‹ Les pasteurs en Egypte (volume 2)Chapitre 36 sur 88 · D'UN PUITS ARTÉSIEN · texte numérisé non relu

D'UN PUITS ARTÉSIEN

EN ÉGYPTE, SOUS LA XVIIe DYNASTIE.

Par M. LENORMANT.

Adoptée pour la séance publique annuelle du 12 novembre 1852 (1).

M. Samuel Birch, si honorablement connu par ses travaux sur les antiquités égyptiennes, a publié dernièrement, dans le XXXIV® volume de l’Ærchæologia, un mémoire dont il a bien voulu me transmettre un des premiers tirés à part. Ce mémoire, communiqué à la Société des antiquaires de Londres, a pour objet l'explication d’une stèle de l’an IIL du règne de Rhamsès IT, ayant trait à un travail d'utilité publique exécuté par les ordres de ce prince dans le désert de Nabie. Le monument original, découvert dans les ruines d’un petit temple de Contrapselcis, aujourd'hui Qobbän ou Xoubän, a été transporté en France, et se trouve, dit-on, dans la collection de M. le comte de Saint-Ferréol, au château d'Uriage, en Dauphiné. Cette stèle a été publiée par M. Prisse

(1) Nora. La prolongation de la séance n'a pas permis la lecture de cette note. | |

(2) d’Avennes, pl. XXI de son ouvrage intitulé Monuments égyptiens, etc., d’après les dessins exécutés sur les lieux, et c'est sur le texte reproduit par M. Prisse que M. Birch a fait la version et le commentaire compris dans son mémoire.

Ce travail, par d'intérêt propre au sujet et par la manière distinguée dont l’auteur l’a traité, mériterait l'intérêt de l'Académie, et justifierait la communication que je prends la liberté de lui.faire. Mais j'ai une raison de plus pour solliciter son attention. Îl me semble que M. Birch, auquel doit rester tout l'honneur U'avoir le premier signalé un monument historique des plus curieux, n'a pas reconnu de quelle sorte d'ouvrage il est question dans cette stèle; et cependant le texte me paraît fournir la preuve qu'il s’agit d’un de ces puits forés, connus sous le nom de puits artésiens, à cause de l'opinion où l'on a été longtemps que l’Artois était leseul pays où cette espèce de puits fût en usage.

Dans la note que je vais lire, je me suis donc proposé, en réduisant la. question à ses termes les plus succincts, de réunir les arguments d'où résulte pour moi la preuve qu'à une des époques les plus florissantes de la monarchie des Pharaons, on avait foré, dans le voisinage de l'Égypte, un puits. artésien dune profondeur considérable. Et d’abord il importe de fixer les termes de l’objet dont il va être question, ce que je ne saurais faire plus clairement qu’en empruntant à un recueil usuel, le Dictionnaire technologique, la définition -de ce qu'il faut entendre par un puits artésien.

« Puits artésiens ou puits forés. On désigne sous ces deux « noms un trou de sonde pratiqué à travers le sol, jusqu’à « la rencontre d'une nappe d’eau soumise à une:pression « telle, que l’eau remonte à une certaine hauteur dans ce tube

« artificiel. Lorsque ces puits produisent des eaux: qui s'élè: «vent au-dessusde la surface du sol; on leur donne quelque « fois le-nom de- fontaines jaillissantes: Cette propriété ‘n'est «. pas.en rapport direct avee le profondeur, cormme on pour: « rait peut-être le.penser::ains;:les puits les plus - profonds ne donnent: pas:toujours : des eaux jaillissantes au-dessus: « de la surface ; souvent:nous:avons vu l’eau:reæter à plos de « 20 à 25 mètres au-dessous de l'orifice dans les puits de « 100 mètres de profondeur. On conçoit: qu'il'en doit être « ainsi, Car la hauteur à laquelle l'eau remonte est en rapport « direct avec la pression que ce liquide éprouve dans:le sein’ « de la terre. » |

Par conséquent, si, de l'examen: du texte hiérogdyphique, il résulte la certitude qu'on avait été chercher’.à une ‘certaine profondeur une :nappe d'eau: qu'on: se proposait’ de faire jaillir à la surface du sol, cette sorte de travail doit receyoir le nom, consacrépar l'usage, de'puits artésien.

Que des puits de cette nature aient existé dans l'antique Égypte, c'est ce dont il n’est: pas permis de douter. Olympiadore, dont l'ouvrage sur les .oasis:a été analysé par Photius: (Bibloth., cod: 80), décrivait les:puits: artésiens qu'on avait: pratiqués dans: cette partie du désert d'une manière entièrement conforme à la définition: que nous venotis d'emprunter. au Dictionnaire technologique. Photius: nous dit qu'Olympiodore avait parlé «: et des immenses étendnes de sable et des puits qu'on y avait creusés.» De ces puits, dont la profondeur était de deux:cents, de trois cents et même quelquefois de cinq cents coudées, jaillissaient des cours d'eau. qui se répandaient au-dessus de l'orifice. Ceux qui avaient exécuté à frais commanstun travaikde ce genre s'en

partageaient le produit et promenaient l'irrigation à tour de rôle sur leurs terres :'« Ori rapi riç Odorug 8 ouyypapeds moXdd —apaobohoyet, rapi re Thiç ebxpaaiag abris... xai mepi rh Véuuou Th roXA ixsivng xai Tüv dpuocouévov ppedrov üç eiç iaxocloug xai Tpraxogious, Ecû' dre À nai eiç revraxoaious Tiges dpuoodueva, dvabhiGouor rù peilpov adroë où arouiou mpoyeduevov &E où xarx Jradoyhv dpuéuevor Sootç xoivov yéyove Tù Épyov, Tag oixelas dpobpag xotibousiv oi yeopyoi. ? Il est vrai qu Olympiodore est un écrivain du V® siècle de notre ère, contemporain d'Honorius; et comme l'époque byzantine fut signalée par un assez grand nombre d'inventions utiles, on pourrait croire que l'introduction du procédé des puits artésiens dans les oasis ne remontait pas à beaucoup d'années quand Olympiodore les décrivit.

Au reste, je n'insisterai pas sur ce point, non plus que sur les traces de puits artésiens découvertes en Égypte il y a vingt ou quinze ans (1), ou sur ceux que nos ingénieurs ont trouvés en usage chez les tribus du Sahara algérien, ou bien encore sur la pratique très-ancienne qui existe de ce procédé chez les Chinois. On pourrait alléguer, comme un argument en faveur de la haute antiquité des puits artésiens dans les contrées voisines de l'Égypte, le texte de Job (XXVIIL, 10), où il est question (je me sers de la traduction de Gesenius) des « ruisseaux que l’homme sait faire jaillir des rochers : Prorumpere jussit rivos a rupibus. » Les versions françaises développent ce texte avec l'intention de l'expliquer. C'est ainsi que je lis dans la Bible de Legros : « Il conduit des ruisseaux dans le roc en ÿ taillant des canaux.» Mais l'inu-

(1) Voyez les Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1838, p. 595.

tilité de cette paraphrase est évidente si l'on reconnaît qu'il s'agit de puits artésiens, et en s’en tenant à la version littérale on ne saurait, ce me semble, désigner cette sorte d'ou- vrage d’une manière à la fois plus succincte et plus exacte. C'est une question toujours débattue parmi les érudits, que celle de savoir à quelle époque le livre de Job fut écrit ; mais on s'accorde à le considérer comme une des plus anciennes parties de la Bible. Il n'est donc pas sans vraisemblance que l'écrivain sacré ait parlé d'entreprises analogues à celles qu'on exécutait en Égypte sous la XVIII° dynastie, comme notre stèle en donne, selon moi, la démonstration.

Cette stèle, ainsi que je l'ai dejà dit, a été découverte dans les ruines d’une station égyptienne située sur la rive orientale du Nil, en face de Daqgqeh, la Pselcis des anciens. De là s ouvre, à ce qu'il paraît, dans le désert une vallée qui devait conduire à d'importantes mines d’or, dont la stèle parle avec détails. Comme les voyageurs qui se dirigeaient vers ces mines étaient obligés, après avoir remonté le fleuve, de prendre terre en cet endroit, où ils devaient trouver les guides et les montures nécessaires pour la traversée des espaces inhabités, il était naturel qu’on eût placé dans le sanctuaire religieux élevé à ce point de départ un monument dont l’objet était de signaler à l'admiration et à la reconnaissance des Égyptiens le nom du prince auquel ils étaient redevables (le texte hiéroglyphique. le dit expressément) de ne pas mourir de soif dans le désert.

J'arrive à l'analyse de la stèle elle-même, me proposant d’insister uniquement sur les passages où le caractère de l'entreprise est clairement marqué. Comme la plupart des monuments de ce genre, la stèle de Koubän se compose de

(6) deux parties : au.sommet , arrondi en demi-cercle suivant l'usage , est représenté le roi Rhamsès II, offrant d’un côté l'encens à Horus, divinité protectrice de la Nubie où les mines:étaient :situées,. et de l’autre.le vin à Horammon Générateur, dont le choix semble avoir trait à la faculté qu’avait.ce dieu, dans l'opinion des Égyptiens, de faire sortir de la terre les plantes et les autres productions. Au-dessous est un texte hiéraglyphique composé de trente-huit lignes horizontales, dont malheureusement les vingt-trois premières sont seules intactes. La vingt-quatrième est mutilée à ses deux extrémités; pour le reste, il n'existe qu'un fragment qui se rajuste, comme l'a très-bien vu M. Birch, à ce a reste: de. la vingt-cinquième ligne.

: La stèle est datée du vingt-quatrième jour du mois 8 de tôbi, l'an III du Pharaon Rhamsës II, lequel occupa le trône pendant plus de soixante années d'un règne glorieux, et qui à lui seul semble avoir laissé surle sol de l'Égypte autant de traces de sa: domination que tous les autres Pharaons réunis. Après un protocole élogieux:de:six lignes entières, qui ne renferme rien de particulier que l'indication de la puissance exercée par le-Pharaon sur les æontrées limitrophes de l’Égypte, et particulièrement sur la Nubie, l'écrivain sacré entre en matière : il raconte que le roi était venu à Memphis pour y accomplir des cérémonies d'action de grâces envers les dieux de l'Égypte; et comme il était assis sur son trône dé l'or le plus pur , la tête ornée de deux plumes d’autruohe, symbole de la justice, s’occupant de faire enregistrer les noms des pays d'où l’on apportait de l'or, et de donner des ordres pour qu'on creusât des puits artésiens (j'analyserai plus bas le groupe hiéroglyphique qui les désigne) sur les routes qui

(7) manquaient d'eau, on se mit à parier du pays d’Okaou, où se trouvait, disait-on, beaucoup d'or, mais sur la route duquel l'eau manquait absolument. On ajoutait qu'il était venu des plaintes de la part des ouvriers qui travaillaient dans les mines au lavage de l'or : car plusieurs de ceux qui 8 y rendaient étaient morts: de soif sur la route, avec les ânes qu'ils chassaient devant eux. A moins que des ordres ne fussent donnés afin de pourvoir d’eau potable la station. intermédiaire, il fallait renoncer à ce qu'on apportât de l'or de ce pays. En ce moment, l'officier chargé d'introduire les étrangers auprès du roi prend la parole pour dire qu'il avait fait venir les chefs du pays des mines en question, afin d'expliquer au roi ce dont ils avaient ‘besoin : « Les voici, ajoute-t-il, les bras élevés vers le trône de Sa Majesté, s'approchant avee respect pour contempler son noble visage, pour exposer les conditions dans lesquelles se trouve leur pays, et pour implorer la faveur d’un ordre souverain, afin qu'on entreprenne le forage d'un puitssur la route qui conduit dans cette contrée. » La parole estalors donnée aux chefseux-mèmes, et mon intention n'est pas de les suivre dans le panégyrique tout oriental qu’is font de la puissance du Pharaon. « Votre Majesté, disent-ils, fait tout ce qui lui plaît, elle n'a qu’à donner un ordre à la nuit, et la lumière sera faite. Nous nous sommes hâtés de venir l'mplorer en faveur de ses mines d'or, puisque c'est elle qui brille maintenant sur le trône du monde. » Et de à des hyperboles infinies pour caractériser cette autorité sans limites: « Si tu disais aux eaux : Sortez du rocher, l’abîme des:eaux du ciel pataîtrait à ta voix ; car tu es le soleil en personne: aussi tous tes or-

(8) dres sont accomplis, toutes tes paroles obéies, Ô toi, notre roi et notre maitre. »

Après ce discours, nous voyons paraître un personnage dont les monuments hiéroglyphiques nous ont révélé l'importance, le vice-roi de l’Éthiopie, dont le titre officiel était celui de royal fils de Kousch, soit qu’on choisit ce fonctionnaire éminent parmi les Éthiopiens eux-mêmes, soit plutôt qu'on l’associâät ainsi dans le langage officiel à la contrée qu’il gouvernait, sans préjudice de l'application rigoureuse du droit de conquête à une nation vaincue et comprimée. Ce vice-roi, dont par conséquent (et d'autres monuments le prouvent) l'autorité devait commencer aux confins mêmes de l'Égypte et comprendre tout le pays intermédiaire entre Syène et l'Éthiopie proprement dite, vient appuyer de son témoignage personnel la réclamation des chefs du pays des mines d’or : « Il est vrai, dit-il, l’herbe est brülée dans ce pays depuis le règne des dieux, et tous les rois vos prédécesseurs ont désiré qu'un puits füt creusé sur ce chemin, mais ils n’y ont pas réussi; déjà par les ordres du roi Séthos (Ie") on était arrivé jusqu à la profondeur de cent vingt coudées en cherchant la nappe d’eau pour la faire répandre sur la route; malheureusement l'eau ne parut point. Mais toi, si tu disais à ton père Æapi-moôu, le père des dieux : Fais que l'eau s'étende à la surface du rocher, il en serait de cela comme de toutes tes paroles, de tous tes commandements qui s'accomplissent en notre présence. Pourquoi sont-ils obéis avec tant d'empressement , si ce n’est parce que tu es cher aux dieux tes pères par-dessus tous les rois qui ont été depuis le règne du Soleil ? » Le roi répond à ces chefs : « Les « demandes que vous m’adressez sont justes ; il n’y a pas eu

« de puits creusé dans ce pays depuis le règne des dieux, « comme vous le dites : j'ordonne d'y forer un puits, afin de « pourvoir d’eau sans interruption comme... » Ici le texte s'arrête, et nous ne sommes pas encore arrivés au point de. pouvoir remplir des lacunes aussi considérables que celles qui se présentent dans le reste de l'inscription. Ce qui subsiste de la ligne suivante (la vingt-quatrième) contient la continuation du discours royal : le prince semble parler des faveurs dont le comblent les dieux; ils ont inondé son cœur de joie : « Je proclame, dit-il, l’ordre... » Ici nouvelle interruption. |

A la ligne vingt-cinquième, le roi a cessé de parler ; les assistants, et principalement sans doute la députation du pays des mines, donnent des marques bruyantes de satisfaction et de reconnaissance. Le monarque s'adresse alors à un scribe royal, sans doute afin de lui donner des instructions particulières pour l’accomplissement de ses ordres. De ce qui subsiste des lignes vingt-sept et vingt-huit, on peut conclure que le vice-roi d’Éthiopie avait rassemblé des ouvriers pour l'exécution de l’entreprise. La ligne vingt-neuvième indique un premier succès : « Rien de semblable, y dit-on, n'avait été fait depuis qu’il y a des rois (en Égypte). » A la ligne trentième, M. Birch entrevoit des ramis et des oxyrynques qui se jouent dans les roseaux; moi, je crois deviner qu’il est question de remédier par des nattes à des infiltrations qui avaient eu lieu dans le tube du puits : dissentiment qui prouve l'obscurité de ce fragment. Cependant (ligne trente et unième) le vice-roi écrit au Pharaon, très-probablement pour lui rendre compte des obstacles qu'avait rencontrés l'entier accomplissement de ses ordres : « Votre Majesté

« avait dit de sa propre bouche : Que l'eau s'élève à douze « coudées , et l’on n’en a obtenu que quatre. On demande « un habile ouvrier... » A la ligne trente-cinquième, on approche du dénoûment : le roi des eaux, du haut de sa demeure de gloire, a exaucé celui de la terre ; le puits vomit l'eau sur le sol. Aux lignes trente-six et trente-sept l'ouvrage est achevé, les ordres accomplis. Enfin, à la dernière ligne (la trente-huitième) il est dit que désormais le puits artésien portera le nom de « Puits de Rhamsès aimé d’Amron. » L’entreprise avait donc été menée à bonne fin, et le Pharaon avait pu voir l'entier accomplissement de ses volontés.

Dans l'analyse que je viens de donner, il m'est souvent arrivé, soit de compléter la version propasée par M. Birch, soit de la modifier sur des points essentiels. La nature concise de la présente note ne me permet pas d'entrer dans le détail de ces dissentiments ; on pourra recourir au volume de l'4rchæologia, et la comparaison des deux traductions fera reconnaître les modifications dont je prends toute la responsabilité. Je ne m’arrêterai qu'aux expressions qui me semblent caractériser une opération analogue au forage d'un puits artésien. Sur ce point capital, M. Birch a montré une hésitation qui l’a éloigné de l'interprétation véritable. Le groupe qui désigne, selon moi, le puits artésien est rendu par lui, tantôt par le mot français réservoir, tantôt par les expressions anglaises de tank (bassin), ou de well (puits); ce groupe, accompagné des déterminatifs généraux qui rendent les idées d'eau, de lac ou de bassin et de division, se compose des mêmes éléments que ceux qui servent à exprimer le nom du dieu Chnouphis. M. Lepsius, et, à son exemple, les égyptologues récents, ont donné de ces éléments $ Y% une ana-

lyse qui ne.me paraît point exacte. Îl n’est .pas possible que la lecture proposée, Voum, s'adapte complétement au nom que les Grecs ont transcrit tour à tour sous iles formes de Xvoëqu, Xvoübtg et Xvoüpus. Quant à la substitution du s à lu, la langue égyptienne en offre trop d'exemples pour que cette variante de transcription, Xvoïé au lieu de Xvoèu, présente une sérieuse difficulté ; il est-même à remarquer que c’est surtout après la consonne y que le & tend à se transformer en 6 dans l'idiome de l'antique Égypte : ainsi auuu, dormir, du dialecte memphitique, se présente sous la forme 28 dans le dialecte thébain ; le memphitique su est sisen dans la haute Égypte, et im dans le dialecte baschmourique, et.cette dernière forme est certainement la plus ancienne, comme le prouve l'habitude constante chez les .scribes égyptiens d’exprimer l’idée de totalité par le même caractère (=, la corbeille) .que celui qui sert à rendre le mot uns, seigneur. On 3e rend encore. plus facilement compte de la substitution du © au 6, dans la forme. Xvoig, au lieu de Xvoié , les deux lettres 4 et 8 permutant sans cesse dans les textes coptes; mais quant au commencement du mot, je ne puis admettre que le ;, dont les Grecs ont fait précéder le », ne représente pas au moins une aspiration douce comme celle du 2, qui devait tenir sa place dans le mot égyptien. |

Cela posé, je remarque qu’une des expressions qui, dans le vocabulaire copte, servent à rendre l’idée de source.ou de fontaine jaillissante, est le mot zouse, où l’on retrouve l’aspiration initiale, le v et le 6 du nom Xvo6x. 2ous6, la seule forme qui nous soit parvenue par l'iatermédiaire des textes coptes, aura été dit pour 2ouus, de même que l'on prononçait Xvoii, au lieu. de Xwüm,ç; ét. cela est.d'autant plus

(12) vraisemblable que ce mot 2ow-ue signifie tractio aquæ (uo et même un en composition, pour wwor, aqua), étymologie qui convient à une source en général, et surtout à une source artificielle telle qu’un puits artésien.

Il résulte de ces explications, d’une part que le ‘vase à anse, caractère initial du groupe employé pour rendre le nom Xvoïmç (euoru) et le mot 2ou86 — 2ouu6, avait la valeur collective des lettres 24 (lesquelles répondent au mot euo, vase); et de l’autre que le terme 2onu6e — 2086, signifiant tractio aquæ, devait servir à désigner particulièrement une source artificielle, obtenue par un procédé qui consistait à #rer l’eau du sein de la terre.

Maintenant, que l’on repasse les détails fournis par l’inscription hiéroglyphique sur les tentatives qui précédèrent l'opération etsur l'opération elle-même , on reconnaîtra qu'il ne peut être question que d’un forage analogue à celui des puits artésiens. Soit que l'on s'adresse au roi dans un style hyperbolique : « Si tu dis aux eaux : Paraissez à la surface du sol, et l’abîme céleste se hâtera de venir à ta voix; » ou bien : « Si tu dis à tôn père Hapimôou (le Nil céleste) de faire étendre les eaux à la surface du sol, tes désirs seront accomplis sur l'heure ; » soit qu'on rappelle l'entreprise infructueuse tentée sous le règne précédent, celui de Séthos, où l'on avait poussé le forage jusqu'à cent vingt coudées säns rencontrer la nappe d'eau, la pensée du lecteur ne pourra s'écarter de l'hypothèse que nous avons proposée.

Il est même permis de croire que les Égyptiens possédaient dans ce genre de travail une grande habileté, du moins si l’on s'en rapporte à l'interprétation que j'ai donnée du texte mutilé de la ligne trente-deux. On sait en effet que la colonne d’eau

produite par les puits artésiens monte à une plus ou moins grande hauteur, tantôt s’arrêtant au-dessous du sol, tantôt en dépassant le niveau, selon que la nappe rencontrée à son point de départ plus ou moins élevé à la surface de la terre. Dans les procédés modernes, quand les premières nappes d’eau n'ont pas atteint, soit en abondance, soit en hauteur, le résultat désiré, on les traverse jusqu'à ce qu’on en rencontre une qui réponde aux espérances de l'entrepreneur. Il semble qu'il en ait été de même pour le puits foré dans le désert de Nubie sous le règne de Rhamsès IF. La première nappe d’eau n'avait donné que quatre coudées au-dessus du sol; le roi en voulait douze; et quoique la partie du texte qui racontait le succès final de l'entreprise ne soit pas parvenue jusqu'à nous, il suffit de la réflexion que, dans un récit officiel, on n'aurait pas parlé des obstacles s'ils n'avaient fini par être vaincus, pour suppléer aux renseignements qui nous manquent.

Ne pouvant entrer ici dans l'analyse détaillée des parties du texte qui servent de base aux considérations précédentes, je me contenterai de dire qu'on n'y rencontre rien qui ne soit admis par tous les égyptologues expérimentés de notre époque. La seule difficulté porterait sur le groupe ## qui, ligne 21, désigne la recherche de l'eau, et, ligne 32, sert à indiquer l’ouvrier habile auquel on se voyait obligé d'avoir recours pour traverser la première nappe, reconnue insuffisante. Ce groupe, qui se termine par un x, (|) a pour signe initial un caractère (f+}; lequel sert de déterminatif aux mots, tous deux commençant par un 2, e6at, terror, et 2078, timor; c'est une raison, non pas absolue, mais vraisemblable, pour croire que le mot figuré par ce déterminatif commençait aussi par-un 2 (probablement zac, laqueus, la crainte étant

comme, un. piége. qui: met obstacle à la locomotion:). Ges deux. éléments. 2 et. x conduisent. au mot 2wx8, insinuare se, penetrare, dont:le sens convient à l'acception que nous avons donnée au. groupe ff %, aguam penetrando: inquirere. Dans le fragment de la ligne trente-deux, ce groupe est précédé des caractères % eu, lesquels répondent à la syllabe eau, qui sert à désigner une:profession industrielle (Ra, vobere, eauxeat, faber ferrarius),.

Enterminant cette note, il faudrait fixer la date: précise de l'exécution du puits artésien creusé : dans la route: qui, sous la domination des Pharaons, conduisait de Contrapselcis aux mines. d'or du désert de Nubie, à l'orient-du Nil. La stèle qui célèbre l’accomplissement. de ce: grand travail est datée de l'an III du règne de Rharasès IL: maisà quelle. époque fautil placer le commencement:de ce règne ? M. Bunsen, età:son exemple M. Bireh, considèrent Rhamsès II comme le premier prince de la XIX° dynastie; pour moi; c'est au contraire l'avant-dernierroi dela XVIIIe. En plaçant, comme je l'ai fait dans mes Recherches sur le cercueil de Mycérinus, lecommencement de la XIX* dynastie à l'an 1454 avant. Jésus-Christ, et en assignant, surle témoignage de l’Africain, combiné avec celui de Josèphe, dix-neuf ans de règne à Ménéphthah Ie, fils de Rhamsès IT ; comme les monuments s'accordent avec les. témoignages littéraires. pour. assigner soixante-six ans. de domination à ce dernier prince, il s'ensuivra la possibilité de placer l'an III de son règne à la date de 1536 avant Jésus- Christ. Quoi qu'il en soit de ce calcul, l'opinion des autres égyptologues. qui se sont attachés aux chiffres de Manéthon. ne s'en éloigne pas assez pour qu'on ait le droit de rejeter cette conclusion plus. générale.: qu'un puits artésien

(15 ) dont la profondeur devait dépasser'eent vingt coudées, et qu'on n'avait pu amener à:sa perfection ‘sans traverser : plusieurs nappes d'eau, avait: été exécuté. en Égypte, "ans: le XVI" siècle avant notre ère. |

Cette entreprise ‘n'était ‘pas la première''de ce genre que l’on ‘eût vue dans l'empire des Pharaons; car l'inseription n'en parle pas eomme d'une mvention «nouvelle; -et !le passage du récit (ligne 8) où l'on ‘dit, ‘en ‘termes généraux, que le roi.était orcupé & donner des ordres pour l'exécution de puits artésiens dans les stations du: désert qui conduisaient aux mines, montre d'une ‘manière évidente qu” il s'agit d'un procédé d'un usage déjà permanent.

J'ai laissé de côté dans cette note'un pointintéressant-de la question : il importerait de-savoir de quels instrüments les Égyptiens faisaient usage ‘dans le'forage des puits -artésiens, à quel ‘degré ces:instruments ‘étaient'perfectionnés, et s'ils offraient quelque ressemblance avec les:nôtres. La stèle de Koubân n'est pas sans réponse à ces questions. L'un des deux groupes hiéroglyphiques qui servent à y exprimer l’idée de forer, groupe qui répond, suivant l’ingénieuse conjecture de M. Birch, au verbe copte orers, a pour signe initial un caractère que je n'ai jamais rencontré ailleurs, et qui semble offrir la combinaison des principaux instruments d'un fontenier sondeur , c’est-à-dire la corde au moyen de laquelle on donnait le mouvement aux outils du forage, le bloc qui servait, soit de mouton pour enfoncer le terrain, soit de régulateur afin d'empècher la déviation des instruments plus compliqués et plus délicats qui devaient suppléer à l’insuffisance du mouton; enfin l’un de ces instruments, le plus fréquemment employé de nos jours ; c'est-à-dire la double:

(16) cuiller qui, par le mouvement de rotation qu'on prime, sert à diviser les couches argileuses $. I étude de ce caractère, et la comparaison qu faire avec les ontils et les procédés actuellement € doivent conduire à des conclusions importantes. Les leurs critiques ont douté jusqu'ici que les Égyptiens eu à leurdisposition les ressources d'une ve et qui pût entrer en comparaison avec l'industrie dernes; il suffirait d'une démonstration comme celle dique pour rendre de l'autorité à l'opinion co: c’est à peine si j'ai pu ébaucher cette partie de ches, pour laquelle je dois avoir recours à l'exp hommes spéciaux en matière de mécanique et d'i et je ne voudrais pas exciter de la défiance sur | qui me semblent prouvés, en cherchant, au delà de prudence exige, à accroître, en quelque sorte, la ri ma démonstration.

PARIS.— TYPOGRAPHIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, IMPamUnS DE L'ENTETUT, AUX JAGOn, 56.

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