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PHILOSOPHIE ET THÉORIE

rement exposée en paroles, il est possible de le faire dévier vers un juste milieu, maiscette transformation est manifestement impossible quand on introduit le mythe de la grève générale qui comporte une révolution absolue... mythe qui donne au socialisme une valeur morale si haute et une si grande loyauté... L'esprit de l'homme veut. comprendre la raison des choses... les moralistes neraisonnent presque jamais sur ce qu’il y a de vraiment fondamental dans notre individu. M. Bergson nous invite au contraire, à nous occuper du dedans et de ce qui s’y passe pendant le mouvement créateur. « Il y aurait deux moi différents, dont l’un serait comme la projection extérieure de l’autre, sa représentation spatiale et pour ainsi dire sociale. Quand nous agissons, c’est que nous avons créé un monde tout artificiel placé en avant du présent, formé de mouvements qui dépendent de nous... ces mondes artificiels disparaissent généralement de notre esprit sans laisser de souvenirs, mais quand des masses se passionnent, alors on peut décrire un tableau qui constitue un mythe social... un mythe ne saurait être réfuté...l’utopie au contraire, peut se discuter comme toute constitution sociale... Pendant longtemps, le socialisme n’a guère été qu’une utopie... Il est devenu une préparation des masses employées dans la grande industrie qui veulent supprimer l’État et la propriété; désormais on ne cherchera plus comment les hommes s’arrang'eront pour jouir du bonheur futur; tout se réduit à l'apprentissage révolulionnaire du prolétariat...»

«L'idée de la grève générale correspond à des sentiments si fort apparentés à ceux qui sont nécessaires pour assurer la production dans un régime d’industrie très progressive que l'apprentissage révolutionnaire est aussi un apprentissage du producteur... beaucoup de personnes ont dit que le socialisme est une sorte de religion... tout l’enseignement de M. Bergson nous a appris que la religion n’est pas seule à occuper la région de la conscience profonde, les mythes révolutionnaires y ont leur place au même titre qu’elle... nous nous sommes bornés à reconnaître la portée historique de la notion de grève générale, nous avons cherché à savoir quelle culture nouvelle pourrait sortir des luttes engagées par les syndicats révolutionnaires contre le patronat etcontrel'État...il ya une énorme différence entre la nouvelle école el l’anarchisme qui a fleuri il y a une vingtaine d’années à Paris. beaucoup d’anarchistes finirent par se lasser de lire toujours les mêmes malédictions lancées contre le régime capitaliste, et ils se mirent à chercher une voie qui les conduisit à des actes vraiment révolutionnaires... Les historiens verront un jour dans cette entrée des anarchistes dans les syndicats l’un des plus grands événements qui se soient produits de notre temps... Les anarchistes devenus syndicalistes eurent une véri-

table originalité... ils apprirent surtout aux ouvriers qu'il ne fallait pas rougir des actes violents. les nouveaux syndiqués regardèrent ces violences comme des manifestations normales de la lutte et il en résulta que les tendances vers le {rade unionisme furent abandonnées. Le syndicalisme révolutionnaire n’est donc pas...une erreur de jeunesse. mais le produit d’une réforme opérée par des hommes qui sont venus enrayer une déviation vers des conceptions bourgeoises... »

-M. E. Berth dans un article (1) marchands intellectuels el poliliciens, a montré certains traits distincts du néo-syndi-

calisme.

«Le syndicalisme veut, tout en restant sur le terrain de PÉtat moderne, retrouver la vie sociale défigurée et élouffée sous les exagérations étatistes comme M. Bergson veut, tout en s’appuyant sur la science, retrouver la vie profonde dénaturée et faussée, sous les exagérations conceptionnelles (2)... il faut que la production se dégage de la tyrannie de l'échange comme il faut que la vie spirituelle se libère de la tyrannie de l’État, sans que cette triple libération ne signifie en quoi que ce soit un retour au particularisme sensible, féodal ou économique... (3). La sécurité «l’ordre » comme dit le philistin bourgeois est... le besoin fondamental d’une société marchande...la «violence » syndicaliste dérange beaucoup les petites combinaisons de nos socialistes bourgeois parlementaires qui ne rêvent que de paix sociale, arbitrage et conciliation... (4) la démocratie parlementaire n'est-ce pas le droit divin, ou la puissance magique de l'État passée du roi aux partis chargés de traduire la soi-disant souveraineté du peuple ?... Le légalitarisme moderne est plus asservissant encore que l’ancien loyalisme. Le syndicalisme révolutionnaire est entré en révolte contre ce légalitarisme.… il oppose au parlementarisme l’action directe » (5).

Ainsi les bases théoriques du syndicalisme sont, outre le matérialisme historique de K. Marx, la notion de la violence prolétarienne et le mythe de la grève générale.

Ses principes essentiels sont les suivants : 10 Le syndicat est l'organe naturel de la lutte de classe (6). «Si la lutte de classe est tout le socialisme, on peut dire que tout le socia- Jisme est contenu dans le syndicalisme, puisque hors du

(1-2-3-4) Le mouvement socialiste, année 1907, 3e série, I, p. 1, 6,7, 8.

(5) Le mouvement socialiste, année 1907, 3e série I, p. 1.

(6) Congrès du parti socialiste d'octobre 1908. Compte rendu, p.255: M.H. Lagardelle, :

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