LIVRE IV
de bœufs, des robes fourrées pour- l'hiver, et, par-dessus tout cela, la liberté à lui et sa femme Myrtale, puis cheminèrent vers Mitylène, avec grand train de chevaux et de chariots.
Or, ce jour-là, pource qu'ils arrivèrent le soir bien tard, les autres citoyens de la ville n'en sçurent rien: mais, le lendemain au plus matin, le bruit en étant couru partout, il s'assembla au logis de Dionysophane grande multitude d'hommes et de femmes ; les hommes pour s'éjouir avec le père de ce qu'il avoit retrouvé son fils, mêmement après qu'ils eurent vu comme il étoit beau et gentil; et les femmes, pour s'éjouir aussi avec Cléariste de ce que non seulement elle avoit recouvré son fils, mais aussi- trouvé une fille digne d'être sa femme; car Chloé les étonna toutes, quand elles virent en elle une si parfaite beauté qu'il n'étoit possible d'en voir une plus belle. Brief, toute la ville ne parloit d'autre chose que de ce jeune fils et de cette jeune fille, et disoit chacun que l'on n'eût sçu choisir une plus belle couple : si prioient tous aux Dieux que la parenté de la fille fût trouvée correspondante à sa beauté. Il y eut plusieurs femmes de riches maisons qui souhaitèrent en elles-mêmes et dirent :
IjS DAPHNIS ET CHLOÉ.
a Plût aux Dieux que Ton pensât assuré?
ment qu'elle fût ma fille ! »
Mais Dionysophane, après avoir quelque temps- pensé à cette affaire, s'endormit sur le matin profondément ; et en dormant lui vint un songe : il lui fut avis que les Nymphes prioient Amour de parfaire et accomplir à la fin le mariage qu'il leur avoit pro-, mis; et qu'Amour, détendant son petit arc, et le jetant en arrière auprès de son carquois, commanda à Oionysophane qull envoyât le lendemain semondre tous les premiers personnages de la ville pour venir souper en son logis ; et qu'au dernier cratère, il fît apporter sur table les enseignes de reconnoissance qui avoient été trouvées avec Chloé, et qu'il les montrât à tous les conviés : puis, cela fait, qu'ils chantassent la chanson nuptiale d'hyménée.
Dionysophane, ayant eu cette vision en dormant, se leva de bon matin, et commanda à ses gens que l'on préparât un beau festin, oîi il y eût de toutes les plus délicates viandes que l'on trouve, tant en terre qu'en mer, es lacs et es rivières, envoya quant et quant prier de souper chez lui tous les plus apparents de la vill^.
Quand la nuit fut venue, et le cr^tèRe empli pour les libations à Mçrcure, lors un