s’en allerent
avec Dryas. Chloé n'eut autre bien la nuit que de penser à son Daphnis, qu’elle verroit le lendemain tout le jour, et lui se repaissoit d’une vaine volupté, tenant à grand heur de coucher seulement avec le père de sa Chloé ; de sorte que plus d’une fois il l'embrassa et baisa, croyant en rêve embrasser et baiser Chloé.
Le matin il fit un froid extrême, et tira un vent de bise si âpre qu'il brûloit et perçoit tout. Quand ils furent levés, Dryas sacrifia à Bacchus un chevreau d'un an, alluma un grand feu et apprêta le diner. Adonc, cependant que Napé entendoit à cuire le pain, et Dryas à faire bouillir le chevreau, Chloé et Daphnis étant deloisir, sortirent tous deux de la maison et s’en allèrent sous le lierre, oùils dressèrent des collets, tendirent des gluaux et prirent encore grand nombre d'oiseaux, en s'entre baisant parmi continuellement, et tenant tels propos amoureux : (Je suis venu pour toi, Chloé. Je
‘€ sais bien, Daphnis. A cause de toi, belle, je tue ces pauvres
« oiseaux. Qu'est-il de nos amours ? m'as-tu point oublié? Non, « par les Nymphes que je t'ai jurées, dans cetle grotte où nous « nous reverrons, dès que la neige sera fondue. Ah, Chloé! qu'elle « est haute cette neige! ne fondrai-je point moi-même avant « elle? Ne te soucie, Daphnis ; le soleil sera chaud, mais que «€ vienne prime-vère. Ah: le fût-il déja comme le feu qui brûle mon « cœur! Badin, tu te moques de moi, et tu me tromperas quelque « jour. Non ferai, par mes chèvres que tu m'as fais jurer. »
Ainsi que Chloé répondoit en cette sorte à son Daphnis ne plus ne moins que l'écho, Napé les appela : ils s’y en coururent, portant avec eux leur prise bien plus grande que celle de la veille, et après avoir fait des libations à Bacchus, se mirent à manger, ayant sur leurs têtes des couronnes de lierre ; età la fin ayant bien repu et chanté l'hymne à Bacchus, renvoyèrent Daphnis en lui garnissant très bien son bissac de pain et de chair, et si lui rendirent ses grives et ramiers, disant que quant à eux ils en prendroient bien toujours quand ils voudroient, tant que dureroit l'hiver, et que les grappes ne faudroient au lierre. Ainsi se partit Daphnis, en les baisant tous premier que Chloé, afin que son baiser lui restât pur et net. Depuis il y revint plusieurs fois par autres subtilités, de sorte que l'hiver
167. tandis que Napé s'occupoit à cuire le pain. — 169. s’en allerent, — 170. dresserent. - 173. C’est à cause de toi que je tue. — 176. Ah, Chloé, qu'elle est haute cette neige. — 180. mocques. -— 187. renvoyerent. — 188. brissac. — 189. quand à eux. — 190. l'hyver. — 193. l'hyver.
173. sçais. — 188. très-bien. — 190. l'hyver. — 193. l’hyver.
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ne se passa point tout pour eux sans quelque plaisir amoureux.
Et sur le commencement du printemps, que la neige se fondoit, la terre se découvroit et l'herbe dessous poignoit, les bergers alors sortirent et menèrent leurs bêtes aux champs, mais devant tous Daphnis et Chloé, comme ceux qui servoient eux-mêmes à un bien plus grand pasteur ; et d'abord s’en coururent droit aux Nymphes dans la caverne, ensuite à Pan sous le pin, puis sous le chêne, où ils s’assirent en regardant paître leurs troupeaux, et s’entre-baisant quant et quant ; puis allèrent chercher des fleurs pour en faire des couronnes aux Dieux. Mais les fleurs à peine commencçoient d’éclore, par la douceur du petit béat de zéphyre qui les ranimoit et la chaleur du soleil qui les entrouvroit. Toutefois encore trouvèrent-ils de la violette, des narcisses, du muguet, et autres telles premières fleurs que produit la saison nouvelle, dont ils firent des chapelets et en couronnèrent les têtes aux images, en leur offrant du lait nouveau de leurs brebis et de leurs chèvres, puis essayèrent à jouer un peu de leurs chalumeaux, comme s'ils eussent voulu provoquer les rossignols à chanter, lesquels leur répondoient de dedans les buissons, commençant petit à petit à lamenter encore Itys et recorder leur ramage, qu’un long silence leur avoit fait oublier.
Et alors aussi les brebis bêloient, les agneaux sautoient et se courboient sous le ventre de leur mère, les béliers poursuivoientles brebis qui n’avoient point encore agnelé, et les ayant arrêlées, sailloient puis l’une, puis l’autre ; autant en faisoient les boucs après les chèvres, sautant à l’environ, combattant et se cossant fièrement pour l'amour d'elles. Chacun avoit les siennes à soi, et gardoit qu'autre ne fit tort à ses amours ; toutes choses dont la vue auroit en des vieillards éteints rallumé le feu de Vénus, ettrop mieux échauffoit ces deux jeunes personnes, qui de long-temps inquiets, pourchassant le dernier but du contentement d'amour, brûloient et se consumoient de tout ce qu'ils entendoient et voyoient, cherchant quelque chose qu’ils ne pouvoient trouver outre le baiser et l'embrasser. Mêmement Daphnis qui devenu grand et en bon point,
197. menerent. — 201. paitre. — 202. quand et quand. — 202. allerent. — 202. pour faire des couronnes aux images. — 204. d'éclorre. — 205. trouverent-ils, — 208. couronnerent. — 209. essayerent. — 217. et après qu'ils les avoient arrêtées — 220. les sienne. — 222. Venus. — 223. de longtemps. — 228. l'hyver.