‹ Les Pastorales de LongusChapitre 17 sur 91 · verds. — 291. très-bien. — 302. verd · texte numérisé non relu

verds. — 291. très-bien. — 302. verd

« ou gâté un bourgeon dans sa vigne. Mais ceux-ci eux-mêmes sont « mauvais chasseurs, et ont des chiens mal appris, qui ne font que « courir çà et là, et aboyer tant et si fort, qu'ils ont effarouché mes « chèvres, et les ont chassées de la plaine et de la montagne vers « Ja mer, comme eussent pu faire des loups. Or à présent elles ont « mangé quelque osier ; pouvoient-elles emmi ces sables brouter « le thym ou le serpolet ? Leur bateau est péri en mer ; qu'ils s’en « prennent à la tourmente, mes chèvres n’en sont pas cause. Voire « mais il yavoit dedans tant de biens, des habits, de l'argent ? Et « qui seroit si sot de croire qu'un bateau portant tout cela, n'eût « pour l’attacher qu'une hart d'osier ? »

En disant ces paroles il se prit à pleurer, et fit grande pitié à tous les assistants ; tellement que Philétas, qui devoit donner sa sentence, jura le dieu Pan et les Nymphes que Daphnis n'avoit point de tort, ni ses chèvres non plus, et que la faute, si faute y avoit, étoit aux vents et à la mer, desquels il n'étoit pas juge pour la leur faire réparer. Ce néanmoins le bon Philétas ne sut si bien dire que les Méthymniens s’en contentassent ; mais derechef en grande fureur prirent Daphnis, et le vouloient lier pour l'emmener, n’eût été que les paysans, de ce mutinés, se ruèrent, en criant, sur eux, comme une volée d’étourneaux, et leur ôtèrent des mains Daphnis, qui se défendoit bien aussi età son tour les chargeoit. Si qu’à grands coups de pierres et de bâtons, ils chassèrent les Méthymniens, et ne cessèrent de les poursuivre, qu’ils ne les eussent menés battant hors de leur territoire. Daphnis et Chloé restés seuls, elle eut tout loisir de le conduire en la caverne des Nymphes, où elle lui lava le visage tout souillé du sang qui lui étoit coulé du nez ; puis tirant de sa panetière un peu de fromage et du tourteau, elle lui en fit manger, et qui plus le conforta, lui donna de sa tendre bouche un baiser plus doux que miel.

Ainsi échappa Daphnis de ce danger : mais la chose n’en demeura pas là. Car ces jeunes gens de Méthymne, retournés chez eux à pied, au lieu qu’ils étoient venus en un beau bateau, blessés et mal

319. ceux-cy eux mêmes. — 324. de l’osier. — 326. à la tourment. — 326. chévres. — 326. Mais il y avoit. — 331. Philetas. — 335. ce néantmoins le bon Philetas. — 336. Methymniens. — 336. de rechef. — 338. se ruerent. — 339. Ôôterent. — 341. ils chasserent les Methymniens. — 342. et ne cesserent. — 343. réstés. — 316. un peu de fromage et un morceau de pain. — 350. Methymne. — 351. bléssés et mal-menés.

324. quelqu'osier. — 332. Dieu Pan. — 335. scut. — 336. de rechef.

menés, au lieu qu'ils étoient partis gais et bien délibérés, firent assembler le conseil de la ville, auquel ils requirent, en habits et contenance de suppliants, être vengés de l’outrage qu'ils avoient souffert, ne disant de vrai pas un mot, de peur que s'ils eussent conté le fait comme il étoit allé, on ne se fût moqué d’eux de s’être ainsi laissé battre par des paysans, mais accusant hautement les Mityléniens de les avoir pillés, et pris leur bateau sans autre forme de procès, comme en guerre ouverte.

Ceux de Méthymne ajoutèrent aisément foi à leur dire, pour autant mêmement qu'ils les voyoient blessés ; et quant et quant estimant chose juste et raisonnable de venger un tel outrage fait aux enfants des plus nobles maisons de leur ville, décernèrent sur-lechamp la guerre contre les Mityléniens, sans leur envoyer ni héraut, ni déclaration, et commandèrent à leur capitaine qu'il mît promptement en mer dix galères pour aller faire du pis qu'il pourroit en toute leur côte. Ils pensèrent que ce ne seroit pas sûrement ni sagement fait de hasarder plus grosse flotte à l'approche de l’hiver.

Le capitaine dès le lendemain eut dressé son équipage, et usant pour moins d'embarras de ses soldats mêmes au lieu de rameurs, alla fourrager toutes les terres des Mityléniens qui étoient voisines de la mer, là où il prit force bétail, force grain, vin en quantité, pour ce qu'il n'y avoit guère que vendanges étoient faites, et grand nombre de prisonniers, gens qui travailloient à ces champs; et aussi s’en vint débarquer où gardoient leurs bêtes Daphnis et Chloé, courut le pays, ravit et pilla tout ce qu'il y trouva. Daphnis pour lors n’étoit pas avec son troupeau; il étoit dans le bois à cueillir de la ramée verte pour donner l'hiver ! aux chevreaux, et voyant du haut des arbres les ennemis dans la plaine, se cacha au creux d’un vieux chêne. Chloé, qui étoit demeurée avec les troupeaux, se cuida sauver de vitesse, et se jeta comme en un asile dans l’antre des Nymphes, poursuivie jusqu'au lieu même, et là, prioit au nom des Nymphes ces soldats de ne vouloir faire déplaisir ni à elle

F 356. mocqué. — 358. Mityleniens. — 360. Methymne ajouterent. — 361.

quand et quand. — 363. decernerent sur le champ. — 364. Mityleniens. — 365. commanderent. — 365. mit. — 367. penserent. — 367. surement. — 368. hyver. — 369. Le Capitaine. — 371. Mityleniens. — 372. du vin en quantité. — 373. pource. — 373 guères. — 378. l'hyver. — 381. asyle. — 383. les soldats.

B 372. du vin. — 373. guères, — 378. verde. — 381. vitesse. — 381. asyle.

l'hiver. Courier a écrit ainsi ; ailleurs il préfère hyver.

nià ses bêtes ; mais en vain. Car les gens de Méthymne, après avoir fait plusieurs vilenies et moqueries aux images des Nymphes, l'emmenèrent elle et ses bêtes, en la chassant devant eux à coups de houssine comme une chèvre ou une brebis, et voyant qu'ils avoient déjà plein leurs vaisseaux de toute sorte de butin, ne voulurent plus tirer outre, mais reprirent la route de leurs maisons, craignant l'hiver et les ennemis.

Ainsi s’en alloient les Méthymniens à force de rames, faisant peu de chemin; carle temps fut si calme, qu'il ne tiroit ni vent ni haleine quelconque ; et Daphnis sorti de son creux, après que tout ce bruit fut passé, s'en vint dans Ja plaine où leurs bêtes avoient coutume de pâturer, et n’y voyant plus ni ses chèvres, ni les brebis, ni Chloé, mais seulement les champs tout seuls, et la flûte de laquelle Chloé se souloit ébattre jetée là, se prit à crier et pleurer, et en soupirant amèrement, s'en couroit tantôt sous le fouteau à l'ombre duquel ils avoient accoutumé de se seoir, tantôt au rivage de la mer, pour voir s’il la trouveroit point, et tantôt dans l'antre des Nymphes où il l’avoit vue fuir, et là, se jetant par terre, devant leurs images, se complaignit à elles, disant qu'elles lui avoient bien failli au besoin. « Chloé, disoit-il, vient d’être arrachée de vos autels, € et vous avez bien eu le cœur de le voir et l’endurer ! elle qui vous & a fait tant de beaux chapelets de fleurs ! elle qui vous offroit « toujours du premier lait ! elle qui vous a donné ce flageolet « même que je vois ici pendu ! Jamais loup ne me ravit une seule « de mes chèvres, et les ennemis m'ont maintenant ravi le troupeau « entier et ma compagne bergère aussi. Mes chèvres, ils les tueront « etécorcheront incontinent ; les brebis, ils en feront des sacrifices «aux Dieux; et Chloé demeurera en quelque ville loin de moi. « Comment oserai-je à cette heure m'en aller devers mon père et « ma mère, sans mes chèvres, sans Chloé, pour être désormais « misérable manœuvre ; car il n’y a plus chez nous de bêtes que je « pusse garder. Mais non, je ne bougerai d'ici, attendant la mort « ou d’autres ennemis qui m'emmènent aussi. Hélas ! Chloé, es-tu « en même peine que moi ? te souvient-il de ces champs ? as-tu

389. Villenies et mocqueries. — 386. l'emmenerent. — 390. Lhyver. — 391. Methymniens. — 395. plus manque. — 396. tous seuls. — 398. foûteau. — 399. de s'asseoir. — 411. en la ville. — 413. sans Chloé ? Il faudra désormais que je sois un fainéant. — 416. Hélas, Chloé.

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