LIVRE IV
joué encore une fois, ni sa peau de chèvre à Bacchus, qu'après se Têtre vêtue, et chaque chose qu'il donnoit , il la baisoit pîemièrement. Il dit adieu à ses chèvres ; il appela ses bouquins Tun après l'autre par leur nom; et but aussi à la fontaine oti tant de fois il avoit bu avec sa Chloé ; mais il n'osoit encore parler de ISurs amours.
Or cependant qu'il entendoit aux offrandes et sacrifices, voici qu'il avint de* Chloé. Seuletteaux champs, elle étoit assise à garder ses moutons, disant comme pauvre délaissée : c Daphnis m'oublie ; maintenant « il songe à quelque riche mariage. Pource quoi lui aije fait jurer, au lieu des « Nymphes, ses chèvres? Il les a oubliées « aussi, et même, en sacrifiant aux Nym- « phes et à Pan, n'a point désiré voir Chloé. « Il aura trouvé chez sa mère les servantes « même plus belles* Adieu donc, Daphnis.
«c Sois heureux; mais moi, je ne sçaurois « plus vivre. »
Elle étant en cette rêverie, le bouvier Lampis, aidé de quelques autres paysans, la vint enlever, croyant que Daphnis ne devoit plus l'épouser, et que Dryas, quand une fois elle seroit entre ses mains, consentiroit qu'elle lui demeurât, La pauvrette, comme on Temportoit, crioit tant
qu'elle pouvoit, et quelqu'un qui vit cette violence s'en courut avertir Napé, et elle Dryas, et Dryas Daphnis, lequel à peine [ qu'il ne sortit du sens, n'osant recourir à son père, et ne pouvant néanmoins laisser Chloé sans secours. Si s'en alla dans le jardin, et làfaisoit ses plaintes tout seul : « O « malheureuxTque je suis d'avoir retrouvé « mes parents! Combien m'eût été meil- • « leur de garder toujours les bêtes aux « champs! Combien plus étois-je content « quand j'étois serf avec Chloé ! Alors « je la voyois ; alors je la baisois : et main- « tenant Larapis l'a ravie et s'en va avec ; « et quand la nuit sera venue, il couchera « avec elle, pendant que je suis ici à boire « et faire bonne chère. J'ai donc en vain « juré mes chèvres, le dieu Pan et les « Nymphes. »
Or Gnathon , qui étoit caché dedans la chapelle du verger, entendit clairement ces complaintes de Daphnis, et, pensant que c'étoit une bonne occasion pour faire sa paix avec lui , prit quelques jeunes valets d'Ast^^le, et s'en alla après Dryas, lui disant qu'il les conduisît en la maison de Lampis, ce qu'il fit; et diligentèrent si bien, qu'ils surprirent Lampis ainsi comme il ne faisoit que d'entrer en son logis avec Chloé,