‹ Les parvenusChapitre 18 sur 24 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Histoire du 'vicomte d' Instar,

€ i/ANS les rêveries de ma première jeny nesse , dit Eusèbe , j'ai souvent réfléchi » sur les causes qui peuvent faire naître » une de ces grandes passions , dont les » exemples sont si communs dans les ro- » mans , si rares dans le monde , et dont » les confidences des jeunes gens de mon > àse ne me donnaient nulle idée. Ils me » disaient qu'ils avaient ia tête tournée..., '» Cette expression me déplaisait, elle ne » peignait qu'une fantaisie. Je pensais » que , dans les cœurs vertueux , une V grande passion est produite par Ten- » ihousiasme d'une admiration fondée » surtout sur les qualités de l'âme. L'es- » time parfaite, seule base d'une véiilabie » amitié, n'est elle-même qu'une admi- » ration tranquille et réfléchie , sans trans- » ports, parce que le temps seul a pu l'ins- » pirer en la formant par degrés , et je me » représentais avec émotion le charme

•2o6 LES PARVENUS.

> enivrant d'un sentiment si doux , lors- » qu'il pouvait se passer d'une longue » expe'rience , et qu'il s'unissait à l'amour, » Je ne rencontrais que des jeunes per- » sonnes dont les entretiens frivoles ne

> montraient que des idées vulgaires

> des sentimens communs , et mon cœur i> restait parfaitement libre.

» Un jour que j'étais seul avec ma mère » et mademoiselle de Versée, on annonça y le curé de St.-Sulpice , qui venait la » voir de temps en temps. J'avais une pro j> fonde vénération pour ce vertueux » prêtre, qui a perfectionné les admirables » élablissemens de charité des dignes eu » rés , ses prédécesseurs , et qui lui-même y en a fondé de si beaux. Ma mère lu » parla du mariage d'un de ses paroissiens » qui , n'étant plus jeune, avait épouse » peu de jours auparavant une personne » de dix -sept ans. C'était le duc dt » Palmis !... mademoiselle de Versée cri-

> tiqua une union si mal assortie : le V curé répondit qu'il était assuré que h » duc s'applaudirait de l'avoir formée . » parce que celle qu'il avait épousée

V était une personne véritablement angé- » lique. Le curé , qui la connaissait depuis » Tenfance , conta d'elle plusieurs traits » admirables , et il finit par celui-ci : Avant* » hier, dit-il, le lendemain du jour où » elle a reçu sa corbeille de mariage , elle » m'a fait appeler , et m'a remis pour les » pauvres la bourse toute entière , et con- » tenant mille louis, qui était dans sa cor- » beille ; elle me demanda , en outre , de » lui indiquer deux pauvres femmes près » d'accoacher , parce que , depuis trois » mois qu'il étgiit question de son ma- 9 riage , elle avait fait au couvent deux » petites layettes qu'elle voulait aller por- » ter elle-même (i).

» Ce récit me toucba si vivement , qu'il » me causa un battement de cœur, pres- » sentiment d'une impression plus pro- » fonde... Je mourais d'envie de deman- » der si cette personne intéressante était » jolie; mais il était impossible de faire » une telle question à un curé... Made-

(i) On a ea effet recueilli le* détails de cette action ( très-connue des gens du monde ) du respectable curé de S.-Sulpicci

2o8 LES PARVEiVUS.

» moise^le de Versée satisfit ma dange-

> reuse curiosiîe. Eliedit qu'il e'tait affreux

> que le tuteur de celte bel/e et riche or- » pheline Teût sacritie'e a l'ambition , en V la mariant à Tiiomme du caractère con- » nu )e plus dur et le plus bourru. E'ie » l'adoucira, reprit le curé; ne nous in- » quiétons point du bonheur d'une jeune » personne qui pense et se conduit ainsi.

» Celte conversation laissa de profondes » traces dans mon esprit. De ce moment, » je n'entendis plus prononcer son nom » sans éprouver à la fois de l'émotion et » de la tristesse. Je voyageai. Cette idée » ne s'effaça point de mon imagination ,

> mais elle s'affablit ; il m'en resta seu- » lement la mélancolique pensée que le » ciel avait donné à un autre la personne i> du monde qui aurait pu le mieux assui> rer la félicité de mon existence.

» Je revins à Paris , et j'enîendis par- » 1er de la duchesse avec une admirais tioD qui ranima dans mon cœur des » regrets insensés. Je craignais et je dé- V sirais également de la rejicontrer ! Elle y vivait retirée dans sa famille avec la-

» quelle je n'avais aucune liaison , et » je fus loDg-teraps sans la voir. Ma 3^ sœur sortit du couvent et m'apprit qu'à » Panlhemont elle avait e'té intimement }> liée avec elle. Je ne me permis pas une » seule question ; mais Edelie parlait j> d'elle sans cesse , et toujours pour » ajouter aux éloges que le monde ea- » tier lui donnait.

» Au jour de l'an , je me rendis à Ver- » saiiles ainsi que tout ce qui était pre'- » sente'. J'allai a la messe; j'y arrivai tard, » et au moment où une jeune dame , ea » grand babil , quêtait. Elle me tournait » le dos dans cet instant; mais l'e'lef^ance » de sa taille , la noblesse de sa dëmar- » cbe , la modestie de son ajustement, la » simplicité de sa parure , et ses belles » tresses de .cbeveux blonds ( je savais » qu'elle e'tait blonde ) , me la firent » aussitôt reconnaître!... C'était elle en

» eiïei! Que devins-je , grand Dieu!

» quand elle se retourna et qu'elle me » fit voir son visage encbanteur qo'em- » bellissalt encore l'expression sublime » de la pureté de son âme et d'une bi^n- T. III. i^

a 10 LES PARVENUS.

» faisante piété!... Ce fut ainsi que, pour » la première fois , elle m'apparut sous * ses véritables traits, non dans un cercle » brillant , au milieu des vaines dissipait lions du monde, mais dans un temple, » et remplissant un devoir religieux et » (bariiable ; c'était un ange implorant » la pilié pour le malheur !... On la con- » lemplait avec une sorîe d'altendrisse- » ment : sa beauté eût été moins remar- » quable dans une fête ; mais la, environnée » de sa réputation qui semblait répandre » autour d'elle tous les rayons si doux » de la gloire la plus pure, celle figure » ravissante était dans une délicieuse liar- » monie avec son action et les souvenirs » qu'elle retraçait et la sainteté du lieu... » Quel fut mon saisissement lorsque je » la vis s'approcher , me tendre une main V suppliante en levant sur moi ses beaux » yeux d'un a7.ur céleste!... liélas ! en lui » présentant, d'une main tremblante, mon » oTrande , je sentis que je lui dévouais » ûUîsi mon existence foute entière..., »

Dans cet endroit du récit d"Easèbe , Pécian que tenait l'infortunée niinquise

sVchappa de sa main défaillante. Eusèbe fit un mouvement pour le ramasser; mais je me précipitai devant lui de manière à lui cacher le visage de madame de Palmis , dons l'effrayante pâleur aurait pu trahir ou du moins faire soupçonner le

funeste secret! ^Nlon action et ma

physionomie lui firent deviner qne j'avais lu dans son cœur ; ce triste cœ*ir avait un tel besoin de s'e'pancher , qne l'attendrissement Temportatit sur la fierté, elle me serra la main quand je lui rendis l'écran. Elle vit combien je compatissais à sa peine , et de cet instant je devins son ami le plus

cher! Tout ceci se passa en un clin

d'œil. Eusèbe , entièrement absorbé par sa passion , n'en vit rien, et, après une interruption de quelques minutes , il reprit ainsi sa narration :

« J'avais un tel besoin ae me distraire ,

» que je fis encore un vojage ; j'allai à Lon-

» dres, j'y portaile souvenir et l'image qui

» devaient ne me plus quitter !... Je revins

» pour le mariage de ma soeur ; peu de

» temps après , mes parens arrangèrent

» le mien. Cet établissement e'tait conve-

» riable de toute manière; le choix m'e'tait » infiltrèrent , pourvu que la personne à » laquelle je devais m'anir fût bien élevce » et vertueuse. JVvais renonce au bon- » heur, mais j'étais décide' à rendre heu- » reuse la compagne de mon ti'iAe sort , 9 et j'ai rempli ce devoir. J'évitais avec » soin la duchesse , car j'aurais pu la » rencontrer souvent chez raa sœur ; je me » livrais à des occupations sérieuseset à ces » affections d'intérieur et de famille, dont » la douceur finit toujours par calmer les » plus violentes agitations de l'âme. Je » devenais chaque jour plus paisible et » plus raisonnable; mais le fatal voyage de » Velmas me ravit sans retour toute ma » tranquillité. Ma sœur, depuis longtemps, » me pressait en vain d'aller la voir dans y son château ; enfin , raa femme se joi- » i»nit à elle pour m'en conjur<.^r : je cédai. » Là, je revis la duchesse, et mon cœur » se rouvrit aux. scntimens dont j'avais eu > tant de peine à me distiaire !.... Cepen- » dant mes yeux ne s*altachaient jamais » sur elle , mais je la voyais partout sans i> la reijarder I Je ae me mêlais point

LES PARVENUS. £l3

» à son entretien; je restais aussi peu dans » le fîalon , que la biense'ance pouvait le » permettre; et, quoique je n'eusse au- » cun ras^port avec elle , la plus longue V habitude ne donnera jamais la finesse » de sensations qui me faisait reconnaître » le bruit de ses pas on celui de sa robe y flalian'e. 11 m'est arrive' souvent , jouant » auK échecs à l'autre extrémité' de la pièce » où elle éîaiî , et lui tournant le dos , » de d{ viner lor'^qu'unc fi rame se levait et » marchait , si c'était elle ou non : je ne m'y » suis jamais trompe. C'est ainsi que je 3> Paimais , et je ne la connaissais encore » qu'iraparf.jitcraenl ! Un hasard singulier, 9 en exaltant pour elle fous mes senfi- » mens , les fixa pour jamais au fond de » mou âme.

» Un soir , où tout le monde se retira » de bonne heure , j'allai porter ma rê- » veric dans le parc; jVrrais dans une » longue allée dejMijjj près d'un quart » d'heure, lorsque j'enlendjs marcher dans » l'allée voisine , dont je n'étais séparé » que par une hante charmille : c'étaient » Edélie et la duchcbse !... J'aatais dà

» fuir ! Un charme invincible , on , pour » mieux dire une faiblesse inexcusable me » ren'ni 1 Elles s'assirent sur un banc po-

V se de mon côte' ; j'étais bien certain ,

V en les écoutant , de ne pas leur dérober » des secrets qu'elles eussent le moindre » inlërêt à cacher ; je restai colle sur la » charmille qui nous se'parait , et j'en- » tendis une conversation qui se 2;rava

> pour jamais dans mon esprit et dans » mon cœur,

» Oui , dit la duchesse , je sais que » vous laissez entendre que je ne suis pas » heureuse , et c'est à la fois une erreur » et une injustice. Sans doute , re'pondit

> Edelie , on n'est pas véritablement à » plaindre avec votre vertu et volve i e'i> hignation ; mais... Je n'ai nul besoin de » résignation^ interrompit la duchesse; » je suis parfaitement contente de mon y sort. — C'est ce que le monde ne peut » se persuader en ^us voyant piive'e de y luus les plaisirs Je votre âge... — Oui,

V mais je jouis de tous ceux de Tinfe'rieur » qu'on retrouve dans tous les instans ,

V et qui daicnl toujours. J'ai senti , eu

LES PARVENUS^' 2l5

» épousant un homme de cinquante ans , » que les fêles et la dissipation du grand » monde ne convenaient point à son â«e, » et .je iui ai dëciaié que j'y renonçais » sans retour; il a d'abord combattu cette » re'solution, et il ne Fa approuvée que lors* » qu'il a e'ié convaincu qu'elle ne me coû- » tait rien. — On sait que son caractère est » brusque, souvent violen?.... — Loin de » Télre avec moi, sa bonté , son dësir de » me plaire ne se démentent jamais. Aucun i> homme n'a pour sa femme des attentions » plus aimalilcs et plus tîelicates... Lui ! le » duc de Paimis ! s'écria Edéiie en riant ,

V ah ! de grâce , citez-m'en donc quelques » traits, cela est curieux !... Eh bien 1 ré- » pondit la duchesse, par exemple, deriiie-

V rement, à ma fête , il entra le matin dans » ma chambre avec trois charmantes peli- » tes orphelines , toutes trois sœurs , et » dont l'uiyée n'avait qae huit ans. Cna- » cune d'elle tenait d'une main un bouquet ,

V et , de l'autre , une jolie corbeille rem- » plie des choses qu'il sait qui m'occupent » et que j'aime , des bobines d'or , de soie , » et des modèles de petits ouvrages nou-«

2l6 LES PARVT^'US^

» veaux j et il me dit : Maintenant que

» vous avez reçu leurs pre'sens , il faut leur

» faire les vôtres; et il me pre'senta trois

» pommes en sucre renfermant des pas-

» lilles , et trois biilcls formant la somme

» de 900 fr. Ce sera , poursuivit -il, la pre-

» mière année de leur pension ; car les

» pauvres petites n'ont rien au monde.

» Quel mari a de ces attentions-là ?

V Ah ! reprit Edélie , ces aitentlons-là font

» bien mieux votre éloge que le sien !

» J'avoue pourtant qu'il y a , dans des

» proce'de's de ce genre , une recherche ,

V une grâce que peu d'hommes pour-

> raient avoir. Comment avez-vous fait y> pour adoucir ainsi son caractère ?....— y En l'aimant. — Cependant le sentiment y> ne se commande pas. — Ah ! ma chère

> Edélie , ne répétez pas celle phrase » vulgaire si peu digne d'un esprit tel » que le vôtre. On aime quand c'est un » devoir, parce qu'on s'attache toujours » par (îes soins et du dévouement ; une » mère n'aime véritablement ses enfans

V que lorsqu'elle s'occupe sans cesse d'eux ; » un enfant chérit toujours ses parens

•> lorsqu'il les soigne — Je sais qu'on

> s'attache par ses bienfaits — Ce n'est

* pas pre'cise'ment ce que je veux dire; car

il est possible d'être libe'ral et de don-

> ner beaucoup sans aimer : mais des soins •> constans, assidus , un de'sir habituel de

> contribuer au bonheur d'un objet qu'on •> doit aimer , entraînent ne'cessairement

> et toujours un grand attaclifraent, lî est ■> si satisfaisant de sentir que non-seule-

> ment on est utile dans fous les instans ,

> mais qu'on ne pourrait être remplacé î Il est si doux d'augmenter , chaque jour , dans un cœur sensible et vertueux, ce

> trésor de reconnaissance qui peut payer

> avec usure tous les sacrifices ! Et quel

> commerce peut paraître plus délicieux

> que celui de l'être qu'on rend heureux, dont on possède toute la confiance , et qui doit le mieux vous con-

> naîtreet vous apprécier ? A ces mots, j'en-

> fendis ma sœiir embrasser son incompara-

> ble amie , et mes larmes coulèrent... Dans

> ce moment . je crus entenfîrs marcher

> derrière moi , et je m'éloignai rapide-

> mcDt. J'étais dans un état impossible à

2l8 LES PARVENUS*

» décrire ; je venais de lire dans le fond

» de celte â:ne angélique ; ma passion

V pour elle était devenue de l'adoration ; i> tons mes principes condamnaient ce » sentiment , et ma raison , mes réflexions » ne pouvaient que le fortifier ! Ep'erdu,

V hors de moi , j'allai dans ta chambre , » mon cher Julien ; lu dois le rappeler » cette soirée, je ne te confiai pas un se- » cret que je devais cacher; mais tu vis y mon trouble affreux et mon égarement,

V et par la suite tu n'as pu que trop ij » facilement en deviner la cause !... Je ' » partis le lendemain... L'hiver suivant , » je l'évitai avec plus de soin que jamais; > je ne pouvais apercevoir, dans les rues,

V sa livrée , sans éprouver une émotion » inexprimable! coml)ien de fois, en vous » rencontrant , Madame , et en voyant de » loin votre voiture , avez-vous fait pal- » piler mon cœur ! je vous prenais pour » elle

>> Je revis dans le monde le duc de

V Palmis , et ce fut avec une profonde

V vénération. Elle l'aimait uniquement; y mais ce n'était pas de l'amour qu'il ins-

» pirait ; l'attachement sublime dont il > était l'objet, le rendait à mes yeux le » plus inteiessant et le plus respectable » de tous les hommes. Pour eJIe , je ne » la revis qu'à ce quadrille où elle rem- » plaça madame de Melcour , ma dan- » seuse. O qu'elle me parut embellie !... » Non , lorsque , pour danser , elle posa » sa main dans la mienne , ce ne fut » point de l'enivrement que j'e'prouvai. » Son innocence et sa douce séienité » calmèrent tous les mouvemens tumul- » tueux de mon cœur; je n'ai jamais » connu les agitations de l'amour que » loin de ses angëliques regards. Près

V d'elle , le respect et l'admiration ont » toujours concentré et pour ainsi dire » suspendu tous les autres sentimens » qu'elle m'inspire !... Pendant tout le » temps que dura cette danse , je ne m'ap» » procbai d'elle qu'en tremblant ; tou- » cher sa main ou ses vêlemens me sem- » blait une profanation !,..

» Je recommençai à la fuir; mais com-

V ment guérir d'une telle passion fondée » surtout sur la connaissauce de son

220 LES PARVETCUS.

» caractère , de ses principes , et sur » sa conclnlte que J'entendais citer sans :5> cesse comme le modèle le plus ac- :» compli de la perfection humaine! Sii> tuation bizarre ! Mon devoir me prescri» i y> vait de faire Ions mes efTorls pour l'ou- » blier, et l'enthousiasme même de la » vertu me rappelait naturellement son

y> souvenir! Maintenant elle est libre

36» et je le suis : si j'avais un trône à luioflrir, » j'irais le mettre à ses pieds ; mais , dan* » l'c'fat où je me trouve, j'ai dû garder » le silence. Daignez sor.ger , Madame , y> que vous m'avez arraché mon secret le » plus intime; il faut peut-être, pour

V me conserver sa confiance et son amitié ,. » ne le lui révéler jamais. Si cet aveu ne » fait pas mon bonheur , il me rendra le » plus malheui eux des liorames. Ainsi y

V ]Madanf>e, oue l'intérêt dont vous m'ho- » norez ne vous aveugle point , ne pré— » cipifez rien; et, si de nouveaux entre- » liens ne vous donnent pas de nouvelle» » espérances, ne parlez point , ne parlez y jamais !.... »

Eusèbe termina ainsi son récit pendant

equel sa malheureuse confidente soiiffiit les tourmens inexprimables. Elle avait Dour Eusèbe la plus violente passion, et les olus touchans éloges qu'il venait de donner à sa rivale avaient ete' pour elle autant Ide coups de poignard dont les blessures étaient mortelles!.., £n effet, quelle terrible leçon pour une personne si fière et si sensible , et qui s'était flattée d'être

'aimée! Avec une beauté encore plus

e'c-atante que celle de la duchesse, un esprit et des talens plus briilans, elle se disait que, sans ses égareinens et la perle de sa réputation , elle aurait obîenu la préférence ! Elle avait toujours regreffé a vertu; mais, dans ce moment, ces re* grets étaient du désespoir!... Cependant, rassemblant toutes ses forces, madame de Paltuis prit la parole pour assurer Eusèbe, dans les termes les plus affectueux, qu'elle meitrait à cette mystérieuse négociation toute la prudence qu'il pouvait désirer , et elle ajouta avec attendrissement qu'il reconnaîirait un jour qu'elle était digne de toute sa confiance. Eusèbe la remercia avec la plus sincère eifu&ion de cœur,

i2a LES PARVENUS.

et sortit de chez elle sans se douter qu'il Tenait de faire le malheur de sa vie. Comrae nous e'tions à la moitié' de l'antichambre , madame de Palmis me rappela , je retournai seul sur mes pas; elle était à la porte de son salon, et elle me dit tout bas avec pre'cipitation : Quelles que soient vos ide'es sur celte entrevue, promeltez-raoi, sur ce point , le plus inviolable secret ? — Je vous en donne ma parole d'honneur. — Il suffit.! Revenez seul demain matin. A ces mot-î , elle me quitta ; je rejoignis Eusèbe qui était déjà sur l'escaher, et je lui dis que madame de Palmis m'avait demandé d© lui porter le lendemain mes derniers camées qu'elle ne connaissait pas.

Page 1