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LES TROIS NOTIONS ESSENTIELLES

pouvoir de ses partisans. Certes, une liberté organisée, cest une liberté réglée dans ses expressions extérieures, limitée, par conséquent amoindrie, mais la liberté intégrale c'est l'anarchie et l’anarchie pour un peuple, c’est la mort. ’est le droit de liberum velo qui a tué la malheureuse Pologne ! D'ailleurs, le principe des diverses restrictions à son entière indépendance, que dans son propre intérêt en tant que membre d’une collectivité, l’individu doit subir dans certaines manifestations de son activité, ne sont plus contestées par personne; seuls sont encore discutés les degrés de ces limitations.

Ici se heurtent les trois courants fondamentaux qui traversent actuellement toutes les sociétés européennes. L’individualisme qui veut amoindrir le moins possible l’indépendance de l'individu, le collectivisme ou le communisme qui entend au contraire subordonner complètement celuici au milieu et le maintenir dans l’obéissance par une forte discipline, l’associalionisme qui lui, désire que dans le l'intérêt même du citoyen et seulement dans la mesure où il en profitera réellement, sa complète liberté soit diminuée et restreinte, organisée en vue d’un meilleur rendement pour le plus grand avantage tant de l'individu que la nation.

L'on a dit avec raison que l’homme est d'autant plus homme, c’est-à-dire jouit davantage de la vie en société, qu'il appartient à un plus grand nombre de groupements. Ceux-ci en effet sont comme autant de cercles concentriques qui entourent chacun de nous et augmentent notre activité, développent nos facultés, élargissent nos horizons, font s'épanouir plus largement notre personnalité en plusieurs domaines. Les associations sportives, religieuses, scientifiques, littéraires, artistiques, mutualistes, coopératives, professionnelles, etc..., accroissent la valeur complexe de l'individu et profitent en même temps, ceci est

à noter, à la branche de l’activité sociale dont elles sont le support et le but, religion, lettres, arts, mutualité, coopératisme, etc. Pourquoi l'individu n’entrerait-il pas dans un groupement politique et pourquoi son affiliation ne seraitelle pas utile à l’objet même de cette association, à la politique et par suite au pays? L'intérêt qu’il convient de porter à la chose publique est-il moindre que celui qu’il importe d'accorder aux sports, à l'assurance, à la mutualité, à la religion, aux arts, etc.?

En second lieu, il convient de remarquer que ce que nous appellerons, faute d’un terme plus exact, la vérité politique est notablement différente de la vérité académique ou philosophique. Le but de la politique est, nous l’avons dit, le sort des masses et les destinées de la nation, son moyen d'action la manifestation des volontés de ces mêmes masses. Il s’ensuit que les opinions si judicieuses soientelles n’ont pour un peuple qu’une valeur très relative si elles restent isolées et théoriques; il ne suffit pas aujourd’'hui d’affirmer qu’on a raison, il faut, non seulement le prouver par des faits des dates des chiffres, mais encore persuader, sinon la majorité, du moins une minorité assez importante pour qu’elle puisse faire entendre sa voix et devenir un jour majorité. C’est la foule qu’il importe de convaincre, gagner et retenir. Des convictions nobles et élevées, vraies en soi mais abstraites (1), n’auraient qu’une valeur secondaire en politique et seraient comme mortes si elles ne sortaient pas d’un petit cercle d’esprits, même éminents. Seule l’adhésion d’une notable fraction des citoyens les peut vivifier et féconder. Il peut être beau en philosophie d’avoir raison contre tout le monde cela

… (1). Nous trouverons la formule nécessaire, en nous rappelant que toute idée a besoin d’un instrument pour vivre et qu’il ne servirait de rien d’avoir découvert les vérités abstraites les plus éclatantes si les appareils nécessaires pour les faire vivre n'étaient pas établis. »

Fédération républicaine. Congrès de 1912. Discours de M. J. Roche, brochure, p. 48.

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