‹ Les Partis PolitiquesChapitre 50 sur 119 · III. — Le libéralisme de l'A. L. P. est de caractère un · texte numérisé non relu

III. — Le libéralisme de l'A. L. P. est de caractère un

(1) L’Action libérale populaire, par M. J. Piou. (3-4-5-6) Revue hebdomadaire, 26 février 1910, p. 488-489-491-13, (7) Congrès 1911. Compte rendu, p. 50. Rapport de M. Bruignac.

peu spécial. (1) Il y aurait bien matière à discussion sur les deux sens possibles du mot du cardinal Merry del Vale mais pour l'A. L. P. (le libéralisme) n’est pas une question de doctrine, c’est une question de conduite politique. » Est-ce à dire que ce n'est qu’une attitude commandée par les événements actuels, contingente et provisoire ?

IV. — Le cacactère expectant de cette méthode ne laisse pas que de jeter l’imprécision et l’obscurité sur son véritable but

€ Il faut surtout, en vue d’une orientation éventuelle de la politique, ne négliger aucun effort immédiat dans le domaine général, qui, jusqu’à nouvel ordre, demeure seul accessible au plus grand nombre des bonnes volontés (2)... pour l'honneur, pour le salut commun |’ A. L. P. poursuit la lutte; elle adjure la conscience chrétienne et patriotique du pays, de décider de l’avenir. Et si dans la nuit qui enveloppe nos espoirs on lui demande avec angoisse ou ironie : « Custos quid dicis de nocte? » elle répond en sentinelle fidèle : nouS veillons, nous inspectons le pays. Nous attenccns l’aube claire du lendemain » (3).

V. — L’A. L. P. est violemment antimaçonnique; cela ne suffit pas, semble-t-il, pour proposer des mesures qui risquent de compromettre l’unité du pays. Poser en principe le droit absolu du père sur l'intelligence, le cœur, la conscience et l’esprit de ses enfants, puis à côté de cette notion métaphysique placer une règle politique, « la liberté pour tous», liberté active, constructive, c’est lancer dans les institutions un germe de division et d’anarchie. Les droits de tous les pères étant égaux, les syndicalistes pourront demander qu’à côté de l’enseignement primaire officiel un enseignement particulier conforme à leurs vues et à leurs espérances soit assuré à leurs enfants. Déjà il existe un ma-

(1) « … liberté, libéralisme !.. jadis c'était le mot de ralliement des révolutionnaires, aujourd’hui nous le trouvons sur les lèvres de ceux qui, après l’avoir redouté, y voient la sauvegarde des situations acquises... leur courroux est dirigé contre les possesseurs du pouvoir et non contre le pouvoir même.» Maurice Deslandres. Préface à G. Lowes Dickinson : Le développementi du Parlement pendant le xix° siècle. Bibliothèque internationale de droit public, Année 1906, préface, p. 35.

(2-3) L’ Action libérale populaire, citée, p. 15-116.

nuel « l'Histoire de France pour les petits», par M. Hervé.

Déjà la question des écoles syndicalistes a été posée et examinée à la C. G. T. (qui compte 450.000 cotisants). Ne réclameront-elles pas si la R. P.$. (1) est inscrite dans nos lois, leur part de subsides proportionnels au nombre de leurs élèves? Certes l’A. L.P.s’écrie : iln’y a aucun rapport entre nos établissements libres et ceux que créeraient les révolutionnaires. A son point de vue à elle, oui, parce qu’elle entend la liberté d’une façon spéciale, mais psychologiquement le désir d’un syndicaliste de voir son fils partager toutes ses idées, n’est-il pas aussi respectable que celui du père catholique, protestant, israélite, libre-penseur? Dans certains milieux, l’idée révolutionnaire n’est-elle pas exaltée, ne rappelle-t-on pas le nom de ses héros et le sang de ses martyrs? C’est là le danger des formules simplistes « des idées d’une justice aveuglante». La question scolaire est bien trop complexe et délicate pour que la R. P.S$. la solutionne à elle seule.

VI.— De même le souhait de l’extension des attributions du chef de l’État et d’un collège spécial appelé à l’élire, rencontrant le principe du referendum, constitueraient dans notre droit public de graves innovations et amèneraient, par leur action et réaction réciproques, des conséquences qui pourraient réserver bien des surprises.

VII. — L’ A. L. P. s'élève contre les lois d'exception et revendique le droit commun pour tous.La pratique parlementaire des quarante dernières années à été partout en Europe dominée par le souci de spécialiser la législation pour l’adapter aux situations particulières. Le droit commun, ce n’est pas pour l’Église la faculté de s’organiser librement et à sa guise, c’est le droit pour l’État, fondé de pouvoirs de la société, de se défendre contre tout groupement ou association qui mettrait son existence, ou son indépendance en

(1) Répartition proportionnelle scolaire,

péril. Il en est de même des lois d’exceptions qui sont bonnes ou mauvaises selon le point de vue duquel on les envisage, et nul n’ignore que dans certains milieux on appelle « lois scélérates », les lois de 1894 contre les menées anarchistes, ou celle de 1911 contre les exclus de l’armée.

Elles n’en sont pas moins indispensables à la sécurité ou à la moralité publiques.

VII. — Dans l’ordre économique, la conception de l'A. L. P. très logique est peut être un peu théorique et abstraite. La mentalité des ouvriers a changé depuis Le Play et en outre, nombre de travailleurs ne pratiquent plus aucune religion. Ne serait-il pas à craindre qu'ilsse sentissent gênés dans des organisations, plus ou moins directement mais effectivement, inspirées par l'idéal chrétien de douceur, d’espoir en l’au delà et de résignation ? (1)

VIII.— Enfin, dans l’ordre social, l’on a dit que toute l’œuvre entreprise n’était qu’un moyen de gagner la confiance et les sympathies du peuple. Ce qui, pour une organisation politique, est parfaitement humain et légitime, mais ce qu’il est inutile de nier «...certes, ces accusations portées contre notre zèle social sont injustes et odieuses ». (2) Et cependant? « art, hygiène ou plus simplement distractions, qu'est-ce donc qu’une association politique et sociale en peut attendre? un acte fraternel n’est jamais mesquin. Mais puisqu’elles (ces créations) agréent à la jeunesse, à certains travailleurs elles deviennent un instrument de propagande des idées, un mode de recrutement, N'est-ce pas le but final de toutes les entreprises de l’Action libérale populaire ? » (3).

IX. — En terminant, il est mélancolique de constater combien, parmi les plus sincères, le souci politique peut entraver la pratique véritable des sentiments religieux.

(1) En Allemagne une encyclique récente du pape, sur l’obligation pour les ouvriers catholiques, de n’appartenir qu’à des syndicats catholiques, a soulevé bien des difficultés.

(2-3) L’ Action libérale populaire, p. 113-111,

L'A. L. P. compte que les détenteurs de la puissance d’emploi (patrons, commerçants, industriels, propriétaires, —et la plupart sont catholiques ou ceux qui ne le sont pas sont autant que ceux-là désireux de recruter leur personnel parmi les hommes d'ordre) (1) et les détenteurs de la force de consommation feront leur devoir — devoir impérieux — et réserveront leurs préférences personnelles, leurs recommandations à leurs amis, à leurs coreligionnaires, aux membres de l'A. L. P. Ce qui fait, si ces instructions étaient suivies à la lettre, que les ouvriers ou employés, les commerçants non adhérents à l'A. L. P. ne trouveraient les uns plus de travail, les autres plus de clients dans les milieux sympathiques à ce groupement !

L’A. L. P. est la première organisation politique, croyonsnous, qui en France a introduit dans le monde économique de pareilles considérations et préconisé de semblables procédés de combat (bureaux de placement et listes de fournisseurs privilégiés).

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