‹ Les pasteurs en Egypte (volume 2)Chapitre 12 sur 88 · EXPULSION DES PASTEURS · texte numérisé non relu

EXPULSION DES PASTEURS

Nous empruntons maintenant nos renseignements à l'inscription d'Ahmês, commandant des marins. J'ai découpé ce texte précieux en dix-huit

sections relatives à autant d'événements distincts de la vie de ce personnage ‘).

Ahmés était né dans la ville que les Grecs ont nommée Eileithyas, {aujourd'hui El-Kab) sous le règne de Sekenen-Ra. Quoique l'inscription nous donne seulement ce prénom royal, il n’y a pas à mettre en doute qu'il ne s'agisse du troisième prince ainsi désigné, celui dont le nom était Ta-aa- Ken, el qu'on trouve associé à la famille du pharaon Ahmès Ï dans les listes des tombeaux de Der-el-Medinet.

Baba fils de Roan, père de notre héros, élait alors Ouaou, c'est-à-dire officier de grade inférieur, au service de ce Sekenen-Ra, qui fut remplacé par Ahmès Ï pendant l'intervalle qui s'écoula entre la naissance de notre personnage et l’époque, où tout jeune encore, il s’exerça à la profession de son père sur Île vaisseau le Sema (le Taureau de sacrifice). D’après les usages égypliens, cet intervalle doit être d'environ seize ans, et doit nous porter à la première ou tout au plus à la deuxième année du règne d'Ahmés. Tel est le résumé de la première section du texte.

Le pharaon Ahmès continuait alors dans le nord la guerre commencée par ses prédécesseurs; repoussés de la Basse-Egypte, les Pasteurs ne tenaient plus que dans Avaris, leur redoutable forteresse. Le roi égyptien alla les y assiéger, probablement dans la troisième ou dans la quatrième année de son règne. Cette entreprise exigeait l'emploi d’une force maritime. Notre personnage s'était marié dans l'intervalle; il fut désigné pour servir sur lun des navires de guerre nommé le Nord. Il s’agissait sans doute de petits vaisseaux destinés à pénétrer dans les lagunes de la Basse-Egypte et dans les bras du Nil; les troupes qu'ils portaient débarquaient souvent pour combattre. Notre Ahmès, en particulier, devait accompagner le roi à pied pendant le siège.

Le premier combat auquel assista notre officier eut lieu sur l’eau; la localité est désignée par le texte sous le nom du Tsetkou d'Avaris, et les déterminatifs montrent qu'il s’agit d'un lac ou d’un golfe, devant sa dénomination à sa proximité de la forteresse des Pasteurs. Ce renseignement important contredit puissamment l'assimilation de Tanis avec Avaris, à l'egard de laquelle j'ai déjà exprimé mes doutes. On sait que cette assimilation

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*) Voir ma traduction, page 19, ci-devant.

LETTERK. VERH. DER KONINKL. AKADEMIE. UEEL IV.

a été dans l'origine causée par une erreur dans la lecture du nom hiérogly phique. On y avait attribué le phonétique Tsan, qui semblait en effet correspondre exactement au nom de Tanis et au Sàn des modernes, Mais l'on a ensuite reconnu que la véritable valeur du groupe lu tsan était ouar, et le nom entier Ha-ouar (les Grecs en ont fait 4vages). Il n'y avait donc plus à songer à Tanis, et ce n'est que par une application erronée des véritables principes de lécriture égyptienne, qu’un égyptologue à pu soutenir que le même groupe s'est prononcé à la fois fsan et ouar, et que par conséquent Tanis et Avaris sont deux noms appartenant à la même ville. Cette erreur grave n’a pas besoin d'une réfutation technique. Dans la réalité le nom égyptien d’Avaris n’a été encore rencontré que sous la forme bien certaine de Ha-ouar.

M. le Docteur Lepsius, dont l'expérience est d’un si grand poids, avait proposé de chercher Avaris dans le voisinage de Péluse. Cette situation, si voisine de la mer, présente en cffet toutes les conditions qui manquent à Tanis. Aussi l'hypothèse de l'illustre savant prussien était-elle très-séduisante. Mais cette hypothèse est bien près de se transformer en certitude, grâce à la découverte que vient de faire le même savant des vastes ruines de Telel-Hèr, qui s'étendent jusqu'à Péluse. Mr. Lepsius fait remarquer avec raison que l’ancien nom égyptien de Ifa-ouar est encore reconnaissable dans le moderne Hér. Combien ne serait-il pas désirable que des fouilles sur une grande échelle fussent organisées sur ce point si intéressant à tant d’égards.

Dans cet engagement maritime, notre officier, qui avait recu de l’avancement,. faisait partie de l'équipage du vaisseau le Sha-em-mennofer; il se distingua par sa vaillance et tua un ennemi. Ce fait d'armes fut rapporté au commandant de l’armée, qui n'était que le lieutenant du roi; le pharaon Ahmès dirigeait sans doute d’autres attaques. Ce fut l'occasion de la première distinction conférée à notre héros: il reçut le collier d’or pour la première fois.

Les noms des deux navires sur lesquels servit Ahmès pendant ces opérations militaires contiennent à eux seuls un renseignement qu’il ne faut pas négliger. C’est d’abord le vaisseau le Meh (le Nord), ainsi nommé à raison du pays où le roi égyptien portait la guerre pour l’affranchir de la domination étrangère; l’autre, le Sha-em-mennofer, c'est-à-dire le couronné dans Memphis, était en quelque sorte un trophée du rétablissement de l’autorité du pharaon sur la Basse-Egypte, et de son intronisation dans l'ancienne

capitale du pays. Les peuples modernes n'ont rien innové dans le choix de ces dénominations chères à l'amour-propre national, dont on pourrait citer de nombreux exemples dans lantiquité pharaonique.

De la deuxième et de la troisiéme section de l'inscription, nous avons tiré les détails qui précèdent. Les trois suivantes nous font connaître d’autres combats et finalement la prise d’Avaris. On se baltit d’abord une seconde fois à la lagune d’Avaris;s puis en un lieu nommé Ta-Kémi, situé au sud de cette forteresse, Ahmès y fit des prises. Dans la seconde de ces affaires, il fut oblivé de traverser un cours d’eau, en relenant de force le prisonnier qu'il avait fait. On voit par ces détails que la ville d'Avaris était située à proximité d'eaux navigables, pouvant recevoir des navires armés, el que des cours d’eau ou des élangs de moindre importance la séparaient, au midi, d'un autre poste des Pasteurs, nommé Ta-Kémi.

Dans ces deux combats Ahmès se trouvait encore sous les o:dres du lieutenant du roi, qui lui fit conférer deux nouveaux colliers d'or.

Puis la ville d’Avaris fut prise; le pharaon dut figurer en personne dans celte attaque victorieuse, car ce fut lui qui donna à notre oflicier, comme esclaves, les quatre prisonniers dont ce dernier s'était emparé.

Le texte ne nous donne pas d’autres détails sur l'issue favorable de ce siège imporlant. Notre officier ne fait pas, en effet, l'histoire de son pays; il ne nous parle que des combats auxquels il a pris part, des captures qu'il a failes et des distinctions dont 1! à été honoré. Nous apprenons néanmoins de très-intéressantes parlicularités, entre autres Je fait que le pharaon Ahmèés, bien qu'il conduisit en personne les opérations du siège, était assisté d’un lieutenant royal, dont le rôle était de protéger les troupes d'investissement contre les diversions de l'ennemi, et d'empêcher le ravitaillement par mer de la place. |

Nous ne pouvons guère apprécier la durée du siège, mais il a pu être long. Notre officier y débuta dans l’escorte du pharaon, et eut alors à combattre comme fantassin; plus tard il passa sur la flotte, et prit part à deux combats dans les eaux d’Avaris; enfin il fut présent à l'expédition de Ta- Kémi, après quoi il ne nous cite plus d’autre fait d'armes que la prise d'A varis.

La septième section de l'inscription nous relate le fait important du siège de Sharohana, en l’an V, D’après la disposition du texte, qui, dans la hui-

{ième section, rassemble les combats antérieurs sous l'indication commune 6*

de Massacre des Menti-Sati, on voit qu'Ahmès Î avait poursuivi les Pasteurs jusque sur le territoire de la Palestine, car il est impossible de se refuser à reconnaître dans la ville nommée par les hiéroglyphes EX] | K NA » Sharohana, le Sharohan que le sort attribua à la tribu de Siméon dans les possessions de celle de Juda ‘). L’inexactitude du récit de Manéthon, d’après Josèphe, ressort ici d’une manière manifeste. Les armes du pharaon Ahmès ne furent nullement tenues en échec devant Avaris; il n’y eut pas lieu à capitulation, et les Pasteurs ne demeurèrent pas libres de se retirer à leur gré. Bien au contraire, la forteresse fut prise de force, et les Pasteurs fugitifs, qui avaient trouvé asyle dans Sharohan sur les frontières de la Palestine, y furent assiégés par l’armée égyptienne. Sharohan fut pris, comme Pavait été Avaris;s notre officier y fit de nouvelles prouesses, et y gagna son quatrième collier d’or.

Après Ja conquête de Sharohan, le vainqueur égyptien ne jugea pas nécessaire de poursuivre les Pasteurs sur Île territoire asiatique. 11 considéra l'Egypte comme définitivement délivrée, et la guerre du Nord comme terminée. C'est ce que nous apprend la huitième section, où nous voyons qu'après le Massacre des Pasleurs, Ahmès tourna ses armés contre les Nubiens, dont 11 fit un grand carnage. Les voisins méridionaux de l'Egypte avaient sans doute mis à profit le moment où toutes les forces nationales étaient employées dans le Nord; ils avaient pu se livrer impunément à leurs déprédations habituelles. Ahmès [ les châtia vigoureusement. Dans cette campagne notre héros fit encore remarquer sa vaillance; un cinquième collier d'or lui fut octroyé.

La neuvième section est le corollaire de ce qui précède; elle nous montre le pharaon revenu triomphant dans son empire, après avoir subjugué les peuples du midi aussi bien que de ceux du Nord. On peut conclure de là, que pendant la durée de l'expédition en Nubie, les Pasteurs n'avaient fait aucune tentative pour ressaisir leur domination sur la Basse-Egypte.

S'il est vrai que le récit de Josèphe soit contredit par le témoignage positif des monuments originaux, il en est tout autrement de celui d’Apion, le grammairien, Au rapport d’Eusèbe *), cet auteur qui avait composé, entre

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1) Josué. ch. XIX, v. 6.

3) Préparation Evangélique, livre X, ch. 11.

autres ouvrages, cinq livres d’Aegypliaca, disait, dans son quatrième livre, qu'Amosis démantela la ville d’Avaris. Apion, de même que Ptolémée, prêtre de Mendès, font d'Ahmès le contemporain d’Inachus, mais ce rapprochement mythologique n’éclaircit pas beaucoup la question chronologique.

On doit donc considérer décidément comme un point acquis à l’histoire, que la prise d’Avaris et l'expulsion finale des Pasteurs eurent lieu sous le règne du pharaon Ahmèës [. Il devient par conséquent superflu de chercher à identifier avec un Thotmès quelconque le Misphragmuthosis de Josèphe. On ne doit non plus aucune croyance au rapport du même historien que les Pasteurs fortifiérent Avaris après leur défaite; l’armée de 480000 hommes, que Thuhtmosis aurait vainement employée à réduire les 240000 Pasteurs, doit être de même reléguée au nombre des faits imaginaires. Les états de service du capitaine Ahmès, si simples et si précis, nous font toucher du doigt la vanité de ces traditions prétentieuses.

$ 10. APRÈS LEUR EXPULSION PAR AHMÈS Î, LES PASTEURS N'ONT PAS RESSAISI LEUR DOMINATION EN EGYPTE.

Lors même qu’on supposerait que les Pasteurs, après leur défaite, auraient fait un retour offensif et repris possession d’Avaris, le récit de Josèphe n’en serait par moins inexact, puisqu'il passe sous silence la première réduction de cette ville par Ahmès, et tendrait à faire considérer la forteresse des Pasteurs comme ayant résisté, même sous un Thothmés, aux armes de l'Egypte. Un pareil arrangement des faits est absolument contredit par les monuments et ne saurail être acceplé. Cependant il serait possible que, dispersés sur la frontiére du nord-est, les Pasteurs eussent fait quelques nouvelles tentatives contre l'Egypte, et renouvelé ces incursions en vue desquelles Amenemha E avait pris des mesures ‘). On pourrait conséquemment songer à attribuer aux Pasteurs l'invasion que relate la dixième section de notre texte. L’ennemi y est désigné, comme les Pasteurs dans le papyrus Sallier 1, par le nom de Fléau, calamité *). Cette qualification injurieuse était de mode alors; il s’agis-

1) Voir ci-devant, page 27.

3) L’orthographe, un peu différente eu ce qui touche les voyelles, n’est par une objection; il existe d’ailleurs une troisième forme du même mot,

sait d’ailleurs d’une invasion accompagnée de cruautés et de profanations cumme l'avait été celle des Men-ti. Mais le texte nous dit positivement que c'était un ennemi venu au midi, et qui avait exercé des violences contre les dieux du midi, ou d'une localité du midi ( k Ÿ ). Ce n’est pas de ce côlé que les Pasteurs pouvaient recommencer leurs attaques. Du reste un détail du récit d'Ahmès nous porte à croire qu'il s’agit d’une peuplade de Nègres. Cet officier dit qu'il prit de force sur le navire de l'ennemi deux Maka; or, ce nom désigne de jeunes Nègres d’après l'inscription de Samneh publiée par M. S. Birch dans son travail sur l’Inscription des mines d’or. On sait que les pharaons de la douzième dynastie avaient établi des postes militaires au sud de lEgypte aussi bien qu'au nord, et qu’à la hauteur de Semneh, en Nubic, les barques des Nègres étaient arrêtées, à l'exception de celles qui transporlaient des vivres ‘). Cette précaution avait pour but d'empêcher des incursions telles que celle, que nous relate notre dixième paragraphe. Nous voyons celle-ci se terminer à la crique de Tent-to-Kabou (sans doute une anse du Nil) par la capture de tous les envahisseurs. À l’occasion de celle victoire tous les marins, et notre Ahmès en particulier, furent gratifiés d'une certaine quantité de terres.

L’extermination complète d’une autre horde ennemie est racontée dans la onzième section; cette peuplade est désignée par le nom de Teta-an ou Tatan, que je n'ai pas encorc rencontré ailleurs. Rien ne permet de décider s’il s’agit ici du midi ou du nord. Le texte nous apprend seulement que des insensés s’unirent à l’envahisseur. Après la victoire notre officier obtint encore un lot de terres, plus des esclaves.

Tels sont les événements, qui se réfèrent au règne d’Ahmés F dans la biographie de notre personnage. Ahmès Penneb fil aussi une campagne sous ce prince, mais l'indication de la localité a disparu dans une cassure de Ja pierre qui nous rapporte ce fait *).

Il est conséquemment permis de conclure qu'après l'expulsion des Pasteurs, Ahmès [ ne fut pas sérieusement inquiété dans son autorité retablie sur l'Egypte entière; il n’eut plus à pourvoir qu’à des expéditions sans importance et sans danger réel pour l'indépendance nationale. 11 dut avoir le

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1) Lepsius, Denkm. 11, 136, à.

3) Voir ci-devent, p. 24.

temps de s'occuper de la réorganisation de l'Egypte et de la restauration des édifices ruinés par l'invasion. Deux inscriptions trouvées dans les carrières de Massara constatent, en effet, qu'il entreprit dans la vingt-deuxième année de son règne, la reconstruction du temple de Ptah à Memphis et de celui d'Ammon à Thèbes !).

Le règne de son successeur Amenhotep-Serka-Ra (Aménophis 1) ne paraît pas avoir été exposé à des troubles graves. Bien que les monuments de cette époque ne soient pas nombreux, il en subsiste suffisamment pour démontrer que les pompes royales et religieuses avaient dès lors pris un grand développement *). Aménophis | ne négligea pas les travaux du grand sanctuaire de Karnak, commencés par son prédécesseur *). Nous ne connaissons pas d'autres guerres entreprises par ce pharaon, que lexpédition contre l'Ethiopie mentionnée dans la douzième section de l'inscription d’Ahmés. Il s'agissait, comme l'a bien fait remarquer M. Brugsch ‘), d’une guerre de conquêtes et non pas de la répression d’une rebellion ou d’une attaque contre l'Egypte. Cette circonstance nous montre qu'Aménophis [, tranquille du côlé du nord, ne craignait pas d’entreprendre en personne la direction d'une expédition militaire dans l’extrême sud. Le roi remonta le Nil, sous la conduite de notre capitaine de marins, mais l'ennemi fut attaqué sur terre,” et notre officier se trouva chargé du commandement d’unc troupe de fantassins. L’ennemi vaincu et massacré, Ahmès ramena le roi vers l'Egypte et reçut en recompense de sa vaillance un collier d'or et plusieurs esclaves. Puis on le nomma Combattant du Roi, c'est-à-dire qu'il fut admis dans l’escorte armée du pharaon. C’est ce que nous apprend la treizième section de l'inscription.

Nous trouvons dans Îles états de service d'Ahmés Penneb une mention de la guerre contre l'Ethiopie entreprise par Aménophis 1, et nous y apprenons en outre que le même pharaon gucrroya aussi contre un peuple noinmé Amukehak, dont la situation ne nous est pas connue. On a pensé qu’il devait exister une cerlaine relation entre ce peuple et les Kehak, nation du nord de

1) Lepsius, Denkm. III, pl. 3 Rrugsch, Histoire d'Egypte, p. 86. 3) Ibid., pl. 4

*) Ibid, pl. 2, 6, c.

*) Histoire d'Egypte, p. £6.

l'Afrique. Quoiqu'il en soit, il n'y a pas à songer aux Pasteurs. Dans l’intervalle d’environ trente-trois ans qui s'est écoulé entre la prise d’Avaris et la mort d'Aménophis [, nous rencontrons la mention de cinq campagnes des armées égyptiennes, dans lesquelles les Men-ti-Sati ne furent aucunement mêlés. Ils ont complètement disparu de la scène. Si Ahmés [ et son successeur immédiat avaient eu à les combattre, nul doute que notre capitaine de marins, vétéran de la guerre d'indépendance, n’eût été appelé à fournir encore ses excellents services, puisque beaucoup plus tard, il fit encore une campagne en Syrie et en Mésopotamie.

Thothmès [, succeseur d’Aménophis 1, fut un prince belliqueux. Le marin Abmés le conduisit par le Nil à Khenthannefer, dans la Haute-Nubie; les Égyptiens attaquèrent d’abord lPennemi sur l’eau; il n’est pas sûr que les mentions de la deuxième inscription suivent sans lacune celles de la première; mais qu'il s'agisse de la même campagne ou d’une seconde expédition de Thothmès [, les détails donnés à la quinzième et à la seizième section de l'inscription concernent loujours les Petti de Nubie. Le roi les subjugua et rapporta, sanglants trophées de sa victoire, des ennemis suspendus la tête en bas sur les barques qui le ramenèrent en triomphe au palais de Karnak.

Après avoir ainsi terrassé le sud, Thothmes E porta ses armes dans le pays de Ruten (la Syrie) et en Naharina (la Mésopotamie). Notre officier, qui avait été élevé au grade de {er-Khennou (Commandant de Marins) à la suite de lexpédition contre Khenthannefer, reprit dans la guerre d’Asie le commandement d’un corps de fantassins. Cet emploi ne le privait pas cependant du titre de Her-Khennou, par lequel il est désigné dans son inscription funéraire. |

Cette campagne, qui fut la dernière de notre héros, lui valut son septième collier d’or; 1l s'était emparé d’un char de guerre el des hommes qui le montaient. Le reste de sa vie s’écoula paisiblement; 1l nous dit lui-même qu'il a atteint la vicillesse et qu'il va bientôt reposer dans la tombe qu’il s'est préparée.

Ahmès Penneb avait également servi dans les expéditions de Thothmés 1 contre Cousch ct contre la Mésopotamie. De même que son homonyme, il s'était signalé par sa valeur et dans sa dernière campagne, il avait tué vingt-un ennemis ect pris un char de guerre. Il n’est pas question à cette époque de chars, ni de chevaux employés à la guerre par les peuples situés au midi de l'Egypte; mais les peuples de l’Asie centrale s’en servaient com-

munément. Les bois d'Asie étaient recherchés par les Égyptiens pour la confection de leurs chars.

Sous Thothmès [ le style officiel des inscriptions militaires commence à prendre la forme ampoulée, qu'il n’abandonna plus jusqu'aux plus basses époques. Ce pharaon fit inscrire le récit de ses exploits et ses prétentions à la domination universelle sur un rocher de l'île de Tombos '), au sud de Dongola. Il s’y vante de percevoir des tributs sur les peuples du midi et sur les peuples du nord, ainsi que sur la terre entière; 1l a saisi les Barbares; pas un n’a échappé à la torsion de sa chevelure; les Petti de Nubie sont tombés sous ses coups; :l a fait reculer leurs eaux; il a inondé leurs vallées comme un déluge, comme des eaux qui montent. Le roi est devenu semblable à Horus, lorsqu'il eut pris sa royauté éternelle; tous les pays du grand pourtour de la terre entière étaient sous ses pieds.

Sans doute il faut faire une large part à l’exagération de ce style ambitieux; mais tout au moins nous devons quelque confiance au renseignement, que uous donne le même texte concernant les limites de l'Egypte. La frontière du midi avait été portée à l’île de Tombos, non loin de l'Ethiopie; l'inscription, qui le constate, servait en quelque sorte de borne internationale. ‘C’est l’eau, qui entoure la terre (c’est-à-dire l'océan), qui est désignée comme formant la frontière septentrionale. Ceci indique au moins que le domaine de Thothmés Ï s’étendait jusqu’à la Méditerranée. Du reste le texte insiste fortement sur la circonstance, que le pharaon possède à la fois le partage d’Horus et celui de Set, la totalité des deux mondes (des deux Egypte), et qu'il est assis sur le trône de Seb, couvert de la couronne blan- ‘che et de la couronne rouge ?).

La campagne d’Ethiopie fut accomplie pendant les deux premiéres années du règne de Thothmèés I.

Ce prince n’eut pas alors à guerroyer dans le nord; en l’an II de son règne, la frontière de l'Egypte, dans cette direction, était celle qu'avait laissée Aménophis [. Plus tard il porta la guerre en Asie, jusqu’en Syrie et en Mésopotamie, mais sans avoir eu à compter avec les Pasteurs, qui, si l’on s’en rapportait à Josèphe, auraient eu dans la région d’Avaris,

1) Lepsius, Denkm. IT, pl. 5, a.

?) Ces couronnes symbolisent la royauté sur la Haute- et sur la Basse-Ezypte.

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à l’entree de l'Egypte, la disposition d’une armée de plus de deux cent mille hommes. Evidemment le fait rapporté par l'historien juif, démenti par les livres de l'Egypte, ne peut en aucune manière se concilier avec les renscignements historiques sagement déduits des inscriptions monumentales.

À l'exemple de ses deux prédécesseurs, Thothmès 1, dans l’intervalle de: ses guerres, se livra aux travaux de la paix; 1] continua la construction du grand temple d’Amimon à Thébes, devant les portes duquel il érigea deux obélisques ‘). À Memphis, :1l fit élever un palais, appelé de son nom /a demeure de Aa-Kheper-Ka-Ra, dans lequel Seti 1 fit emmagisiner des grains, en l'an [IT de son règne *).

Après la campagne victorieuse de Thothmés [ dans l'Asie Centrale, l’'Egypte paraît avoir joui d'une paix de quelque durée. C’est alors que le capitaine de marins Ahmès cessa son service actif. Le règne de Thothmés Il, successeur de Thothmès 1, ne fut pas signalé par de grands événements militaires. Ce pharaon put continuer les travaux des temples thébains. Son épouse, la reine Ma-ka-Ra, hérita de son autorité et la conserva pendant les premières années de Thothmés III.

Cependant, dès la première année de son règne Thothmès IT avait eu à réprimer un soulévement des tributaires de l'Egypte en Nubie et en Ethiopie. Le monument, qui nous relate ce fait *), est sous le rapport de l’emphase un digne pendant de l'inscription de Thothmès | à Tombos. Le pharaon s’y glorifie à l’aise de sa domination incontestée sur la terre entière. Les Menti, dont la mention se retrouve ici, pour la première fois depuis Ahmès I dans un texte historique, viennent au roi ainsi que les Petti de Nubie, chargés de présents; les Nègres de Khenthannefer avaient été repoussés; le chef de Cousch était accouru pour se soumettre; d’autres peuplades avaient été châtiées sans miséricorde. On y avait exterminé tous les mâles, à l'exception de l'un des fils du chef Couschite. Le résultat de la campagne avait réplacé le pays sous l’autorité royale, comme autrefois. |

Une inscription gravée sur le troisième pylone méridional de Karnak glorifie de nouveau Thothmès II à propos de la même campagne ‘). Le roi y

1) Lepsius, Denkm. III, pl. 6.

3) Pap. Rollin, N°. 1885, Bib. Imp.

3) Lepsius, Denkm. III, 16, a.

*) Lepsius, Denkm. III, 18.

est représenté comme ayant agrandi les limites de l'Egypte et frappé les chefs des nations révoltées. Sa terreur se répand en tous lieux. Du côté du sud, l’empire égyptien s'étend jusqu'à Ap-to (la corne du monde). Kémi et Tesher, c’est-à-dire la vallée fertile du Nil et les déserts qui l’avoisinent, sont entièrement placés sous l'autorité” du pharaon.

Plus tard Thothmés IL eut à porter la guerre en Asie. Il envoya une expédition contre les Shasous, mais il ne paraît pas lavoir dirigée en personne. Ce fut Ahmès Penneb qu’on chargea de ramener en Egypte les prisonniers faits à cette occasion ‘). Son inscription constate expressément qu'il les ramena du pays des Shasous. Ces nomades n'avaient donc pas envahi le territoire égyptien; l’armée du pharaon les avait attaqués chez eux; elle avait conséquemment franchi sans obstacle la frontière du nord-est *), et n'avait pas craint d'être coupée au retour par les deux cent quarante mille hommes que les Pasteurs, au dire de Josèphe, auraient entretenu dans linexpugnable Avaris.

Ainsi donc, sous ce règne, de même que sous ceux de Thothmès | et d’Aménophis 1, nous chercherions vainement des traces historiques de la présence, sur le sol égyptien, d’une force trés-considérable de Pasteurs, installée dans une forteresse que les armes des pharaons auraient été incapables de réduire. Les monuments qui se rapportent à l'autorité exercée par la reine Ma-Ka-Ra sont tout aussi négatifs en ce qui concerne ce fait réellement inadmissible. Cette princesse règne comme régente après la mort de Thothmès II et pendant la minorité de Thothmès LIL. Son cartouche accompagne celui de ce dernier prince dans une inscription de Wadi-Maghara au Sinaï, datant de l’an XVI de leur autorité combinée ?). Mais c’est elle qui porte les titres royaux. Thothmès IIL, représenté comme un tout jeune homme, n’y reçoit que ceux de Dieu bon, seigneur des deux mondes. Les communications de l'Egypte avec ses établissements du Sinaï n'étaient donc nullement interrompues à cette époque. Loin de tenir sous leur domination une portion quelconque du territoire égyptien, les Men-ti n'avaient plus même la force de s'opposer aux entreprises industrielles organisées dans les déserts, que leurs hordes pillardes avaient de tout temps mis à contribution.

1) Voir ci-devant, p. 28.

3) Voyez Voyage d’un Egyptien, p. 113.

3) Lepsius, Denkm. III, 28, 2.

Thothmès IIL, le plus grand conquérant parmi les souverains de l'Egypte, à peine arrivé à la virilité, commença la longue série de ses campagnes victoricuses. En l’an XXII de son règne, il partit de la ville frontière de Djor. Le texte malheureusement mutilé, qui relate ces événements importants, mentionne ensuite la ville de Sharohan; celle-là même qu’Ahmès | assiégea après la prise d’Avaris. Nous sommes bien dans la localité, qu’occupaient les Pasteurs, mais ceux-ci ont disparu, et Thothmès IIT n'aura à combattre que des peuples de la Palestine et de la Syrie.

L'histoire des guerres de Thothmès IIT formerait un gros livre. C’est un sujet qui ne se rattache plus à celui que je traite spécialement. J'avais. seulement à faire ressortir la circonstance que, pas plus que ses prédécesseurs, Thothmès [IT n’a eu à faire la guerre aux Pasteurs. S'il eût été la hiberateur de l'Egypte, s’il eût le premier chassé d’Avaris les Pasteurs, il n'aurait pas manqué d'ajouter ce fait glorieux au récit de ses conquêtes. sculpté d’après ses ordres sur le palais de Karnak.

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