LIVRE m
Il la crut, et comme elle voulut, se coucha près, d'elle, où il fut longtemps, ne sachant comment faire pour venir à bout de ce qu'il desiroit. Il la fit relever, l'embrassa par derrière en imitant les boucs ; mais il s'en trouvoit encore moins satisfait que de*yant. Si se rassit à terre, et se prit à pleurer de ce qu'il savoit moins que les belins accomplir les œuvres d'amour.
Or y avoit-il non guère loin de là un qui cultivoit son propre héritage et s'appeloit Chromis, homme ayant jà passé le meilleur de son âge et étant tout-à-l'heure cassé. Il tenoit avec soi certaine petite femme, jeune et belle et délicate, pour autant mémement qu'elle étoit de la ville, et avoit nom Lycenion ; laquelle , voyant passerions les matins Daphnis, qui menoit ses bétes en pâture et le soir les ramenoit au tect, eut envie de s'accointer de lui pour en faire son amoureux, et tant le guetta, qu'une fois le trouvant seulet, elle lui donna une flûte, une gaufre à miel, et une panetière de peau de cerf; mais elle n'osa lui rien dire, se doutant qu'il aimoit Chloé, parce qu'il étoit toujours avec elle; et néanmoins n'en savoit autre chose, sinon qu'elle les avoit vus sourire l'un à l'autre et se faire des signes. Si fit eQtendre à Ghromis» un
matin, qu'elle s'en alloit voir une sienne voisine en travail d'enfant, suivit les jeunes gens pas à pas, et, se cachant entre des buissons pour n'être point aperçue, vît de là tout ce qu'ils faisoient, entendit tout ce qu'ils disoient, et très bien sut remarquer comment et pour quelle cause pleuroit le pauvre Daphnis. Par quoi, ayant pitié de leur peine, et quant et quant considérant que double occasion de bien faire se présentoit à elle^ l'une de les instruire de leur bien, l'autre d'accomplir son désir, elle usa d'une telle finesse :
Le lendemain, feignant d'aller voir sa voisine qui travailloit d'enfant, elle vient droit au chêne sous lequel étoit Daphnis avec Chloé, et, contrefaisant la marrie troublée:
a Hélas! mon ami, dit-elle, Daphnis, je te <£ prie^ aide-moi. De mes vingt oisons, a voilà un aigle qui m'en emporte le plus « beau. Mais, parce qu'il est trop pesant, ce Taigle ne l'a pu enlever jusque sur cette <c roche là haut, où est son aire, ains est « allé cheoir avec au fond du vallon, de- <c dans ce bois if i : et pour ce, je te prie, ce mon Daphnis, viens-y avec moi, car toute a seule j'ai peur, et m'aide à le recourir, ce Ne veuille souffrir que mon compte de- <c meure imparfait. A l'aventure pourras-tu