PRINCIPES — BUT
de ce lien politique pour leur imposer la haine de l’idéal'eatholique, de même que cela empêchera que l’on réunisse les catholiques sur le terrain religieux et qu’on se serve ensuite de ce lien religieux pour leur imposer la haine de la République », enfin «ce que nous voulons nous, ligueurs de la Jeune République, c’est faire de la politique avec les mêmes scrupules d’honnêteté que nous mettons à accomplir les actes de notre vie privée, je voudrais que nous luttions avec la dernière énergie d’abord pour obtenir cette probité politique. »
Le but de la Ligue :
« Ce que nous voulons, c'est que la République puisse être aimée, c’est que la République devienne comme l'expression vivante et organique de l'âme de la France, il faut que nous ayons le courage de proposer au pays une République qui n’ait pas rompu avec les traditions nationales et qui n’ait pas abdiqué les espérances de l’avenir, République démocratique, pratique et idéaliste à la fois.» (1)
Le programme de la ligue est « essentiellement démocratique »; au point de vue politique :
« Nous voulons en particulier la Représentation proportionnelle. s’agit-il du referendum ? il nous semble très démocratique, Il faut élaborer au plus tôt une loi sur le statut des fonctionnaires... J1 n’est pas jusqu’à l’armée elle-même qu'il importe de rendre plus démocratique... La Réforme de l'impôt doit-elle aussi être animée d’un esprit démocratique.…..il n’est pas jusqu'à notre système électoral qui ne doive être réformé dans un sens démocratique... une législation spéciale protectrice des travailleurs s'impose. »
Au point de vue économique :
« 11 faut que les travailleurs apprennent à faire leurs affaires eux-mêmes... (syndicalisme, coopération). Nous croyons qu'il y aurait intérêt à ce que, à côté de la propriété privée, puissent se développer une propriété commune appartenant aux travailleurs manuels ou intellectuels d’un même atesier et une propriété d'État limitée aux seules entreprises d’un intérêt général... Ces transformations économiques... doivent résulter d’une évolution en quelque sorte organique. L'État ne doit pas se substituer à l’individu et accaparer tous les rouages de l’activité nationale. travaillons au développement de la plus grande France, etc.» (2)
La ligue entend compléter et préciser son programme (1) Discours prononcé le 30 juin 1912 par Marc Sangnier, brochure, p. 5-6-
(2) Voir le programme et les statuts aux Documents annexes,
par des réunions d’études, des meetings, des congrès. Elle convie à sa tâche les non-électeurs, les mineurs et les femmes. |
Quels sont ses moyens d’action, son organisation? Son journal est le quotidien La Démocralie. Son siège social 34, boulevard Raspail, à Paris. Le jour de sa fondation, la Ligue comptait 2.182 adhérents. C’est une association déclarée conformément à l’article de la loi du 17 juillet 1901. (1)
L'Assemblée générale, qui doit se réunir une fois chaque année, nomme un Conseil national de 21 membres, élu pour 4 ans et renouvelable par tiers, celui-ci représente la Ligue et en désigne le bureau, il désigne les candidats que la Ligue soutiendra dans les diverses élections (art. 6).
Ainsi Les Jeunes Républicains essaient de créer un esprit nouveau qui permette aux catholiques, sans rien abdiquer de leurs convictions et de leurs obligations envers leurs pasteurs, de participer activement et pratiquement à la direction des affaires publiques. (2) Tant que l’Église n’aura pas abdiqué toute arrière-pensée politique on pourra craindre qu’elle ne cherche à porter atteinte à l'indépendance, sinon même, à l’existence de la nouvelle ligue.
LE PARTI RÉPUBLICAIN DÉMOCRATIQUE L'Alliance Républicaine Démocratique fut fondée le
(1) Voir le programme et les statuts aux Documents annexes.
(2) Le journal La Démocratie a publié dans le courant d’octobre 1912 sous la rubrique « Ce que je pense de la ligue de la jeune République» les opinions d’un certain nombre de parlementaires et de conseillers municipaux de Paris. En novembre 1912, M. Sangnier a fait à ce sujet diverses conférences,.
DOCTRINE 351 1er mai 1901 dans le bureau du journa! Le Paysan de France par MM. A. Carnot, Pallu de la Barrière et H. Blanc.
« Effrayés de la tournure que prenait la politique, indignés des hontes de l’antisémilisme triomphant et des menaces des nationnalistes contre le gouvernement, contre l’ordre publie et contre la personne même du Président de la République, nous nous sommes réunis pour chercher les moyens de grouper en un seul faisceau les forces républicaines isolées et nous sommes arrivés ainsi à fonder l'association dont les idées dominantes étaient exprimées dans les mots : alliance républicaine démocratique, (1) mais notre groupe essentiellement formé contre la réaction menaçante ne fermait pas les veux sur les dangers de l’anarch'e révolutionnaire.{ 2) «Elle était née quand l’heure du péril avait sonné pour le parti républicain l’heure de l'union et le danger persistant avait nécessité la persistance de l’union. » (3)
Quel est l'idéal de l’A. R. D.?
« C’est la justice égale pour tous, la liberté pour tous la paix sociale, l'épanouissement permanent de la République réformatrice, la grandeur de la Patrie... Rappeler au pays qu’une grande nation a d’autres raisons de vivre que les intérêts matériels, l’élever au-dessus des bas appétits et des viles convoitises, réveiller partout où elles sont assoupies les énergies individuelles, affiner partout où il est émoussé le sens des traditions françaises; entretenir le culte des idées généreuses qui font seules l’honneur et la force des peuples, rendre à la République toute sa noblesse, toute sa puissance morale. » (4)
Quels sont ses caractères ?
« Elie a été une alliance ce qui veut dire qu'elle n’a pas été une coterie, une clientèle, qu’elle a ouvert largement, franchement, ses portes à tous ceux des républicains qui se réclament à la fois du progrès et de la légalité.
« Elle a été républicaine, cela ne veut pas dire seulement qu’elle a accepté le régime légal du pays, cela veut dire qu’elle a considéré . que la République n'était pas une étiquette, qu’elle valait par ses principes, mais surtout par les lois qui mettent les principes en pratique.
« Elle a compris enfin que la démocratie était l'expression suprême de la République, qu’une république n’est vraiment pas digne
(1-2-3-4) Brochure éditée à l’occasion du 10° anniversaire de l'A. R. D., 5 juillet 1911, p. 5, toast de M. A. Carnot, p. 7, toast de M. Barthou. p, 1et 3, M. Pallu de la Barrière.
de ce nom, de sa devise, de sa mission, des destinées que le pays lui confie si elle ne gouverne pas pour l’ensemble du pays, c’est-à-aire pour la démocratie toute entière.» (1)
Elle représente avant tout la tendance vers le juste milieu, vers l'équilibre des diverses forces en présence, et la conciliation des nuances opposées.
« Ni pessimisme déprimant, ni optimisme aveugle (2) le pays qui ne ressemble pas toujours à ses représentants, ne confond pas la politique des réformes avec la politique de compromissions et d’expédients, de surenchère et d’imprévoyance... (3) Si nous ne devons rien prendre au tragique, les difficultés nombreuses qui pèsent aujourd’hui sur les affaires intérieures et extérieures méritent assurément d’être prises tout à fait au sérieux. »(4) «Faire de la grève, non pas un combat mais un débat.»(5) «...Ni réaction, ni révolution.» (6) «.…Anticléricale mais non antireligieuse, antinationaliste mais gardienne vigilante de l'honneur et de la puissance de la patrie. Respectueuse de tous les droits mais résolument réformatrice, adversaire des utopies communistes ou collectivistes, nettement hostile aux moyens violents, à la politique de surenchère, mais constamment préoccupée de tous les progrès et avant tous les autres du progrès social... (7) Pas d’amnisties périodiques, mais examen bierveillant et sympathique des cas individuels, et le cas échéant, mesures particulières de clémence... (8)
Quelle est sa devise? « Ni réaction, ni révolution». « Ni imprudence, ni aventure». « La République sera réformatrice ou elle ne sera pas » c’est-à-dire le contraire du mot de Thiers, en 1872.
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Quelle est la doctrine politique, économique et sociale de l'Alliance républicaine démocratique ?
« Le pays veut la stabilité dans l’ordre et dans le respect de la loi, il veut surtout... qu'il y ait un gouvernement, un gouvernement ferme dans ses initiatives courageux dans ses responsabilités et qui ne
(1-2) Brochure citée, de M. Barthou, p. 9. M. Pallu de la Barrière, p. 2. (3-4-5) M. Barthou, p. 10. M. Poincaré, p. 19. M. Carnot, p. 9. (6) M. Deschanel. Les idées de l'alliance républicaine démocratique Revue hebdomadaire, ? avril 1910, p. 37.
(7) Déclaration faite en 1901, Brochure citée, p. 38. (8) M. Poincaré, brochure citée, p. 21 et 26.
soit pas enclin à. sacrifier au souci de vivre la dignité même de son existence et la force de-son autorité (l'A. R. D.) a pratiqué une politique qu’on a vu pactiser ni avec les réactions ni avec aucun de leurs succédanés occasionnels, elle n’a tendu la main qu’à des républicains de gauche... réellement animés de l'esprit laïque et pénétrés de leurs devoirs envers la démocratie. Elle n’est intervenue que pour défendre le progrès à la fois centre ceux qui le redoutent el contre ceux qui le compromettent, l’ordre contre ceux qui se font les avant-coureurs de l’'émeute et de Panarchie, la patrie contre ceux qui la renient et menacent de la trahir... l'heure a sonné pour tous les hons citoyens de se montrer, de parler et d'agir... c’est tout une croisade que nous devons entreprendre aujourd’hui dans le pays troublé et désorienté: cette foule à son insu peut-être... a soif d’admiration et d'enthousiasme... ceux qui désespéreraient de la France se feraient eux-mêmes ses meurtriers... » (1)
Quel est le rôle du gouvernement?
« Gouverner... c'est assurer et diriger l’action, mais l’action dans l’ordre et dans le respect de la loi, dans une nation souveraine, le citoven qui se dresse contre la loi se dresse contre la nation, le premier devoir, le devoir inexorable du gouvernement, est de la faire observer par tous (la loi) sans distinction et Sans faveurs et par conséquent de protéger énergiquement les citovens paisibles... Souhaïitons en second lieu que le gouvernement administre. J'entends par là qu'il dirige efficacement les grands services publics et ne se laisse pas diriger par eux... qu'il les accoutume à cette idée qu’ils sont faits pour la nation et que la nation n’est pas faite pour eux seuls... .Je ne considère pas, quant à moi, comme immuable Ia vieille notion de l'État centralisé ct j’admets volontiers que le cours des choses, les progrès de la démocratie, le développement de la eolidarité et de l’idéc professionnelle puissent entraîner des modifications profondes dans la structure de nos administrations publiques. » (2)
Quelle est la première réforme à accomplir?
« Le parti républicain absorbé par son effort de sécularisation et par son œuvre sociale, n’a pu entreprendre encore la réforme politique de l'État. C’est le problème de demain... Toute l’administration du département est encore aux mains du préfet comme en l'an VIII tout le gouvernement de la nation était aux mains du Premier Consul... les adversaires de la République soutiennent qu'un État républicain est incapable de décentraliser. La vérité est que depuis la Restauration, tous les partis après avoir réclamé la réforme administrative quand ils étaient dans l'opposition l'ont
(1-2) Discours de M. R. Poincaré, brochure citée, p. 16 et 20,
tour à tour repoussée, quand ils étaient au pouvoir. il en a été de même pour le statut des fonctionnaires... scandales judiciaires, révoltes de fonctionnaires, politique de clientèle, favoritisme, tyran-: nie locale, candidature officielle; tous ces maux, tous ces abus ont une même cause, la contradiction fondamentale entre la forme républicaine et le fond césarien. » (1)
En matière d'enseignement :
« Comme tous les républicains de gauche, nous sommes prêts à défendre l’école laïque contre des attaques imméritées, nous ne sommes pas suspects de complaisance pour le cléricalisme, nous avons voté les lois qui ont garanti l'indépendance du pouvoir civil et la laïcité de l'État. Mais pour que l’école remplisse efficacement toute sa mission. il faut qu’elle se dévoueà former non seulement des intelligences mais des caractères... (2). Tous les républicains considèrent le principe de la laïcité comme le corollaire de l’obligation (en matière d'enseignement)... la religion est l’affaire du prêtre, elle ne peut être l'affaire de l’instituteur... qui en ces matières n’est point compétent... il s’agit de concilier le droit de la famille et le droit de la nation»... (3)
Dans l’ordre fiscal.
« Aucun de nous ne conteste que nos contributions directes aient vieilli... le courage fiscal n’est qu’une des formes et l’une des plus faciles peut-être du courage politique et le courage politique, c’est sous toutes ses formes qu’il a faibli et que nous devons le ranimer (4)... notre régime fiscal vieilli, ne répond plus à la réalité des choses, la France comme tous les grands États est obligée de supporter le double fardeau des dépenses sociales et des dépenses militaires. Il ne lui est pas encore permis de choisir (5).»
Au point de vue technique législative :
€ (En plus du) maintien de l’ordre, de l’exécution des lois, l'adtainistration (un gouvernement) a une autre mission non moins importante qui est de collaborer à l’œuvre législative. Ce qui vicie tout ce qui obscurcit tout, c’est que... nous prenons sans cesse pour des considérations durables des impressions fugitives et que... nous oublions parfois trop facilement, que nous avons charge de l’avenir de la France, de son patrimoine moral et matériel, de son autorité dans le monde... nous serions bien présomptueux et bien fats, nous autres législateurs, de nous croire omnipotents et, sous peine de nous en tenir à des gestes vains et impuissants, nous devons toujours avoir soin de composer avec les mœurs, avec les traditions,
(1-3-5) M. Deschanel, Revue hebdomadaire, citée, p. 48-34-49. (2-4) M. Poincaré, brochure citée, p. 24-28.
avec les préjugés mêmes du pays (1)...il serait expédient d'améliorer l'outil même des réformes, la machine à faire les lois, la Chambre.» (2)
Dans le domaine économique, l'Alliance républicaine démocratique souhaite l’utilisation de toutes les ressources de l’économie nationale.
« Nous aurons ainsi la stabilité au profit d’un gouvernement décidé à gouverner, non seulement pour réaliser de nouvelles réformes utiles, mais aussi pour développer l’activité du pays, accroître sa richesse et servir sa prospérité matérielle (3). L’A.R. D. peut se flatter d’interpréter fidèlement les pensées maîtresses du monde du travail (4)... M. Maurras, en des pages brillantes, critique la tendance de notre République à l’étatisme. Mais tous les États du monde, monarchies ou républiques. s’inspirent aujourd’hui de principes analogues. Ce développement de l’action de l’État et de la propriété sociale ne saurait être considéré sérieusement comme un acheminement au collectivisme.. Le partisocialiste gagne surtoutdes voix de mécontents, il s'étend en abandonnant ses principes (5), les communautés ne sont possibles qu’en des milieux restreints et choisis partout ailleurs et surtout dans les démocraties, c’est l’individualisme qui l’emportera (6) (nous voulons) donner aux conseils du travail compétence légale en tant que conseils permanents d’ärbitrage, afin de faire de la grève au lieu d’un combat un débat (7)... affranchir la terre, dévorée par le fisc et par les hommes de loi, des entraves qui pèsent sur elle (8) le socialisme municipal (nous apparaît comme) purement économique. (La nécessité) des dépenses militaires (nous impose deux obligations) : l’une de supprimer les dépenses inutiles; l’autre de stimuler la production. ilfaudrait aussi..….utiliser d’une façonrationnelle, notre incomparable système de fleuves et de rivières, éveiller chez nos industriels et nos commerçants cet esprit d’association qui contribue si puissamment, à la formidable expansion économique de l'Allemagne » (9).
En matière sociale.
« La France attend de grandes choses de la République, mais parmi elles, il en en est une qu’elle souhaite et qu’elle réclame plus vivement, plus unanimement qu'aucune autre : c’est la paix sociale, sans laquelle on ne peut entreprendre rien de durable, la paix sociale qui est la condition indispensable du progrès et de la prospérité
(1-4) Discours de M. Poincaré, brochure citée, p. 28-16.
(2-3-5-6-7-8 et 9) M. Deschanel, Revue hebdomadaire, citée, p. 50-39-41- 37-45-49-45 et 49.
nalionale (1)... Notre système d'assurances sociales contre les risques de la vie, vieillesse, chômage, accidents, maladie, invalidité est à peine ébauché et il ne faut pas que les inévitable lenteurs de la mise en train pous détournent d'apporter à cet organisme naissant les compléments nécessaires et nous fassent perdre de vue la supériorité certaine de l'assurance sur l'assistance. » (2)
«L'assistance est un pis aller social qui offre une prime à la paresse et à l’imprévoyance, l'assurance stimule le goût de l’épargne et entretient dans les populations laborieuses la pensée de l'avenir. L'Alliance n’a pas l’ingénuité de croire qu’on puisse jamais faire disparaitre entre les hommes les inégalités naturelles, mais elle à entendu marquer nettement qu’elle est prête à étudier et à réaliser toutes les réformes sociales, à organiser le travail dans un esprit de justice, à faciliter la transformation progressive du travail salarié en travail associé et l'accession de plus en plus large des ouvriers au capital... aucune de ces réformes ne sera viable qu’autant qu’elle sera mise en harmonie avec le tempérament français et qu'elle respectera les conquêtes essentielles de la Révolution, c’est-à-dire avant tout la liberté du travail et les droits de l'individu ». (3)
« La 3€ République... édifiait jour par jour dans l’ordre social un droit nouveau pour une société que nos pères n'avaient point connue (4); donner aux syndicats professionnels le droit de propriété, d’où le développement des contrats collectifs et des sociétés anonymes de travail, perfectionner la conciliation et l'arbitrage (5)... refondre la législation sur les coopératives... organiser le crédit urbain... créer des sociétés à participation ouvrière, qui rendent l’ouvrier copropriétaire de l’entreprise, participation au capital; on ne poyrra rien trouver de mieux pour réconcilier et unir le capital et le travail: ce régime contient d'immenses possibilités de progrès.» (6)
Quel est le programme de l'Alliance Républicaine démocratique ?
Il a été rappelé lors des dernières élections générales.(7)
Sur le problème de la R. P. qui ne parait pas dans le programme il y a divergence de vues.
(1-2) M. À. Carnot, brochure citée, p. 13 et 27. M. Poincaré. (3) Brochure citée, p. 28,
(4-5-6) Revue hebdomadaire, citée, p. 36-37-p. 37.
(7) Voir documents annexes,
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«Je sais bien que à l’alliance même sur cette question, les meilleurs esprits demeurent encore divisés, » (1)
En matière fiscale.
«Ce que nous voulon: c’est un instrument fiscal qui permette d’égaliser les charges, non les fortunes. » (2)
Depuis le mois de juillet 1911, il existe un parti républicain démocratique dont l'Alliance républicaine, fondée en mai 1901, constitue l’organisation de parti.
« Si l'unité de vues et de direction est la première condition de l'existence d’un parti; on peut dire... que cette grande association a pleinement droit à ce titre. (Elle) est devenue un parti et quand, désormais on parlera du parti républicain démocratique on saura qu'il s’agit d’elle et d’elle seule (3)... Nous voulons être un parti et nous le sommes puisque nous avons un programme formel, distinct de celui des autres partis, organisons-nous ! Défendons nos idées propres ! Soyons nous-mêmes !» (4)
L’'A. R. D. est dirigée par un président actuellement désigné à vie, M. A. Carnot, assisté d’un secrétaire général (5) M. Pallu de la Barrière, d’un secrétaire adjoint et d’un secrétaire des comités, entouré d’un Conseil supérieur composé des délégués généraux (un par département) d’où est issue une Commission centrale exécutive. Ces membres divers se recrutent d’après un mode quelque peu compliqué et en fait par cooptation. (6) comme dans les Caucus tories.
Comment est organisé le parti?
& D'abord, il importe de donner à nos fédérations el à nos comités existants une impulsion nouvelle. Il faut ensuite fonder des Comités nouveaux, relier ces Comités entre eux par canton, par arrondissement, par département. (7) Nous insistons sur l’urgente nécessité de constituer dans chaque département un Comité central: nous
(1-3) M. Poincaré, brochure, citée, p, 23. M. Pallu de la Barrière, p. 1. (2) Revue hebdomadaire, citée, p. 49.
(4-7) M. A. Carnot, brochure citée, p. 15-35.
(5) Le siège social est 17, rue de la Rochefoucauld, à Pari.
(6) Voir le règlement aux Documents annexes,
demandons à nos délégués généraux, parlementaires ou non, de prendre l'initiative de cette création... Nous engageons nos adhérents isolés à créer dans leur commune ou leur canton des Comités locaux, à mettre aussitôt en rapport leur bureau provisoire avec le Comité départemental nos délégués locaux et le secrétariat général du parti.»
Quels sont les moyens d’action de l'A. R. D.? Le Bulletin hebdomadaire du parti, de plus
« les assoziations (comités communaux, cantonaux, d’arrondissement, de département), organiseront à côté d’elles des cercles, des œuvres posfscolaires, des cabinets de lecture et des bibliothèques, des fêtes, des sociétés diverses de gymnastique, de musique, etc., de manière à développer par tous les moyens possibles l'éducation civique et la vie communale. »
L'on a dit que l'A. R. D. constituait « un brillant étatmajor sans troupe, une belle façade derrière laquelle il ny avait rien», mais au moins au moment des élections, de nombreux électeur; partagent les opinions de l’Allance, puisqu'elle comptait en 1911 à la Chambre 140 députés (71 inscrits à la gauche démocratique 50 à la gauche radicale (1) 15 environ à la gauche radicale socialiste) et au Sénat 80 membres (inscrits à l’Union républicaine). Les rapports entre les élus au Parlement, qui ne forment pas un groupe spécial d’ailleurs, ne paraissent pas avoir été précisés ni définis.
Ge qui augmente encore l’importance de l'A. R. D., ce sont ses possibilités d'accord avec, soit les radicaux, soit avec les républicains modérés.
« Nous voyons les candidats d’autres partis, quand ils se trouvent en face des électeurs, venir à nous et demander notre appui comme indispensable pour leur succès. N'est-ce pas là une démonstration éclatante de notre force due à la confiance qu’inspirent notre programme et notre attitude dans l’évolution politique de ces dernières années ? » (2\
Le nombre total des adhérents de l'Alliance républicaine n’a pas été publié à notre connaissance.
(1) B‘ochure citée, p. 31.
(2) M. A. Carnot, brochure citée, p. 15.
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L’A. R. D. a prêté son concours à tous les gouvernements qui se sont inspirés de ses principes et se sont réclamés de
ses idées.
Elle a visé à l’union de tous les républicains sincères, inquiets des menaces réactionnaires comme des dangers révolutionnaires. Elle a été surtout, au moins jusqu’en juillet 1911, une coalition, un faisceau de forces républicaines. Elle s’est alliée aux élections tantôt avec les radicaux indépendants, qu’elle se refuse énergiquement à confondre avec les radicaux socialistes tantôt avec les membres du parti modéré ou progressiste. C’est pour ses membres surtout, semble-t-il, qu’a été créée l'appellation nouvelle de « Républicains de gauche.»
Elle s’est rapprochée des radicaux et radicaux socialistes lorsque le gouvernement a fait voter les lois sur les congrégations religieuses et la séparation des Églises, elle s’en est éloignée, et par cela seul s’est trouvée rapprochée du parti républicain progressiste, lorsque le gouvernement a paru pratiquer une politique d’étatisation croissante.
Elle a ainsi oscillé entre les modérés et les radicaux, cherchant à conserver le juste milieu et à concilier le plus judicieusement possible, les exigences de l’ordre, de la stabilité, de la fermeté d’une part, avec les nécessités grandissantes de progrès, de réformes, de liberté d’autre part.
C’est précisément cette absence de système et de doctrine propres, de principes générateurs d’idées nouvelles et inédites qui, en l'absence d’une longue histoire et d’une tradition bien établie, nous semblent devoir empêcher de de considérer l'A. R. D. comme un véritable grand parti politique.
Adopter l’anticléricalisme réfléchi des radicaux, mais repousser leur programme économique et social, c’est peutêtre formuler une règle de politique pratique, une méthode opportune de gouvernement, sans doute excellente, surtout en cas de crise et de malaise, ce n’est pas appliquer une théorie ou une doctrine permanente distincte et spéciale. Gertes, une notable fraction du pays, paraît approuver ce programme, mais c’est peut-être parce que, sollicité par de nombreux groupements, il est désorienté et troublé.
Nous n'avons pas à rechercher ici'lequel des deux partis, modéré ou démocratique, laquelle des organisations Fédération ou Alliance républicaine tient la place de ce erand parti théorique conservateur-évolutionniste, dont nous avons essayé de prouver l'existence, mais nous croyons que l’un des deux fait double emploi avec l’autre. Si importante qu’elle soit, la question religieuse ne devrait plus suffire à distinguer deux formations politiques, si elles ont en toutes autres matières, la même doctrine et d’analogues programmes.
Peut être un jour, ceux des républicains modérés qui mettent la défense de l’église au-dessus de tous les problèmes de l’heure présente iront-ils à droite, soit à l'Action libérale, soit à la Jeune République, les autres, ceux qui se réclament de Gambetta (seconde manière), de J.Ferry n'auront plus guère, semble-t-il, de graves raisons pour ne pas fusionner avec l'Alliance républicaine, et former avec elle un parti unique.
À moins que la scission ne se produise chez les radicaux socialistes; ceux d’entre eux qui renonceraient aux monopoles, à l’étatisme outrancier et à l'entente avec les unifiés se trouveraient, unis par ailleurs sur le terrain anticlérical, très rapprochés des républicains démocratiques. Si aucune de ces deux éventualités ne se réalise, si l'A, R. D. ne fusionne ni avec l’une ni avec l’autre des organi-
sations voisines, elle demeurera peut-être quelque temps encore de tiers parti par excellence, le centre de gravité des forces politiques en présence, l'expression de la tendance juste milieu.
Entre le parti républicain modéré et le parti républicain démocratique d’une part, le parti socialiste unifié de l’autre, à côté des radicaux socialistes existe, depuis l’année 1910, le parti républicain socialiste.
Ses membres sont les socialistes qui n’ont voulu ni adhérer au pacte d’unité de 1905 et devenir une simple section de l’Internationale ouvrière, ni verser dans le mouvement révolutionnaire. Ce sont des socialistes qui entendent rester Français avant tout, républicains et réformateurs.
« Si l’organisation définitive du parti républicain socialiste est récente, puisqu'elle ne remonte qu’à 1910,les idées qu’il représente font partie du corps des doctrines qui, depuis près d’un demi-siècle, ont agité la démocratie française et les éléments qui le composent ne sont point nouveaux. À côté des anciennes organisations socialistes rivales, il s’est trouvé toujours des socialistes plus soucieux de travailler à l’œuvre de réforme que de s'associer à des querelles de secte. » I
« Depuis surtout qu’au lendemain du Congrès international d'Amsterdam et sur la sommation des socialistes de l’étranger a été tenté ce que l’on a appelé l'unité socialiste, il s’est trouvé de rombreux militants qui se sont refusés à abandonner du jour au lendemain {a tactique qui, jusque-là, avait été la leur et à troquer vour les formules de Dresde et d'Amsterdam ce qui leur paraissait constituer la tradition, la doctrine, l'originalité et la force du socialisme français.
Enfin nombreux sont chaque jour les éléments démocratiques que l’étude loyale des problèmes économiques et sociaux de l'heure présente amène à des conclusions socialistes, mais qui se refusent à confondre l’œuvre de transformation nécessaire avec une œuvre de désordre et de violence stériles, comme ils se refusent à isoler leur
action du milieu démocratique et républicain qui est celui de la France contemporaine » (1).
Comment se forma le parti républicain socialiste ?
« Au lendemain des élections législatives de 1910 un groupe important, représentant ces idées, se constituait à la Chambre sous le titre de groupe républicain socialiste. Vers la même époque, les éléments de l’ancienne organisation du parti socialiste français, les groupes républicains socialistes, socialistes indépendants, socialistes réformistes de la Seine se fondaient en une Fédération départementale unique qui prit le titre de Fédération républicaine socialisie de la Seine».
« En province existaient, n’ayant pas voulu s’affilier en 1905 au parti socialiste unifié « les Fédérations autonomes de la Loire, du Gard, de l'Hérault et de l’Isère ». Une conférence interfédérale fut tenue à Paris les 9 et 10 juillet 1911, qui décida la constitution du parti républicain socialiste et la réunion de son premier Congrès national à Toulouse, les 24 et 25 décembre 1911.» (2)
Quels sont ses principes essentiels? (3)
« Le parti républicain socialiste... affirme... l'union indissoluble du Socialisme et de la République... (4) en travaillant pour la cause républicaine socialiste, disons-nous bien, citoyens, que c’est pour la France même que nous travaillons, pour la vraie France, pour celle qui n’a jamais séparé sa cause de la cause même de l’humanité (4)... Républicains et socialistes, nous sommes».
« Républicains, parce que nous considérons la République comme l'instrument nécessaire des réformes sociales et le cadre naturel du socialisme, républicains, parce que nous condamnons les pactes que vous savez avec la réaction».
« Et socialistes comment? ouvriers et artisans, salariés d’usine et employés de commerce, petits patrons et petits commerçants, travailleurs ruraux et travailleurs intellectuels; tels sont les éléments qui constituent le parti républicain socialiste; les éléments qu'il appelle à lui».
« Nous ne sommes pas un parti de classe, dans le sens étroit et
(1-2) Le parti républicain socialiste, son programme, son règlement, brochure, p. 4. p. 8. Voir aux Documents annexes.
(3) Discours de M. Zévaès au Congrès de Toulouse (décembre 1911) brochure, p. 15.
(4) Le progrès de l'Est a publié des comptes rendus de ce congrès dans ses
numéros des 26, 28 et 29 décembre 1911 et celui de la Conférence interfédérale, dans le numéro du 10 juillet 1911,
dogmatique que l’on donne à cette expression, nous sommes le parti de toutes les catégories sociales utiles et agissantes: nous sommes un parti de démocratie sociale, nous sommes le parti de la démocratie socialiste. » (1)
Quels sont ses caractères ?
Il est pratique et positif :
« Résclument et essentiellement réformiste (il) estime que les réformes doivent être considérées comme les étapes d’une transformation plus complète et l'établissement progressif d’un ordre social où les travailleurs conquerront, avec leur part de propriété et l'intégralité des fruits de leur travail, leur entière émancipation. » (2)
Il est réaliste et conscient tant des variétés et que de la complexité des problèmes sociaux.
« Décidé à conformer sa politique aux réalités économiques le parti considère que cette transformation de la société actuelle doit être envisagée de façon différente, suivant les diverses catégories de production et d’échange.» (3) ‘
Il est tout d’actualité
«Je nedis pas que nous sommes le parti de l'avenir, Tous les partis ont cette prétention enfantine... Je dis que nous sommes le parti du présent... parce que... nous représentons dans ce qu'elles ont de plus vivant, de plus audacieux, et en même temps de plus pratique les aspirations de cette généreuse démocratie française... parce que de toutes les réformes... immédiatement réalisables, il n’en est aucune dont nous nous désintéressions.…. »
Il est très large et très compréhensif,
«A ces réalisations d'ordre immédiat comme à la réalisation de notre idéal d’une justice supérieure, nous convions tous les travailleurs sans exception, tous les socialistes sans distinction de nuances, nous convions tous les républicains qui ont conservé la tradition démocratique et sont épris de justice sociale, nous convions enfin tous les hommes de bonne foi et de bonne volonté... » (4)
IT
Quelle est la doctrine politique, économique et sociale du parti républicain socialiste ? Son exposé se confond avec celui du programme du parti.
(1-3-4) Discours de M. Zévaès, brochure citée, p. 9-13-13 et 14. (2) Déclaration de principes. Congrès Toulouse, brochure, p, 6.
« La République n’est rien... si elle ne réalise pas toutes les promesses qu'elle a faites, toutes les espérances qu’elle a suscitées.. la ‘République n’est rien. si elle ne s’efforçait de compléter la liberté politique par la liberté économique, si à l'égalité civique... à l’égalité politique. elle n’ajoutait l'égalité sociale... pas l'égalité par l’'abaissement dans la misère ou la médiocrité commune... mais évalité des moyens d’action, des moyens d'instruction et de développement, assurée à tous les enfants du peuple, à tous les futurs citoyens de la nation... (1) des réformes sociales aussi profondes ne peuvent être réalisées que dans un pays prospère et où tous les services publics sont organisés en vue de fournir le maximum de rendement. Assurer la grandeur el la prospérité de la France... procéder à une revision complète de son système fiscal et de son organisme administratif, démocratiser nos services publics par Ia reconnaissance du droit des fonctionnaires et de leurs associations, non seulement pour défendre leurs intérêts corporatifs mais encore pour collaborer à la gestion des services dont ils ont la charge. le parti déclar2 que l'entente des travailleurs de tous les pays est une des conditions du progrès moral politique et Social. I affirme en conséquence la nécessité d’une politique nettement pacifiste tout en restant résolu à défendre contre toute agression lindépendance nationale ».
«ÆExufin le parti considérant que les progrès de la République sont liés au maintien de son œuvre de laïcité, entend en poursuivre énergiquement le développement et la défendre sans défaillance contre les attaques réitérées dont elle est l’objet... soucieux de maintenir la collaboration de tous les partis de gauche, le parti déclare que ses adhérents ont le devoir de ne jamais oublier les obligations qui découlent de l'intérêt supérieur de la République... » (2)
Dans l’ordre économique :
« Nous sommes tous d'accord sur ce point qui est fondamental, c’est qu'il est impossible qu'un régime, tel que le régime capitaliste actuel, subsiste longtemps parce qu'il porte en lui un germe @e mort rapide, parce qu’on ne peut comprendre qu'une société continue à faire vivre côte à côte ces deux collectivités très différentes par le nombre et la puissance ; d’un côté une minorité de ploutccrates aont le nombre diminue chaque jour, dont chaque jour aussi s’accroit le pouvoir d’argent et de domination, de l’autre côté une armée de prolétaires vouée au salariat et à l'insécurité du lendemain. Entre ces deux catégories sociales... il subsiste encore aujourd’hui... la classe moyenne? mais de plus en plus, les petits rentiers voient
(1) Discours de M. Zévaès, brochure citée, p. 5. (2) Le P, R. S, programme et règlement, brochure citée, p. 7 ct 8.
leurs frêles épargnes accaparées par quelques spéculaleurs de haut vol... les petits commerçants... se voient expropriés par la concurrence fatale... du grand magasin... les petits patrons et les artisans sont ruinés par le développement au machinisme el de Ja grande industrie...» (1)
«Dans les entreprises industrielles commerciales el agricoles, où le développement du machinisme et la concentration des capitaux ont définitivement réduit les travailleurs à l’état de salariés, c’est seulement sous une forme collective ou sociale que peut-être poursuivie l'accession de tous à la propriété. (2) Cette accession sera préparée, en développant l’organisation syndicale et coopérative de tous les travailleurs; en faisant évoluer le salariat vers les formes supérieures du contrat collectif de la participation collective des ouvriers à la gestion et au profit des entreprises; en transformant les monopoles privés en services publics en assurant l'exploitation en régie des richesses nouvelles non encore concédées. » (3)
Le parti est hostile aux grands monopoles de fait.
«Que constatons-nous? Que la Banque, établissement national est aux mains de quelques financiers, que les chemins de fer, entreprises nationales... sont aux mains d’une oligarchie souveraine, que les mines, propriétés nationales, sont aux mains de compagnies toutes puissantes syndiquées entre elles sous le nom de Comité de houillères de France...les raffineries de sucre... sont en France la propriété de quatre ou cinq maisons formidables qui s'entendent pour faire les cours. Y a-t-il là propriété individuelle, liberté individuelle, initiative individuelle ? Non pas, mais bien monopole privé... partout où le monopole s’est emparé d’une industrie le droit et le devoir du parti républicain socialiste sont de substituer à cette minorité de monopoleurs le droit éminent et la propriété de l'ÉtaL. » (4)
«Au contraire dans l’agriculture et la viticulture et partout où la petite propriété individuelle loin de disparaître tend à se développer l'association sous toutes ses formes des producteurs indépendants suffit pour les adapter aux exigences de l’économie moderne. » (5)
Dans l’ordre social :
«Le parti républicain socialiste n'entend nullement « porter atteinte à la petite propriété agricole». « Nous ne voulons cette substitution (de la propriété de l’État à celle des monopoleurs) que là où il y a divorce entre les moyens de travail et les travailleurs eux-mêmes. qu’on ne cherche pas... à opposer pour régner sur leur aivision la République des ouvriers et la République des paysans ! La République des travailleurs agricoles, elle a le même drapeau, elle
(1 et 4) Discours de M. Zévaëès, brochure, p. 9, 10 et11. (2-3-5) Le P. R.S,., programme et règlement, brochure, p. 6, 7.
s'inspire des mêmes principes, de la même doctrine que la République des travailleurs industriels ct urbains...ces deux Républiques s'appellent d'un même nom; la République du peuple ia République de la justice et du travail, la République sociale.» (1)
Après une discussion il fut décidé au Congrès de Toulouse que les syndicats et les coopératives, organisations économiques, cellules de l’organisme social futur, ouvertes à tous les travailleurs quelles que soient leurs opinions, ne seraient pas sollicités d’adhérer au parti. (2)
Celui-ci n’est pas, nous l’avons vu, un parti de classe.
Quels sont les rapports du parti avec les autres groupements politiques ?
« Le parti radical était surtout le parti de la lutte contre le cléricalisme, contre l’Église et les Congrégations; maintenant que les lois laïques sont votées, le parti radical semble avoir perdu sa plus essentielle raison d’être. Et devant les préoccupations économiques actuelles, devant les problèmes nouveaux, il est déconcerté, désemparé, comme frappé de défiance vis-à-vis de lui-même. Aux unifiés à leur programme et surtout à leur méthode, ce sont d’autres critiques que nous avons le droit d'adresser. Nous ne nourrisons pas comme eux l'illusion que le coup de baguette magique, ou le recours à un cataclysme tragique, puisse suffire à la solution du plus énorme et du plus grave des problèmes. Et quant à leurs procédés de lutte quotidienne, antimilitarisme et antipatriotisme action directe et sabotage, nous les réprouvons hautement. Nous n’admettons ni la chasse aux renards en temps de grève, ni en temps d’invasion la grève générale et l'insurrection. Donc ni radicaux, ni unifiés ! » (3)
En novembre 1912, le Congrès a entendu son président rappeler que le parti avait attiré « ceux auxquels le radicalisme ne suffisait plus et ceux dont le socialisme unifié avait déçu les espérances ».
(1-3) Discours de M. Zévaès, brochure, p. 12-8-9.
(2) Compte rendu du Congrès de Toulouse, Le Progrès de l'Est, 28 décembre 19#1:
L'organisation intérieure du parti rappelle un PE celle des socialistes unifiés. (1)
Quelle est l'importance de ce groupement politique? Il
est en voie de formation et n’a pas encore publié le chiffre de ses adhérents. Son groupe à la Chambre comprenait 33 membres en 1911.
Ce groupement n’est pas, à proprement parler, un parti. Il n’a pas, en matière politique, des principes, une théorie, une doctrine propres. Dans l’ordre économique et social, il n'apporte guère de solutions originales. La nationalisation des grands monopoles de fait et la suppression des octrois, les deux principaux articles de son programme, figurent dans ceux d’autres partis. Enfin il fait appel à tous les hommes de bonne foi et de bonne volonté, pour réaliser l’union de la République et du socialisme, termes entendus différemment par de nombreux citoyens.
Sa caractéristique est son réformisme pratique et positif, son réalisme tout objectif, la claire vision qu'il semble avoir du départ indispensable entre les choses socialistes, les choses non socialistes et les choses antisocialistes.
La distance qui le sépare des radicaux socialistes ne paraît pas considérable.
Bien que le syndicalisme ne constitue actuellement en aucune facon la doctrine d’un parti politique et que la C. G. T. ne soit nullement une organisation de parti, nous ne pouvons terminer cette étude sans examiner rapidement le néo-syndicalisme ou syndicalisme révolutionnaire.
(1) Voir documents annexes,
Ses diverses manifestations tant matérielles que dogmatiques ont des conséquences importantes dans l’ordre politique (troubles et désordres dans la rue, cessation du travail dans les services étatisés ou concédés, syndicats de fonctionnaires, etc.), dans le domaine économique (grève à jet continu, sabotage, boycottage, chasse aux renards, etc.); enfin en matière sociale, (extra démocratisme, critique de la loi du nombre, intervention des minorités har-dies et agissantes). Le néo-syndicalisme déclare qu'il est lui le véritable socialisme et que c’est lui qui, en transformant l’atelier patronal, rénovera le monde.
C'est là une force économico-sociale, un mouvement d'idées et la source de faits importants, qui a trop de répercussion sur le terrain politique, au sens particulier comme au sens national du mot, pour être ici passé sous silence. Il est bon enfin de savoir exactement ce qu’est la Confédération générale du Travail dont, nous l’avons vu, divers partis ou groupements d'individus, voire même de fonctionnaires, recherchent, sinon l'alliance, du moins les sympathies.
Au mot syndicalisme sont données aujourd’hui diverses significations.
19 Dans son sens le plus général, le mouvement syndical est une tendance qui, réagissant contre les exagérations de l’individualisme, met en évidence entre les individus d’une même catégorie sociale tant l'identité des besoins que la communauté des intérêts économiques et les incite, pour défendre les uns et satisfaire les autres, à une énergique action collective. Tels sont les syndicats d'agriculteurs, de pêcheurs, de médecins, d’artistes, etc. plutôt à vrai dire de simples groupements d’intérêts corporatifs.
2° Dans un deuxième sens, il désigne l’effort des organisations professionnelles ou corporatives quirevendiquent léga-
LES DIVERS SYNDICALISMES 369
lement et pacifiquement, des améliorations dans les conditions du travail, aujourd’hui arbitrage obligatoire, contrat collectif, extension de la capacité civile et commerciale, demain le salaire minimum, participation aux bénéfices, etc... ; pour les agents et fonctionnaires, des garanties diverses au point de vue del’avancement, de la discipline, etc. .Ce mouvement, quise développe dans les cadres et les limites de l'État actuel, s'appuie sur l'Union des travailleurs libres (15.000 adhérents), les Bourses de travail libres, les syndicats jaunes ou neutres, l'Association des fonctionnaires (300.000 membres) et n’a théoriquement rien de commun avec l’école néo-syndicaliste.
3° Dans une autre acception, mouvement syndical veut dire organisation, par leurs propres artisans préalablement réunis en collectivités autonomes et responsables, des diverses tâches et fonctions sociales. « Les différentes classes sociales prennent conscience à la fois de leur autonomie et de leur indépendance. Elles se donnent par le syndicalisme une structure juridique définie, elles tendent même à acquérir la direction de la besogne sociale qui en fait leur incombe ; elles viennent limiter l’action du gouvernement central, devant la réduire dans un avenir, peut-être prochain, à un simple rôle de contrôle et de surveillance (1)... Si l’on ne voit dans le mouvement syndicaliste que l’organisation du prolétariat pour conquérir le capital et la direction de la production, ou ne comprend point le vrai caractère de ce vaste mouvement, on l’exploite...» (2)
49 Le mouvement syndicaliste, ou syndicalisme révolutionnaire ou socialisme ouvrier, pose en principe que c’est à la classe ouvrière seule, isolée dans ses institutions propres, qu’il appartient de mener la lutte, de jeter bas l'État
(1-2) Le droit social, le droit individuel.et-la transformation de l État par ‘M. L: Duguit, Alcan, 1908, p. 103 et 111. Réfuté, en tant que syndicalisme foncetionariste par M. Ferneuil, Revue politique et parlementaire, année 1908. T. LVII, p. 51 à 65, et par M. Berthélemy.
et le patronat, de remplacer la société actuelle par une société nouvelle, Si son point de départ et son point d'arrivée sont bien ceux du socialisme, il diffère de celui-ci à plusieurs égards.
Nous ne nous occuperons ici que du syndicalisme révolu-
tionnaire,
L'on peut en trouver, semble-t-il, les bases lointaines dans les idées et les formules qu'expose la philosophie nouvelle, notamment dans : l'Évolution créatrice et les données immédiates de la conscience, de M. Bergson. Ces vues originales ont inspiré les théoriciens du néo-syndicalisme, MM. G. Sorel, Lagardelle, Berth, et leur ont fait ajouter aux principes et aux déductions de K. Marx.
Pour M. G. Sorel :
« Le pessimisme (1)est tout autre chose (on nous a reproché notre type de patron dur) que les caricatures qu’on en présente le plus souvent; c’est une métaphysique des mœurs bien plutôt qu’une théorie du monde, c’est une conception d’une marche vers la délivrance étroitement liée... au sentiment d’un déterminisme social et à la conviction profonde de notre faiblesse naturelle... La violence prolétarienne change l’aspect de tous les conflits au cours desquels on l’observe, car elle nie la force bourgeoise et prétend supprimer l'État qui en formelenoyaucentral.. les hommes qui participent aux grands mouvements sociaux se représentent leur action prochaine sous forme d’images de bataille assurant le triomphe de leur cause, Je proposais de nommer myihes ces constructions dont la connaissance offre tant d'importance pour l'historien : la grève générale des syndicalistes et la révolution catastrophique de Marx sont des mythes. J'ai donné comme exemples remarquables de mythes ceux qui furent construits par le christinianisme primitif, par la Réforme, par la Révolution, par les Mazziniens.… il ne faut pas chercher à analyser de tels systèmes d’images..….il faut les prendre en bloc comme des forces historiques... je comprends que le mythe de la grève générale froisse beaucoup de gens sages à cause de son caractère d’infinité, tant que le socialisme demeure une doctrine entiè-
(1) Préface à l'édition des Réflexions sur la violence. Lettre à M. Halévy, par M. Georges Sorel, Mouvement socialiste, année 1907, 3° série, I. p. 137ets. L'ouvrage a été publié par la librairie des Pages Libres, 1907.