IDÉAL ET CARACTÈRES
renaissance de la France. Nous nesommes pas des critiques toujours habiles quand il s’agit d'empêcher une réforme, toujours impuissants quand il s’agit de substituer à un abus une réglementation nouvelle. Toutes les fois qu’on nous propose un projet de loi nouveau nous l’examinons, de quelque parti qu’il vienne, s’il est bon, nous l’acceptons, s’il est mauvais nous disons pourquoi, s’il y a quelque chose de mieux à faire nous nous empressons de l’indiquer et de le voter.» (1 et 2?)
« Parti d’action, nous voulons aussi et surtout être un parti de liberté. La liberté est un mot que l’on voit partout.» « L’Action libérale populaire est une association qui a pour but la défense et la conquête de toutes les libertés nécessaires à la vie de la nation...» Ainsi est justifié le qualificatif de libéral. Le mot demande cependant à être précisé : il s’agit de la défense des libertés religieuse, civique, économique, menacées par la tyrannie maçonnique, jacobine et socialiste non d’une thèse philosophique héritière du libéralisme dogmatique... on a prétendu confondre ce programme de . liberté avec. le libéralisme invoqué par la libre-pensée et condamné par la papauté. D'où pourrait naître une si injurieuse confusion ?.… A-t-on jamais entendu les dirigeants de l’Action libérale nier la suprématie de la loi divine et la nécessité du christianisme dans la vie morale des sociétés? (3) Pourquoi avoir (alors) dénommé libérale cette association? Encore une fois parce que les conditions de la lutte l’exigeaient, (4). Si elle invite tous les partisans de la liberté à participer avec elle à cette œuvre de défense, l'Église en sera-t-elle moins bien gardée? (5) Dans une audience où il fût accueilli avec un particulier honneur, M. Piou exposait à Pie X le malentendu que l’on s'efforce d’entretenir sur le mot libéral. Le cardinal Merry del Val dit alors « mais pour l’action libérale ce n’est pas une question de doctrine, c’est une question de conduite politique.» Pie X ajouta «... Persévérez, il faut défendre l’Église par la liberté. » (6)
Enfin nous sommes une action populaire parce que d’une part elle veut (cette action) puiser sa force dans le peuple même par le nombre de ses adhérents; d’autre part elle est soucieuse avant tout de défendre les intérêts des travailleurs constamment trahis par ceux qui promettent tout avant les élections pour ne rien tenir après. (7) nous voulons dire par là (action populaire) que nous entendons mettre au premier rang de nos préoccupations les réformes destinées à améliorer le sort du plus grand nombre... nous ne sommes pas des démagogues, mais nous sommes des
(Let?) Discours de M. le sénateur Las-Cases. Compte rendu. Congrès 1909, p. 61-62-65.
(3-4-5-6-7) L’Action libérale populaire, citée, p. 2-19-20-43 en note,
amis du peuple et de ses justes revendications (1) les bons français sans distinction d'opinion veulent l’amélioration progressive et pratique de la condition des travailleurs des champs et des villes dans un esprit de justice et d'amour mutuel. (2). (en 1902 l'A. L. P. sort des conseils parlementaires pour aller chez le peuple.» (3)
Quels sont ses principes essentiels?
Dans l’ordre politique, elle entend rester sur le terrain légal et pratiquer le loyalisme constitutionnel, tout en poursuivant l’amélioration des conditions de la vie publique actuelle (élaboration d’une nouvelle constitution basée sur la déclaration des Droits de 1789 « modifiée sur certains points » et confiée à la garde d’une Cour suprême).
Dans l’ordre économique, elle s’inspire de la doctrine de l'École catholique sociale (MM. de la Tour du Pin, de la Charce, de Mun, etc...), et, tout en étant hostile au socialisme d'État (surtout pourrait-on dire au socialisme chrétien) elle admet, contrairement à l’École libérale orthodoxe, l'intervention du législateur dans de nombreuses questions jusqu'ici laissées au libre accord des intéressés (limitation des heures de travail, retraites ouvrières).
Dans l’ordre social, elle veut réagir contre les excès de l’individualisme et restaurer le régime des associations, « l’armature de la vieille France.» Elle propose la pratique des vertus chrétiennes et rappelle aux classes dirigeantes les devoirs et les obligation: que leur situation leur impose.
Quelle est la devise de l'A. L. P.? C’est « liberté pour tous, égalité devant la loi, droit commun, amélioration du sort des travailleurs. »
Quel est son cri de ralliement, sa formule? « Liberté, liberté ».
) Congrès 1909. Compte rendu, p. 67.
(1 (2) Brochure de propagande, Bulletin d’ahésion, p. 1.
(3) L’Action libérale populaire, citée, p. 45. Il semble bien que l’A.L.soit populaire mais non pas démocratique. La conviction apparaît parmi certains de ses adhérents « du mal causé par la Révolution, de la fausseté des dogmes de 89 ».
Quels sont les grandes lignes de son triple programme politique, économique et social? (1)
Dans l’ordre politique. La liste des « réformes constitutionnelles » a été exposée en huit alinéas différents par le Congrès de 1906 (2) (déclaration des droits, Constitution, Cour suprême, élection du chef de l’État par un grand collège spécial, organisation et représentation professionnelle (3) vérification des pouvoirs des élus de la Nation, referendum, décentralisation provinciale et municipale); sur la question du Statut des fonctionnaires le congrès de 1909 (4) adopta le vœu suivant :
« Le Congrès se rallie « au projet de loi du 25 mai 1909 sous les modifications ci-après : les candidats ne pourront être écartés que pour cause d’indignité et la décision ministérielle sera toujours susceptible d’être attaquée devant le Conseil d'État... le tableau d’avancement (au choix). devra être obligatoirement suivi... aucun fonctionnaire ne pourra être l’objet d’une peine disciplinaire pour avoir manifesté en dehors de son service des opinions politiques ou religieuses non conformes à celles du gouvernement.»
En ce qui concerne le referendum :
Le congrès (5) considérant que les lois votées par le Parlement ne sont pas toujours l'expression de la volonté nationale, que d’autre part le pouvoir illimité du Parlement constitue la plus dangereuse des dictatures; émet le vœu que la nation soit appelée à se prononcer par voie de referendum sur les grandes lois d’intérêt général touchant aux droits (6) et aux libertés des citoyens. » :
En matière de rapports l'Église et de l’État «M. de Mun déclare très nettement qu’il n'y a pas d'organisation légale possible de l’église en Franre sans une entente préalable avee le Saint-Siège. la même pensée reprise avec force par M. Piou est finalement acclamée par le Congrès (7).»
1) Voir documents annexes 2) L’ Action libérale populaire, citée, p. 187 à 189. 3-4-7) Vœu émis à ce sujet après une intéressante discussion, voir Cons . Compte rendu, p. 37 à 44, ?9 à 36, 55.
. Congrès de 1911. Compte rendu, p. 37 à 39.
« Lois » dans le texte, sans doute faute d'impression,
( ( ( grè ( (6)
L’A. L. P. attache à la question de l’enseignement une importance essentielle et vitale. Plusieurs de ses orateurs ont affirmé le droit absolu du père et de la mère de famille de « former (leur enfant) à leur image et ressemblance, de le pénétrer de leurs vues, de leurs convictions, de lui faire partager leurs idées en ce monde et leurs éternels espoirs en l’au delà; d’autres ont posé le principe que «les enfants par droit de nature dépendent de leurs parents qui en ont la charge et la responsabilité.» Un premier devoir s'impose donc aux parents catholiques, celui de surveiller l’enseignement officiel.
« Si l'État doit enseigner parce qu’il y a trop d’indifférence et d’apathie dans le pays (1)... parce qu’en pratique l'immense majorité des pères et mères de famille absorbée par le souci du pain quotidien ne peut élever ses enfants elle même et est obligée de déléguer son droit au maître d’École (2). qu'il n’ait pas au moins le droit (l'État) d'enseigner aux enfants catholiques les doctrines
des loges et de leur souffler l’incrédulité, l’indifférence, la négation religieuse (3) ».
Mais ce n’est là qu’un pis aller.
« La vérité ce serait la liberté absolue de l’enseignement et l’État n’enseignant pas (4), l’idéal serait que chaque père de famille put faire le choix de l’école qui lui agréerait (5)... Le second devoir des catholiques est d’envoyer leurs enfants, s’ils le peuvent, dans des écoles catholiques. « .… Que faire alors? chacun fondera les écoles qu’il voudra et l’État sera obligé de concourir aux frais de ces écoles en proportion de leurs élèves. » (6)
C’est l’idée de la répartition proportionnelle des crédits scolaires (7) (la R. P.S$. ce qui avec la représentation proportionnelle politique et la représentation professionnelle fait la trilogie les 3 R. P. du programme de l'A. L. P.), tous les catholiques sont invités dans ce double but (surveiller et moraliser l’enseignement officiel, soutenir et favoriser partout où c’est possible les écoles catholiques),
(1-3-4-6) Congrès de 1911. Compte rendu, p. 17. M. Piou. (2 5) Congrès de 1911. Compte rendu, p. 73. M. Fabien Cesbron.
(7) Voir le grand débat soulevé à ce sujet. Congrès 1911. Compte rendu, p. 47 à 56,
à se grouper et à entrer dans les associations de pères de famille qui, au début de 1911 étaient (la Seine exceptée) au nombre de 801 associations cantonales déclarées, réparties en 17 fédérations diocésaines, et organisées en une Fédération nationale ayant son siège à Paris (1). L’Action libérale populaire avait en 1906 « logiquement complété son programme en se préoccupant de préserver de la contamination scolaire les citoyens de l’avenir (2)», et elle émit la même année le vœu «que tous ses comités prêtent leur concours aux institutions post-scolaires (3).»
L’A. L. P. souhaite de nombreuses réformes politiques (réformes électorales (4) la représentation proportionnelle (5) etc.
Dans l’ordre économique l’A. L. P. a exposé un programme original et en certains points très avancé. Il s’inspire d’une intervention modérée de l’État dans les questions économiques.
« Si le socialisme d’État est un péril, l’abstention complète de l'État est une désertion (6); devant l’antagonisme grandissant entre le capital et le travail elle voudrait (l'A. L. P.) concourir à la pacification (7). Pour nous « le chacun pour soi» est... un legs du paganisme que nous répudions. Le « Libre-cours des choses » si cher à certaines écoles nous apparaît comme le rêve de théoriciens chimériques et surtout comme le refuge de l’égoïsme (8).»
L’A. L. P. a émis des vœux en faveur de l’enseignement professionnel (9), des retraites ouvrières (10), de la conciliation et de l’arbitrage(11) de la réglementation des heures de travail (12) de la fixation d’un salaire minimum pour l’ouvrière à domicile (13) de l’extension de la capacité civile
des syndicats (14).
(1) Discours du président de cette Fédération. Même Congrès p. 24 à 31.
(2-3-4) L’ Action libérale populaire, citée, p. 68, 186, 178-179-184.
(5) L’ Action libérale populaire, citée p. 180 et depuis 1906, dans chaque Congrès, notamment 1911, p. 19.
(6-7-8-9-10-12) L’ Action libérale populaire, citée, p.65-87-87-186-178-183.
(11) Congrès de 1911. Compte rendu, p. 41.
(13) Congrès de 1909. Compte rendu, p. 45.
(14) L’Action libérale populaire, citée, p. 181.
Mais ce qui constitue l'originalité et la caractéristique de la doctrine économique de l'A. L. P., ce sont ses projets d'organisation et de représentation professionnelles. Leur clef de voûte est « la reconstitution de la profession avec tous ses éléments sans exception.» L’A. L P. estime en effet que « le Syndicat maintenu sur le terrain professionnel est un moyen de pacification sociale et prépare l’organisation stable du monde du travail (1).
« Convaineu que l’organisation professionnelle est une nécessité sociale et (que) la base même de cette organisation est le syndicat sous sa double forme; syndicat patronal et syndicat ouvrier. que le syndicat a pour mission de réglementer de représenter et de défendre les intérêts collectifs de la profession. émet le vœu (le Congrès de 1905) que le mouvement syndical professionnel soit à l'avenir encouragé et secondé, que l’organisation du travail soit assurée par des associations formées au sein des corps professionnels, ayant à leur base des syndicats patronaux et des syndicats ouvriers librement constitués, avec conseils professionnels comprenant les délégués de chaque catégorie de syndicats et pourvus d’attributions représentatives et réglementaires (2)». Enfin le congrès de 1911 (3) déclara que « … renfermé dans son rôle seul légal d’organe d’étude et de défense ferme mais pacifique des intérêts professionnels, le syndicat est un instrument de progrès social. »
Le syndicat reste libre, à titre transitoire, mais une prime est accordée à ses membres.
«€ Il convient d’attirer au syndicat ainsi compris le plus grand nombre possible de membres de la profession, d’ailleurs le professionnel, qui s’en tiendrait systématiquement à l'écart, manifesterait par là un souci moins grand des intérêts de la profession. il conviendra donc là où le syndicat sera ainsi compris et pratiqué d'assurer une part prépondérante aux syndiqués pour la désignation des représentants (de la profession), appelés à siéger aux conseils de conciliation et d’arbitrage (4).»
Dès l’année 1904, l'A. L. P. met en avant deux idées que depuis lors elle ne cessera de recommander. Les conditions
) Congrès de 1904. V. L’ Action libérale populaire, p. 181. ) Congrès de 1905, V. L’ Action libérale populaire, p. 183. ) Congrès 1911. Compte rendu, p. 41.
(1 (2 (3 (4) Rapport de M. Toussaint, Congrès 1911. Compte rendu, p. 41,
du travail varient suivant les professions, les régions; des règles générales pourront être posées dans une loi, mais tout ce qui sera d’une application spéciale à la profession et à la région devra être laissé à la réglementation des groupements professionnels (1)...la profession, c’est pour une bonne part la vie de l’ouvrier. Là sont ses intérêts, là ses intérêts rencontrent ceux du patron. C’est dans le sein de la profession que s’établira la concorde ou que surgiront et s’envenimeront les conflits. (2)
Les cheîs de l’A. L. P. (3) déposaient une proposition de loi en vertu de laquelle
« il est dressé dans chaque commune une liste professionnelle sur laquelle sont inscrits tous les membres de la profession divisés en sections : patrons, employés, ouvriers. L'ensemble par canton, arrondissement ou département suivant les cas, formele corps professionnel... dans le corps professionnel est élu un conseil professionnel composé en nombre égal de membres des diverses sections de la profession, patrons, employés, ouvriers... Ainsi constitué, le corps professionnel a comme attribution essentielle la garde des intérêts généraux de la profession. Il est nécessairement consulté sur tous les projets de règlements d'administration publique que le Conseil d’État élabore pour l'application des lois sur l’organisation du travail, les institutions d’assistance ou de prévoyance. Il rédige luimême, dans les limites des lois générales, les règlements spéciaux à la profession; établis par lui ces règlements spéciaux doivent d’ailleurs être soumis au referendum du corps professionnel tout entier et y recueillir l'adhésion des trois quarts des votants... le Conseil professionnel a la surveillance de l’apprentissage. 11 statue comme conseil d'arbitrage dans les différends collectifs entre patrons et ouvriers (ou employés) de la profession, il remplit l'office de conciliateur dans les différends d’ordre individuel... il a des ressources; il fixe la cotisation, variable suivant la section, que doivent payer tous les membres de la profession ; il a la capacité civile, le droit de posséder de recevoir des dons ou des legs. Ce sera la profession orga-
nisée qui devra régir les retraites. envoyer dans nos assemblées (politiques) des représentants vraiment autorisés du monde du
travail et compétents. elle fera circuler la vie dans tous les membres du corps social. » (4)
(1-2) L’ Action libérale populaire, citée, p. 121, 124.
(3) MM. Piou, de Mun, Lerolle, de Castelnau, Ollivier, d°, p. 125,
(4) L’ Action libérale populaire, citée, p. 125 et 126,
Quelques membres de l’A. L. P. ont pensé que « avant de représenter la profession, il faudrait l’organiser selon le projet Gailhard Bancel.» La plupart des groupes consultés en 1909 ont vu, dans la Représentation professionnelle, le moyen de hâter et de coordonner la reconstitution de la profession avec tous ses éléments sans exception.
« L'époque des Parlements purement politiques est close, la Représentation nationale doit devenir politique et économique. Un Sénat ou Grand Conseil professionnel issu de Chambres ou Conseils régionaux eux-mêmes élus par tous les membres de la profession, syndiqués ou non, répartis en grands groupes de professions connexes... le pouvoir législatif est maintenu aux représentants des intérêts généraux, mais... les pouvoirs publics doivent obligatoirement consulter le Grand Conseil sur tout projet de loi, décret ou règlement pouvant intéresser directement ou indirectement les professions et (il lui sera) accordé un pouvoir réglementaire intérieur très large (1).
Quels éléments comprendra le corps électif?
Le vote par groupe est,à n’en pas douter, la solution de l’avenir; il s’imposera le jour où la profession reconstituée et réorganisée complètement en comprendra tous les membres. Mais actuellement en raison du caractère plus politique que professionnel de beaucoup de syndicats la majorité des Comités a sagement préféré, à titre transitoire, l'élection des représentants par tous les membres de la profession, syndiqués ou non syndiqués; des listes professionnelles établies par commune constateront la profession de chacun et lui confèreront le droit de vote... Nous sommes amenés à la constitution de corps professionnels par régions de plusieurs départements. »(2).
«La Représentation professionnelle nous donnera surtout une image exacte des intérêts économiques et sociaux du pays comme la R. P.,nous donnera l’image exacte de ses opinions et de ses intérêts généraux...» « vos études prouveront que dans celle maison à l’envers que nous a faite la mise en pratique des «faux dogmes de 89», selon le mot de Le Play seuls les catholiques peuvent rétablir l’ordre en plaçant chacun et chaque chose en son lieu : la famille et la profession à la base, Dieu au sommet. (3) »
(1-2) Congrès de 1909. Compte-rendu, p. 40, 41., (3) Congrès de 1909. Compte rendu, p. 42,
Dans l’ordre social l'A. L. P. attache le plus grand
prix à ce que l’on a appelé « l’action de l’homme sur l’homme ».
« Quelle que soit l'importance du devoir politique il n’a pas le caractère impérieux ct la haute portée morale du devoir social (1)... L'œuvre sociale est peut-être la principale mission de notre association. Notre plus haute ambition serait de rapprocher et d'élever la condition des hommes, de leur donner le moyen de défendre leurs droits, d'améliorer leur sort et surtout de calmer leurs colères par la justice. des les réconcilier avec la paix et l'espérance enleur montrant la sainte dignité du travail, la grandeur de l’homme jusque dans la condition la plus humble et la sublime conception de la vie chrétienne avec ses origines divines et ses promesses éternelles… (2) La question sociale... est par dessus tout une question morale. L’accroissement des salaires. resteront des palliatifs impuissants si l’âme populaire ne secoue pas le joug des doctrines matérialistes et ne retrouve pas son idéal divin... le Décalogue et l'Évangile sont les grands facteurs uu vrai progrès social... la solution du problème social est dans le christianisme. » (3)
Ce qu’elle poursuit surtout (l'A. L. P ), c’est l’action sociale.
« Elle fait un constant appel à l'initiative de ses comités et de ses adhérents pour la création d'œuvres sociales : secrétariats du peuple mutualités bibliothèques et cercles populaires, caisses de prêts, habitations et jardins ouvriers, etc.…, mutualités et syndicats agricoles manquent un peu de vie...une de leurs principales fonctions serait la fusion des classes, or les classes n’y fusionnent pas. (4) Il ne lui suffit pas (à l'A. L. P.) que ses adhérents fassent un généreux usage des biens matériels; elle veut qu'ils soient les initiateurs, les propagandistes, les apôtres inlassables de toute entreprise favorable aux intérêts populaires... les institutions ouvrières ne doivent être conduites que par les ouvriers mais il appartient à ceux qu'ils nomment «les bourgeois », de les éclairer sur les ressources et le sens de la législation, de mettre à leur service leur compétence et leurs loisirs, de leur tracer la voie, d’être des promoteurs et des conseillers toujours prêts à se dévouer, toujours prêts à s’effacer. » (5)
Le rôle des classes élevées est donc d’ « aller au peuple.»
(1-2-3-4) L’ Action libérale populaire, citée, p. 64, 67, 89 eL 90, 87 et 88, (5) L’Action libérale populaire, citée p, 92 et 93,
Mais le peuple semble se méfier. Il faut « multiplier les occasions de rencontre avec des représentants du monde du travail». (1)
« Les œuvres sociales doivent être multiples en leur but. « La plupart des catholiques et des libéraux détiennent comme propriétaires industriels ou commerçants la plus large part peut-être de la puissance d'emploi, favoriser l'adversaire est contraire au bon sens età l'honneur... l'exemple du Bureau de placemenifondéil y a un an rue Molière est probant...après le pain quotidien que luiassure un emploi, le travailleur demande surtout le Conseil. les Secrélariais du peuple offrent alors leurs bons offices... par cet intermédiaire on prendra contact avecun grand nombre d'hommes... par les associations de travailleurs (l'A. L. P.) créé des forces sociales. plus de 150 comités s'intéressent spécialement aux syndicats (mixtes ou séparés) d'ouvriers d'agriculteurs ou de pêcheurs... les syndicats donnent aux comités de l’A. L. P. l’occasion de traiter des questions du travail avec les intéressés. les bourgeois des comités, les professionnels des syndicats sont des interlocuteurs nécessaires. (2) C’est la force de l’A. L. P. de pouvoir réunir les uns et les autres..l’antique demeure qui, au cours des siècles abrita métiers et professions peut, avec quelques travaux d’appropriation, donner de nouveau asile aux isolés, aux errants, aux égarés du travail national; l’A.L.P. a reçu l'adhésion de divers groupements ouvriers, parmi lesquels L'Union des travailleurs libres qui compte 5.000 membres (3). Les Maisons du peuple sont également des centres qui permettent aux comités de l'A. L. P. de prendre contact avec les travailleurs... d’autres comités (moins fortunés) louent des locaux qui accueillent conférences, bibliothèques, cercles d’études... (4)
L’A. L. P. favorise toutes les institutions économiques qui créent un lien entre les participants et procurent des avantages matériels : mutualités, assurances... caisses de
(1) L’Action libérale populaire, citée, p. 94.
(2) L’Action libérale populaire, citée, p. 87 à 103. En recevant les patrons (industriels et commerçants) qui forment les Unions fédérales M. Piou disait : «… Substituer à la lutte pour la vie, formule impie, l’entente pour la vie, formule fraternelle c’est assurément le juste souci de patrons conscients du rôle social que les événements leur ont fait; mais vous avez de ce rôle une idée encore plus grande... j’ai lu dans la notice qui précède vos statuts cette phrase frappante : nos syndicaïs sont créés sur le terrain catholique parce qu’un groupe ne resle homogène que si ses membres font de la loi morale leur règle d'action. si le socialisme doit être vaincu il le sera par cettehaute compréhension du rôle patronal; je crois même qu’il ne peut l’être autrement, »
(3 et 4) L’ Action libérale populaire, p. 104 et 105, 105.
ORGANISATION 333 retraites, habitations et jardins ouvriers, caisses de crédit, ateliers, coopératives... son vœu est de favoriser le bien déjà entrepris.
(elle a patroné) l'association des commerçants détaillants pour l'achat des marchandises en commun... l’A.L.P. témoigne un vif intérêt au petit commerce, il constitue une force sociale qui doit être respectée. assurer la clientèle des adhérents de l'A. L. P. aux commerçants qui, eux-mêmes en sont membres, est un des modes de cette protection...les vendeurs qui augmentent leur clientèle et l’enlèvent aux adversaires de nos idées. trouvent avantage à cette combinaison (liste des fournisseurs privilégiés)..les caisses de prêts gratuits, les dispensaires médicaux, les sociétés musicales, les unions sportives, les comités de l'A. L. P. les ont multipliés. (1)
« C’est par l'élite ouvrière formée dans et par les œuvres que l’on peut faire connaître à ces réfractaires nosidées et notreprogramme. l’apostolat ne peut, le plus souvent, être exercé que par des intermédiaires.… préparer ces intermédiaires à l’action conquérante…. tel est le résultat que l'A. L. P. peut obtenir en ses diverses œuvres sociales. » (2)
« C’est là la méthode progressive. Former les générations de l’avenir, reprendre les substructions ébranlées de la Nation. l’œuvre est immense !... Ainsi dans le domaine social l'A. L. P. professe la age doctrine; elle commence à constituer les groupements, les centres où les divers éléments de la nation apprendront à se connaître et à s’entr’aider. » (3) .
L’Action libérale populaire constitue une vaste association (4) créée sur le modèle de celles prévues par la loi du 1er Juillet 1901.
A côté du Comité central ou directeur existent un secrétariat général, des bureaux très spécialisés et une section d'étude. (5) Leur siège est à Paris, 7, rue Las-Cases.
(1-2-3) L’ Action libérale populaire, citée, p.107 à 110,113 et 114,106 et 107,
(4) Voir les statuts — documents annexes.
(5) L’ Action libérale populaire, citée p. 48 et 50.
L'A. L. P. comprend : 1° des Comités ou groupes agréés par le Comité central ou constitués par lui; 2° des membres sociétaires qui versent une somme de 500 francs ou une cotisation annuelle de 25 francs au moins; 3° des membres adhérents qui paient une cotisation annuelle de 1 franc au moins. Les femmes peuvent faire partie de l’Association, art. 4.
Les adhérents sont répartis en comités communaux, cantonaux, d'arrondissement provisoirement, et de départements. Le Congrès de 1911 a émis le vœu que
« tous les efforts Llendent à constituer ou à développer rapidement dans chaque département un Comité départemental avec toutes ses ramifications exclusivement composé d’adhérents de l'A. L. P. où tous les arrondissements, et dès qu’il sera possible tous-les cantons, seront représentés, avec bureau et secrétariat permanent, ayant pour objet, outre la préparation incessante des élections, de compléter et de tenir en haleine l’organisation cantonale et de faire connaître notre programme.» (1)
« De l’avis général, le bureau doit être élu par le Comité départemental, sauf ratification du Comité directeur de Paris et chaque arrondissement devrait avoir au moins un vice-président. » (2)
Néanmoins « les groupes ou comités qui deviennent membres de l’A. L. P. conservent leur entière indépendance», art. 5 des statuts. (3) « Bientôt les bureaux ne suffirent plus que difficilement. il parut nécessaire de créer en province des délégués... conférenciers, inspecteurs (4)... une mesure a déjà reçu quelques commencements d’exécution, c’est la fédération des comités par régions, unions régionales (6 en 1907), comité et secrétariat régional (5).
L'organisation généralede l’A. L. P. est complétée par les groupements auxiliaires de la Jeunesse libérale, (6) de la Jeunesse catholique, (7) de quelques comités de dames directement affiliés à la puissante Ligue Patriotique des françaises, des unions fédérales formées de patrons indus-
(1 et 2? ) Congrès 1911. Compte-rendu, p. 57 à 64, 59. (3-4-5-6-7) L’' Action libérale populaire, citée, p. 168-49-53-54-56-57-149.
triels et commerçants, (1) de l’union des travailleurs libres (2).
A côté du Comité central existe le groupe parlementaire de VA. L. P. à la Chambre. Les rapports entre ces deux organismes ne sont ni définis ni limités, mais la plupart des membres du Comité directeur font partie du groupe parlementaire.
Quels sont les moyens d’action de l'A. L P. Tous les deux ans, cette association tient un Congrès général ou national au cours duquel sont exposés les résultats des enquêtes faites auprès des groupes ou comités adhérents sous la triple rubrique : organisation, questions électorales, questions sociales.
« L'un des principaux moyens de propagande de l’A. L. P. est la parole publique, les conférences », une autre est la presse. Dès 1904 « on s’appliqua au perfectionnement de l’arme essentielle qu’est la presse. » (3) L’A. L. P. «a suscité de puissants concours pour la création et la diffusion des journaux de l’opposition. (4) La société de la presse régionale formée par des membres de notre association dans le but de favoriser la création de nouveaux organes catholiques là où ils n’existent pas encore et de venir en aide à ceux qui ont besoin d’un secours momentané. » (5)
Le Bulletin hebdomadaire (adressé aux membres sociétaires) et le Bulletin trimestriel (envoyé gratuitement aux membres adhérents) sont les organes officiels de l’Association. Celle-ci édite également un almanach tiré à plus de 150.000 exemplaires. Elle publie et répand à profusion des tracts, brochures et affiches. « La presse appartiendra à la plus grande force de propagande», a dit un de ses membres. (6)
« Si les grandes conférences sont impossibles pourquoi n’y pas substituer des cercles d’études? des entretiens familiers... le châtelain, le notaire, le médecin, le fonctionnaire retraité résumeront aisément la lecture des journaux pour étudier avec une trentaine de
(1-2-5-6) L’Acition libérale populaire, p. 150-105-77-78.
(3-4) Congrès 1907 Compte rendu p. 64-76.
braves gens... les paroles qu’ils diront ainsi. mises à la portée de l'auditoire, répétées sans cesse auront dans les esprits un écho plus durable que les triomphes oratoires (1). Ces modestes réunions populaires, intimes, fréquentes, elle les opposera (l'A. L. P.) de plus en plus au flot socialiste comme ces pis... » (2)
L'un des plus grands moyens de propagande del’A. L. P., nous l’avons vu, consiste dans son action sociale. Un autre dans l’œuvre de son groupe parlementaire,
« l'initiative privée ne saurait suffire. C’est une force singulière pour les membres du groupe parlementaire de se sentir appuyés par l’adhésion, quelquefois même dirigés, par les initiatives d’une si vaste association. » (3)
Quelle est l’importance de l’A. L. P.?
Elle assure qu’au début de l’année 1911 elle comptait 37 fédérations, 2.005 comités ou groupes d’adhérents, 265.000 adhérents. (4)
Son groupe parlementaire qui comprenait 79 élus en 1902 et 64 en 1906 (5) en réunissait 31 au lendemain des élections générales de 1910 Cette diminution s'explique à la fois par les échecs électoraux des membres de l’A. L. P. et par ce fait qu'après 1910 les groupes à la Chambre furent déclarés fermés. De nombreux députés, qui étaient inscrits à la fois au groupe de l’Action libérale et à un, ou même à plusieurs autres (31 en 1906), durent choisir et un certain nombre d’entre eux abandonnèrent celui de l’A. L. P. Au Sénat, les élus de cette association ne forment pas un groupe spécial,
D’après ses statuts (art. 2), les moyens d’action de l'A. L. P. sont tous légaux.
Cependant la lecture du compte rendu du Congrès de 1911 donne l'impression que l’état d’esprit de plusieurs libéraux catholiques n’est peut-être pas très éloigné, sinon du désir de provoquer une crise violente du moins de l’in-
(1-2-3-5) L’ Action libérale populaire, citée, p. 84-85-115-128-32. (4) Congrès de 1911. Compte rendu, p. 57.
tention de profiter, contre le régime actuel, de toutes les circonstances favorables.
« Nous prenons ici l'engagement que si jamais un jour — et il n’est pas si éloigné que vous le supposez — vous et moi dans une commune entente, dans une commune fraternité nous pouvons nous saisir, nous emparer des rouages du gouvernement de ce pays, eh ! bien pour la France et au nom de la France nous ne partirons pas (1). Merci au nom de l’armée, je ne crains pas de dire tout haut qu’il existe dans Paris une Ligue militaire (qui comprend aujourd’hui 800 officiers) décidée à s’employer au salut du pays si l’occasion s’en présente. le jour où une crise grave éclatera dans Paris, de quelque nature qu'elle soit, qu’elle vienne d’une grève générale, d’une crise intérieure ou d’une crise extérieure, nous convoquerons à la Salle Wagram tous les membres de cette Ligue et nous vous convoquerons en même temps. vous vous direz qu'il faut venir nombreux, disciplinés, silencieux et résolus... nous sortirons par quatre comme une troupe et nous irons ce jour-là où le génie de la France nous conduira.» (2)
Et M. Piou, congédia l’assistance par ces mots : «Soyons prêts pour les luttes, pour toutes les luttes.» (3). Il est vrai que la discussion du projet de loi sur la défense de l’école laïque avait surexcité les esprits.
«Je demande aux jeunes bien français. de défendre coûte que coûte la liberté et si la loi passe de faire le serment dela violer (4)... pour lutter contre les persécuteurs de l’âme de nos enfants, tous les moyens sont bons (5)... La victoire ne vient qu'aux audacieux (6) nous saurons décider la contre-attaque (7)... la jeunesserépublicaine libérale combattra, s’il le faut par la force,les lois injustes contre la liberté d’enseignement. » (8)
En temps normal, la tactique de l'A. L. P. est moins belliqueuse. Elle convie tous les partisans de la liberté — de la liberté telle qu’elle l'entend — (9) à s’unir à elle :
«...ceux-niêmes qui préfèrent politiquement le régime d’autorité
(1) Congrès 1911. Compte rendu, p. 112. Toast de M. L. Millevoye. (2) Toast de M. le commandant Driant. p. 113. (3) Allocution de M. Piou. p. 113.
(4-5-6-7-8) Congrès 1911. Compte rendu, p. 88-89-106-109-110.
(9) Congrès 1911. Compte rendu, p. 31. M. Piou : « Je remercie les courageux orateurs.. j'espère que jusqu’au dernier moment ils resteront sur la brèche tenant en leurs mains le drapeau de la liberté qui est tout d’abord le drapeau de la liberté de l'Eglise, »
au régime de la liberté doivent s’en tenir dans le temps présent à la défense des libertés nécessaires (1)...si elleinvite tous les partisans de la liberté à participer avec elle à cette œuvre de défense... » (2)
Elle ne s’en cache pas. « Si (elle) défend la liberté des catholiques odieusement attaquée, elle doit l’affirmer nettement et ne pas s’abaisser à craindre la ridicule accusation de cléricalisme » (3), elle prête son concours à tous les hommes de bonne volonté. « L'union, oui, mais l’union au grand jour. Je dis aux monarchistes… vous êtes nos alliés, nous combattrons à vos côtés. aux autres, à ces républicains éprouvés qui ont rêvé la République honnête, libérale, tolérante.… je dis: voulez-vous notre concours, notre dévouement? vous l’avez, (4)» À la veille de certaines élections générales, en 1902 notamment, l’A. L. P. estimait que le bloc des éléments de droite était nécessaire.
« Qu'on le veuille ou non, la France est divisée aujourd’hui en deux camps, d’un côté tous les violents, tous les jacobins, tous les sectaires appuyés sur les collectivistes, de l’autre les patriotes, tous les indépendants, tous les libéraux, tous les modérés appuyés sur les conservateurs. Il faudra désormais choisir entre l’un et l’autre de ces deux camps. Le temps des hésitations et des défiances est passé.» (5)
Mais l'A. L. P. ne cherche pas à imposer son hégémonie à toutes les fractions de l’opposition. Elle n’en constitue qu’une partie, bien qu’elle en ait été, en maintes circonstances, «l’âme entraînante et organisatrice » (6), elle n’est qu’une unité dans la grande armée de l’Opposition « nous ne serions pas des libéraux, si nous n’admettions pas que dans une armée il peut y avoir des uniformes divers, des armes, des méthodes de combat différents : l'infanterie. l'artillerie, la cavalerie. il y a même quelquefois des chevaux légers.» (7) Néanmoins l’A. L. P. entend rester elle, garder sa personnalité, augmenter son homogénéité.
(1-2-3-4-5) L’ Action libérale populaire, p. 5, 19 et 17-24-38. M. Piou.
(6) Congrès 1911. Compte rendu. M. de Magallon, p. 88. (7) Congrès 1909. Compte rendu. M. de Las-Cases, p. 61.
ÊRITIQUE 339
« que les Comités de l'A. L. P. soient homogènes, qu'ils propagent nos idées, notre programme officiel, mais qu'ils conservent toute leur liberté d’action pour des alliances possibles, loyales, pratiques aussi, donnant donnant,» (1)
L’A. L. P. présente actuellement encore un caractère particulier. C’est plus qu’une ligue politique même à objectifs multiples ; elle expose en matière politique, économique et sociale un programme étendu et complet, appuyé sur une doctrine nette et précise. Et cependant, ce n’est pas un parti politique qui, ayant élu un système bien déterminé et groupant fortement ses partisans, les associe dans une commune et ardente conviction en l’excellence et la supériorité de ce système, à l’exclusion des tenants de toute autre opinion.
Un parti vraiment politique, en effet, ne se borne pas à reconnaître que « la République est le gouvernement constitutionnel du pays » à s’interdire, « sans imposer à personne aucun reniement ni aucune abdication de ses préférences intimes », toute action directe ou indirecte contre elle. (2) Il exige au contraire de ses adhérents le choix entre les diverses formes possibles de gouvernement et leur impose, précisément par ce choix lui-même sincère et définitif, l’adhésion sans réserves à toute sa doctrine et à son programme intégral.
En réalité, l'A. L. P. apparaît comme une puissante organisation de parti, l’organisation d’un parti qui se cherche, qui s’efforce de se constituer, tâtonne, incertain de ses éléments et de son terrain de lutte. « L’A. L. P. est surtout et avant tout une association. » (3)...
« S’il existait un parti @e rechange résolu à ne courir aucune aventure, prêt à gouverner pacifiquement avec les institutions
(1) Congrès 1911. Compte rendu, p. 61 et 62.
(2-3) Bulletin d’adhésion, p.2.
existantes, le pays se jeterait vite dans ses bras... l'A, L. P.s’efforce depuis dix ans de constituer ce parti sauveur qui, grâce à la panacée constitutionnelle doit tenir le Bloc en échec etun jour lesupplanter; (1) elle a toujours pensé que la seule issue à la situation présente serait la constitution d’un nouveau parti de gouvernement disputant le pouvoir sans violence, résolu à l’exercer sans représailles (2) ….commeellen’entrevoit d’autre instrument de salut qu’un parti {ory en face du parti jacobin elle travaille de son mieux à le constituer.» (3)
II. — L'idée essentielle de l’A. L. P., le principe même de son existence, est la défense de la liberté.
« La liberté des consciences, des individus et de la nation est dans un suprême péril, à la défendre doivent être appelés les bons citoyens. Cet appel à tous, au nom du principe de liberté qui ne heurte aucun sentiment respectable, voilà la raison d’être de l'Action libérale populaire. » (4)
Nous avons vu que pour elle la première de toutes les libertés est la liberté de l’Église. Mais celle-ci est donc tellement menacée que tous les cœurs généreux et désintéressés doivent, sans distinction de croyances, voler à son secours ? N'est-ce pas l’un des théoriciens de l'A. L. P. qui a écrit « peut-être sous le coup d’une persécution plus brutale, plus attentatoire aux habitudes cultuelles, la conscience publique. connaîtra enfin les indignations efficaces » (6) et l’un de ses orateurs qui a constaté « ... l’énorme proportion d'enfants que leurs parents envoient au catéchisme et à la première communion, alors qu’ils sont libres de ne pas le faire, peut-être plus de 95 % dans l’ensemble du pays...» (7)? Si donc la foi se perd ce n’est la faute ni du gouvernement, ni du régime. Nous avons vu qu’en 1870 des membres éminents de l’épiscopat se lamentaient déjà à ce sujet.