‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 21 sur 74 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

menés et gardés par telle bergère ; à quoi Chloé prenoit plaisir; mais Daphnis en avoit de l'ennui. Tellement que l'un et l'autre souhaitoient que les vendanges fussent bientôt finies, pour pouvoir retourner aux champs en la manière accoutumée, et, au lieu du bruit et des cris de ces vendangeurs, entendre le son de la flûte ou le bêlement des troupeaux.

En peu de jours tout fut achevé, le raisin cueilli, la vendange foulée, le vin dans les jarres, si qu'il ne fut plus besoin d'en empêcher tant de gens; au moyen de quoi ils recommencèrent à mener leurs bêtes aux champs comme devant, et, portant aux Nymphes des grappes pendantes encore au sarment pour prémices de la vendange, lés vinrent en grande joie honorer, et saluer, de quoi faire ils n'avoient par le passé jamais été paresseux. Car, et le matin, dès que leurs troupeaux commençoîent à paître, ils les venoient d'abord saluer, et le soir, retournant de pâture, les alloient derechef adorer; et jamais n'y alloient qu'ils ne leur portassent quelque offrande, tantôt des fleurs, tantôt des fruits, une fois de la ramée veirte, et une autre fois quelque libation de lait; dont puis après ils reçurent des déesses bien ample récompense. Mais

5i DAPHNIÎi F.T CHLOÉ.

pourldrs ils folâtroient comme deux jeunes levrons, ils sautoient, ils flûtoient en- ^çmble, ils chantoient, iuttoient bras à brâs V\xn contre Tautre, à l'envi de leurs béliers .et bouquins.

. Et ainsi comme ils s'ébattoient, survint un vieillard portant grosse cape de poil de chèvre, des sabots en ses pieds, panetière à son col^ vieille aussi la panetière. Se séant auprès d'eux, il se prit à leur dire : a Le « bon homme Philétas, enfanta, c'est moi, « qui jadis ai chanté maintes chansons à a ces Nymphes, maintefois ai joué de la a flûte à ce Dieu Pan que voici, grand « troupeau de bœufs gouvernois avec la a seule musique, et m'en viens vers vous à « cette heure, vous déclarer ce que fa^ vu « et annoncer ce que j'ai ouï.

« Un jardin est à moi, ouvrage de mes « mains, que j'ai planté moi-même, affié, « accoutré, depuis le temps que, pour ma « vieillesse, je ne mène plus les bêtes aux « champs. Toujours y a dans ce jardin tout « ce qu'on y sauroit souhaiter selon la saia son; au printemps, des roses, des lis, des a violettes simples et doubles ; en été, du « pavot, des poires, des pommes de plu- « sieurs espèces; maintenant qu'il est^au- « tomne, du raisin, des figues, des gre-

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