les grappes écrasées. — 9. prêtoient aussi
deviendroient moutons, pour être menés et gardés par telle bergère ; à quoi Chloé prenoit plaisir, mais Daphnis en avoit de l'ennui. Tellement que l’un et l’autre souhaitoient que les vendanges fussent bientôt finies, pour pouvoir retourner aux champs en la manière accoutumée, et, au lieu du bruit et des cris de ces vendangeurs, entendre le son de la flûte ou le bêlement des troupeaux.
En peu de jours tout fut achevé, le raisin cueilli, la vendange foulée, le vin dans les jarres, si qu’il ne fut plus besoin d'en empécher tant de gens ; au moyen de quoi ils recommencèrent à mener leurs bêtes aux champs comme devant, et portant aux Nymphes des grappes pendantes encore au sarment pour prémices de la vendange, les vinrenten grande joie honorer et saluer, de quoi faire ils n'avoient par le passé jamais été paresseux. Car etle matin dès que leurs troupeaux commençoient à paître, ils les venoient d'abord saluer, et le soir retournant de pâture, les alloient derechef adorer ; et jamais n'y alloient qu'ils ne leur portassent quelque offrande, tantôt des fleurs, tantôt des fruits, une fois de la ramée verte, et une autre fois quelque libation de lait; dont puis après ils reçurent des déesses bien ample récompense. Mais pour lors ils folâtroient comme deux jeunes Jevrons, ils sautoient, ils flûtoient ensemble, ils chantoient, luttoient bras à bras l’un contre l'autre, à l’envi de leurs béliers et bouquins.
Et ainsi comme ils s’ébattoient, survint un vieillard portant grosse cape de poil de chèvre, des sabots en ses pieds, panetière à son col, vieille aussi la vanetière. Se séant auprès d’eux, il se prit à leur dire : « Le bon homme Philétas, enfants, c’est moi, qui jadis « ai chanté maintes chansons à ces Nymphes, maintefois ai joué « de la flûte à ce Dieu Pan que voici, grand troupeau de bœufs gou- « vernois avec la seule musique et n’en viens vers vous à cette
F 28. pour être gardés par une telle bergère. — 39. joye. — 39. saluer ; de
quoi faire, etc. — 41. paitre. — 42. de rechef. — 43. quelqu'offrande. — 47. ensemble manque dans F. — 48. ils luttoient. — 49. boucquins. — 51. cappe. — 51. à son col un bissac, et le bissac aussi tout vieux, lequel se séant auprès d'eux se prit à leur dire : « Mes enfants, je suis le vieillard Philetas, qui ai chanté maintes chansons en l'honneur de ces Nymphes, maintefois joué de la flûte en l'honneur de Pan, et maint troupeau ai gouverné avec la musique seulement.
28. pour être gardés par une telle bergère. — 42. de rechef. — 51. à son col un bissac, et le bissac aussi tout vieux, lequel se séant auprès d'eux se prit à leur dire : « Le bonhomme...
« heure, vous déclarer ce que j'ai vu et annoncer ce que j'ai oui.
« Un jardin est à moi, ouvrage de mes mains, que j'ai planté « moi-même, affié, accoutré depuis le temps que pour ma vieillesse, « je ne mène plus les bêtes aux champs. Toujours y a dans ce jar- « din tout ce qu'on y sauroit souhaiter selon la saison ; au prin- « temps des roses, des lis, des violettes simples et doubles: en été « du pavot, des poires, des pommes de plusieurs espèces ; mainte- « nant qu'ilest automne, du raisin, des figues, des grenades, des « myrtes verts ; et y viennent chaque matin à grandes volées toutes « sortes d'oiseaux, les uns pour y trouver à repaître, les autres « pour y chanter ; car il est couvert d'ombrage, arrosé de trois fon- « taines, et si épais planté d'arbres, que quien ôteroit la muraille « qui le clôt, on diroit à le voir que ce seroit un bois.
« Aujourd'hui environ midi, j y ai vu un jeune garçonnet sous « mes myrtes et grenadiers, qui tenoit en ses mains des grenades « et des grains de myrte, blanc comme lait, rouge comme feu, « poli et net comme ne venant que d’être lavé. Il étoit nu, il étoit « seul, et se jouoit à cueillir de mes fruits comme si le verger eût « été sien. Si m'en suis couru pour le tenir, crainte, comme il « étoit frétillant et remuant, qu’il ne me rompiît quelque arbuste, « mais il m'est légèrement échappé des mains, tantôt se coulant « entre les rosiers, tantôt se cachant sous les pavots, comme « feroit un petit perdreau. J'ai autrefois eu bien affaire à courir « après quelques chevreaux de lait, et souvent ai travaillé voulant « attraper de jeunes veaux qui sautoient autour de leur mère ; « mais ceci est toute autre chose, et n’est pas possible au monde de « le prendre. Par quoi me trouvant bientôt las, comme vieux et « ancien que je suis, et m'appuyant sur mon bâton, en prenant « garde qu'ilne s'enfuit, je lui ai demandé à qui il étoit de nos « voisins, et à quelle occasion il venoit ainsi cueillir les fruits du € jardin d'autrui. Il ne m'a rien répondu ; mais s’approchant de 56. et à cette heure viens ici vous déclarer. —- 58. J'ai un beau jardin que
J'ai moi-même planté, semé, labouré, accoutré de mes propres mains, depuis le temps que pour ma vieillesse j'ai cessé de garder les bêtes aux
champs. — 62. des lys. — 65.verds. — 67. trois fontaine. — 70. aujourd’huy. — 76. quelqu'arbuste. — 79. eu bien de la peine à courir après de petits chevreaux de lait. — 81. attrapper. — 83. — Pourquoi. — 85. s’enfuit. — 87. repondu ; mais s’approchant.
58. J'ai un beau jardin que j'ai moi-même planté, foui, affié, accoutré de mes propres mains, depuis le temps que pour ma vieillesse j'ai cessé de garder les bêtes aux champs. —: 61. sçauroit. — 62. des lys. — 67. à couvert d’ombrage. — 73. nud. — 81. attrapper.
moi, s'est pris à me sourire fort délicatement, en me jetant des grains de myrte, ce qui m'a, ne sais comment, amolli et attendri le cœur, de sorte que je n'ai plus su me courroucer à lui. Si l'ai prié de s'en venir à moi sans rien craindre, jurant par mes myrtes que je le laisserois aller quandil voudroit, avec des pommes et des grenades que je lui donnerois, et lui souffrirois prendre des fruits de mes arbres, et cueillir de mes fleurs autant comme il voudroit, pourvu qu'il me donnât un baiserseulement.
« Et adonc se prenant à rire avec une chère gaie, et bonne et gentillé grace, m'a jeté une voix si aimable et si douce, que ni l'arondelle, ni le rossignol, ni le cygne, fût-il aussi vieux comme je suis, n’en sauroit jeter de pareille, disant: Quant à moi, Philétas, ce ne me seroit point de peine de te baiser; car j'aime plus être baisé que tu ne desires toi retourner en ta jeunesse : mais garde que ce que tu me demandes ne soit un don mal séant et peu convenable à ton âge, pource que ta vieillesse ne t'exemptera point de me vouloir poursuivre, quandtu m'auras une fois baïsé ; etn'yaaigle ni faucon, ni autre oiseau de proie, tant ait-il l’aile vite et légère, qui me püûtatteindre. Je ne suis point enfant, combien que j'en aie l'apparence; mais suis plus ancien que Saturne, plus ancien même que tout le temps. Je te connois dèslors qu'étanten la fleur de ton âge, tu gardois en ce prochain pâtis un si beau et gras troupeau de vaches, et étois près de toi quand tu jouois de la flûte sous ces hêtres, amoureux d’Amaryllide. Mais tu ne me voyois pas, encore que je fusse avec ton amie, laquelle je t’ai enfin donnée, et tu en as eu de beaux enfants, qui maintenant sont bons laboureurs et bouviers ; et pour le présent je gouverne Daphnis et Chloé ; et après que je les ai le matin mis ensemble, je m'en viens en ton verger, là où je prends plaisir aux arbres et aux fleurs, et me lave en ces fontaines ; quiest la cause que toutes les plantes et les fleurs de ton jardin sont si belles à voir, pour ce que mon bain les arrose. Regarde si tu verras pas une branche d'arbre rompue, ton fruit aucunement
F 97. avec une mine gaye. — 99. aussi vieux comme moi. — 100. Quand à moi,
Philetas. — 106. de proye. — 108. aye. — 109. que le temps père de toutes choses. — 109. dès lors. — 120. pource que.
B 90. sçu. — 97. gaye. — 107. vite. — 108. aye.
abattu ou gâté, aucun pied d'herbe ou defleur foulée, ni jamais tes fontaines troublées ; et te répute bien heureux de ce que toi seul entre les hommes, dans ta vieillesse, tu es encore bien voulu de cet enfant.
« Cela dit, il s’est enlevé sur les myrtes ne plus ne moins que feroit un petit rossignol, et sautelant de branche en branche par entre les feuilles, est enfin monté jusques à la cime. J’ai vu ses petites ailes, son petit arc et ses flèches en écharpe sur ses épaules, puis ai été tout ébahi que je n'ai plus vu ni ses flèches ni lui. Or, si je n'ai pour néant vécu tant d'années, et diminué de sens en avançant d'âge, mes enfants, je vous assure que vous êtes tous deux dévoués à l'Amour, et qu'Amour a soin de vous. »
Ils furent aussi aises d'ouir ce propos comme si on leur eût conté
quelque belle et plaisante fable. Si lui demandèrent que c’étoit
d'Amour; s’il étoit oiseau ou enfant, et quel pouvoiril avoit. Adonc
Philétas se prit derechef à leur dire : « Amour est un Dieu, mes
enfants. Il estjeune, beau, a des ailes ; pourquoi il se plaît avec la jeunesse, cherche la beauté et ravit les ames, ayant plus de pouvoir que Jupiter même. Il règne sur les astres, sur les éléments, gouverne le monde, et conduit les autres Dieux comme vous avec la houlette menez vos chèvres et brebis. Les fleurs sont ouvrage d'Amour ; les plantes etles arbres sont de sa facture ; c’est par lui que les rivières coulent, et que les vents soufflent. J'ai vu les taureaux amoureux ; ils mugissoient ne plus ne moins que sile taon les eût piqués ; j'ai vule bouquin aimer sa chèvre, et illa suivoit par-tout. Moi-même j'ai été jeune,et j'aimois Amaryllide ; mais lors il ne me souvenoit de manger ni de boire, ni ne prenois aucun repos; mon ame souffroit ; mon cœur palpitoit ; mon corps tressailloit ; je pleurois, je criois Comme qui m'eût battu; je ne parlois non plus que si j'eusse été mort ; je me jetois dans les rivières comme si un feu m'eût brûlé ; jinvoquois Pan qui fut aussi blessé de l’amour de Pitys ; je remerciois Echo qui appeloit Amaryllide après moi, et
F 123. repute. -- 133. dévoués à l'amour, et qu Amour a soin de vous. — 136. ce que c'étoit qu'Amour. — 138. de rechef. — 139. il a des ailes. — 140. les âmes. Il a plus de pouvoir que Jupiter même. — 147, le boucquin aimer sa chévre. — 148. partout.
B 138. de rechef.
de dépit rompois ma flûte de ce qu’elle savoit bien mener mes vaches, et ne me pouvoit faire venir mon Amaryllide, Car il n'est remède, ni breuvage quelconque, ni charme, ni chant, ni paroles qui guérissent le mal d'amour, sinon le baiser, embrasser, coucher ensemble nue à nu. »
Philétas, après les avoir ainsi enseignés, se départit d'avec eux,
emportant pour son loyer quelques fromages et un chevreau da-
guet, qu'ils lui donnèrent. Mais quand il s’en fut allé, eux demeu-
rés tous seuls et ayant alors pour la première fois entendu le nom
amour, se trouvèrent en plus grande détresse qu'auparavant, et
retournés en leurs maisons, passèrent la nuit à comparer ce qu'ils
sentoient en eux-mêmes avec les paroles du vieillard : « Les amants
souffrent, nous souffrons ; ils ne font compte de boire ni de manger, aussi peu en faisons-nous ; ils ne peuvent dormir, ni nous clore la paupière ; il leur est avis qu'ils brûlent, nous avons le feu au dedans de nous; ils desirent s’entrevoir, las ! pour autre chose ne prions que le jour revienne bientôt. C’est cela sans point de doute qu’on appelle amour ; tous deux sommes énamourés, et sine le savions pas. Mais si c’est amour ce que nous sentons, je suis aimé ; que me manque-t-il donc ? Et pourquoi sommesnous ainsi mal à notre aise ? À quoi faire nous entre-cherchonsnous ? Philétas nousdit vrai; ce jeune garconnet qu'il a vu en son jardin, c’est lui-même qui jadis apparut à nos pères et leur dit en songe qu'ils nous envoyassent garder les bêtes aux champs. Comment le pourra-t-on prendre ? Il est petitet s’enfuira ; de lui échapper n’est possible, car il a des ailes et nous atteindra. Faut-il avoir recours aux Nymphes ? Pan n'aida de rien Philétas quand il aimoit Amaryllide. Essayons les remèdes qu'il a dit, baiser, accoler, coucher nue à nu. Vrai est qu'il fait froid ; mais nous l'endurerons. » Ainsi leur étoit la nuit une
seconde école en laquelle ils recordoient les enseignements de
Philétas.
Le lendemain au point du jour ils menèrent leurs bêtes aux
F' 161. Philetas. — 162. et un chevreau d’un an. — 164. tout seuls. — 167.
du Vieillard. — 170. clorre, — 170. et nous avons le feu dans le corps. — 171. ils désirent s'entrevoir, et pour ce faire nous prions aux Dieux que le jour vienne bientôt. — 173. Nous nous entraimions l'un l’autre. — 176. nous entre-cherchons nous ? — 180. et de lui échapper n'est possible ; car.
— 182. Philetas. — 184. accoller. — 187. Philetas.
B 160. nud. — 170, clorre, — 171. au dedans. — 184. nud.
champs, s’entre-baisèrent l’un l’autre aussitôt qu’ils se virent, ce qu’ils n'avoient oncques fait encore, et croisant leurs bras s’accolèrent ; mais le dernier remède..…., ils n'osoient, se dépouiller et coucher nus. Aussi eût-ce été trop hardiment fait, non pas seulement à jeune bergère telle qu’étoit Chloé, mais même à lui chevrier. Ils ne purent donc la nuit suivante reposer non plus que l’autre, et n’eurent ailleurs la pensée qu’à remémorer ce qu'ils avoient fait, et regretter ce qu'ils avoient omis à faire, disant ainsi en euxmêmes : « Nous nous sommes baisés, et de rien ne nous a servi; « nous nous sommes l’un l’autre accolés, et rien ne nous en est « amendé. Il faut donc dire que coucher ensemble est le vrai re- « mède d'amour ; il le faut donc essayer aussi. Car pour sûr il y « doit avoir quelque chose plus qu'au baiser. »
Après semblables pensers, leurs songes, ainsi qu’on peut croire, furent d'amour et de baisers, et ce qu'ils n'avoient point fait le jour, ils lefaisoient lors en songeant, couchés nue à nu. Dès le fin matin donc ils se levèrent plus épris encore que devant, et chassant avec le sifflet leurs bêtes aux champs, leur tardoit qu'ils ne se trouvoient pour répéter leurs baisers, et de si loin qu'ils se virent, coururent en souriant l’un vers l’autre, puis s’entre-baisèrent, puis s’entre-accolèrent ; mais le troisième point ne pouvoit venir; car Daphnis n’osoit en parler, ni ne vouloit Chloé commencer, jusqu'à ce que l'aventure les conduisit à ce faire en cette manière.
Ils étoient sous le chêne assis l’un près de l’autre, et ayant goûté du plaisir de baiser, ne se pouvoient saouler de cette volupté. L’embrassement suivoit quant et quant pour baiser plus serré, eten ce point comme Daphnis tira sa prise un peu trop fort, Chloé sans y penser se coucha sur un côté, et Daphnis en suivant la bouche de Chloé pour ne perdre l’aise du baiser, se laissa de même tomber sur le côté, et reconnoissant tous deux en cette contenance la forme de leur songe, long-temps demeurèrent couchés de la sorte, se tenant bras à bras aussi étroitement comme
190. s’accollèrent. — 191. mais ils n'osoient en venir au dernier remède, qui était de se coucher nue à nud. — 194. la nuit ensuivante. — 198. accollés. — 203. — là où ils faisoient en songeant ce qu'ils n'avoient point fait le jour, couchés ensemble nue à nud. — 204. Le lendemain doncils se leverent plus épris d'amour que devant. — 209. s'entre-accollèrent, — 214, gouté. — 215. quand et quand. — 216. tira la sa prise. — 220. demeurerent.
B 192 nuds. — 204. nud. — 215. quand et quand,
,» 14? Cr
s'ils eussent été liés ensemble, sans y chercher rien davantage : mais pensant que ce fût le dernier point de jouissance amoureuse, consumèrent en ces vaines étreintes la plus grande partie du jour,
225 tant que le soir les y trouva ; et lors en maudissantla nuit, ils se
séparèrent et ramenèrent leurs troupeaux au tect. Et peut-être enfin eussent-ils fait quelque chose à bon escient, n’eût été un teltumulte qui survint en la contrée.
Des jeunes gens riches de Méthymne voulant passer joyeusement le temps des vendanges et s’aller ébattre quelque peu au loin, tirèrent un bateau en mer, mirent leurs valets à la rame, et s’en vinrent dans les parages du territoire de Mitylène, pour ce qu'il y a par-tout bons abris pour se retirer, belle plage pour se baigner, et est bordée de beaux édifices, avec jardins, pares et bois que les uns nature a produits, les autres la main de l’homme. En voguant ainsi au longde la côte, et descendant ci et là, où desir leur en prenoit, ils ne faisoient mal quelconque ni déplaisir à personne, mais s'ébattoient entre eux à divers passe-temps. Tantôt avec des hameçons attachés d’un brin de fil au bout de quelque long roseau, ils pêchoient, de dessus un écueil jeté fort avant en la mer, des poissons qui hantent autour des rochers ; tantôt prenoient avec leurs chiens etleurs filets les lièvres qui fuyoient des vignes pour le bruit des vendangeurs ; ou bien ils tendoient aux oiseaux, trouvant temps et lieu favorables, et avec des lacs courants, prenoiïent des oies sauvages, des halbrans, des outardes et autre tel gibier de plaine, dont ils avoient, outre le plaisir, de quoi fournir à leurs repas. S'il leur falloit quelque chose plus, ils l’achetoient au prochain village, payant le prix et au-delà. Il ne leur falloit que le pain et le vin, et le logis aussi ; car ils ne trouvoient pas qu'il fût sûr, étant la saison de l'automne, de coucher en mer, et à cette cause ils tiroient la nuit leur bateau à terre, peur de la tourmente pendant qu'ils dormoient.
Mais quelque paysan de là entour ayant affaire d'une corde dont
224. Consumerent. — 226. séparerent. — 231. tirerent. — 232. Mitylene. — 232. pource, — 233. partout bons abrits. — 254. les uns nature produits. — 236. cy et là, où désir. — 240. bien avant en la mer. — 243. quelquefois ils tendoient. — 244. oyes. — 246. dequoi. — 247. l'acheptoient. — 248. et au delà. — 250. en mer ; et à cette cause.
229. Mcthymne. — 233. partout bons abrits. — 236. cy et là. — 240. bien avant. — 243. quelquefois ils.
on suspend la meule à presser le raisin, étant la sienne par aventure usée ou rompue, s’en vint de nuit au bord de la mer, ettrouvant le bateau sans garde, délia la corde qui le lioit, l'emporta en son logis et s’en servit à son besoin. Le matin ces jeunes gens cherchèrent par-tout leur corde ; mais nul ne confessoit l'avoir prise : par quoi, après qu'ils eurent un peu querellé avec leurs hôtes, ils tirèrent outre, et ayant fait environ deux lieues, vinrent aborderà ces champs où se tenoient Daphnis et Chloé, pour ce qu'il y avoit, ce leur sembla, belle plaine à courir lelièvre. Or n’avoient-ils plus de corde pour attacher leur bateau, et à cette cause prirent du franc osier vert, le plus long qu'ils purent finer, le tordirent et en firent une hart, dont ils lièrent leur bateau à terre, puis lâchant leurs chiens, se mirent à chasser et tendirent leurs toiles aux passages qu'ils trouvèrent plus à propos. Ces chiens en courant çà et là, et aboyant, effrayèrent les chèvres de Daphnis, lesquelles abandonnèrentincontinent les coteaux, et s’enfuirent vers la marine, là où ne trouvant rien à brouter parmi le sable, aucunes plus hardies que les autres s’approchèrent du bateau, etrongèrent la hart d’osier vert dont il étoit attaché.
La mer étoit un peu émue d’un vent de terre qui se levoit ; le bateau une fois délié, les vagues le poussèrent, l’éloignèrent du bord et le portoient en mer ; de quoi les chasseurs s'étant aperçus, les uns accoururent au rivage, les autres rappelèrent leurs chiens, ettous ensemble menoient tel bruit que les gens de là entour, pâtres, vignerons, laboureurs, les entendant, vinrent de toutes parts : mais ils n'y purent que faire. Car le vent fraichissant toujours de plus en plus, mena la barque au gré du flot si roide et si loin, qu'elle fut tantôt hors de vue.
Par quoi ces jeunes gens dolents outre mesure, perdant leur bateau, biens et tout, cherchèrent le chevrier qui devoit garder les chèvres, et trouvant là Daphnis parmi les regardants, en chaude
254. à presser la vendange. — 257. chercherent partout. — 259, parquoi. — 260. tirerent. — 261. pource. — 264. verd. -- 264. qu'ils purent trouver. — 265. lierent. — 267. trouverent. — 268. effrayerent. — 268. abandonnerent. — 270. plus hardies que les autres entre deux virgules. — 271. rongerent. — 271. verd. — 274. delié. — 274. pousserent ; l'éloignerent. — 275. apperçus. — 276. rappellerent. — 277. delà autour. — 279. rafraichissant. — 282. Parquoi. — 282. outre-mesure. — 283. chercherent.
254. la vendange. — 258. partout. — 264. verd. — 271. verd. — 277. autour. — 282. outre-mesure.
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colère commencèrent à le battre et à le vouloir dépouiller ; même y en eut un d’entre eux qui détacha la laisse dont il menoit son chien, et pritles deux mains à Daphnis pour les lui lier derrière le dos. Lui, comme ils le battoient, crioit, imploroit l’aide d'un chacun, mais sur tous appeloit à son secours Lamon et Dryas, lesquels accourus, tous deux verts vieillards, ayant les mains rudes, endurcies du labeur des champs, prirent très bien sa défense contre les jeunes Méthymniens, en leur remontrant qu'il falloit entendre du moins ce garçon, pour voir s'il avoit tort, et que chacun dit ses raisons. Ceux de Méthymne le voulurent, et d’un commun accord on élut pour arbitre le bouvier Philétas, à cause que c'étoit le plus ancien qui se trouvât là présent, et qu'entre ceux de son village, il avoit le bruit d'être homme de grande foi et loyauté. Adoncles jeunes gens prenant la parole, firent en termes courts etclairs leur plainte de telle sorte, devant le juge bouvier :
« Nous étions descendus en ces champs pour chasser, et avions « attaché notre barque au rivage avec une hart d'osier vert, « puis nous nous étions mis en quête avec nos chiens, et cepen- « dant les chèvres de celui-ci sont venues, ont mangé l’osier dont « notre bateau étoit attaché, et par ainsi l’ont détaché. Vous- « mêmes l’avez pu voir emporté en pleine mer. Et ce quil ya « dedans perdu pour nous, combien pensez-vous qu’il vaille? Com- « bien d’habits et d’équipages ! Combien de beaux harnois pour « nos chiens ! et de l'argent plus qu’il n’en faudroit pour acheter « tous ces champs ! En récompense de quoi, nous voulons emme- « ner ce méchant chevrier-ci, lequel entend si mal le métier dont il « se mêle, que de hanter avec ses chèvres au long des plages de la « mer, comme s’il étoit marinier. »
Voilà ce que dirent les Méthymniens. Daphnis étoit tout moulu des coups qu'il avoit reçus ; mais voyant Chloé présente, il ne s’étonna de rien, et leur répondit franchement : « Je garde bien « mes chèvres, et n’y a personne en tout le village qui se soit jamais « plaint que pas une d'elles ait rien brouté en son jardin, ni rompu
285. commencerent. — 288. Lui recevant les coups crioit. — 290. verds vieillards. — 292. Methymniens. — 294. Methymne. — 295. Philetas. — 297. et qu'entre tous ceux de son village. — 297. d'être homme de plus grand légalité. — 304. celui-cy. — 309. achepter. — 311. chevrier cy. — 314. Methymniens. — 316. s’etonna. — 316. repondit.