‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 47 sur 74 · LIVRE UI · texte numérisé non relu

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flc bien tuer l'aigle même, qui ainsi ne ra- « vira plus vos agneaux ni vos chevreaux ; « et Chloé ce temps pendant gardera vos « deux troupeaux. Tes chèvres la connois- « sent aussi bien comme toi , car vous êtes a toujours ensemble. »

Daphnis, ne se doutant de rien, se leva incontinent, prit sa houlette en sa main, et s'en fut avec Lycenion. Elle le mena loin de Chloé, dans le plus épais du bois, près d'une fontaine, où l'ayant fait seoir : « Tu a aimes, lui dit-elle, Daphnis, tu aimes la « Chloé. Les Nymphes me l'ont dit cette « nuit. Elles me sont venues, ces Nymphes, « conter en dormant les pleurs que tu faicc sois hier, et si m'ont commandé que je « t'ôtasse de cette peine, en t'apprenant « l'œuvre d'amour, qui n'est pas seule- « ment baiser et embrasser, ni faire comme tt les béliers et bouquins; c'est bien autre « chose, et bien plus plaisante que tout « cela. Par quoi, si tu veux être quitte du a déplaisir que tu en as, et trouver l'aise a que tu y cherches, ne fais seulement que a te donner à moi, apprenti joyeux et gail- « lard, et moi, pour l'amour des Nymphes, a je te montrerai ce qui en est. »

Daphnis perdit toute contenance, tant il fut aise, comme un pauvre garçon de vil-

lage jeune et amoureux. Si se met à genoux devant Lycenion, la priant à mains jointes de tôt lui montrer ce doux métier, afin qu'il pût faire à Chloé ce qu'il désiroit; et comme si c'eût été quelque grand et merveilleux secret, lui promit un chevreau de lait, des fromages frai%, de la crème , et plutôt la chèvre avec. Adonc le voyant Lycenion plus naïf et plus simple encore qu'elle n'avoit imaginé, se prit à l'instruire en cette façon. Elle lui commanda de s'asseoir auprès d'elle, puis de la baiser tout ainsi qu'ils avoient de coutume entre eux, et en la baisant de l'embrasser, et finalement de '«e coucher à terre au long d'elle. Comme il se fut assis, qu'il l'eut baisée, se fut couché, elle^ le trouvant en état, le souleva un peu et se glissa sous lui, puis elle le mit dans le chemin qu'il avoit jusque-là cherché, oti chose ne fit qui ne soit en tel cas accoutumée, nature elle-même du reste l'instruisant assez.

Finie l'amoureuse leçon, Daphnis, aussi simple que devant, s'en voulut courir vers Chloé pour lui faire tout aussitôt ce qu'il venoît d'apprendre, comme s'il eût eu peur de l'oublier. Mais Lycenion le retint et lui dit : c II faut que tu saches encore ceci , « Daphnis : c'est que, comme j'étois déjà

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