‹ Les Pastorales de LongusChapitre 36 sur 91 · sçu · texte numérisé non relu

sçu

1. Le texte de 1823, donne scu, en dépit de l'usage con$tant.

Ces regrets et pleurs de Lamon leur redoublèrent le deuil à tous, pource qu’ils déploroient non plus le gât des fleurs, mais le danger de leurs personnes. Chloé lamentoit son pauvre Daphnis, s’il falloit qu'il fût pendu, et prioit aux Dieux que ce maître tant attendu ne vint plus ; et lui étoient les jours bien longs et pénibles à passer, pensant voir déjà comme l’on fouettoit le pauvre Daphnis.

Sur le soir Eudrome leur vint annoncer que dans trois jours seulement arriveroit leur vieux maître, mais que le jeune, qui étoit son fils, viendroit dès le lendemain. Si se mirent à consulter entre eux ce qu'ils avoient à faire touchant cet inconvénient, et appelèrent à ce conseil Eudrome, qui voulant du bien à Daphnis, fut d'avis qu'ils déclarassent la chose à leur jeune maître comme elle étoit avenue ; et si leur promit qu'il les aideroit, ce qu'il pouvoit très bien faire, étant en la grace de son maître à cause qu’il étoit son frère de lait ; et le lendemain firent ce qu'il leur avoit dit. Car Astyle vint le lendemain, à cheval, et quant et lui un sien plaisant qu’il menoit pour passer le temps, à cheval aussi, lui jeune homme à qui la barbe commencçoit à poindre, l’autre rasé jà de long-temps. Arrivé ce jeune maître, Lamon se jeta devant ses pieds, avec Myrtale et Daphnis, le suppliant avoir pitié d’un pauvre vieillard et le sauver du courroux de son père, attendu qu’il ne pouvoit mais de linconvénient, et lui conte ce que c'étoit. Astyle en eut pitié, entra dans le jardin, et ayant vu le gât, leur promit de les excuser, et en prendre sur lui la faute, disant que c’auroient été ses chevaux qui s’étant détachés, auroient ainsi rompu, foulé, froissé, arraché tout ce quiétoit de plus beau.

Pour cette bénigne réponse Lamon et Myrtale firent prières aux Dieux de lui accorder l’accomplissement de ses desirs. Mais Daphnis lui apporta davantage de beaux présents, comme des chevreaux, des fromages, des oiseaux avec leurs petits, des grappes

155. redoublerent. — 158. maitre. — 159. vint. — 162. maitre. — 164. inconvenient. — 164. appellerent. — 166. maitre. — 166. tout comme. — 168. grâce. — 168. maitre. — 170. quand et lui. — 172. déjà de longtemps. — 173. maitre, Lamon, Myrtale et Daphnis se jeterent à genoux devant ses

pieds, le suppliant d'avoir pitié du pauvre vieillard. — 176. l’inconvenient, et quand et quand lui conterent. — 177. et entrant. — 177. promit qu'il les excuseroit envers son père. — 178. et en prendroit. — 178. ç’auroient (sic),

— 179. auroient ainsi tout rompu... ce qui étoit le plus beau dans le jar-

din. — 182. désirs.

159. vint. — 167. très-bien. — 168. grâce. — 172. de longtemps. — 178. c'auroient.

185 tenant ausarment et des pommes encore aux branches : et aussi lui donna Daphnis de ce fameux vin odorant que produit Lesbos, vin le meilleur de tous à boire. Astyle loua ses présents et lui en sut fort bon gré, et en attendant son père, se divertissoit à chasser au lièvre, comme un jeune homme de bonne maison, qui ne cher-

choit que nouveaux passetemps et étoit là venu pour prendre l’air des champs.

Mais Gnathon étoit un gourmand, qui ne savoit autre chose faire que manger et boire jusqu'à s’enivrer, et après hoire assouvir ses deshonnêtes envies, en un mot, tout gueule et tout ventre, et tout. ce qui est au dessous du ventre ; lequel ayant vu Daphnis quand il apporta ses présents, ne faillit à le remarquer ; car outre ce qu'il aimoit naturellement les garçons, il rencontroit en celui-ci une beauté telle que la ville n’en eût su montrer de pareille. Sise proposa de l’accointer, pensant aisément venir à bout d’un jeune berger 200 comme lui. Ayant tel dessein dans l'esprit, il ne voulut point aller

à la chasse avec Astyle, ains descendit vers la marine, là où Daphnis gardoit ses bêtes, feignant que ce fût pour voir leschèvres, mais au vrai c’étoit pour voir le chevrier. Et afin de le gagner d’abord, il se mit à louer ses chèvres ; le pria de lui jouer sur sa 205 flûte quelque chanson de chevrier, et lui promit qu'avant peu il le feroit affranchir, ayant, disoit-il, tout pouvoir et crédit sur l’esprit de son maître.

Etcomme il crut s’être rendu ce jeune garçon obéissant, il épia le soir sur la nuit qu’il ramenoit son troupeau au tect, et accourant 210 à lui, le baisa premièrement, puis lui dit qu'il se prêtât à lui en même façon que les chèvres aux boucs. Daphnis fut long-temps qu'il n’entendoit point ce qu'il vouloit dire, et à la fin lui répondit : que c'étoit bien chose naturelle que le bouc montät sur la chèvre, mais qu'il n'avoit oncques vu qu'un bouc saillit un autre bouc, ni 215 que les béliers montassent l’un sur l'autre, ni les coqs aussi, au lieu de couvrir les brebis et les poules.

Non pour cela Gnathon lui met la main au corps comme le vou-

F 184. des moissines de raisin, des pommes tenant encore aux branches. — 186. odoriférant. — 193. s’enyvrer. — 197. celui-cy. — 200. ésprit (sic); — 204. dabord. — 204. il le pria de jouer — 207. maitre. — 210. se pretât. — 211. longtemps. — 212. repondit. — 214. saillit. — 215. ni les coqs non plus. — 217. lui mit la main au corps pour tâcher a le forcer.

B 187. sçut. — 192. sçavoit, — 193. s’enyvrer. — 198. sçu. — 206. ferait.

lant forcer. Mais Daphnis le repoussa rudement, avec ce qu'il étoit siivre qu'à peine se tenoit-il en pieds, le jeta à la renverse, et partantcomme un jeune levron, le laisse étendu ayant affaire de quelqu’un pour le relever. Daphnis de là en avant ne s’approcha plus de lui, mais menoit ses chèvres paître tantôt en un lieu, tantôt en un autre, le fuyant autant qu'il cherchoit Chloé. Gnathon même ne le poursuivoit plus depuis qu’il l’eut reconnu non seulement beau, mais fort et roide jeune garçon; si cherchoit occasion propre pour en parler à Astyle, et se promettoit que le jeune homme lui en feroit don, ayant accoutumé de ne lui refuser rien. Toutefois pour l'heure il ne put, car Dionysophane et sa femme Cléariste arrivèrent, et y avoit dans la maison grand tumulte de chevaux, de valets, d'hommes et de femmes ; maisen attendant qu’il le trouvât seul, il lui préparoit une belle harangue de son amour.

Or avoit Dionysophane les cheveux déjà demi-blances, grand et bel homme d’ailleurs, et qui de la disposition de sa personne eût encore tenu bon aux jeunes gens; riche autant que qui que ce fût des citoyens de sa ville et de meilleur cœur que pas un. Il sacrifia le premier jour de son arrivée aux divinités champêtres, à Cérès, à Bacchus, à Pan, aux Nympbhes, et fit un festin à toute sa famille. Les jours suivants il visita les champs que tenoit Lamon; et voyant partout terres bien labourées, vignes bien façconnées, le verger beau au demeurant, car Astyle avoit pris sur lui le gât des fleurs et du jardin, il fut fort joyeux de trouver tout en si bon ordre, et louant Lamon de sa diligence, il lui promit la liberté.

Cela vu,ilalla voir aussi les chèvres et le chevrier qui les gardoit. Chloé ayant peur et honte tout ensemble de si grande compagnie, s'enfuit cacher dedansle bois. Daphnis demeura, et se présenta les épaules couvertes d'une peau de chèvre à long poil ; une panetière toute neuve en écharpe à son côté, tenant en l'une de ses mains de beaux fromages tout frais faits, et en l’autre deux chevreaux de lait. Si jamais, comme l’on dit, Apollon garda les bœufs de Laomédon, il étoit tel que parut alors Daphnis, lequel quant à lui ne dit mot, mais le visage plein de rougeur et les yeux

218. le repoussant. — 219. si yvre qu'à peine se tenoit-il sur ses pieds. — 220. le laissa là. — 222. paitre. — 224. l’eut connu. — 295. ains cherchoit. — 227. pour cette heure. — 228. Cleariste. — 228. arriverent, et il y avoit. — 232. à demi blancs. — 236. Ceres. — 246. en écharpe à son côté une panetière toute neuve. — 250. Laomedon. — 251, quand à lui.

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