‹ Les Pastorales de LongusChapitre 29 sur 91 · l'hyver · texte numérisé non relu

l'hyver

pour n'avoir bougé tout l'hiver de la maison à ne rien faire, frissoit après le baiser, et étoit gros, comme l'on dit, d’embrasser, faisant toutes choses plus curieusement et plus hardiment que paravant, pressant Chloé de lui accorder tout ce qu'il vouloit, et de se coucher nue à nu avec lui plus longuement qu'ils n'avoient accoutumé. « Car il n’y a, disoit-il, que ce seul point qui nous manque des «enseignements de Philétas, pour la dernière et seule médecine « qui apaise l'amour. »

Et Chloé lui demandant ce qu’il y pouvoit avoir outre se baiser, s'embrasser et se coucher tout vêtus, et ce qu'il pensoit faire plus quand ils seroient couchés nus ? € Cela, lui dit-il, que les beliers ‘ « font aux brebis et les boucs aux chèvres. Vois-tu comment « après cela les brebis ne s’enfuient plus, ni les beliers ne se tra- « vaillent plus à courir après, mais paissent tous les deux amiable- « ment ensemble, comme étant l’un et l'autre assouvis et contents ; « et doit bien être quelque chose plus douce que ce que nous fai- « sons, et dont la douceur surpasse l’amertume d'amour. Et mais, « fit-elle, vois-tu pas que les beliers et les brebis, les boucs et les « chèvres faisant ce que tu dis, se tiennent debout ; les mâles « montent dessus, les femelles soutiennent les mâles sur le dos. « Et toi tu veux que je me couche avec toi à terre, et toute nue. « Sont-elles donc pas plus vêtues de leur laine ou bien de leur poil .& que moi de ce qui me couvre ? »

Il la crut, et comme elle voulut, se coucha près d'elle, où il fut long-temps, ne sachant comment faire pour venir à bout de ce qu’il desiroit. Il la fit relever, l’embrassa par derrière en imitant les boucs ; mais il s'en trouvoit encore moins satisfait que devant. Si se rassit à terre, et se prit à pleurer de ce qu'il savoit moins que les belins accomplir les œuvres d'amour.

Or yavoit-il non guère loin de là un qui cultivoit son propre héritage et s'appeloit Chromis, homme ayant jà passé le meilleur

234. Philetas. — 235. appaise. — 237. tous vêtus. — 237. faire de plus. — 240. s'enfuyent. — 241. après ; mais paissent. — 245. ne vois-tu pas. — 247. femmelles. — 248. à terre avec toi, et encore toute nue. — 219. Ces femmelles sont elles pas plus vêtues de leur laine et de leur poil que je ne suis de ce qui me couvre ? » — 252. longtemps. — 256. bélins. — 257. guères.

232, nue à nud. — 235. appaise. — 238. nuds. — 238. béliers. — 240. s'enfuyent. — 252. sçachant. — 256. bélins. — 257. guères.

1. L'édition de 1823 écrit par erreur beliers lignes 238, 240 et 245.

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