‹ Les Pastorales de LongusChapitre 25 sur 91 · scavoient · texte numérisé non relu

scavoient

25 eût tout pouvoir et autorité absolue, et cependant alla camper demi-lieue de Méthymne, attendant les ordres de sa ville. De là à deux jours ordre lui vint de recevoir les restitutions, ets’en retourner sans faire nul dommage. Car ayant le choix de la paix ou de la guerre, ils avoient pensé que la paix valoit mieux. Ainsi se termina

30 la guerre entre Méthymne et Mitylène, finie comme elle fut commencée par soudaine résolution.

Et là-dessus survint l'hyver plus fâcheux que la guerre à Daphnis et à sa Chloé. Car incontinent la neige, tombant en grande abondance, couvrit les chemins et enferma les laboureurs en leurs

35 maisons ; les torrents impétueux tomboient aval du haut des montagnes, l’eau se geloit, les arbres sembloient morts, on ne voyoit plus la terre, sinon alentour des fontaines et de quelques ruisseaux; ainsi ne se pouvoient plus mener les bêtes aux champs, ni n'osoient les gens mettre seulement le nez hors la porte ; mais demeurant

40 tous au logis, faisoient un grand feu, alentour duquel, dès que les coqs avoient chanté le matin, chacun venoit faire sa besogne. Les uns retordoient du fil, les autres tissoient du poil de chèvre, ou faisoient des collets à prendre les oiseaux. Le soin qu'il falloit lors avoir des bœufs, étoit de leur donner de la paille à manger en la

45 bouverie, aux chèvres et brebis de la feuillée en la bergerie, aux pourceaux de la faîne et du gland en la porcherie.

Etant ainsi chacun contraint de garder la maison pour la rudesse du temps,'les autres, tant laboureurs que pasteurs, en étoient aises, parce qu'ils avoient un peu de relâche en leurs travaux, faisoient

50 bons repas et long somme, tellement que l'hyver leur sembloit plus doux que non pas l'été, ni l’automne, ni le printemps avec. Mais Daphnis et Chloé se souvenant des plaisirs passés, comme ils s'entrebaisoient !, comme ils s’entr'embrassoient, et de leurs joyeux passetemps emmi ces champs et ces prairies, toute nuit soupiroient

59 en grande peine sans pouvoir dormir, attendant la saison nouvelle

ne plus ne moins qu'une seconde vie après la mort. Chaque fois

qu'ils trouvoient sous leur main la panetière dont ils souloient tirer leur manger, cela leur mettoit deuil au cœur ; apercevant la sébile où ils étoient coutumiers de boire l’un après l'autre, ou bien la

F 26. Methymne. — 30. Methymne et Mitylene. — 32. Là-dessus survint. 48. bien aises. — 51. printems. — 52. comment ils se baisoient, comment ils s'embrassoient, comment ils buvoient et mangeoient ensemble, toute nuit. — 58. serroit le cœur ; appercevant.

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