nuds
souvent, que le berger la crut perdue plus d’une fois. La voulant châtier, afin qu’elle demeurât au troupeau, comme devant, à paître avec les autres, il coupe un scion de franc osier, dont il fit un collet en manière de lacs courant, et s’en venoit pour l’attraper au creux du rocher. Mais quand il y fut, il trouva autre chose : il voit la brebis donner son pis à un enfant, avec amour et douceur telles que mère autrement n'eût su faire ; et l'enfant, de sa petite bouche belle et nette, pource que la brebis lui léchoit le visage après qu'étoit saoul de tetter, prenoit sans un seul cri puis l'un puis l'autre bout du pis, de grand appétit. Cet enfant étoit une fille, et avec elle aussi, pour marques à la pouvoir un jour connoître, on avoit laissé une coiffe de réseau d’or, des patins dorés et des chaussettes brodées d’or.
Dryas estimant cette rencontre venir expressément des Dieux, et instruit à la pitié par l'exemple de sa brebis, enlève l’enfant dans ses bras, met les joyaux dans son bissac, non sans faire prière aux Nymphes qu'à bonne heure pût-il élever leur pauvre petite suppliante ; puis, quand vint l'heure de remener son troupeau au tect, retournant au lieu de sa demeurance champêtre, conte à sa femme ce quil avoit vu, lui montre ce qu'il avoit trouvé, disant qu’elle ne feroit que bien si elle vouloit de là en avant tenir cet
et venoïit si souvent que le berger même cuida plus d’une fois qu’elle se fût perdue, et à cette cause la voulant châtier, afin qu'elle demeurât par après au troupeau paissant avec les autres, il coupa un scion d'osier dont il fit un collet en manière de lacs courant, et s’approchoit pour attrapper sa brebis dans la caverne ; mais quand il y fut, il trouva autre chose qu'il n’avoit pensé ; car il vit la brebis qui donnoit son pis a teter à un petit enfant aussi gentillement et doucement qu'eût sçu faire sa propre mère ; et l'enfant sans jeter un seul cri, prenoit de grand appétit puis l’un, puis l’autre bout du pis de la brebis, avec sa petite bouche qui étoit belle et nette, pour ce que la brebis lui léchoit le visage après qu'étoit saoul de teter. Cet enfant étoit une fille ; et avec elle aussi on avoit mis pour marques à la pouvoir un jour connoitre, une coiffe de rézeau d’or, des patins dorés et des chaussettes brodées d’or.
Dryas estimant cette rencontre un effet du vouloir des Dieux, et instruit à la pitié par l'exemple de sa chévre, enleva l'enfant dans ses bras, mit les joyaux dans son bissac, et fit prières aux Nymphes qu'à bonne heure pût il élever et nourrir la pauvre petite, qui avoit été ainsi mise suppliante à leurs pieds ; puis, quand vint l'heure de remener son troupeau au tect, retournant au lieu de sa demeurance champêtre, conta à sa femme ce qu'il avoit vu, lui montra ce qu'il avoit trouvé, disant qu'elle ne feroit que bien