‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 70 sur 74 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

le plus diligemment qu'il put la parole de Dryas : et, quand encore il eut vu les marques de reconnoissance qui avoîent été exposées avec elle, c'est à sçavoir des patins dorés, des chausses brodées, et une coiffe d'or, adonc appela-t-il Chloé, et lui dit qu'elle fît bonne chèrej pour ce que jà elle avoit trouvé un mari, et bientôt après trouveroit son père et sa mère.

Cléariste dès-lors la prit avec elle, la vêtit et accoutra comme femme de son fils. Mais Dionysophane appela Daphnis à jfart , et lui demanda si elle étoit encore pucelle.

Daphnis lui jura qu'elle ne lui avoit rien été de plus près que du baiser, et du serment par lequel ilsavoient prom'is mariage l'un à l'autre. Dionysophane se prit à rire de ce serment, et les fit tous deux dîner avec lui.

Là eût-on pu voir ce que c'est qu'ornement à naturelle beauté; car Chloé, vêtue et coiffée, bien que de sa simple chevelure, et ayant lavé son visage, sembla à chacun si belle par-dessus le passé, que Daphnis même à peine la reconnoissoît; et quiconque l'eût vue en tel état^ n'eût point fait doute d'affirmer par serment qu'elle n'étoit point fille de Dryas, lequel toutefois étoit à table comme les autres avec sa femme

Napé, et Lamon et Myrtale aussi, tous quatre sur un même lit.

Quelques jours après on fit derechef des sacrifices aux Dieux pour Tamourde Chloé^ comme l'on avoit fait pour Daphnis, et fiton semblablement le festin de sa reconnoissance; et elle de son côté distribua ses meubles de bergerie aux Dieux, sa panetière, sa flûte, et les tirouers oîi elle tiroit les brebis, et épandit dedans la fontaine qui étoit en la caverne des Nymphes , du vin , à cause qu'elle avoit été trouvée et nourrie auprès d'icelle fontaine; et sema de chapelets et bouquets de fleurs la sépulture de la brebis, que Dryas lui enseigna, et joua encore de sa flûte pour réjouir ses brebis, faisant prière aux Nymphes que ceux qui seroient trouvés ses naturels parents fussent dignes d'être alliés de Daphnis.

Après qu'ils eurent fait assez de fêtes et de bonne chère aux champs , ils délibérèrent de s'en retourner à la ville, afin de chercher les parents de Chloé, pour ne différer plus les noces : par quoi, dès le matin, firent trousser tout leur bagage, et donnèrent à Drvas encore autres trois cents écus, et à Lamon la moitié des fruits de toutes les terres et vignes qu'il tenoit , les chèvres avec leurs chevriers, quatre paires

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