‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 45 sur 74 · LIVRE m. ÏOI · texte numérisé non relu

LIVRE m. ÏOI

mage, qu'un long silence leur avoît fait oublier.

Et alors aussi les brebis bêloient, les agneaux sautoient et se courboîent sous le ventre de leur mère, les béliers poursuivoientles brebis qui n'a voient point encore agnelé, et, les ayant arrêtées, sailloient puis l'une, puis l'autre ; autant en faisoient les boucs après les chèvres, sautant à l'environ, combattant et se cossant fièrement pour l'amour d'elles. Chacun avoit les siennes à soi, et gardoit qu'autre ne fît tort à ses amours ; toutes choses dont la vue auroit en des vieillards éteints rallumé le feu de Vénus, et trop mieux échauffoit ces deux jeunes personnes, qui, de long- temps inquiets, pourchassant le dernier but du contentement d'amour, brûloient et se consumoient de tout ce qu'ils entendoient et voyoient, cherchant quelque chose qu'ils ne pouvoient trouver, outre le baiser et ^ l'embrasser. Mêmement Daphnis, qui, devenu grand et en bon point, pour n'avoir bougé tout l'hrver de la maison à ne rien faire, frissoît après le baiser, et étoit gros, comme l'on dit, d'embrasser, faisant toutes choses plus curieusement et plus hardiment que pai:avant-, pressant Chloé de lui accorder tout ce qu'il vouloit,.et de se cou-

cher nue à nu avec lui plus longuement qu'ils n'avoient accoutumé. « Car il n'y a, tt disoit-il, que ce seul point qui nous a manque des enseignements de Philétas, « pour la dernière et seule médecine qui « apaise l*amour. »

Et Chloé lui demandant ce qu'il y pouvoit avoir outre se baiser, s'embrasser et se coucher tout vêtus, et ce qu'il pensoit feire plus quand ils seroient couchés nus ? « Cela, «c lui dit-il, que les béliers font aux brebis « et les boucs aux chèvres. Vois-tu com- « ment après cela les brebis ne s'enfuient « plus, ni les béliers ne se travaillent plus « à courir après, mais paissent tous les deux < amiablement ensemble, comme étant l'un « et Tautre assouvis et contents; et doit « bien être quelque chose plus douce que « ce que nous faisons, et dont la douceur « surpasse Tamertume d'amour. — Et mais, « fit-elle, vois-fu pas que les béliers et les « brebis, les boucs et les chèvres, faisant ce <K que tu dis, se tiennent debout; les mâles « montent dessus, les femelles soutiennent « les mâles sur le dos. Et toi tu veux que «c je me couche avec toi à terre, et toute « nue. Sont-elles donc pas plus vêtues de « leur laine ou bien de leur poil que moi a de ce qui me couvre? »

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