Soleil Belliqueux, Ta-le-très-victorieux
On peut donc a présent considérer Ta-aa (Ta- le-grand) comme le premier des chefs du midi qui se soulevérent contre les Pasteurs ; son oeuvre fut continuée par Ta-le-très-grand et, après celui-ci, par Ta-le-très-victorieux, qui obtint contre ces Barbares des succès éclatants, autant qu’on en peut juger par le fait qu'Ahmés n'eût à les combattre que dans la partie la plus septentrionale de la Basse-Egypte, et qu'il réussit, dès la quatrième année de son règne, à les expulser d’Avaris, leur puissante forteresse. |
On dirait que les Egyptiens avaient attaché quelque intérêt à conserver à leurs chefs pendant cette guerre nationale ce nom de Sekenen-Ra (Soleil victorieux) qu'avait sans doute illustré le premier des héros de l’indépendance. Peut-être d’ailleurs les deux prédécesseurs de Ta-aa-Ken n'’ont-ils jamais porté de leur vivant les titres royaux, que la reconnaissance nationale leur attribua par la suite, en les assimilant autant que possible avec le héros, dont les victoires rendirent facile le rétablissement de l'autorité pharaonique sur l'Égypte tout entière.
En résumant les notions, que je viens de discuter, je signale les faits suivants comme traits principaux de l'histoire de l’époque étudiée:
Le soulévement des Egyptiens contre les Pasteurs a coincidé avec le moment où ces envahisseurs, gagnés par la civilisation du peuple vaincu, se livratent avec confiance aux travaux de la paix. Le règne d’Apapi appartient à cette époque. Jusqu'alors les Pasteurs n'avaient eu d'autre culte que celui, qu'ils avaient rapporté de leur état barbare. Apapi y substitua celui du dieu égypüen Set, en tempérant ainsi l'adoption des usages de l'Egypte par la signification particulière de la divinité adoptée par lui.
Pendant que les Pasteurs développaient ainsi leur civilisation et formaiont des collèges de scribes savants, les Egyptiens du Sud préparaient la délivrance de leur patrie; l'autorité se centralisait dans les mains du chef le plus bardi et la nation s’organisait militairement. Le prince égyptien contemporain d’Apapi fut un chef belliqueux, nommé Ta-aa. Nous le voyons entouré de généraux, d'officiers et d’éclaireurs hardiss il reçoit avec indignation les messages de l'ennemi de son pays, contre lequel il doit le premier entreprendre la guerre. A ce chef succèda un autre guerrier de sa famille, son fils peut-être, Ta-aa-aa, qui continua l'oeuvre gloricuse de la délivrance de l'Egypte, ces deux héros furent inhumés, l’un près de l’autre, dans la nécropole de Thèbes, leur capitale.
Aprés eux, un autre chef, de la même famille, Ta-aa-Ken, poursuivit leurs succés contre les oppresseurs de l'Egypte; l’un de ses officiers (un ouaou de marins) fut le père de cet Ahmës, dont les longs services militaires vont maintenant nous servir de fil conducteur.
Ces trois princes furent désignés par un même prénom Sekenen-Ra (Soleil belliqueux), qui caractérise bien le rôle historique, qu'ils ont rempli. Mais seul, le dernier d’entre eux, Sekenen-Ra Ta-aa-Ken, figure sur les monuments à côté d'Ahmès E, chef de la XVIII dynastie. Cette exclusion des deux autres nous montre que les succès obtenus par les premiers n'avaient pas été bien considérables, comparativement à ceux de ce prince. Celui-ci dût fortement ébranler la puissance des Pasteurs, qui succombérent définitivement dès les premiers temps du règne de son successeur, ainsi que nous
allons l'expliquer.