sçu. — 90. coîffe
100 enfant pour sa fille, et comme sienne la nourrir, sans rien dire de telle aventure. Napé, c’étoit le nom de la bergère, Napé, de ce moment, fut mère à la petite créature et tantl’aima qu’elle paroissoit proprement jalouse de surpasser en cela sa brebis, qui toujours l'allaitoit de son pis: et pour mieux faire croire
105 qu'elle fût sienne, lui donna aussi un nom pastoral, la nommant Chloé.
Ces deux enfants en peu de temps devinrent grands, et d'une beauté qui sembloit autre que rustique. Et sur le point que l’un fut parvenu à l’âge de quinze ans, et l’autre de deux moins, Lamon
110 et Dryas en une même nuit songèrent tous deux un tel songe. Il leur fut avis que les Nymphes, celles-là mêmes de l’antre où étoit cette fontaine, et où Dryas avoit trouvé la petite fille, livroient Daphnis et Chloé aux mains d'un jeune garçonnet fort vif et beau à merveille, qui avoit des ailes aux épaules, portoit un petit arc et de
115 petites flèches, et les ayant touchés tous deux d’une même flèche, commandoit à l’un paître de là en avantles chèvres, et à l’autre les brebis. Telle vision aux bons pasteurs présageant le sort à venir de leurs nourrissons, bien leur fâchoit qu'ils fussent aussi destinés à garder les bêtes. Car jusque là ils avoient cru que les marques
120 trouvées quant et eux leur promettoient meilleure fortune, et aussi les avoient élevés plus délicatement qu’on ne fait les enfants des bergers, leur faisant apprendre leslettres, et tout lebien et honneur qui se pouvoit en un lieu champêtre ; si résolurent toutefois d’obéir aux Dieux touchant l'état de ceux qui par leur providence avoient
125 été sauvés, et, après avoir communiqué leurs songes ensemble, et sacrifié en la caverne à ce jeune garçonnet qui avoit des ailes aux
F si elle vouloit delà en avant tenir cet enfant pour sa fille, et comme sienne la nourrir, sans rien dire de telle aventure. Napé, c’étoit le nom de la bergère, devint aussitôt mère d'affection, et tant mettoit de sollicitude a élever la petite créature, qu'elle sembloit rivaliser de soins et d'amour avec la brebis, qui toujours l’allaittoit de son pis; et pour mieux faire croire qu’elle fût sienne, lui donna aussi un nom pastoral, la nommant Chloé.
109. Lamon et Myrtale. — 114. et portoit. — 114. avec de petites flèches, lequel commandoit à l’un paitre de là en avant les chévres, et à l’autre les brebis. — 117. Tous deux ayant eu cette vision au sujet de leurs nourrissons, bien leur fâchoit. — 120. quand et eux. — 121. les avoient nourris. — 122. et leur avoient fait apprendre les lettres. -— 123. toutefois ils délibérerent d’obéir.
B 117. vision à ces pasteurs. — 121. nourris. — 122. bergers, et leur avoient fait apprendre. — 123. champêtre ; toutefois ils délibérèrent d’obéir. —
LES. PASTORALES DE LONGUS il
épaules (car ils n'en eussent su dire le nom), les envoyèrent aux champs, leurenseignanttoutes choses que bergers doivent sçavoir!, comment il faut faire paitre les bêtes dde midi, et comment après que le chaud est passé ; à quelle heure convient les mener boire, à quelle heure les ramener au tect ; à quoi il est besoin user de la houlette, à quoi de la voix seulement. Eux prirent cette charge avec autant de joie comme si c’eût été quelque grande seigneurie, et aimoient leurs chèvres et brebis trop plus affectueusement que n'est la coutume des bergers, pour ce ? qu'elle se sentoit tenue de la vie à une brebis, et lui de sa part se souvenoit qu'une chèvre l'avoit nourri.
Or étoit-il lors environ le commencement du printemps, que toutes fleurs sont en vigueur, celles des bois, celles des prés, et celles des montagnes. Aussi jà commençoit à s’ouir par les champs bourdonnement d’abeilles, gazouillement d'oiseaux, bêlement d'’agneaux nouveaux nés. Les troupeaux bondissoient sur les collines, les mouches à miel murmuroient par les prairies, les oiseaux faisoient résonner les buissons de leur chant. Toutes choses adonc faisant bien leur devoir de s’égayer à la saison nouvelle, eux aussi tendres, jeunes d'âge, se mirent à imiter ce qu'ils entendoient et voyoient. Car entendant chanter les oiseaux, ils chantoient ; voyant bondirles agneaux ils sautoient à l'envi ; et, commeles abeilles, alloient cueillant des fleurs, dont ils jetoient les unes dans leur sein, et des autres arrangeoient des chapelets pour les Nymphes ; et toujours se tenoient ensemble, toute besogne faisoient en commun, paissant leurs troupeaux l'un près de l’autre. Souventelois Daphnis alloit faire revenir les brebis de Chloé, qui s'étoient un peu loin écartées du troupeau ; souvent Chloé retenoit les chèvres trop hardies voulant monter au plus haut des rochers droits et coupés ; quelquefois l’un tout seul gardoit les deux troupeaux, pendant le temps que l’autre vaquoit à quelque jeu. Leurs jeux étoient jeux de bergers et d’enfants. Elle, s'en allant dès le matin cueillir quelque part du menu jonc, en faisoit une cage à cigale, et cepen-
135. elle parce qu’elle se sentoit. — 136. et lui parce qu'il se souvenoit. — 144. toutes choses ainsi. — 145. eux, dans cette tendre jeunesse, se mirent. — 156. couppus. — 157. vacquoit.
127. sçu. — 128. sçavoir. — 135. elle parce qu'elle se sentoit. — 136. et lui parce qu’il se souvenoit. — 157. vacquoit.
1. Ecrit par inadvertance dans C, au lieu de savoir. 2. L'édition Paulin (1834) donne par erreur : pour ça qu’elle.
dant ne se soucioit aucunement de son troupeau ; lui d'autre côté ayant coupé des roseaux, en pertuisoit les jointures, puis les colloit ensemble avec de la cire molle, et s'apprenoit à enjouer bien souvent jusques à la nuit. Quelquefois ils partageoïent ensemble leur lait ou leur vin, et de tous vivres qu'ils avoient portés du logis se faisoient part l'un à l'autre. Bref, on eût plutôt vu les brebis dispersées paissant chacune à part, que l'un de l’autre séparés Daphnis et Chloé.
Or, parmi tels jeux enfantins, Amour leur voulut donner du souci. En ces quartiers y avoit une louve, laquelle ayant naguères louveté, ravissoit des autres troupeaux de la proie à foison, dont elle nourrissoit ses louveteaux ; et pour ce, gens assemblés des villages d’alentour faisoient la nuit des fosses d’une brasse de largeur et quatre de profondeur, et la terre qu'ils entiroient, non toute, mais la plupart, l'épandoient au loin ; puis étendant sur l'ouverture des verges longues et grêles, les couvroient en semant pardessus le demeurant de la terre, afin que la place parût toute plaine etunie comme devant ;en sorte que s’il n’eût passé par-dessus qu'un lièvre en courant, il eût rompu les verges, qui étoient, par manière de dire, plus faibles que brins de paille, et lors eût-on bien vu que ce n'étoit point terre ferme, mais une feinte seulement. Ayant fait plusieurs telles fosses en la montagne et en la plaine, ils ne purent prendre la louve. car elle sentit l’'embûche ; mais furent cause que plusieurs chèvres et brebis périrent, et presque Daphnis lui même par tel inconvénient.
Deux boucs s’échauffèrent de jalousie à cosser l’un contrel'autre, et si rudement se heurtèrent que la corne de l’un fut rompue ; de quoi sentant grande douleur celui qui étoit écorné, se mit en bramant à fuir, et le victorieux à le poursuivre, sans le vouloir laisser en paix. Daphnis fut marri de voir ce bouc mutilé de sa corne ; et, se courrouçant à l’autre, qui encore n’étoit content de l'avoir ainsi laidement accoutré, si prend en son poing sa houlette et s'en court après ce poursuivant. De cette façon le bouc fuyant les coups, et luile poursuivant en courroux, guères ne regardoient devant eux ; et tous deux tombèrent dans un de ces pièges, le bouc le premier et Daphnis après, ce qui l’engarda de se faire mal, pour ce que le boue soulint sa chute. Or au fond de cette fosse,
164. porté. — 165. plustôt. — 170. proye. — 196. pource que. — 196. au fonds.