‹ Les passages de Vénus sur le disque solaire, considérés au point de vue de la détermination de la distance du soleil a la terre. Passage de 1874. Notions historiques sur les passages de 1761 et 1769Chapitre 8 sur 37 · LES · texte numérisé non relu

LES

IITRODÏÏGTIOl.

Une grande expédition scientifique se prépare !

L'année 1874, impatiemment attendue par les astronomes du monde entier, approche enfin 1 Des observateurs s'exercent déjà et font des expériences en vue de cette expédition.

C'est que Tannée 1874 verra, en effet, un phénomène astronomique qui ne s'est pas montré depuis cent cinq ans, c'est-à-dire depuis 1769; qui se verra encore en 1882, mais qui ensuite ne se représentera plus avant l'an 2004. Ce phénomène, c'est le passage de Vénus sur le disque solaire,

L'Assemblée nationale, en France, a accordé, le a6 Juillet

1872, au Ministre de l'Iostructioa publique, un crédit additionnel de 100 COQ francs pQHr la confection des instruméhtsd'ôBsêrvâ-

^îon dont doivent se servir, à l'occasion de ce passage, les observateurs français en différents points du globe.

Les États-Unis d'Amérique ont voté, pour leurs observateurs, une somme de 760000 francs, répartie sur les années 187a,

1873, 1874*, et les gouvernements de Russie, d'Angleterre et d'Allemagne ont déjà pris des dispositions pour faire concourir

yGoogk

leurs savants à l'observation du phénomène astronomique dont nous venons de parler.

Quel est donc le résultat scientifique que le monde savant espère obtenir par l'observation de ce passage pour qu'il en soit si agité? et quel grand intérêt offre donc ce résultat pour que des centaines de mille francs soient dépensés pour l'obtenir, et que d'intrépides explorateurs des régions célestes aillent, sous des climats meurtriers, comme Chappe d'Auteroche, Médina çt Green, au siècle dernier, tomber peut-être victimes de leur ardent amour de la science?

La grande expédition, à laquelle veulent prendre part toutes les nations civilisées du globe, a pour but de savoir si l'angle sous lequel un observateur, situé au centre du Soleil, verrait le rayon de la Terre, quand nous sommes à notre distance moyenne de l'astre radieux, est plus près de 8", 9 que de 8", 8.

Cet angle, c'est la parallaxe solaire !

C'est donc simplement pour connaître cette parallaxe solaire à un demi-dixième de seconde près que des travaux considérables vont être entrepris, et que bien des ennuis, bien des déboires et même bien des dangers vont être affrontés ! Mais pour ceux que l'amour de la science anime, il n'est pas de travail, d'ennuis ou de dangers qui puissent les arrêter.

On sait combien il est important, en Astronomie, de connaître la parallaxe du Soleil avec la plus grande exactitude si Ton veut avoir des notions certaines sur les distances mutuelles de tous les astres, en y comprenant la Terre, sur leur grosseur et sur leur masse.

La perfection à laquelle est arrivée aujourd'hui la science d'observation, la théorie et la confection des instruments employés par les observateurs ont donné l'espoir que l'on pourrait arriver maintenant à une exactitude que l'on croyait à tort devoir obtenir avec la plus grande facilité au dernier passage de Vénus.

Voilà pourquoi ce demi-dixième de seconde tient une place si importante dans le bilan de nos connaissances astronomiques, et

yGoogk

pourquoi Thomme civilisé, qui vit autant par Vesprit que par le corps, est disposé à faire les plus grands sacrifices pour donner toute la certitude possible à ces connaissances, qui sont une des gloires de l'esprit humain, et qui, en lui faisant comprendre et connaître toute la grandeur de Tunivers, le rapprochent de son Créateur.

Ce que sera le pliénomène du passage de Vénus sur le Soleil, le 9 décembre 1874. — Le 9 décembre 1874, les astronomes qui se trouveront à l'île Amsterdam^ située dans l'océan Indien, par 37"47'46'' de latitude sud, et 76° êl 56* de longitude est, verront, vers 7'*5~i6' du matin, le Soleil, élevé d'environ 28 degrés audessus de l'horizon, s'échancrer légèrement vers l'est (fig, i), c'est-à-dire à droite du Soleil (nous supposons une lunette directe).

Fig. I.

Sitd

Au bout de quelque temps, cette petite échancrure augmentera et l'on apercevra, vers 7** 35" 48% un petit disque noir d'un diamètre quarante à cinquante fois plus petit que le diamètre solaire, qui fera tache sur l'astre brillant et qui sera tangent intérieur^Qient au bord du Soleil.

Ce petit disque s'avançant peu à peu sur le disque solaire, en suivant une corde oblique, sera, vers 1 1^4" 54", tangent au bord du Soleil à l'extrémité de la corde parcourue, et après avoir ^ déterminé de ce côté une échancrure, qui diminuera progj^s-

yGoogk

sivement , disparaîtra vers 1 1** 34" 4^% en laissant le disque du Soleil aussi net que le matin.

Les astronomes de Tîle Amsterdam auront alors vu le passage de Vénus sur le disque du Soleil, c'est-à-dire auront aperçu la planète Vénus, passant entre le Soleil et nous, intercepter une petite partie des rayons de cet astre et se projeter, dans son mouvement, comme un petit cercle noir traversant lentement le disque du Soleil .

La durée du passage sera environ de 4^ ^9" i8*.

Le môme jour, presque à la môme heure, temps moyen de Paris, les astronomes qui se trouveront à Yokohama, près de la capitale de l'empire japonais, verront, vers ii^oo"'4îi* du matin, une échancrure, semblable à celle vue à Amsterdam, se faire dans le bord est du Soleil (c'est-à-dire à gauche), élevé de So^g' environ au-dessus de l'horizon; cette échancrure augmentera progressivement et prendra, vers 1 1** 27" 4^*', la forme d'un petit, disque noir d'un diamètre quarante à cinquante fois plus petit

que celui du Soleil et qui sera, à ce moment, tangent intérieurement au bord du disque solaire. Ce petit disque noir s'avancera ensuite graduellement suivant une corde oblique, ainsi que le montre la^. 2, et sera tangent intérieurement au bord ouest du Soleil vers 3** 22°*, puis déterminera ensuite une échancrure,

yGoogk

qui diminuera progressivement et disparaîtra vers 3*'49"4a', au moment où le Soleil ne sera plus élevé que de 9 degrés. Les astronomes de Yokohama auront vu Vénus passer devant le Soleil, et ce passage aura duré environ 4** 49™.

La corde parcourue par la planète, pour les astronomes de Yokohama, sera un peu plus grande que celle décrite pour les astronomes de Fîle Amsterdam ; la durée totale du passage à Yokohama aura été de 19" 4^^' plus longue qu'à Amsterdam, et, dans ce dernier lieu, le phénomène commencera 1 3" 16' plus tard que dans la ville japonaise, et finira 6"° 26* plus tôt.

Si Ton peut noter d'une manière très-précise, à une pendule ou à un chronomètre bien réglés sur le temps moyen du lieu, les instants où le disque noir de la planète sera tangent intérieurement au disque du Soleil, c'est-à-dire si Ton peut déterminer dans chaque lieu, à une ou deux secondés près y l'heure en temps moyen du lieu correspondant à ces deux phases, et si l'on peut faire des observations du même genre et avec une même précision dans d'autres lieux choisis avantageusement et d'où le môme passage de Vénus pourra être observé, soit en totalité, soit en partie, on espère pouvoir conclure de toutes ces observations une parallaxe solaire, qui nous permettra de connaître la distance à laquelle nous sommes du Soleil, avec une approximation dix fois plus grande que celle avec laquelle on connaît la distance admise jusqu'à présent.

Pourquoi les passages de Vénus ne se reproduisent qiCà de longs intervalles, et détermination de ces intervalles. — Si la grande ellipse, presque circulaire, que Vénus parcourt en aa4 jours et 16 heures environ, autour du Soleil, était dans le môme plan que celle que décrit la Terre en 365 jours et 6 heures environ, les passages de Vénus seraient très-fréquents et se représenteraient à chaque fois que Vénus passe entre la Terre et le Soleil, c'est-à-dire tous les 584 jours ; mais, le plan de l'orbite de Vénus étant incliné sur le plan de l'orbite terrestre de 3° 23' 3©",

yGoogk

il en résulte que ces passages ne peuvent avoir lieu que si la planète, à sa conjonction inférieure, n'est pas trop écartée du plan de l'écliptique, c'est-à-dire se trouve près d^un de ses nœuds.

Il en résulte que le phénomène dont le monde savant s'occupe aujourd'hui est extrêmement rare et ne se reproduit qu'à des intervalles éloignés, suivant, jusqu'à un certain point, une loi de périodicité que nous allons essayer de faire comprendre.

Laissons de côté pour un instant l'inclinaison de l'orbite de Vénus sur le plan de l'écliptique.

Le mouvement moyen de Vénus autour du Soleil en un an est d'environ

2io6 64i',49;

celui de la Terre, dans le même temps, est de

donc si, à une certaine époque, Vénus est en conjonction inférieure , c'est-à-dire si Vénus et la Terre ont la môme longitude héliocentrique, l'année suivante, à la même époque, les longitudes héliocentriques de ces deux planètes différeront de

Page 1