LES ENSEMBLES
Aux éléments communs qui entrent dans la composition de nos épopées, se mêlent les données propres à chacune d'elles. On peut les réduire à la personnalité du martyr d'une part, de l'autre à certains thèmes d'allure historique ou légendaire, qui servent d'ornement et parfois de support au récit.
Quelque peu tranchée que soit dans les passions épiques l'individualité du héros, il est nécessairement distingué de plusieurs autres par sa condition ou par ses antécédents. Il est évêque comme S. Anthime, clerc comme S. Procope, cabaretier comme S. Théodote, intendant comme S. Boniface, berger comme S. Marnas, soldat comme S. Théodore. Ce n'est pas assez, qui en douterait? pour créer un personnage. On voit 'breti surgir des incidents variés en harmonie avec la situation de chacun; mais il faut autre chose pour dessiner un caractère. Représenter un homme avec l'attribut de sa fonction n'est pas faire son portrait. La classe sociale à laquelle on rattache le martyr déteint, rarement sur le fond et n'a guère d'influence sur la forme.
Un fait historique ou réputé tel peut influer sur le dessin général d'une passion. La physionomie du centurion Corneille était fixée par les Actes des Apôtres. Il était impossible à l'auteur de sa légende de ne pas en tenir compte '. C'est ainsi encore que la tradition locale, qui faisait des XL martyrs de Sébaste des soldats et les soumettait à un genre ^de mort inusité, don-
1 Passio S. Cornelii, BHG. 371.
LES PASSIONS EPIQUES 305
ne à la passion de ces martyrs un cachet particulier qui l'élève au-dessus de la banalité du genre et a pu faire illusion sur sa valeur1. Sans vouloir discuter ici le bien fondé de cette histoire, nous ne pouvons nous empêcher d'y signaler les traits essentiels des passions épiques.
Certaines localisations entraînent des adaptations de souvenirs historiques familiers aux gens du pays, des allusions inspirées par la vue des monuments. C'est ainsi que, dans la passion de S. Corneille, dont l'action est placée à Scepsis en «Troade, on voit figurer un Démétrius, Arjurrrpiôç TlÇ qpiXôcoqpoç *. Est-ce un hasard qu'il y avait précisément un philosophe de ce nom originaire de Scepsis ?
La passion de S. Melétius est placée à Tavium en Galatie, et a été écrite dans cette ville. C'est ce qui explique, qu'en dépit d'un anachronisme des plus criants, l'évêque Dicasius se trouve mêlé au récit 3. Ce sont des traits intéressants pour nous. Ils peuvent éblouir un instant et égarer la critique. Ils n'ajoutent rien à la valeur historique de la composition.
Il n'est pas toujours facile de décider si certains motifs qui sortent du cadre habituel proviennent de la tradition orale plutôt que d'une source littéraire Plus d'une réminiscence classique a été relevée dans nos
1 Passio SS. XL martyrum, BHG. 1201. Elle a été admise par Gf.bhardt dans ses Acta martyrum selecta. Il faut dire qu'il l'appelle un « in dieser Gestalt minderwerthiges Martyrium ».
i Signalé par A. Brinckmann, dans Rheinisches Muséum, N.F. t. LX ^905) p. 634-35.
3 Passio S. Meletii, BHG. 1249. Cf. Anal. Boll., t. XXXVIII, p. 374.
passions. Rappelons S. Hippolyte et son supplice renouvelé de l'Hippolyte de la fable, Ariadne disparaissant, comme Daphné, dans les flancs du rocher, les pendants chrétiens d'Anaxarque et de Furius Camillus, Lucien, nouvel Arion, porté par un dauphin '. Ces légendes ont-elles couru parmi le peuple avant d'être fixées par l'hagiographe ou bien celui-ci a-t-il mis à contribution les souvenirs de ses lectures ? On ne saurait répondre, la plupart du temps. Mais bien des fois, des emprunts littéraires formels se constatent à l'évidence. Dans les passions de sainte Ariadne et de S. Tryphon, ont été relevés des passages d'une valeur intrinsèque trop supérieure à la moyenne du texte pour n'être pas de provenance étrangère 2. Un fragment d'une passion de S. Trophime, comprenant une partie d'interrogatoire moins décousue que beaucoup d'autres morceaux semblables, n'est autre chose qu'une apologie de la providence et de la justice divine appuyée sur des citations de philosophes païens. Ces passages n'ont pas été recueillis directement par l'hagiographe. Ils sont déjà dans Clément d'Alexandrie, dans Eusèbe, dans Théodoret. Mais l'écrivain ne les a pris dans aucun de ces «auteurs. Il doit avoir eu sous les yeux un écrit que nous n'avons plus et dont Théodoret paraît s'être servi 3. L'auteur d'une passion de sainte
1 Sur ces exemples et d'autres analogues voir P. Franchi di Cavalieri, dans Studi e testi, t. XIX, p. 123-141.
* P. Franchi, dans Studi e testi, t. VI, p. 108-119 ; t. XI p. 29-40.
3 G. Mercati, Un apologia antiellenica sotto forma di murtirio, dans Studi t testi, t. V, p. 207-36.
LES PASSIONS EPIQUES 307
Catherine ' transcrit un recueil de citations apparenté à celui que Bentley a publié sous le titre de Xpn.o"uoi Kai GeoXoYiai éXXnvwv Kai qpiXocrôqpwv *.
Combien pourrait-on, avec un peu de patience, découvrir de pièces de rapport dans toute cette littérature. Ne retrouve-t-on pas du Thucydide dans la passion des Dix martyrs de Crète s ?
Ces thèmes variés peuvent faire l'office de simples accessoires. D'autres fois ils seront le noyau autour duquel viennent se ramasser les éléments communs du genre, dosés au gré de l'hagiographe. Les combinaisons de la matière banale varient en effet suivant des proportions très différentes. Telle passion est presque toute en discours. Les crocs, la roue- et le gril n'y semblent figurer que pour interrompre des tirades démesurées et reposer d'une faconde décidément trop monotone. Dans d'autres on ne voit que chairs meurtries et plaies saignantes. La variété requise est obtenue par quelques bouts d'interrogatoire, de subites apparitions, des voix d'en haut. C'est surtout le merveilleux qui éclate dans certains récits, rejetant au second plan les paroles et les gestes des acteurs humains du drame. Il est de ces histoires de martyrs qui sont la formidable concentration de toutes les recettes hagiographiques. Nous songeons à Georges, à Cirycus et Julitte, à Macaire et à bon nombre de passions égyptiennes. D'autres au contraire se composent d'une partie des ingrédients prescrits. Elles dévelop-
1 Passio S. Aecaterinae, BHG. 31.
* J. Bidbz, dans Byxantinische Zeitschrift, t. XI, p. 388-94.
1 Bhinckmann, dans Rheinisches Muséum, t. c, p. 633.
pent de préférence le thème propre et ne laissent qu'une part accessoire à la matière commune. On en connaît enfin, qui ne sont que des squelettes impossibles à rattacher à une espèce sans un effort de la pensée. En général la distribution des matières est réglée d'après un plan uniforme indiqué par la nature du sujet et les nécessités du genre, et de ce chef encore cette littérature manque essentiellement de variété. Généralités sur la persécution, introduction du héros, arrestation, interrogatoire, refus de sacrifier, tortures, renvoi en prison, vision céleste, nouvel interrogatoire, nouvelles tortures, nouveau séjour en prison et ainsi de suite jusqu'à l'exécution, tel est le programme que l'hagiographe essaiera en vain de modifier en répétant certaines scènes, en introduisant quelques incidents, en répartissant diversement les interventions miraculeuses. Il n'y a pas de différence essentielle entre les passions de S. Théodore, de S. Procope, de S. Mercure et celle de S. Georges. Il n'y en a guère non plus entre ces dernières qui sont des récits continus et les passions divisées en plusieurs actes. Les passions des saints Tarachus, Probus et Andronicus, de S. Clément d'Ancyre, de S. Victor, de S. Macaire et de plusieurs autres martyrs d'Egypte ', dans lesquelles les divisions matérielles distinguent plusieurs passions, ne font que souligner le caractère de pièces à tiroir qui leur est commun avec beaucoup d'autres \
1 Actes de S. Victor dans E, A. W. Budge, Coptic martyrdoms in the dialect of Upper Egypt (London, 1914), p. 1-101 ; Actes de
S. Macaire, BHO. 578.
2 Ainsi encore la passion des saints Carpus et Papylus, BHG. 294, celle de sainte Christine, publiée par M. Norsa dans Studi italiani di filologia classica t. XIX, p. 316-327.
A côté des actes isolés, il faut mentionner les groupements de passions ayant quelque rapport à un même personnage, les cycles épiques comprenant des récits d'importance inégale qui rayonnent autour d'un nom célèbre. Dans l'hagiographie d'Asie Mineure, où ce genre fut moins cultivé, on pourrait citer le cycle de S. Théodore '. A Rome nous en connaiss ons plusieurs, par exemple les cycles de Domitille, de S. Sébastien, de S. Laurent \ Les plus considérables appartiennent à l'Egypte. On peut dire que les cycles de Basilide ou de Dioclétien, de Victor, de Jules se partagent la majeure partie des passions égyptiennes 3.
Apparentées par les éléments dont ils sont composés et par la disposition générale des matières, nos passions le sont également par le style, et l'étrange uniformité qui en résulte rend pénible et rebutante la lecture prolongée de ces textes incolores et sans relief. On finit par avoir l'impression de relire toujours la même histoire, redite à peu près dans les mêmes termes.
Il n' y a pas à s'en étonner, vu que les auteurs de ces récits ne se contentent pas d'imiter quelques modèles, mais qu'ils se pillent les uns les autres. Lisez la plus ancienne légende de S. Procope : vous aurez dès les premières lignes le sentiment d'avoir rencontré ailleurs les mêmes phrases. Et en effet, la préface est un era-
1 Voir Les légendes grecques des saints militaires, p. 40-43.
2 Passio SS. Nerei et Achillei, BHL. 6058-6066; Passio S. Sebastiani, BHL 7543; Passio SS. Polycronii et soc, BHL. 6884 et suivants.
3 Nous devons renvoyer le lecteur au travail sur les martyrs d'Egypte, dont il a été question plus haut.
prunt aux actes de Perpétue et Félicité '. La passion d'Alphius et Philadelphius provient des actes de S. Georges 2. Il y a des passions dans lesquelles on découvre des extraits de plusieurs textes analogues. Voir les passions de S. Boniface, de S. Longin, de S. Tryphon 3. Dans les actes de S. Pancrace de Rome, on distingue des lambeaux qui ont l'air de provenir des actes de sainte Cécile, de sainte Agnès, de sainte Afra, de S. Sébastien, et de la vie de S. Antoine *. Il est à peine besoin de rappeler que les hagiographes ne reculent pas devant le plagiat intégral, que les saintes Martine, Tatiana, Prisca, ont des actes identiques, de même S. Procope, S. Ephysius, S. Jean d'Alexandrie, ou encore S. Gordius et S. Menas, et que l'emprunt sur une aussi large échelle n'est pas rare du tout 5.
Mais c'est là un cas extrême. Ce qui, au point de vue du style, donne à la littérature des passions sa teinte monochrome, c'est l'usage continuel des réminiscences, des formules de convention, des expressions toutes faites dans une foule de textes qui ne dérivent certainement pas d'un même original. Ces ressemblances s'expliquent le plus souvent par le fait qu'une phraséologie de convention avait fini par se constituer à l'usage des hagiographes, et que l'emploi de certaines formes de langage faisait désormais partie du métier. La source dernière, les œuvres qui ont
1 BHG. 1576. Cf. Les légendes grecques des saints militaires, p. 79.
2 BHG. 57. Krumbacher, Der heilige Georg, p. 164.
5 P. Franchi, Hagiographica dans Studi e testi, t. XIX, p. 23-40
* P. Franchi, ibid., p. 90-96.
s Les légendes hagiographiques, ae éd., p. 115-117.
LES PASSIONS EPIQUES 311
donné le ton pouront se découvrir. Mais cette recherche serait la matière d'un travail spécial que nous ne pouvons entreprendre ici '. On arriverait sans doute à indiquer un petit nombre de modèles qui ont créé la langue, le style, les procédés spéciaux devenus familiers à la foule des imitateurs. Dès maintenant on peut citer les actes de Polycarpe, de Thècle, de Tarachus, Probus et Andronicus comme ayant exercé l'influence la plus étendue, soit directement soit par l'intermédiaire d'autres dérivés.
Il reste d'ailleurs beaucoup de questions à élucider par rapport aux origines de cette branche littéraire dont la fortune fut si grande et si imméritée. Le manque de données chronologiques certaines nous'condamne à rester dans le vague. Ces récits anonymes si nombreux, si semblables, si souvent retouchés — nous reviendrons sur cette circonstance capitale — se laissent difficilement situer dans le temps. Si l'on veut ne point sortir des généralités et s'en tenir au genre plutôt qu'à des passions déterminées, il y a quelques indices à recueillir. Les progrès de la critique hagiographique contribueront à les multiplier et permettront de resserrer les dates.
Les manuscrits sont un point de repère insuffisant. En utilisant tous les menus fragments et les palimpsestes, on n'arrive pas, la plupart du temps, à dépa?ser le VIe siècle. Nous avons l'assurance qu'à cette époque existaient les passions de S. Sébastien, de S.
1 Bien qu'elles aient été entreprises dans un tout autre esprit, les recherches de Leblant, Les actes des martyrs, ont abouti à grouper d'utiles matériaux.
Georges, de sainte Christine, de S. Paphnuce. Les manuscrits remontent jusque-là, mais quelques-uns des textes sont probablement plus anciens. Un hasard heureux a conservé dans un manuscrit du Ve siècle la traduction syriaque d'une passion grecque de sainte Agnès ', qui dérive elle-même d'un texte latin.
L'étude des versions anciennes, poursuivie avec méthode, amènera sans doute des résultats. La passion de sainte Ariadne 2 ne doit pas être postérieure de beaucoup au IVe siècle, puisqu'on a une adaptation de la version latine 5, en si bon style qu'elle ne peut guère descendre plus bas que le Ve ou le VIe siècle *.
Qu'avant la fin du IVe siècle, il existât un bon nombre de passions du modèle épique, on peut l'affirmer avec assurance après la lecture de Prudence, des pères Cappadociens, de S. Jean Chrysostome et d'autres auteurs. Quelques hymnes du Peristephanon sont la traduction poétique de textes de cet ordre. Le poème de S. Vincent, de sainte Eulalie, de S. Laurent ne laissent aucun doute à cet égard. La longue histoire du martyre de S. Romain pourrait être donnée comme spécimen du genre tout entier B. S. Grégoire de Nazianze lisait certainement les actes fabuleux de Cyprien d'Antioche 6. S. Basile et S. Grégoire de Nysse
1 BHG. 45. Cf. P. Franchi, Note agiografiche, fasc. 5, dans Studi e testi, t. XXVII, p. 24.
2 BHG. 165.
3 Passio S. Mariae ancitlae, BHL. 5422.
4 P. Franchi, dans Studi e testi, t. XIX, p. 131. s Peristeph. X.
6 Laudatio S. Cypriani, BHG. 457. Cf. Zahn, Cyprian von An-
tiochien (Erlangen, 1883), p. 86-93.
LES PASSIONS EPIQUES 313
connaissaient une passion des XL Martyrs ', et dans le panégyrique de S. Théodore nous reconnaissons, tracées avec la plus grande" netteté, les lignes principales d'une légende épique2. Dans le panégyrique de S. Julien s, S. Jean Chrysostome reproduit la substance d'une légende de la même catégorie, et son œuvre en accuse d'autres traces. Il n'y a pas jusqu'aux petits poèmes de Damase, si obscurs dans leur concision, qui ne laissent passer quelque reflet de ses lectures. Lire par exemple l'inscription de S. Eutychius, qui est un récit complet, condensé en quelques lignes *. Indiquons encore le chapitre Trepi 'AttoMumou udptupoç de YHistoria Monachorum, simple résumé d'une passion des saints Apollonius et Philémon, bien connu de quiconque s'est occupé d'hagiographie égyptienne s.
Il ne fallut donc pas plusieurs siècles, comme on aimerait à se l'imaginer, pour franchir l'abîme qui sépare les émouvants récits créés dans le feu de la persécution de la littérature insipide et prétentieuse qui les a fait trop souvent oublier. D'où nous vient- elle ? Encore un problème qui attend sa solution, et que l'état actuel de la recherche permet à peine d'aborder.
Les grands centres de production hagiographique, après l'âge d'or, sont l'Asie Mineure, à laquelle il faut ajouter la Syrie, puis 1' Egypte et Rome.
Ce n'est pas de Rome que viennent les modèles. Les grands cycles et la plupart des passions isolées se rap-
1 BHG. 1205, 1206-1208.
2 BHG. 1760.
3 BHG. 967.
4 Ihm, Damasi Carmina, 27.
5 C. XXI. Preuschen, Palladius und Rufinus, p. 80-S2.
portant aux martyrs de la ville éternelle ne remontent pas à une si haute antiquité. C'est vers le VIe siècle que se place, à quelques exceptions près, la composition des légendes romaines appelées à une si grande popularité.
On peut donc hésiter entre l'Asie Mineure et l'Egypte. Le groupe asiatique est fort ancien. Il se distingue en général par des formes modérées. Ce n'est pas là pourtant une caractéristique exclusive, par les passions de S. Georges et des saints Cirycus et Julitte en font partie.
C'est dans l'hagiographie d'Egypte que le genre a été le plus cultivé et qu'il affecte les allures les plus outrées. Ce n'est peut-être pas une raison suffisante pour déclarer que, s'y. étant le mieux développé il est là sur son terrain naturel, d'où il a été transplanté ailleurs. Pour donner à cette hypothèse un appui suffisant, il faudrait au moins pouvoir dire que quelques uns des principaux éléments du genre épique sont, en Egypte, des produits indigènes. Je ne vois pas qu'il y ait moyen de le démontrer péremptoirement.
Il ne sera pas sans intérêt, toutefois, de rappeler qu'un récit célèbre, étroitement apparenté à nos passions et assez ancien pour avoir apporté sa contribution à la formation du genre, semble être de provenance Alexandrine. Nous voulons parler du IVe livre des Machabées, attribué à Josèphe '. Le surnaturel mis à part, l'histoire des sept frères renferme à peu près tout ce qui donne aux actes épiques leur physionomie si recon-
1 Charles, ' The apocrypha and pseudcpigrapha of the Old Testa' ment, t. II, (Oxford, 1913^, p. 653.
LES PASSIONS EPIQUES 315
naissable : longs discours du persécuteur, réponses non moins prolixes et souvent virulentes des victimes, tourments épouvantables, non pas il est vrai, concentrés sur un seul mais répartis sur plusieurs sujets. Ici aussi les menaces sont précédées de promesses, et dans l'avantdernier épisode se retrouve le curieux incident de la feinte qui donne au persécuteur un moment d'espoir, bientôt déçu par l'attitude plus décidée que jamais, je dirais, plus provocante du martyr.
Il est difficile de croire que ce livre, qui eut tant de lecteurs et qui fut si souvent commenté par les orar teurs chrétiens, n'ait exercé aucune influence sur les hagiographies. Mais sa vogue n'a pas été restreinte à l'Egypte et son action a rayonné au loin. En, quel endroit du monde chrétien a-t-il inspiré l'hagiographe qui fut l'ancêtre d'une race si nombreuse ?
Que les plus anciennes histoires apocryphes des apôtres aient contribué, pour une part, à constituer le genre épique, ne fût-ce que pour l'élément merveilleux et fantastique, on ne peut guère le nier. Dire exactement ce que nos hagiographes ont pu leur emprunter, nous ne pouvons l'essayer ici. Mais nous ne" voulons pas non plus, pour renforcer l'hypothèse de l'origine égyptienne du genre épique, nous appuyer sur l'opinion qui reconnaît cette même origine aux fables apostoliques '. C'est une thèse qui est loin d'être démontrée.
' S. Reinach, dans Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. IX (1904), p. 319; Cultes, mythes et religions, t. I, p. 408-409.