LIVRE lY
Puis y avoît des carreaux de fleurs , desquelles nature en avoit produit aucunes et Tart de Thomme les autres ; ' les roses, les œillets, les lis y étoient venus moyennant Toeuvre de l'homme; les violettes, le narcisse, les marguerites, de la seule nature.
Bref, il y avoit de Tombre en été, des fleurs au printemps, des fruits en automne, et en tout temps toutes délices.
On découvroit de là grande étendue de plaine, et pouvoit-on voir les bergers gar* dant leurs troupeaux et les bétes emmi les champs; de là se voyoit en plein la mer et les barques allant et venant au long de la côte, plaisir continuel joint aux autres agréments de ce séjour. Et droit au milieu du verger, à la croisée de deux allées qui le coupoient en long et en large, y avoit un temple dédié à Bacchus avec un autel, Taulel tout revêtu de lierre et le temple couvert de vigne. Au dedans étoient peintes les histoires de Bacchus : Sémèle qui accouchoit, Ariane qui dormoit, Lycurgue lié, Penthée déchiré, les Indiens vaincus, les Tyrrhéniens changés en dauphins, par-tout des Satyres gaîment occupés aux pressoirs et à la vendange, par-tout des Bacchantes menant des danses. Pan n'y étoit point oublié, ains étoit assis sur une roche, jouant
de sa flûte, en manière qu'il sembloit qu'il jouât une note commune, et aux Bacchantes qui dansoîent, et aux Satyres qui fouloient la vendange.
Le verger étant tel d'assiette et de nature, Laftion encore Tapproprioit de plus en plus, ébranchant ce qui étoit sec et mort aux arbres, et relevant les vignes qui tomboient.
Tous les jours il mettoit sur la tête de Bacchus un chapeau de fleurs nouvelles; il çonduisoit Teau de la fontaine dedans les carreaux oîi étoient les fleurs ; car il y avoit dans ce verger une source vive que Daphnis avoit trouvée, et pour ce Tappeloiton la fontaine de Daphnis, de laquelle on arrosoit les fleurs. Et à lui, Lamon lui recommandoit qu'il engraissât bien ses chèvres le plus qu'il pourroit, parce que le' maître ne faudroit à les vouloir voir comme le reste, n'ayant de long- temps visité ses terres et son bétail.
Mais Daphnis n'avoit pas peur qu'il ne fût loué de quiconque verroit son troupeau, car il l'avoit accru du double, et montroit deux fois autant de chèvres comme on lui en avoit baillé, n'en ayant le loup ravi pas une ; et si étoient en meilleur point et plus grasses que les ouailles.
Afin néanmoins que son maître en eût de