dont-il
laisser aucune de ces choses. Il ne suspendit ses sebiles qu'après y avoir trait ses chèvres, ni ne donna sa flûte à Pan, qu'il n’en eût joué encore une fois, ni sa peau de chèvre à Bacchus, qu'après se l'être vêtue, et chaque chose qu’il donnoit, il la baisoit premièrement. Il dit adieu à ses chèvres ; il appela ses bouquins l'un après l'autre par leur nom ; et but aussi à la fontaine où tant de fois il avoit bu avec sa Chloé ; mais il n’osoit encore parler de leurs amours.
Or cependant qu’il entendoit aux offrandes et sacrifices, voici qu'il avint de Chloé. Seulette aux champs, elle étoit assise à garder ses moutons, disant comme pauvre délaissée : « Daphnis m'oublie; « maintenant il songe à quelque riche mariage. Pourquoi lui ai-je « fait jurer, au lieu des Nymphes, ses chèvres ? Il les a oubliées « aussi, et même en sacrifiant aux Nymphes et à Pan, n'a point « desiré voir Chloé. Il aura trouvé chez sa mère les servantes même « plus belles. Adieu donc, Daphnis. Sois heureux ; mais moi, je « ne sçaurois ! plus vivre.»
Elle étant en cette rêverie, le bouvier Lampis, aidé de quelques autres paysans, la vint enlever, croyant que Daphnis ne devoit plus l'épouser, et que Dryas, quand une fois elle seroit entreses mains, consentiroit qu'elle lui demeurât. La pauvrette, comme on l’emportoit, crioit tant qu’elle pouvoit, et quelqu'un qui vit cette violence, s’en courut avertir Napé, et elle Dryas, et Dryas Daphnis, lequel à peine qu'il ne sortit du sens, n’osant recourir à son pere ?, et ne pouvant néanmoins laisser Chloé sans secours. Si s’en alla dans le jardin, et là faisoit ses plaintes tout seul : « O malheureux que je € suis d’avoir retrouvé mes parents ! Combien m'eût été meilleur « de garder toujours les bêtes aux champs ! Combien plus étois-je « content quand j'étois serf avec Chloé ! Alors je la voyois ; alors € je la baisois : et maintenant Lampis l'a ravieet s'en va avec; et
474. aucunes. — 474. — sébiles. — 478. il appella ses boucquins. — 479. il but aussi. — 482. Or pendant que Daphnis étoit ainsi occupé d’offrandes et de sacrifices. — 483. à Chloé. Elle étoit seulette aux champs, assise en gardant ses moutons et disant comme une pauvre fille délaissée. — 487. il n'a point desiré, — 488. des servantes. — 488. même manque dans F. — 489. plus belles que moi. — 498. néantmoins.