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baissés, s'inclinant devant le maître, lui offritses dons, et adonc Lamon prenant la parole, dit: « C’est celui, mon maître, qui « garde tes chèvres. Tu m'en baillas cinquante avec deux boues, «etilt'en a faitcent, et dix boucs. Vois-tu comme elles sont « grasses et bien vêtues, et qu’elles ont les cornes entières et « belles ! Iles a instruites, et sont toutes apprises à entendre la « musique, et font tout ce qu'on veut en oyant seulement le son de € la flûte. »
Cléariste qui étoit là présente, eut envie d’en voir l'expérience. Si commanda à Daphnis qu'il jouât de la flûte ainsi qu’il avoit accoutumé quand il vouloit faire faire quelque chose à ses chèvres, et lui promit, s'il flûtoitbien, de lui donner un sayon neuf, une chemisette et des souliers. Adonc Daphnis debout sous le chêne, toute la compagnie en rond autour de lui, tira sa flûte de sa panetière, et premièrement souffla un bien peu dedans ; soudain ses chèvres s'arrêtant, levèrent toutes la tête : puis sonna pour les faire paître ; et toutes aussitôt, mettant le nez en terre, se prennent à brouter : puis il leur sonna un chant mol et doux, et incontinent se couchèrent à terre ; un autre clair et agu!, et elles s’enfuirent dans le bois comme à l'approche du loup ; tôt après un son de rappel, et adonc sortant toutes du bois, se viennent rendre à ses pieds. Varlets ne sçauroient être plus obéissants au commandement de leur maître, qu'elles étoient au son de sa flûte ; de quoi tous les assistants demeurèrent émerveillés, spécialement Cléariste, laquelle jura qu'elle donneroit ce qu’elle avoit promis au gentil chevrier, qui étoit si beau et sçavoit si bien jouer de la flûte. Après cela ils s'en allèrent, et rentrés au logis, soupèrent, et envoyèrent à Dapbhnis de ce qui leur fut servi, qu'il mangea avec Chloé, joyeux de goûter des mets apprêtés à la façon de la ville, au reste ayant
252 maitre. — 253. mon maitre. — 260. Cleariste. — 267. leverent. — 268. paitre. — 268. se prirent. — 270. se coucherent. — 270. aigu. — 272. se vinrent, — 273. Valets. — 274. maitre. — 275. demeurerent. — 275. Cleariste. — 278. s'en allerent. — 278. souperent et envoyerent. — 280. gouter.
268. se prirent. — 270. aigu. — 272. se vinrent. — 273. ne sçauroient. — 277. sçavoit.
1. Agu. Les éditions de 1810 et de 1821 portant aigu, nous pensons qu'il y a ici faute d'impression, plutôt que désir de copier Amyot : « il en sonna un autre hault et agu ». — 273. Sçauroient, inadvertance de l’auteur, puisque cette orthographe est en contradiction avec l'usage de C.
bonne espérance de parvenir du gré de ses maîtres au mariage de son amie.
Mais Gnathon, que la beauté de Daphnis, tel qu'il l'avoit vu avec son troupeau, enflammoit de plus en plus, croyant ne pouvoir sans lui avoir aise ni repos, profita d’un moment qu'Astyle se promenoit seul au jardin, le mena dans le temple de Bacchus, et là se mit à lui baiser les mains et les pieds ; et Astyle lui demandant pourquoi il faisoit tout cela, et que c’étoit qu'il vouloit dire : «C’en est fait, mon maître, dit-il, du pauvre Gnathon. Lui « qui n’a été jusqu'ici amoureux que de bonne chère, qui ne voyoit « rien si aimable qu’une pleine jarre de vin vieux, à qui sembloient « tes cuisiniers la fleur des beautés de Mitylène, il ne trouve plus « rien de beau ni d’aimable que Daphnis seul au monde. Oui, je « voudrois être une de ses chèvres, et laisserois là tout ce qu'on « sert de meilleur à ta table, viande, poisson, fruit, confitures, « pour paître l'herbe au son de sa flûte et sous sa houlette brouter € la feuillée. Mais toi, mon maître, tu le peux, sauve la vie à ton € Gnathon, et te souvenant qu'Amour n’a point de loi, prends pitié « de son amour : autrement, je te jure mes grands Dieux qu'après « m'être bien empli le ventre, je prends mon couteau, je m'en vas « devant la porte de Daphnis, et là je me tuerai tout de bon, et tu « n'auras plus à qui tu puisses dire, mon petit Gnathon, Gnathon € mon ami. »
Le jeune homme de bonne nature ne put souffrir de voir ainsi Gnathon pleurer et derechef lui baiser les mains et les pieds, mêmement qu’il avoit éprouvé que c'est de la détresse d'amour. Si lui promit qu'il demanderoit Daphnis à son père, et l’emméèneroit comme pour être son serviteur à la ville, où lui Gnathon en pourroit faire tout ce qu'il voudroit ; puis, pour un peu le conforter, lui demanda en riant s'il n'auroit point de honte de baiser un petit pâtre tel que ce fils de Lamon, et le grand plaisir que ce lui seroit d'avoir à ses côtés couché un gardeur de chèvres; et en disant cela il faisoit un fi, comme s'il eût senti la mauvaise odeur du bouc. Mais Gnathon, qui avoit appris aux tables des voluptueux
281. maitres. — 284. enflammoit encore davantage. — 284. ne pouvoir plus. — 289. mon maitre. — 290. que de la bonne chère. — 292. Mitylene. — 295. viandes, poissons. — 296. paitre. — 297. — mon maitre. — 304. de
bon naturel. — 305. et de rechef. — 306. detresse. — 307. l’emmeneroit, — 309. reconforter. — 313, un Fi.