‹ Les pasteurs en Egypte (volume 2)Chapitre 10 sur 88 · FIN DE LA DOMINATION DES PASTEURS · texte numérisé non relu

FIN DE LA DOMINATION DES PASTEURS

Les renscignements historiques fournis par les documents originaux ne se référent qu'à cette troisième époque de l’histoire des Pasteurs. Nous n’y trouvons en effet, aucune mention d'événements antérieurs au règne d’Apapi. Or, ce roi Pasteur était le contemporain de Sekenen-Ra, l’un de ces chefs du midi qui travaillérent à la noble tâche d’affranchir l'Egypte. Le roi Pasteur youvernait alors la Basse-Egypte et prélevait un tribut sur d’autres parties du pays, que son peuple n’occupait pas. Le Sekenen-Ra, dont 1l est ici question, était relégué dans l'Egypte méridionale; l'autorité royale avait

été anéantie par la conquête ‘); aussi, dans ses rapports avec le roi pasteur, le chef égyptien ne porte-t-il d’autre titre que celui de chef du pays méridional.

Mais son adversaire n’est pas l’un de ces Barbares que dépeint Manéthon. Apapi est un prince éclairé, qui possède un collège d’hiérogrammates savants, à l’exemple des pharaons de toutes les époques, et qui soumet chaque affaire à leur examen avant de prendre une décision.

Apapi est d’ailleurs le seul roi Pasteur, dont le cartouche entier soit parvenu jusqu’à nous. M. Mariette a même retrouvé sa légende complète sur un colosse découvert à Sân. Cette légende se lit ainsi: Le dieu bon Aa-hetto-ti-Ra, fils du soleil, Apapi *). On voit qu’en s'appropriant les statues des pharaons légitimes, Apapi adoptait aussi leurs titres officiels.

Mais il ne faut pas oublier qu'avec ce Pasteur nous touchons à l’époque finale de l'oppression de l'Egypte par la race étrangère. En effet, 1l a eu pour contemporain, comme je lai dit, un prince égyptien dont le prénom est Sekenen-Ra. Or, c’est précisément un roi portant ce prénom, qui a précédé Ahmés, le vainqueur d’Avaris. Lors même que le Sekenen-Ra d’Apapi et le Sekenen-Ra, sous lequel servit Baba, père du commandant de marins Ahmès, seraient, ce qui est probable, deux personnages différents, ils appartiendraient toujours à la même famille, ou au moins au même groupe de princes. Sans aucun doute, Apapi a régné dans le dernier siècle de la domination des Pasteurs.

Mais il est extrêmement probable qu'il n’a été ni le seul, ni même le premier des rois Pasteurs ayant fait usage de l’écriture et du style officiel des Egyptiens. On a signalé, en effet, d’autres cartouches qui peuvent avoir appartenu à des monarques de cette race; malheureusement nous n’avons aucun moyen d'attribution pour ces noms, dont la lecture est d’ailleurs incertaine.

M. Th. Devéria a notamment fait connaître celui qui se voit sur la poitrine d’un petit lion de pierre trouvé dans les matériaux d’une muraille à Bagdad *). Mon savant confrère propose de le lire Ra-set-noub; mais il

1) Voir la traduction du papyrus, p. 17 ci-devant.

3) Mariette, Deuxième lettre à M. le Vicomte de Rougé, Rev. Arch. V, 298. Le prénom signifie: Soleil magnanime des deux mondes.

3) Lettre à M. Mariette, Rev. Arch. IV, p. 266.

n'est nullement certain, à mes yeux, que les combinaisons de signes: Hornoub et Set-noub (Horus d’or et Set d’or) doivent être articulées conformément au phonétisme de leurs deux éléments, dont le rôle me paraît ici seulement symbolique. La prononciation du cartouche en question peut donc être tout-à-fait différente.

Le même égyptologue a publié aussi la légende d’un autre roi Pasteur, découverte par M. Mariette sur la base du colosse de Tell-Mokdam ‘). Cette légende donne au monarque de la race conquérante les titres égyptiens de Dieu bon et de fils du Soleil, avec le titre nouveau d'étoile des deux Mondes (c'est-à-dire des deux Egypte). Mais le cartouche est tellement fruste qu'on ne peut plus y distinguer d’autres signes que l’animal typique du dieu Set. Encore ici le nom nous échappe; une seule chose est à noter, c’est que, selon l'observation de M. Devéria, le petit lion qui porte cette légende présente une certaine analogie avec les lions androcéphales de Sân, que M. Mariette rapporte avec raison au règne d’Apophis ?).

Enfin M. Brugsch a signalé deux autres cartouches, qui lui paraissent susceptibles de la mème attribution. Le premier, qui semble devoir être lu Set-nekht-en-Ra, a été trouvé par ce savant sur un rocher de l'île de Bigeh, près de Philae. Qu'un roi Pasteur de la dernière époque ait eu le pouvoir de faire sculpter son écusson sur les frontières de la Nubie, c’est-ce qui sera difficilement admis par la critique. Jusqu'à nouvelle information, il convient de repousser ce nom de la liste des rois Pasteurs, avec d’autant plus de raison que la présence du nom de Set dans un cartouche peut s’expliquer tout autrement que par une attribution de cette espèce.

Le deuxième cartouche, signalé par M. Brugsch *), se rencontrerait, suivant lui, dans le groupe incomplet, qui termine la ligne 7 de la première page du papyrus Sallier 1. C’est à la rigueur possible; mais 1l est possible aussi que le signe final du cartouche ne soit qu’un déterminatif particulier du nom d’Apapt, dont le commencement se voit précisément dans un débris déplacé, qui paraît appartenir à la même ligne. Quoiqu'il en soit, ce car-

1) Lettre à M. Mariette, Rev. Arch. IV, p. 269. 3) Lettre à M. le Vicomte de Rougé, Rev. Arch. III, p. 105. 5) Tanis und Avaris, p. 89.

touche, lors même qu'il n’appartiendrait pas à Apapi, ne nous apprendrait absolument rien de nouveau.

Il reste toutefois suffisamment prouvé que des rois pasteurs autres qu’Apapi, ont encadré leurs noms à la manière égyptienne; mais je crois que tel n’a pas été le cas pour ceux de la succession immédiate de Salatis. Ce n’est que dans la période des relations pacifiques et dans celle de la guerre d’in- - dépendance, que la science et les usages de l'Egypte ont pu s’introduire parmi les Pasteurs. Alors seulement les rois de ces Barbares purent songer à s’entourer de lettrés, à édifier des temples, à encourager la statuaire, tout en remplaçant par leurs propres cartouches, sur les statues de l’Ancien- Empire restées debout, les noms des pharaons qui s'étaient érigé ces monuments. Cette époque de civilisation nous a seule laissé des sphinx, des statues et des légendes rappelant l’art de l'Egypte; les moeurs des dominateurs étrangers s'étaient alors sensiblement adoucies; mais cette circonstance ne contredit en aucune manière le récit de Manéthon, puisque, ainsi que je lai déjà fait ressortir, cet historien distingue lui-même entre l’époque de cruautés et de guerres continuelles qui se continua deux cent cinquante ans après la conquête, et les temps postérieurs jusqu’à l'expulsion des envahisseurs.

Il y a lieu de faire remarquer ici que la Basse-Egypte n'avait fait aucune résistance, et que les villes voisines de la frontière orientale, fréquentées de toute antiquité par la race des Men-ti et des Sati, s'étaient probablement soumises sans peine à la domination des Pasteurs. Ceux-ci les occupérent à leur aise, et loin d'y porter le fer et le feu, ils les conservèrent pour en faire des places d'armes, d’où ils se jetaient ensuite sur les nomes voisins. Il est done tout naturel que Tanis, en particulier, ait peu souffert de leur présence. Les statues, les temples peut-être, y sont restés debout, inutilisés pendant plusieurs siècles; ct finalement, ayant pris les coutumes du peuple vaincu, les derniers Pasteurs les firent servir à leur usage.

Il faut toutefois distinguer entre les cartouches gravés sur des monuments et ceux qu'on peut rencontrer dans des listes dynastiques. Les premiers, lorsqu'ils font partie de légendes attributives, appartiennent presque toujours à l’époque du personnage qu'ils désignent; les autres, au contraire, n’ont aucune signification chronologique, en dehors de la place relative qu'ils occupent. Par conséquent le Canon royal de Turin a bien pu contenir Îles

noms des rois pasteurs, depuis le premier jusqu’au dernier, et leur attri-

LETTERK. VERH. DER KONINKL. AKADEMIE. DEEL IV.

buer, pour la forme, les titres de la double royauté et le cartouche. C'est ainsi que le papyrus Sallicr, après avoir donné à Apapi la qualification de chef, se sert ensuite exclusivement de celle de roi pour le désigner. Îl suit de là que l'attribution, proposée par M. Devéria ‘), des trois noms du fragment 112 du papyrus de Turin aux pasteurs Béon, Apakhnas et Apophis, est parfaitement admissible; elle ne prouve pas que ces chefs des Pasteurs aient eux-mêmes fait usage du cartouche royal, mais seulement que le scribe du papyrus n’a pas cru devoir leur refuser ce signe distinctif de l'autorité, qu'ils avaient bien réellement exercée. En somme, Apapi est le seul des rois pasteurs, qui se présente à nous avec une consistance historique certaine. Nous ne savons ni le nom, ni les actes de ses prédécesseurs, et nous ne sommes pas plus avancés en ce qui concerne ses successeurs, à cela près cependant que nous avons le droit de les considérer comme ayant laissé leur puissance s’amoindrir progressivement et finalement leur échapper sous les efforts des chefs nationaux.

Relativement aux princes égyptiens de cette époque de domination étrangère, nous ne connaissons aussi que le nom du contemporain d’Apapi; c'élait, comme nous l'apprend le papyrus Sallier 1, un Sekenen-Ra dont les prédécesseurs ne sont clairement indiqués nulle part. Mais nous savons trèspositivement qu'Ahmés à succédé à un prince de ce nom.

Je crois qu'il est possible de jeter quelque lumière sur ce point de l’histoire égyptienne, au moyen de l'analyse des documents que nous possédons. Un premier fait important à considérer, c’est que le papyrus Sallier [ ne nous présente pas le pasteur Apapi comme faisant la guerre au chef égyptien du midi. Bien au contraire, nous le voyons occupé à organiser le culte parmi ses sujets, el à construire un temple magnifique, c’est-à-dire engagé dans des entreprises qui indiquent un état de tranquillité intérieure et de paix avec l'extérieur.

Avant lui les Pasteurs avaient sans aucun doute adouci leurs moeurs et policé leur organisation, grâce au contact prolongé de la race égyptienne. Cependant 1ls s’en étaient tenus jusque là au culte qu’ils avaient rapporté de leur patrie; peut-être même, grossiers et incultes comme Manéthon nous les représente, n’avaient-ils eu antérieurement aucune notion religieuse. Apapi

1) Lettre à M. Mariette, etc.; loc. laud.

tenta une réforme importante: il trouva dans le panthéon égyptien un dieu personnifiant en quelque sorte la prédominance du nord sur le sud; c’était l'adversaire et le meurtrier d’Osiris, dieu national des Egyptiens, ce Set, dont Mr. Mariette a retrouvé le culte établi à Memphis dès la cinquième dynastie '). Apapi se fit un dieu de ce type, qui seul présentait certains caractères hostiles à la race égyptienne. Le papyrus se sert expressément du mot faire (spr-nuy); mais il donne au nom de Set, la forme allongée Sutekh, dans laquelle je ne saurais reconnaître l’indicatiou d’un dieu spécial des Pasteurs ni d'aucun autre peuple asiatique. Quelle que soit la forme du nom, il est bien certain qu'il s’agit toujours du trés-vaillant fils de la déesse Nou. L’addition de l'aspiration forte à Ja fin d’un mot égyptien forme un augmentatif, comme c’est le cas dans Sebekh-t, pylone, augmentatif de Seb, porte ?). Du reste les Egyptiens paraissent s'être complus à voiler sous de légères allérations le nom d’un dieu qui éveillait en eux des sentiments fort contradictoires, et auquel ils rendaient un culte, tout en le considérant comme présidant à la destruction et aux calamités de tout genre.

Dans tous les cas, et c’est là un fait important à noter, Apapi ne continue pas à adorer son dieu national; i/ se fait un dieu de Set. C'est encore l'Égypte qui fournit aux Pasteurs l'élément religieux, comme elle leur avait fourni celui de la culture intellectuelle. La circonstance que le dieu Set (sous la forme Sutekh) s’est plus tard trouvé associé à Astarté, dans la religion des Khétas, ne démontre pas davantage l’origine asiatique de ce dieu *). Bien qu'il soit possible que les Egvptiens aient fait quelques emprunts aux mythologies de l'Asie et de l’Arabie, tel assurément n’est pas le cas, en ce qui concerne le prétendu dieu Sutekh. J'hésite même à reconnaître le Baal syrien dans le Bar ou Bal des hiéroglyphes, dieu du massacre et de la terreur, comme Set et Noubi. Malgré l'exactitude de la transcription, il faut tenir compte d’un fait significatif, c’est que le mot Bar sert à nommer en égyptien un animal sauvage habitant les régions montagneuses, celui précisément dont la figure sert de déterminatif aux noms de Set, de Sutekh,

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1) Lettre à M. le Vicomte de Rougé, Revue arch. V, p. 308. 3) Voir ma dissertation sur ce sujet, Voyage, p. 844; Mélanges Egypt. IT, p. 188.

3) Les Egyptiens ont possédé des établissements en Syrie et en Phénicie avant l’époque du

traité entre les Khétas et Rameës IT.

de Bar, et d’un grand nombre d'expressions signifiant cruauté, fléau, fureurs, etc. ‘). Il n’est donc nullement nécessaire d'aller chereher en Asie l’origine du dieu Bar de l'Egypte. On doit tout au moins convenir que, s'ils ont réellement adopté sous ce type le Baal ou Bel des races syro-phéniciennes, les Égyptiens ne se sont guère préoccupés de lui conserver le rôle de seigneur suprême que lui attribuent l’histoire aussi bien que la signification spéciale de son nom.

Le papyrus Sallier [ *) nous montre donc qu’Apapi s’est cherché un dieu dans le ciel des Egyptiens, et qu'il a précisément choisi le rival d’Horus, c'est-à-dire du pasteur du troupeau de Kémi. Ge choix témoigne d’une connaissance exacte de la mythologie égyptienne, telle au surplus que la possédaient assurément les savants grammates formant le conseil du monarque pasteur.

En même temps qu’Apapi adopte Set pour son dieu, il songe à lui élever, à la manière des Egyptiens, un temple d’où seraient exclus tous les autres dieux du pays. Set devait y recevoir un culte de cérémonies et de sacrifices à l'instar de ce qui se passait dans les temples des dieux égyptiens.

Il semble, sans cependant qu’on puisse l’affirmer en toute certitude, que c'est à l’occasion de la construction de ce temple qu’Apapi eût à adresser un message au Chef du Midi. La lacune qui se trouve dans le texte laissera ce point douteux aussi longtemps qu’une trouvaille heureuse ne viendra pas nous restituer le texte perdu.

Quoiqu'il en soit, la teneur du message fut délibérée par les scribes savants du roi pasteur. Tout ce qui est relatif à ce sujet important a disparu avec la partie inférieure de la première page du papyrus. Mais au commencement de la deuxième se trouve exprimée très-netlement la condition que, seul, le culte d’Ammon-Ra, roi des dieux ‘), serait excepté de la proscription du culte de tous les dieux du pays. Une semblable condition ne saurait en aucune manière concerner le chef égyptien; tandis que de la part du roi pasteur elle formait une concession importante sur l'exclusion absolue, mentionnée plus haut par le texte, de tous les dieux adorés par les Egyptiens.

1) Voyez Dümichen, Hist. Inschr. pl. 24, lig. 43. 3) Voir la traduction de ce document, pag. 17, ci-devant.

3) Ammon-Ra était là grande divinité de Thèbes, métropole de la Haute-Egypte, ou du pays méridional, que gouvernait Sekenen-Ra.

Il s’agit donc bien d’une offre que fait Apapi au chef du midi, pour ob tenir quelques avantages en retour, sur lesquels le papyrus ne nous a malheureusemeut conservé aucun renseignement. L’arrangement du texte se prête à merveille à cette explication, car le paragraphe qui suit énonce clairement le fait de l’envoi du messager chargé de porter au chef du midi la communication délibérée par les scribes savants.

L’envoyé du Pasteur est reçu par Sekenen-Ra avec une grande méfiance. Ce prince l’interroge avec sévérité, et, en apprenant qu'il s’agit d’un message d’Apapi apporté en grande hâte, il reste comme fasciné de colère et de stupéfaction ‘); un instant il demeure sans voix; puis, rentrant en luimême, 1} continue à interroger lenvoyé. Le texte, entrecoupé de vastes lacunes, ne nous laisse deviner n1 la nalure des communications faites par le messager du roi pasteur, ni celle des réponses de Sekenen-Ra. Je distingue seulement que l’envoyé fut traité humainement, puis renvoyé avec une réponse évasive, le prince égyptien ayant voulu prendre sou temps et conférer avec son conseil.

Le messager reparti, Sekenen-Ra rassemble ses généraux, ses officiers et ses guides habiles, ct leur rend compte de tout ce qu’Apapi lui a fait proposer.

À cette révélation, tous ces personnages sont saisis du même sentiment de slupeur; ils restent bouche close et ne peuvent articuler un seul mot de réponse *).

La haine patriotique contre les Pasteurs est bien caractérisée par cette circonstance que Sekenen-Ra, aussi bien que ses conseillers, furent comme paralysés en écoutant le message d’Apapi. On comprend que le sentiment national est fortement excité, et que si la guerre n’est pas encore commencée, elle ne saurait tarder à naître. Le papyrus nous revèle d’ailleurs une circonstance très-remarquable et très-significative, c’est que, seul, le roi pasteur possède un conseil de scribes savants; les conseillers du chef égyptien sont tous des chefs militaires.

Nul doute que le chef du midi ne fut alors prêt à prendre l'offensive; la signification de son prénom royal (Soleil Belliqueux) prouve d’ailleurs qu’il

1) Ce détail est de la plus grande certitude; l'expression égyptienne est crpa. Je l'ai expliquée maintes fois,

3) Le récit du papyrus ne va pas plus loin. On y voit seulement qu’Apapi envoya de nouveau, pour obtenir la réponse qui avait été différée.

s'est signalé dans les combats. Mais, si l’on persistait à le confondre avec Skenen-Ra Ta-aa-Ken, le prédécesseur du vainqueur d’Avaris, il faudrait renoncer à placer de son temps le commencement de la guerre de l’indépendance, car on ne trouverait pas de place pour la longue durée que Manéthon donne à cette guerre.

Il faudrait supposer alors que le fait relaté par le papyrus Sallier | tombe dans un intervalle de trève, mais, dans ce cas même, il resterait une sérieuse difficulté, car les Pasteurs sont encore représentés comme maîtres du pays, la royauté légitime comme n’existant pas, et le domaine des chefs nationaux comme limité à la possession du pays du Sud. Si la guerre est commencée, elle n’a encore obtenu aucun résultat.

Mais tout embarras disparaît, et la donnée manéthonienne s'accorde bien avec les monuments originaux, si l’on tient compte du renseignement précieux, que nous fournit le papyrus Abbott. Ce document nous fail connaître deux autres. personnages ayant porté le prénom de Sekencen-Ra avec des noms distincts.

Voici la traduction littérale des mentions, qui nous intéressent: )

» Tombeau du roi Sekenen-Ra vie-santé-force, fils du Soleil, Ta-aa, vie- »santé-force; examiné ce jour-là par les architectes, il fut trouvé intact.

»Tombeau du roi Sckenen-Ra vie-santé-force, fils du Soleil, Ta-aa-aa, »vie-santé-force, étant le deuxième roi Ta-aa *). Examiné ce jour-là par les »architectes, il fut trouvé intact.”

Le carlouche-nom de Sekenen-Ra, sous qui servit le capitaine de marins Ahmès, diffère de ceux du papyrus Abbott. Or une erreur n’est pas supposable, car le nom de Ta-aa-Ken est donné par plusieurs documents. Il n’a pas pu être abrégé sur la tombe du prince qui la porté, On sait que le papyrus Abbolt, qui à été écrit sous la XIX*° dynastie, est un rapport officiel sur l’élat de diverses sépultures, entre autres de dix tombes royales, dont les occupants sont désignés avec beaucoup de soin et d’exactitude par leurs noms et prénoms royaux. Ces dix pharaons ne forment pas un groupe

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‘) Pap. Abbott, pl. 8, lig. 8 à 11. Voyez sur ce document, S. Birch, Revue arch. 1859.

3) Cette explication du texte a été justifiée par moi dans un travail spécial, qui n'a pas été publié; Iles principaux resultats en sont exposés dans un article de mon savant ami M. Goodwin (Zeitschr. für aeg. Spr. 1867, p. 47) avec qui je suis heureux de me rencontrer en cette circonstance,

dans l’ordre chronologique; tout au contraire, la XI° dynastie y est représentée aussi bien que la XVIII. Nous n'avons donc aucune raison plausible de chercher le tombeau de Ta-aa-Ken parmi ceux qui furent visités, d’autant plus que le papyrus ne relate que la visite faite pendant la journée du 20 de Thoth. Si donc l’hypogée de Ta-aa-Ken a fait partie du même groupe de monuments que ceux de ses deux homonymes, ce que rien ne prouve d’ailleurs, 11 a pu être soumis à un examen fait un jour différent. Ce qu'il y a de bien certain, c’est que nous ne trouvons pas ici notre Ta-aa-Ken; nous devons tenir également pour assuré que, de même que Ta-aa-aa cst un personnage distinct du premier Ta-aa, et se trouvait désigné par les Egyptiens eux-mêmes comme étant le deuxième Ta-aa, il y a eu un troisième roi Ta-aa, dont le nom se distinguait par l'addition de la syllabe Ken (victorieux, belliqueux); mais dont le prénom est resté le même que celui de ses deux prédécesseurs.

En traduisant ces noms pour mieux nous faire comprendre, nous avons la liste suivante:

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