LIVRE I
. core autour d'elle, et Daphiiisriant de sa peur, elle s'assura, et frottoit ses yeux qui avoient encore envie de dormir; et lors la cigale se prend à chanter entre les tetins mêmes de la gente pastourelle, comme si dans cet asile elle lui eût voulu rendre grâce de son salut, dont Chloé, de nouveau
. surprise, s'écria encore plus fort, et Daphnis de rire; et usant de cette occasion, il lui mit la main bien avant dans le sein, d'où il retira la gentille cigale, qui ne se pouvoit jamais taire, quoiqu'il la tînt dans la main. Chlcé fut bien aise de la voir, et l'ayant baisée, la remit chantant toujours dans son sein.
Une autre fois ils entendirent du bois prochain un ramier, au roucoulement duquel Chloé ayant pris plaisir, demanda à Daphnis que c'étoit qu'il disoit, et Daphnis lui,fit le conte qu'on en fait communément, a Ma mie, dit-il, au temps passé y avoit une « fille belle et jolie, en fleur d'âge comme « toi. Elle gardoit les vaches et chantoit « plaisamment; et, tant ses vaches aimoient a son chant, elle les gouvernoit de la voix « seulement; jamais ne donnoit coup de « houlette ni piqûred'aiguillon; mais, assise « à l'ombre de quelque beau pin, la tête « couronnée de feuillage^ elle chantoit Pan
« et Pitys; dont ses vaches étoient si aises « qu'elles ne s'éloignoient point d'elle. Or « y avoit-il non guère loin de là un jeune « garçon qui gardoit les bœufs, beau lui- « même, chantant bien aussi, lequel étri- « voit à chanter à rencontre d'elle, d'tin « chant plus fort, comme étant mâle, et « aussi doux, comme étant jeune; telletic ment qu'il attire à travers le bocage et « emmène avec soi huit des plus belles a vaches qu'elle eût en son troupeau. La « pauvrette adonc déplaisante autant de a son troupeau diminué comme d'avoir « été vaincue au chanter, demandoit aux « Dieux d'être oiseau avant que retourner (( ainsi à la maison. Les Dieux accomplirent tt son désir, et en firent un oiseau de <K montagne, qui aime toujours à chanter oL comme quand elle étoit fille, et encore « aujourd'hui se plaint de sa déconvenue, « et va disant qu'elle cherche ses vaches « égarées, v
Tels étoient les plaisirs que l'été leur donnoit. Mais la saison d'automne venue, au temps que la grappe est pleine, certains corsaires de Tyr s'étant mis sur une fûte du pays de Carie, afin qu'on ne pensât que ce fussent barbares, vinrent aborder en cette côte, et, descendant à terre armés de