‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 36 sur 74 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ft comme lui^ qui sembloit proprement un « bouc, mais ni autre quel qu'il fût. Pan la (c voulut prendre à force; elle s'enfuit; il la c poursuivit; tant que pieds la purent poru ter, elle courut; mais, lasse à la fin de a courir^elle se jette en un marais, et là se (( perd dans les roseaux. Pan coupe les a cannes en courroux, et, n'y trouvant point « la pucelle, connut son inconvénient ; et tt lors, unissant avec de la cire les roseaux « taillés inégaux, en signe d'amour non « égale, il en fit cet instrument. Ainsi elle « qui paravant étoit belle jeune fille, de- <i puis a été un plaisant instrument de « musique. »

Lamon à peine acheVoit son conte, et bon Philétas de le louer, disant n'avoir ouï en sa vie chanson si jolie que cette fable, quand Tityre arriva portant la flûte de son père, grande à merveille, composée des plus grosses cannes que Ton trouve, accoutrée de laiton "par-desjsus la cire. On eût dit que c'étoit celle-là même que Pan fit la première. Philétas adonc se leva, et, assis sur son lit de feuillage, premièrement il essaya tous les chalumeaux, voir si rien empéchoit le vent, et voyant que chaque tuyau rendoit le son convenable, souffla dedans à bon escient. Si sembloit proprement un air de

plusieurs flageolets jouants ensemble, tant menoient de bruit ces pipeaux : puis petit à petit diminuant k force du vent, ramena son jeu en un son tout-à-fait doux et plaisant, et, leur montrant tout Tartifice de la musique pastorale pour bien mener et faire paître les bêtes aux champs, leur fit voir comment il falloit soufHer pour un troupeau de bœufs, quel son est mieux séant à un chevrier, quel jeu aiment les brebis et moutons; celui des brebis étoit gracieux; fort et grave celui des bœUfs ; celui des chèvres clair et aigu; et une seule flûte imitoit toutes ces diverses flûtes, du berger, du bouvier et du chevrier.

La compagnie à table écoutoit sans'môt dire, couchée sur le feuillage, prenant très grand plaisir d'ouïr si bien jouer Philétas, jusqu'à ce que Dryas, se levant, le pria de jouer quelque gaie chanson en l'honneur de Bacchus, et lui cependant leur dansa une danse de vendange, faisant les gestes cooime s'il eût, tantôt cueilli la grappe au cep, tantôt porté le 'raisin dans la hotte, puis les mines d'un qui foule la vendange, qui verse le vin dans les jarres, et d'un qui hume à bon escient la liqueur nouvelle, foutes lesquelles choses il fit si proprement et de si bonne grâce, approchant du natu-

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