‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 8 sur 74 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

son pis : et pour mieux faire croire qu'elle fût sienne, lui donna aussi un nom pasto-^ rai, la nommant Chloé.

Ces deux enfants en peu de temps devinrent grands, et dlune beauté qui sembloit autre que rustique. Et sur le point que Tun fut parvenu àVâgede quinze ans,etrautre de deux moins, Lamon et Dryas en une même nuit songèrent tous deux un tel songe: Il leur fut avis que les Nymphes, celles-là mêmes de lantre où étoit cette fontaine, et oîi Dryas avoit trouvé la petite fille, livroient Dapnis et Chloé aux mains d'un jeune garçonnet fort vif et beau à merveille, qui avoit des ailes aux épaules, portoit un petit arc et de petites flèches, et, les ayant touchés tous deux d'une même flèche, commandoit à Tun paître de là en avant les chèvres, et à l'autre les brebis.

Telle vision aux bons pasteurs présageant le sort à venir de leirtrs nourrissons, bien leur fâchoit qu'ils fussent aussi destinés à garder les bêtes. Car jusque là ils avoient cru que les marques trouvées quant et eux leur promettoient meilleure fortune, et aussi les avoient élevés plus délicatement qu'on ne fait les enfants des bergers, leur faisant apprendre les lettres, et tout le bien çt bonheur qui se pou voit en un lieucbàm^

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pêtre; si résolurent toutefois d'obéir aux Dieux touchant l'état de ceux qui par leur providence avoient été sauvés, et, après avoir communiqué leurs songes ensemble, et sacrifié en la caverne à ce jeune garçonnet qui avoit des ailés aux épaules (car ils n'en eussent su dire le nom), les envoyèrent aux champs, leur enseignant toutes choses que bergers doivent sçavoir, comment il faut faire paître les bêtes avant midi, et comment après que le chaud est passé; à quelle heure convient les mener boire, à quelle heure les ramener au tect; à quoi il est besoin user de la houlette, à quoi de la voix seulement. Eux prirent cette charge avec autant de joie comme si c'eût été quelque grande seigneurie, et aimoient leurs chèvres et brebis trop plus affectueusement que n'est la coutume des bergers, pour ce qu'elle se sentoît teuue de la vie à une brebis, et lui de sa part se souvenoit qu'une chèvre l'avoit nourri.

Or étoit-il lors environ le commencement du printemps, que toutes fleurs sont en vigueur, celles des bois, celles des prés, et celles des montagnes. Aussi jà commençpit à s'ouïr par les champs bourdonnement d'abeillcs> gazouillement d'oiseaux, bêlement d'agneaux /louvcau nés. Les trou-

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