‹ Les Pasteurs en EgypteChapitre 10 sur 21 · Soleil Belliqueux, Ta-le-lrès-victorieux · texte numérisé non relu

Soleil Belliqueux, Ta-le-lrès-victorieux

On peut donc a présent considérer Ta-aa (Ta-ie-grand) comme le premier des chefs du midi qui se soulevèrent contre les Pasteurs ; son oeuvre fut continuée par Ta-le-lrès-grand et, après celui-ci, par Ta-le-lrès-victorieux, qui obtint contre ces Barbares des succès éclatants, autant qu'on en pont juger par le fait qu'Àhmès n'eût à les combattre que dans la partie la plus septentrionale de la Basse-Egypte, et qu'il réussit, dès la quatrième année de son règne, à les expulser d'Àvaris, leur puissante forteresse.

On dirait que les Egyptiens avaient attaché quelque intérêt à conserver à leurs chefs pendant cette guerre nationale ce nom de Sekenen-Ha (Soleil victorieux) qu'avait sa si s doute illustré le premier des héros de l'indépendance. Peut-être d'ailleurs les deux prédécesseurs de Ta-aa-Ken n'ont-ils jamais porté de leur vivant les titres royaux, que la reconnaissance nationale leur attribua par la suite, en les assimilant autant que possible avec le héros, dont les victoires rendirent facile le rétablissement de l'autorité pharaonique sur l'Egypte tout entière.

En résumant les notions, que je viens de discuter, je signale les faits suivants comme traits principaux de l'histoire de l'époque étudiée:

Le soulèvement des Egyptiens contre les Pasteurs a coincidé avec le moment où ces envahisseurs, gagnés par la civilisation du peuple vaincu, se livraient avec confiance aux travaux de la paix. Le règne d'Apapi appartient à cette époque. Jusqu'alors les Pasteurs n'avaient eu d'autre culte que celui, qu'ils avaient rapporté de leur état barbare. Apapi y substitua celui du dieu égyptien Set, en tempérant ainsi l'adoption des usages de l'Egypte par la signification particulière de la divinité adoptée par lui.

Pendant que les Pasteurs développaient ainsi leur civilisation et formaiont des collèges de scribes savants, les Egyptiens du Sud préparaient la délivrance de leur patrie; l'autorité se centralisait dans les mains du chef le plus hardi et la nation s'organisait militairement. Le prince égyptien contemporain d'Apapi fut un chef belliqueux, nommé Ta-aa. Nous le voyons entouré de généraux, d'officiers et d'éclaireurs hardis; il reçoit avec indignation les messages de l'ennemi de son pays, contre lequel il doit le premier entreprendre la guerre. A ce chef succéda un autre guerrier de sa famille, son fils peut-être, Ta-aa-aa, qui continua l'oeuvre glorieuse de la délivrance de l'Egypte, ces deux héros furent inhumés, l'un près de l'autre, dans la nécropole de Thèbes, leur capitale.

Après eux, un autre chef, de la même famille, Ta-aa-Ken, poursuivit leurs succès contre les oppresseurs de l'Egypte; l'un de ses officiers (un oimou de marins) fut le père de cet Ahmès, dont les longs services militaires vont maintenant nous servir de fil conducteur.

Ces trois princes furent désignés par un même prénom Sekenen-Ra (Soleil belliqueux), qui caractérise bien le rôle historique, qu'ils ont. rempli. Mais seul, le dernier d'entre eux, Sekenen-Ra Ta-aa-Ken, figure sur les monuments à côté d'Ahmés I, chef de la XVIIIe dynastie. Cette exclusion des deux autres nous montre que les succès obtenus par les premiers n'avaient pas été bien considérables, comparativement à ceux de ce prince. Celui-ci dût fortement ébranler la puissance des Pasteurs, qui succombèrent définitivement dès les premiers temps du règne de son successeur, ainsi que nous allons l'expliquer.

Page 1