LIVRE I. 4J
corselets et d'épées, pillèrent ce qu'ils purent tî-ouver, comme vin odorant, force grain, miel en rayons, et même emmenèrent quelques bœufs et vaches de Dorcon.Oren courant çà et là, ils rencontrèrent de maie aventure Daphnis qui s'alloit ébattant le long du rivage de la mer, seul ; car Chloé, comme simple iille, crainte des autres pasteurs, qui eussent pu en folâtrant lui faire quelque déplaisir, ne sortoit si matin du logîs,et ne menoit qu'à haute heure paître les brebis de Dryas. Eux voyant ce jeune garçon grand et beau, et de plus de valeur que ce qu'ils eussent pu davantage ravir par les champs, ne s'amusèrent plus ni à poursuivre les chèvres, ni à chercher à dérober autre chose de ces campagnes, mais Tentraînèrent dans leur fûte, pleurant et ne sachant que faire, sinon qu'il appeloit à haute voix Chloé tant qu'il pouvoit crier.
Or ne faisoient-ils guère que remonter en leur esquif et mettre les mains aux rames, quand Chloé vint, qui apportoit une flûte neuve à Daphnis. Mais voyant çà et là les chèvres dispersées, et entendant sa voix, qui Tappeloit toujours de plus fort en plus fort, elle jette la flûte, laisse là son troupeau, et s'en va courant vers Dorcon, pour le iaire venir au secours. Elle le trouva
4', DAPHNIS ET ÇHLOÉ.
ctendu -par terre, tout taillé de gra»da coups d'épée que lui avoient jdomiés les brigands, et â pein^ respipant -encore, tâfit: il avoit perdu de sang; mais lorsqu'il entrevit Chloé, le souvenir dfe son amour le ranimant quelque peu : « Chloé, ma mie, lui « dit-il, je m'en vas tout- à- Fiieure mourir. « J'ai voulu défendre mes bœufs, ces mé- « chants larrons de corsaires m'ont navré « comme tu vois. Mais toi, Chloé, sauve « Daphnis; venge-moi; fais-les périr. J'ai ce accoutumé mes vaches à suivre le son de « ma flûte, et de si loin qu'elles soient,^ « venir à moi dès qu'elles en entendent a l'appel. Prends-la, va au bord de la mer, a joue cet air que j'appris à Daphnis et <c qu'il ta montré. Au demeurant laisse « faire ma flûte et mes bœufs sur le va".s- « seau. Je te la donne, cette flûte, de lace quelle j'ai gagné le prix contre tant de ic bergers et bouviers; et pour cela, seulece ment, je te prie, baise-moi avant que je ce meure, pleure-moi quand je serai mort, a et à tout le moins, lorsque tu verras vace cher gardant ses bétes aux champs, aie ce souvenance de moi. »
Dorcon, achevant ces paroles et recevant
d'elle un dernier baiser, laissa sur ses lè-
• vres, avec le baiser, la voix et la vie en
:'jn£mecte'mps;:vCWod prit Ja?ftûte, la ^mil-à ,sa'Jboachey-et sondant «l.haiht,çu-eHe pôa- ::iyoit,..les:.vài:hesjq.ui renteiid^ntjrecGfnnôîs- ^seiit^ssiJtât.levsdQ de-k::flûr« « Jaiiote-de là iihansaayjet-toutes;d'uqe:secousie'€€ Jeî- ^teht.eitiiiÊDglant dait&^ia meTi-^comftïQ celles: Iprirent . lèu t :élan^ Itputes- -cki ^ôême :bcfld^^ que par. leur chuté la> mer:~&*^ii- -tcpavrit^^ Fesquit reaverséjd'çâu.-sie rèfêr- -mant,aoait'fiit submergé* L^g^ns plonges en la mer revinrent bientôt:*£4«* i^eaUjTiâais :iîon!pasL tûus^iTJîc -méme«$péraiîce4é^alut. :CaD les. . brigands -a-voient leur*-^pë^es-2tu .côté; lèursxqrsélets.auuios,: leurs 4botti¥^C-à .«ihjambfr, iandîs -que lïaphnis-étôi^i-tout idédvauXyjDQmme.. celuLqui-nCv-menoit^sôs Icbcçrresque.dans.la plaiae, :et-qeasi-mî:au Idenieiirant^cariLfaisoitjehcdre chau4. Eu-x '.dûmr ,;.ap£^. avoir! jdurél.quelque vieraps. A sia^z^iuscnt\txÈés:\à^Ionà.tt Jiqyésv^r la ipesânteur.- de 1 leu r;i .armes > ^mak . Daphai s .ejiit hifinlât.x]^uiltdsi.pea de>vête^nients qtaïl cpOxtQit^fitencojctse la^oi tril à Éorce, rL'à3?aTït coutume que nager daaiitejt ciyières.:.Nd- -^^Sfi^.^UiS&feâlïilLmQntra ^.e j^n'iLdeVoit iaiç^.:ll:S^. jniJ:^.efttre:.d^u3t.yacbfis^fit ^ $f ôftant .4iei«>i:qç?.^:aXfic:k'5: deux-maias,
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chariot. Car le bœuf nage beaucoup mieux et plus long- temps que ne fait Phomme , et n'est animal au monde qui en cela le surpasse, si ce ne sont oiseaux aquatiques, ou bien encore poissons; tellement que jamais bœuf ni vache ne se noyeroient, si la corne de leurs pieds ne s'amollissoit dans l'eau, de quoi font foi plusieurs détroits en la mer, qui jusques aujourd'hui sont appelés Bosphores, c'est-à-dire trajets ou passages de bœufs.
Voilà comment, se sauva Daphnis, et contre toute espérance échappant deux grands dangers^ ne fut ni pris ni noyé.
Venu à terre là où étoit Chloé sur la rive, qui pleuroit et rioit tout ensemble, il se jette dans ses bras, lui demandant pourquoi elle jouoit ainsi de la flûte; et Chloé lui conta tout : qu'elle avoit été pour appeler Dorcon, que ses vaches étoient apprises à venir au son de la flûte, qu'il lui avoit dit d'en jouer, et qu'il étoit mort. Seulement oublia- t-elle, ou possible ne voulut dire qu'elle l'eût baisé.
Âdonc tous deux délibérèrent d'honorer la mémoire de celui qui leur avoit fait tant de bien , et s'en allèrent , avec ses parents et amis, ensevelir le corps du malheureux Dorcon, sur lequel ils jetèrent force terre,