‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 55 sur 74 · LIVRE III. !2l · texte numérisé non relu

LIVRE III. !2l

a le sache et qu'il y consente. Or donc, « différons, je vous prie, les noces jusques « aux vendanges , car il doit , au dire de « ceux qui nous viennent de la ville, se a trouver alors ici; et lors ils seront mari a et femme, et en attendant s'aimeront a comme frère et sœur. Mais veux-tu que a je te dise? tu prétends pour gendre, Dryas, « ùa qui vaut trop mieux que nous. » Gela dit, il le baisa et lui présenta à boire^ car il étoit jà près de midi , et le convoya au retour quelque espace de chemin , lui faisant caresses infinies.

Mais Dryas, qui n'avoit pas mis en oreille sourde les dernières paroles de Lamon, s'en alloit songeant en lui-même qui pou voit être Daphnis : « Une chèvre fut sa noura rice; les Dieux ont eu soin de lui. Il est a beau et ne tient en rien de ce vieillard a camus ni de sa femme pelée. Il a trouvé « à son besoin ces trois cents écus; à peine « pourroit un chevrier finer autant de noi- « settes. N*auroit-il point été exposé comme « Chloé? Lamon l'auroit-il point trouvé, a comme moi cette petite, avec telles mara ques et enseignes comme j'en trouvai a quant et elle? O Pan, et vous. Nymphes, « veuillez qu'il soit ainsi ! A l'aventure un a jour Daphnis, reconnu de ses parents,

« pourra bien faire connoître ceux de Chloé « aussi. »

Dryas 8*en alloit discourant et rêvant ainsi en lui-même jusques à son aire, où il trouva le gars en grande dévotion d'ouïr quelles nouvelles il apportoit. Si le reconforta en rappelant de tout loin son gendre, lui promit les noces sans faute aux prochaines vendanges, lui donna la main, foi de laboureur, que Chloé jamais ne seroit à autre que lui. Daphnis aussitôt, sans vouloir ni boire ni manger, s'en recourut vers elle, et l'ayant trouvée qui tiroit ses brebis et faisoit des fromages, il lui annonça la bonne nouvelle de leur futur mariage, et de là en avant ne feignoic de la baiser de* vant tout le monde, comme sa fiancée, et l'aider en toutes ses besognes, tiroit les brebis dans les seilles, faisoit prendre le lait pour en faire des fromages, mettoit les agneaux sous leur mère, comme aussi ses chevreaux à lui; puis quand tout cela étoit fait, ils se baignoient, mangeoient, buvoient, puis alloient en quête des fruits mûrs, dont y avoit grande^ abondance, pource que c'étoit après l'oût , dans la richesse de l'automne; force poires de bois, force nèfles et azeroles, force pommes de coing, les unes à terre tombées, les autres

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