‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 67 sur 74 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

« vidence des Dieux, tu nous as été con-.

a serve, afin que nous ayons plus de sup- « port en notre vieillesse. Pourtant ne me « hais point, mon fils, de t'avoir fait ex- « poser; ainsi le vouloient les Dieux. Et « toi , qu'il ne te. fâche, Astyle, de partager « ton héritage; car il n'est richesse qui « vaille un bon frère. Aimez- vous, mes « enfants, Tun l'autre, et quant aux biens, « vous en aurez de quoi n'envier rien aux « rois. Je vous laisserai grandes terres, a nombre de gens habiles à tout, or, ar- « gent, et de toutes choses qu'ont les « hommes riches et heureux. Mais je veux « que mon fils Daphnis en son partage ait « ce lieu-ci, et lui donne Lamon et Myr- « taie, et les chèvres qu'il a gardées. »

11 parloit encore, et Daphnis, sautant en pieds soudainement : « Tu m'en fais sou- « venir, mon père : je m'en vais mener « boire mes chèvres, dit-il. Elles ont soif à « cette heure, et attendent pour aller boire c( le son de ma fiûte, et je suis assis à ne a rien faire. » Chacun se prit à rire de voir Daphnis qui, devenu maître, vouïoit être encore chevrier. Oa envoya quelque autre avoir soin de ses chèvres, et puis ils sacrifièrent à Jupiter Sauveur et firent un grand festin. Gnathon seul n'osa s'y trouver, mais

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demeuroit jour et nuit dans le temple de Bacchus, comme uh suppliant, pour la peur qu'il avoit de Daphnis.

Le bruit incontinent s'étant épandu partout que Dionysophane avoit retrouvé un sien fils, et que Daphnis, qui mertoit les chèvres aux champs, étoit devenu le maître et des chèvres et des champs, les voisins paysans accoururent de toutes parts pour se conjouir avec lui et faire des présents à son père, et Dryas tout des premiers, le nourricier de Chloé. Dionysophane lès retint tous pour la fête, ayant fait d'avance préparer force pain, force vin, du gibier de toute sorte , des gâteaux au miel à foison , veaux et petits cochons de lait , et victimes à immoler aux Dieux protecteurs du pays.

Et lors Daphnis amassa tous ses meubles de chevrier, dont il fit présent aux Dieux, consacrant sa panetière et sa peau de chèvre à Bacchus, à Pan sa flûte, sa houlette aux Nymphes avec ses sébiles à. traire qu*il avoit lui-même faites. Mais, tant est plus douce que richesse une première accoutumance, il ne pouvoit sans pleurer laisser aucune de ces choses. Il ne suspendit ses sébiles qu'après y avoir trait ses chèvres, ni ne donna sa flûte à Pan, qu'il n'en eût

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