LIVRE m
« mon. » Ep disant ces mots, il lui délivra largent, et le baisa quant et quant.
Dryas et Napé, voyant si grosse somme de deniers qu'ils n'en avoient jamais tant vu ensemble, lui promirent aussitôt qu'il auroit Chloé pour sa femme, et dirent qu'ils feroient bien trouver bon ce mariage à Laraon. Si demeurèrent Daphni» et Napé à chasser les bœufs sur Taire, et faire sortir avec la herse le bled des épis, pendant que Dryas, ayant premièrement serré la bourse et l'argent, s'en alla devers La mon et Myrtale, pour leur demander, à vrai dire au rebours de la coutume, leur jeune garçon en mariage.
Il les trouva qu'ils mesuroient Torge après l'avoir vannée, et se plaigfioîent qii'à grand peine en recueilloient-ils autant comme ils en avoient semé. Il les reconforta, disant qu'ainsi étoit-il par-tout; puis leur demanda Daphnis à mari pour Chloé, et leur dit que, combien que d'autres lui offrissent et donnassent beaucoup pour l'accorder, il ne vQuloit d'eux rien avoir, ains plutôt étoit prêt à leur donner du sien. Car ils ont, disoit-il, été nourris ensemble, et, gardant leurs bêtes aux champs, se sont pris l'un l'autre en telle amitié, qu'il seroit maintenant malaisé de les séparer; et si
étoient bien d'âge tous deux pour coucher ensemble. Il leur alléguoit ces raisons et assez d'autres, comme celui qui, pour loyer de les persuader, avoit reçu trois cents écus.
Lamon, ne pouvant plus s'excuser sur sa pauvreté, puisque les parents même de la fille l'en prioient, ni sur Tâge de Daphnis, car il étoit déjà en son adolescence bien avant, n'osa néanmoins dire encore à quoi tenoit qu'il n'y consentît, qui étoit que tel parentage ne convenoit point à Daphnis; mais, après y avoir un peu de temps pensé, il Tui répondit en cette sorte : « Vous êtes a gens de bien de préférer vos voisins à « des étrangers, et de n'aimer point plus la « richesse que l'honnête pauvreté. Veuil- « lent Pan et les Nymphes vous en récom- « penser! Et quant à moi , je vous prometà a que j'ai autant d'envie comme vous que « ce mariage se fasse ; autrement serois-je « bien insensé, me voyant déjà sur l'âge et « ayant plus besoin d'aide que jamais, si . « je n'estimois un grand heur d'être allié « de votre maison; et si est Chloé telle « que l'on la doit souhaiter, belle et bonne a fille, et oîi il n'y a que redire. Mais, étant « serf comme je suis, je n'ai rien dont je « puisse disposer, ains faut que mon maître