicaine avaient formé un comité de vigilance (17 août 1873). De retour à Paris, Thiers est ovationné, et prend la direction de la campagne, Il signale hautement les dangers d’une restauration (lettre au maire de Nancy, 29 septembre), Les républicains, exaspérés de voir l’Assemblée (1) nationale d’un pays, qui s’affrmait tous les jours de plus en plus épris de l’idéal républicain, prête à le liver à un prétendant absolutiste, multiphiaient l’ardeur de leurs efforts et conduisaient jusque dans les campagnes leur propagande passionnée, Le parti républicain ainsi uni prend conscience de sa force et se trouve consolidé pour longtemps. Le 15 septembre, il déclare

(1) « Assemblée élue dans un jour de malheur » avait dit un royaliste,

qu’il faudra recourir à la violence matérielle, car la Nation ne veut pas de Henri V. Le centre gauche repousse hautement les avances du centre droit et toute connivence avec la conspiration monarchiste (24 octobre 1873.) L’entente et l’union sont absolues dans le parti républicain.

La lettre de Salzbourg, (1) 27 octobre, apporte un soulagement général. Thiers exulte. Les journaux républicains prodiguent leurs éloges au comte de Chambord. Le 5 novembre, à la rentrée de l’Assemblée, la gauche est satisfaite. La monarchie était impossible et l'empire avait besoin, comme dit M. Ranc, « de laisser grandir son jeune homme.» Les gauches se déclarent opposées à la prorogation des pouvoirs du Maréchal que propose le centre droit mais là, les républicains se séparent. Le centre gauche, dans la crainte qu’un succès trop complet des républicains — ceux-ci avaient la majorité dans la commission chargée d'examiner la proposition Changarnier tendant à l’organisation des pouvoirs du chef de l'État, le 7 novembre, — ne ramène l’union chez les monarchistes que l'échec de la Restauration venait de diviser profondément, se rapproche du Maréchal et le 9, se rallie à l’idée de la prorogation de son mandat, prorogation liée dans son esprit à la prompte organisation des pouvoirs publics. Laboulaye, le rapporteur, propose cinq ans. Le 17 novembre, discussion publique. Les gauches s’abstiennent. Les centres seuls soutiennent la lutte. J. Simon et Grévy exposent que le septennat (chiffre auquel par transaction entre les dix ans demandés par le centre droit et les cinq proposés par le centre gauche, s’est ralliée la commission) amènera des conflits et peut-être la révolution. L'Assemblée vote le projet de Broglie (19 novembre 1873.)

Ainsi la France continuait à être dirigée par un gouver-

(1) Lettre par laquelle le comte de Chambord déclarait à M. Chesnelong qu'il ne pouvait se lier à l'avance sur la question du drapeau (blanc ou tricolore) alors que tous les orléanistes et quelques légitimistes faisaient

de l’adoption des trois couleurs de la condition sine qua nom de leur adhésion à la Restauration de la Monarchie.

nemént particulier qui n’avait de nom dans aucune langue : une Assemblée unique et un chef du pouvoir exécutif. Ce n’était plus l'empire français, ce n’était pas encore, selon le désir des orléanistes, le royaume de France, c'était provisoirement la République, mais ce n’était qu’une épithète. Le 20 novembre 1873 on décide que le chef du Pouvoir exécutif, appelé Président de la République depuis le 31 août 1871, exercerait ses fonctions non plus tant que dureraient les propres pouvoirs de l’Assemblée, mais pendant sept ans, jusqu’au 20 novembre 1880. Ce fut le septennat. Ce fut si peu une création républicaine que les républicains en furent les principaux adversaires et que d’aucuns, au contraire parmi ses partisans, songèrent gravement à faire remplacer le Maréchal par le duc d’'Aumale; au point que L. Brun, un légitimiste, vint sérieusement déclarer que « M. le comte de Chambord n’autoriserait aucun prince de la Maison de France à accepter les fonctions de président de la République. » D'ailleurs on prononça à l’époque le mot de stathoudérat. Ici encore apparaît la pensée maîtresse du leader du centre droit, groupe qui dirigea l’activité intermittente des droites lors de leurs quelques actes positifs et constituants, du duc de Broglie : gagner du temps, fermer la porte aux ambitions non orléanistes et réserver l’avenir.

La gauche va traquer le second ministère de Broglie (26 novembre 1873) de contradiction en contradiction, d'échec en échec.

En février et en mars 1874, de nouvelles élections ont lieu, favorables aux républicains. Elles renforcent le parti qui se sent de plus en plus en communion d'idées avec le pays. Des chefs prudents le guident et le conseillent, mais une scission se produit, des impatients s'inquiètent,

Le 18 mars 1874, le groupe radical (1) interpelle le gouver-

(1) En 1871 l’union républicaine siégeait à l'extrême gauche. Au delà il n°y

nement sur le sens et la portée du mot septennat. Challemel- Lacour prononce un discours retentissant :

« Le pouvoir que vous avez créé, le 19 novembre 1873 est responsable, il est électif, il est temporaire, qu'est-ce à dire sinon qu’il est républicain et que tant qu’il dure, le gouvernement ne peut se défendre et durer qu'à la condition de défendre du même coup la République. »

Il rappelle la prophétie de Grévy et de Rouher :

« C’est l'impérialisme qui se pose en héritier immédiat, qui recommande le gouvernement présidentiel à ses amis en raison du seul mérite qu’il reconnaît au septennat, celui d’acheminer la France à l’Empire, c’est-à-dire à la ruine finale et au déshonneur. » et il ajoute :

« Le pays veut la République, le gouvernement veut le conduire à la monarchie.» (1)

A la rentrée en mai 1874, la gauche se montre très circonspecte, craignant d’arrêter le travail de désagrégation qui se produit dans la majorité conservatrice. Le 16 mai, elle concourt au renversement du cabinet de Broglie, éliminant ainsi l'influence et les chances d’une restauration orléaniste. La force même des choses, la poussée nationale imposait un peu plus tous les jours le vote de la République.

Une nouvelle bourgeoisie composée de petits patrons, de. commerçants, de boutiquiers, d’employés, de maquignons, de vétérinaires, d’instituteurs vivant près du peuple, exercant sur lui une influence immédiate, en un mot, les nouvelles couches sociales dont Gambetta avait annoncé la venue dans son discours de Grenoble le 26 septembre 1872, arrivaient aux affaires et, servant de trait d'union entre la bourgeoisie aisée et les paysans des campagnes, allait former le levain et le ciment d’un nouveau régime, celui de la démocratie.

Des périodiques, Le Revue des Cours poliliques el lillé-

avait que les cinq intransigeants. Peu à peu une partie des amis de Gambetta se rapprochent de la gauche, deviennent des opportunistes, les autres, ceux qui ne suivent pas cette évolution, sont appelés radicaux.

(1) Hanotaux. T. III, p. 422.

raires et La Revue scientifique, des quotidiens La République française, Le XIXe siècle, Le Rappel répandent et défendent les idées républicaines.

Le culte des temps nouveaux est le patriotisme, la religion de la patrie (Gambetta à Thonon en 1872). De la triple crise sociale, intellectuelle et philosophique se dégage une doctrine transactionnelle et conciliatrice, l’opportunisme.(1) Diverses formules l'ont illustrée : « L’anticléricalisme n’est pas un article d'exportation» « Il n’y a pas une question sociale, il y a des problèmes à résoudre», « HÉRSpES y toujours, n’en parlons jamais ».

« L'opportunisme est une méthode et par là une philosophie. Pendant vingt ans sa parole guidera la France. (2) Cette foi reposait sur une robuste confiance en l’avenir, en l’œuvre des générations futures. La devise était « France et Science. » Il faut refaire la France. Pour la Constitution, on se contenterait de peu, car plus tard on la corrigerait, on l’améliorerait. »

Le 4 juin 1874, Gambetta repousse “pidée de la dissolution, convaincu « qu’on ne pourra peut-être faire quelque chose» de cette assemblée et se rallie au projet d’institutions républicaines que va déposer le centre gauche. Le 11 juillet, la loi électorale est votée « le suffrage universel, dit un membre de la gauche, F. Duprat, est, dans nos espérances du moins, le règne de la démocratie. C’est un congé définitif donné à toutes les espérances monarchiques. »

Les gauches appréhendent l'avenir; elles ont soutenu le Maréchal qui, c’est évident, ne travaille pas pour lui. Le 27 juillet, grande discussion sur la motion Casimir-Périer proclamant la République. Le 29, l’Assemblée la repousse par4l voix de majorité. Les gauches sont déconfites

et ulcérées. (3) (1) Hanotaux. T. II, p. 694.

(2) Hanotaux. T. II, p. 625.

(3) Hanotaux. T. III, p. 52,

Le 5 août, Gambetta demande que l’Assemblée écourte ses vacances,

« La République, c’est l’inévitable, et vous devriez l’accepter, Vous devriez prendre votre parti de l’existence dans le pays d’une démocratie invincible à qui restera certainement le dernier mot. Vous devriez comprendre que votre place est marquée dans ce gouvernement de la démocratie libre, que vous devez y jouer un rôle, un rôle éminent, celui que vous assurent votre autorité sociale, vos précédents, vos loisirs.» (1)

Dans la presse, E. Girardin constatait qu’à chaque élection, la volonté nationale s’affirmait en faveur de la République et il écrivait :

« Les royalistes feraient une chose sage le jour où ils se rallie-

raient sincèrement à la République, Alors ce serait la France unie, la France républicaine dans une acception toute nouvelle. »

Gambetta eût voulu la fonder avec la France entière et non avec les seules nouvelles couches sociales,

A la rentrée, en janvier 1875, les groupes désirent en finir. Le 28 janvier de nombreux républicains votent contre le principe d’une seconde chambre, la tradition républicaine comportant une assemblée unique. Mais, pour fonder la République, des concessions apparaissent indispensables et les gauches vont abandonner quelques-uns des principes classiques de la doctrine républicaine. Ainsi les lois constitutionnelles seront votées. Le 29 mars Gambetta prend la parole sur la tombe d'Edgar Quinet.

« Si nous différons, dit-il, aux députés d'extrême gauche, c’est sur une question de méthode, ayant le pouvoir, (la démocratie) a les difficultés. Il faut gouverner quand on est la majorité, il faut être digne de garder le pouvoir quand on l’a pris. C’est pourquoi il faut s’astreindre au travail, à la discipline, à la patience, à l'esprit de {combinaison sachons repousser les conseils de la force, les conseils de l’exaltation. »

Gambetta insiste pour que l’Assemblée fixe la date des élections générales. « Il s’est trouvé une majorité pour voter la Constitution, il s’en trouvera une pour l’appliquer, »

(1) Hanotaux. T. III, p. 55,

Il continue ses tournées oratoires dans le pays. Il défend les nouvelles institutions, dégage leur sens et leur portée en montre la vitalité, l'autorité, la valeur conservatrice.

« L'œuvre vaut peut-être mieux que les circonstances qui l’ont produite, déclare-t-il à Ménilmontant, le 23 avril, devant un auditoire radical d’abord méfiant. On a cru qu'on avait un Sénat, on s’est trompé. « C’est le grand conseil des communes de France.» Il célèbre l'avènement à la politique des paysans, les véritables forces conservatrices du pays. Il ouvre la République où tous ceux qui se rallient à elle. « Je ne leur demande qu'une chose la sincérité.» Cétait bien de l'opportunité. .

A la rentrée en mai 1875, la gauche se plaint de la survivance d'une assemblée hostile en fait au nouveau régime qu'elle vient d'organiser en droit, et du maintien en fonctions du personnel politique et administratif en place depuis le 24 mai 1873. « Nous vous avons tout donné, tout abandonné» s’écriait Gambetta. Il est vrai que la doctrine républicaine avait évolué et au moins pour certains esprits n’était plus ce qu’elle était pendant la Révolution.

En 1868 Prévost-Paradol avait publié La France nouvelle : « Nous cherchons des institutions qui puissent s’accommoder également de la forme monarchique et de la forme républicaine, leur unique objet étant d'assurer la liberté dans la démocratie ».

Ainsi, les trois auteurs dont les livres avaient exercé une réelle influence sur le pays et les députés à l’Assemblée nationale, le duc de Broglie (Vues sur le Gouvernement de la France, 1861), Laboulaye (Le Parti libéral, 1863), Prévost-Paradol (La France Nouvelle, 1868), préconisaient à peu près le même idéal, celui d’un régime démocratique et hbéral, représentatif et constitutionnel. L'on comprend combien le système absolutiste du comte de Chambord dut choquer même de nombreux monarchistes. Et la majorité de l’Assemblée n’eut à faire effort que pour donner la «forme républicaine» au gouvernement essentiellement

parlementaire qu’elle institua et qui était au fond dans les propres vœux de tous ses membres. Il est vrai que tous les républicains n’acceptèrent pas facilement cette théorie nouvelle de la République. Sans compter le centre gauche qui «se résigna » à la République parce qu'il estima impossible la fondation de la monarchie constitutionnelle et tricolore, la seule qui lui parut acceptable, sans faire état de l'extrême gauche que nous allons retrouver, il se produisit au sein même du parti républicain, des divergences de vues et des appréciations tactiques différentes qui devaient, par la suite, se changer en opposition formelle, sinon de doctrine du moins de méthode.

Gambetta représente à vrai dire un parti complètement nouveau, celui des opportunistes, des républicains de gouvernement, désireux d'élargir la République au point de lui faire embrasser la nation toute entière et de la faire servir par les monarchistes franchement et sincèrement ralliés au nouveau régime. Ils appellent de tous leurs vœux le rapprochement des anciennes classes dirigeantes et des nouvelles couches sociales, des bourgeois et des ouvriers, des ouvriers et des paysans. Ils se font les défenseurs enthousiastes du type de gouvernement qui, pour la première fois, apparaît en France. Celle-ci avait bien connu la République de la Convention, celle des Girondins (projet de constitution de Condorcet, mars 1793), celle des Jacobins, du Directoire, puis elle avait entrevu la République sociale avec le drapeau rouge en 1848 et lui avait préféré la République démocratique et tricolore, elle avait imprudemment accueilli la République du Prince Président (1849 à 1851). Jamais encore les deux mots « République parlementaire » n'étaient éntrés accolés dans son histoire, Il semblait à Gambetta qu'à une formation politique inédite devait correspondre une méthode et une tactique originales, Jamais cette conception généreuse et ample n’entra

complètement dans l'esprit de tous les républicains. Ceux-ci s'étaient peu à peu divisés de 1871 à 1876 en cinq nuances distinctes. Le centre gauche, c’est-à-dire la fraction de l’ancien parti libéral qui avait opté pour la « forme républicaine». C’étaient proprement les conservateurs républicains. Ensuite la gauche, tous les partisans de Thiers, les J. Simon, J. Favre, Duclerc, etc, qui formaient le groupe des républicains conservateurs. Puis les amis de Gambetta, les opportunistes suspects aux éléments avancés de l’Union républicaine aux radicaux, qui restaient ce qu’ils étaient sous l’Empire, des détracteurs ardents et passionnés des gouvernants, et s’en tenaient étroitement au fameux programme de Belleville (1869). Enfin les irréductibles de

l'extrême gauche qui n’admettaient pas d’autre République

que celle de la Convention.

Entre la gauche et les opportunistes, se dressaient surtout des questions de personnes. Au fond ils constituaient les uns et les autres le gros du parti républicain, le centre gauche qui, au Sénat jusqu’en 1882 (1) devait leur faire une opposition tenace en formait l’arrière-garde, tandis que l’extrême gauche radicale en était l’avant-garde.

Gette division profonde du parti, qui cessa chaque fois que le régime nouveau fut vraiment en danger (16 mai 1877, élections générales de 1885 et de 1889), allait remplir l’histoire des luttes politiques de la Troisième République.

Pendant les vacances d’août à novembre 1875, les partis s’agitaient. Le 25 octobre, Gambetta expose le programme des républicains de gouvernement dans une lettre à la démocratie lyonnaise :

« Restaurer le crédit, fortifier la puissance matérielle, assurer :

son développement intellectuel (de la nation). Nous assisterons, à l'abri de la Constitution, à la lutte pacifique du parti conservateur

(1) Il existait encore en 1906 un groupe appelé «centre gauche » au Sénat. En 1910 son nom ne figure plus sur l’annuaire du Parlement.

et du parti novateur, des fories et des whigs de la République, dans cette France unifiée, la paix civile sera faite, les nouvelles couches sociales sorties de la Révolution, réconciliées avec l'élite de la vieille société. Nous pourrons achever par l'alliance intime du prolétariat et de la bourgeoisie l’immense évolution commencée en 1789.» (1)

Les élections générales furent fixées en janvier et février 1876.

« La République fondée par les villes et suspecte aux campagnes, était tirée aux deux bouts par ses éléments conservateurs et par ses éléments révolutionnaires. La situation était compliquée. Il fallait une prudence et une ingéniosité singulières pour établir les formules qui constitueraient le programme commun. Comme il arrive à l'ordinaire quand l’accord est laborieux on allait le chercher probablement moins dans les aspirations semblables que dans les haines partagées. » (2)

Tous les républicains, même ceux de l’extrême gauche se présentent aux électeurs comme « les conservateurs résolus du gouvernement établi». Gambetta agit seul, directement sur l’opinion, candidat, conseiller, tribun en un mot.

Il prêche la modération : « Il faut que le candidat républicain soit libéral»; l’anticléricalisme «...qu'il soit disposé (le candidat républicain) à ne pas tolérer qu'un clergé quelconque devienne dans l’état un parti politique». Il rappelle le programme républicain intégral « séparation de l’État et de l’Église, de l’Église et de l’école, impôt sur le revenu, liberté absolue de la presse, du droit de réunion et d’association» mais il déclare la nécessité de sérier ces questions, de réaliser ces réformes les unes après les autres.

Et c’est ce sentiment des difficultés de la tâche immense à accomplir et de la patience qu’elles imposent, son opportunisme qui va le faire vivement attaquer par un nombre grandissant de républicains.

Après les élections générales des mois de janvier, février et mars 1876, la situation de la gauche est la suivante :

(1) Hanotaux. T. III, p. 429.

(2) Hanotaux. T. III, p. 493.

NOMBRE NOMBRE 4 Le ! de de membres | de membres ASSEMBLÉES DATES républicains (Total)

Assemblée nationale, | 8 février 1871 ..... 200(1) 700 SOON RU [Janvier is 7 50 300 Chambre des députés | février et mars 1876... 1S4. |. 533 (1) 200 républicains dont 100 modérés ct 100 radicaux.

Sous le nom d’extrême gauche furent successivement désignés au début de l’Assemblée nationale les républicains notoires qui avaient vivement combattu l’Empire, puis les députés radicaux qui restaient fidèles au programme de 1869 et souhaitaient, pour le faire appliquer, l'établissement rapide de la République, enfin les irréductibles et les intransigeants ceux qui ne concevaient d’autre régime républicain que celui proclamé jadis par la Convention. (1)

A l’Assemblée de Bordeaux, le 8 février 1871, avaient été élus quelques républicains ardents et exaltés, F. Pyat, Delescluzes, E. Quinet, Tridon, Malon, etc... La plupart rentrèrent dans la capitale quand éclata la Commune, mars 1871, et donnèrent leur démission de députés. Un groupe de cinq représentants subsista irréductible et absolus. Ils déposèrent à maintes reprises une proposition d’amnistie en faveur des condamnés de la commune; ils protestèrent constamment contre le pouvoir consituant que s’arrogeait l’Assemblée et jusqu’à la séparation de ses membres demanderont sa dissolution. Les droites affectèrent de confondre avec eux les deux groupes de républicains, la gauche et l’Union républicaine.

De février 1871 à mai 1873, les extrêmes luttent contre les deux centres alliés et groupés autour de Thiers. A partir de la chute de celui-ci les droites se liguent contre les gauches qui s'unissent sous la direction de Gambetta

(1) A la Chambre, en 1902, il existait encore un groupe appelé « Extrême gauche radicale et socialiste ». Il disparut avant les élections générales ae 1906. <

d’abord, puis après la rentrée de janvier 1874 sous l'hégémonie du centre gauche qui, en attirant à lui une fraction dissidente du centre droit (le groupe de Lavergne), arrive à constituer la majorité qui organisera les institutions républicaines.

Si l’extrême gauche vote souvent à part ou s’abstient, elle s’unit aux autres républicains dans quelques circonstances solennelles. Pendant la campagne suprême des monarchistes en faveur du retour du comte de Chambord, septembre-octobre 1873, notamment. Mais lorsque le 13 juin 1874 la grande majorité des républicains renoncent avec Gambetta à réclamer désormais la dissolution de l’Assemblée, convaincus « qu’on pourra peut-être faire quelque chose » de celle-ci, l'extrême gauche reste attachée à la campagne dissolutionniste car elle se méfie de la République que les monarchistes sont, à son avis, à la veille de faire contre les Républicains. L. Blanc, Peyrat, Ledru- Rollin, J. Grévy demandent une Constituante. Ils craignent que la clause de la revision insérée dans la loi constitutionnelle ne cache le piège d’une restauration royaliste.

L’extrême gauche ne prend pas part au vote de la motion C. Périer qui proclame la République (27 juillet 1874) m à celui de la proposition Vallon qui ne proclame pas la République, mais au fond la crée (29 juillet).

Le 29 janvier 1875, Naquet dépose un contre-projel conforme à la doctrine républicaine traditionnelle : Chambre unique, pas de Président de la République mais un président du conseil des ministres responsable, ratification de la nouvelle Constitution par le suffrage universel, Ce contre-projet est écarté. Nous avons vu que le 28 janvier, Laboulaye avait défendu un amendement au projet Vantavon alors en discussion. « Le gouvernement de la République se compose...» il avait remporté un succès énorme et fortement ému l’assemblée, La partie semblait

L, JACQUES Il

gagnée lorsque Louis Blanc demande la parole. Castellane en profita pour faire renvoyer le vote à la prochaine séance, Tous les républicains furent indignés, sauf les cinq qui, avec L. Blanc, déclarèrentqu'il «ne pourraient pas voter.» (1) Le lendemain 29, «les cinq», L. Blanc, E. Quinet, de Montjau, Peyrat et Marcou s’abstiennent et, par vingt-trois voix de majorité, l'amendement Laboulaye n’est pas adopté. Le 30 janvier l’Assemblée se prononce sur l'amendement Vallon, déposé la veille « le Président de la République est élu par...» après une vive résistance, «les cinq » finissent par consentir à déposer leur bulletin dans l’urne et, à une voix de majorité, la République est légalement fondée en France. (2) En avril-mai 1875, de Montjau dépose une proposition d’amnistie en faveur des condamnés de la commune. Le 5 mai Ch. Floquet est élu président du conseil municipal de Paris.

Qu’était le radicalisme? Tocqueville avait prédit l’avenement de la démocratie en signalant ses avantages et ses périls. « Le radicalisme, c’est ce fini, ce poli de la démocratie qui en fait un cube taillé à l’équerre, un bloc.» J. Simon 1860. Cette doctrine, qui poursuit une réelle égalité entre les citoyens, demande davantage à la fortune acquise et désire une application aussi complète que possible du suffrage universel. Les progrès de la démocratie entraînent fatalement l’affaiblissement de l’État avaient dit Proudhon, et J. Ferry.

Lorsque la République fut votée, certains membres de l'extrême gauche déclarèrent : « À nos yeux, la République

(1) Hanotaux. T. III, p. 164.

(2) D’aucuns croient voir dans cette majorité infime un pur hasard et attribuent le vote de la République à une sorte d’accident. En réalité le pays voulait la République, toutes les élections complémentaires le prouvent. Si l'amendement Vallon n'avait pas été adopté et si l'assemblée avait été dissoute la nouvelle Constituante fut revenue fort probablement avec une majorité nettement républicaine. ‘

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