‹ Les pastorales de Longus, ou Daphnis et ChloéChapitre 9 sur 74 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

peaux bondissoient sur les collines, les mouches à miel murmuraient par les prai* ries, les oiseaux faisoient résonner les buissons de leur chant. Toutes choses adonc faisant bien leur devoir de s'égayer à la saison nouvelle, eux aussi, tendres, jeunes d'âge, se mirent à imiter ce qu'ils entendoient et voyoient. Car entendant chanter les oiseaux, ils chantoient; voyant bondir les agneaux, ils sautoient à l'envi; et, comme les abeilles, alloient cueillant des fleurs, dont ils jetoient les unes dans leur sein, et des autres arrangeoient des chapelets pour les Nymphes; et toujours se tenoient ensemble, toute besogne faisoient en commun, paissant leurs troupeaux Tun près de Tautre.

Souventes fois Daphnis alloit faire revenir les brebis de Chloé, qui s'étoient un peu loin écartées du troupeau ; souvent Chloé retenoit les chèvres trop hardies voulant monter au plus haut des rochers droits et coupés; quelquefois l'un tout seul gardoit les deux troupeaux, pendant le temps que l'autre vaquoit à quelque jeu. Leurs jeux étoient jeux de bergers et d'enfants. Elle, s'en allant dès le matin cueillir quelque part du menu jonc, eit faisoit une cage à cigale, et cependant ne se soucioit aucunement de son troupeau; lui d'autre côté,

ayant coupé des roseaux, en pertuisoit les jointures, puis les coUoit ensemble avec de la cire molle, et s'apprenoît à en jouer bien souvent jusques à la nuit. Quelquefois ils partageoient ensemble leur lait ou leur vin, et de tous vivres qulls avoient portés du logis se faisoient part l'un à Tautre. Bref, on eût plutôt vu les brebis dispersées paissant chacune à part, que Tun de l'autre séparés, Daphnis et Ghloé.

Or , parmi tels jeux en&ntins , Amour leur voulut donner du souci. En ces quartiers y avoit une louve, laquelle ayant naguères louveté, ravîssoit des autres troupeaux de la proie à foison, dont elle nourrissoit ses louveteaux; et pour ce, gens assemblés des villages d'alentour faisoient la nuit des fosses d'une brasse de largeur et quatre de profondeur, et la terre qu'ils en tiroient, non toute, mais la plupart, Tépandoient au loin ; puis étendant sur l'ouverture des verges longues et grêles, les couvroient en semant par-dessus le demeurant de la terre, afin que la place parût toute plaine et unie comme devant, en sorte que s'il n'eût passé par-dessus qu'un lièvre en courant, il eût rompu les verges, qui étoient, par manière de dire, plus foibies que brins de paille, et lors eût-on bien

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